Pèlerinage du mont Saint-Michel

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Le pèlerinage du mont Saint-Michel est un pèlerinage catholique menant les pèlerins, appelés miquelots, à l'abbaye du Mont-Saint-Michel.

Le culte à Saint-Michel et les premiers miquelots[modifier | modifier le code]

Diffusé dès le IVe siècle en Orient, le culte à l'archange saint Michel prend de l'importance en Occident par l'Italie à partir du Ve siècle, notamment par la fondation vers 492 du sanctuaire de Monte Sant'Angelo du Gargano dans les Pouilles[1]. Le rôle guerrier de l'archange contre les Démons évoque dans l'esprit des chrétiens un pouvoir de protection, contre le mal ou, en ces temps belliqueux, les ennemis. Le sanctuaire créé en 708 sur le mont Tombe par saint Aubert à la suite de l'apparition de l'archange participe à l'expansion du culte voué à celui-ci.

Le premier récit de pèlerin connu est celui du moine franc Bernard vers 867, Itinerarium Bernardi Monachi. Ce moine est un assidu des pèlerinages chrétiens. Il vient au mont après avoir été à Rome, au Monte Gargano, à Jérusalem et à Bethléem.

Un autre pèlerinage est rapporté également au IXe siècle : celui du parricide Ratbert, qui aurait effectué le voyage au mont par pénitence.

Les pèlerinages du deuxième millénaire[modifier | modifier le code]

À l'approche de l'an mille, le culte de saint Michel se manifeste de plus en plus. Au XIe siècle, l'abbatiale préromane du mont est remplacée par une nouvelle plus grande et des structures d'accueil permettent alors d'intensifier les pèlerinages. L'arrivée récente des Normands et les troubles féodaux favorisent l'invocation de l'archange protecteur. Le duc Richard II de Normandie vient y épouser Judith de Bretagne vers l'an mille.

Le pèlerinage au mont attire alors en dehors du royaume de France. Le pèlerin, appelé michelet[2] y vient d'Italie, d'Alémanie, de Bavière ou de Flandre par des routes appelées « chemins de Paradis ». Il faut alors imaginer le michelet venant du centre de la France ou de l'Europe, n'ayant jamais vu la mer et qui traverse les grèves, ce qu'il peut associer à la fuite du peuple hébreu à travers les déserts. Il doit attendre la marée basse dans la baie du mont Saint-Michel pour atteindre le sanctuaire michaelien, ce qu'il peut associer au passage de la mer Rouge[3]. L'eau et le sable prennent une dimension symbolique tandis que l'architecture du Mont revêt une valeur spirituelle très forte. Des pèlerinages d'enfants sont relatés à partir du XIVe siècle[4]. Le nombre de pèlerins ira croissant jusqu'à la guerre de Cent Ans, lorsque l'occupation anglaise au début du XVe siècle limitera l'accès au rocher qui resistera à l'occupant. Cette résistance apportera encore plus de crédibilité au pouvoir protecteur de saint Michel et l'attrait du mont va atteindre son apogée à l'issue de la guerre.

La promulgation de la Constitution civile du clergé lors de la Révolution apportera un coup d'arrêt aux pèlerinages. Les ordres religieux sont supprimés et l'abbaye est vidée puis transformée en prison. Plus rien ne permet d'accueillir, ni même d'attirer les pèlerins. Des confréries parviennent cependant à organiser quelques pèlerinages vers l'église paroissiale Saint-Pierre au début du XIXe siècle, l'abbaye restant inaccessible.

La suppression de la prison et la mise à disposition de l'abbaye au culte en 1863 permirent la remise en place des structures destinées à l'accueil de pèlerins, sans pour autant atteindre l'ampleur des flux antérieurs au XVIIIe siècle.

Les chemins montais[modifier | modifier le code]

Il est établi qu'il n'a jamais existé de chemins officiels pour venir au mont comme pour la plupart des pèlerinages, les chemins de Compostelle n'ayant d'ailleurs été recensés qu'au XIXe siècle. Les chemins ayant guidé les pèlerins ne peuvent être aujourd'hui décrits que par recoupement de témoignages manuscrits et par la toponymie des chemins ou lieux divers sur les différentes cartes. De même, les ponts, rares au Moyen Âge, étaient des passages obligés. Certains guides ont cependant été publiés afin de permettre aux pèlerins lettrés de suivre une route ayant fait ses preuves. La Guide des chemins, publiée en 1552 par Charles Estienne, décrivait ainsi des accès aux différents sites européens, mais les lecteurs potentiels étaient peu nombreux et le plus grand nombre de pèlerins n'avait pas accès à cette assistance.

Les plus grandes cités aux abords de la baie du mont étaient évidemment traversées, offrant aux pèlerins toutes les structures d'accueil nécessaires. Caen et Rouen étaient étapes pour les voyageurs venant du nord de la France et de Flandre, Alençon, Le Mans ou Tours pour ceux provenant de contrées plus au centre du pays et Angers, Rennes ou Nantes pour les pèlerins en provenance du sud-ouest. Nantes était aussi sur la route des pèlerins cumulant les voyages au mont et à Saint-Jacques-de-Compostelle. En dehors de ces passages privilégiés, les grandes routes étaient également très empruntées, mais les itinéraires variaient beaucoup. Ainsi, Vire pouvait être sur le chemin de Caen ou de Rouen, mais le premier pouvait passer plus au nord (Étouvy-Saint-Sever) et le second plus au sud (Tinchebray).

Le mont Saint-Michel aperçu du « montjoie » de Mortain

À proximité du mont, les « montjoies » était souvent recherchés par les pèlerins, permettant de se motiver pour les derniers kilomètres. Dans le sud-Manche, trois lieux sont bien connus pour leurs points de vue sur le mont : Saint-Michel-de-Montjoie, les hauteurs de Mortain et Montjoie-Saint-Martin. Beaucoup de croix de chemins de cette région sont décorés d'un pèlerin et attestent, s'il en est besoin, du passage des voyageurs pour le mont Saint-Michel. Les cartes ou documents anciens mentionnent les appellations « chemins montais » sur certaines portions, jusqu'à Vimoutiers ou à Rouez-en-Champagne.

La traversée de la baie se faisait à partir de Genêts ou du Grouin du Sud (Vains) au nord, du Gué de l'Épine (Le Val-Saint-Père) à l'est et de Courtils ou de Beauvoir au sud.

Les pèlerins illustres[modifier | modifier le code]

Ducs, princes et rois s'intéressent au mont et à la protection de Saint-Michel à partir de l'an mil. Henri II Plantagenêt, roi d'Angleterre, mais aussi duc de Normandie, vient plusieurs fois au mont après avoir soutenu l'élection de Robert de Torigni à la tête de l'abbaye. En novembre 1158, il y rencontre le roi de France Louis VII le Pieux pour une réconciliation qui se révèlera éphémère.

Les derniers Capétiens directs seront très assidus envers l'archange de la baie. Saint Louis vient à l'abbaye le jour de pâques 1256. Son fils, Philippe III, vient y remercier saint Michel de l'avoir préservé au retour de la huitième croisade. Philippe le Bel vient en 1307 et en 1310 en y apportant des reliques provenant de la Sainte-Chapelle.

Si les premiers Valois montrent moins de dévotion à l'égard de l'archange, Charles VI s'y rend en 1393, et surtout Louis XI se rend à quatre reprises sur le rocher, par spiritualité mais aussi par souci de montrer sa présence au voisin breton à l'époque de la ligue du Bien public.

François Ier par deux fois, puis en 1561 Charles IX et son frère, le futur Henri III furent les derniers monarques à venir en pèlerinage.

Le pèlerinage et les chemins montais au XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Début 1998, une association loi de 1901, « Les Chemins du Mont-Saint-Michel », est créée afin de retrouver et de promouvoir les anciens chemins de pèlerinage menant au Mont-Saint-Michel[5].

Ayant désormais pour but de relier les grands sites de saint Michel entre eux et souhaitant développer un projet d'envergure européenne, l'association a modifié en 2009 ses statuts et son intitulé. Elle se nomme désormais Les chemins de saint Michel[5].

Soutenue par l’Europe, l’État, le conseil régional de Basse-Normandie et les trois départements bas-normands, l'association propose une nouvelle approche du site, restituant pleinement au Mont ses dimensions culturelles et spirituelles.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Olivier Mignon, À la découverte du Mont-Saint-Michel, Siloë, , p. 67
  2. Les coquilles se rencontrent ainsi dans les blasons de familles françaises appelées Michel, Michiel, Michelet, Michelin, Michelon, Michelet, Le Michel.
  3. Frédérique Fromentin, Yveline Pallier, Enquête d'image[s]: le Mont-Saint-Michel et sa baie, Editions apogée, , p. 52
  4. Jean Delalande, Les extraordinaires croisades d'enfants et de pastoureaux au Moyen Age: les pèlerinages d'enfants au Mont Saint-Michel, P. Lethielleux, , 134 p.
  5. a et b « L’association - Sa fondation », sur site de l'Association Les Chemins du Mont-Saint-Michel  (consulté le 5 mai 2014)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages utilisés pour la rédaction de l'article[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bouet, Henry Decaëns, Juliane Hervieu, Vincent Juhel, Gaële de La Brosse et Thérèse Le Jeune, Les Chemins du Mont-Saint-Michel : En marche vers l'Archange, Desclée de Brouwer, (ISBN 978-2-220-06198-6), p. 97-133.
  • Jean-Luc Legros, Le Mont-Saint-Michel : Architecture et civilisation, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, (ISBN 2-84706-188-6 et 2-86618-504-8), p. 124-135.

Autres ouvrages sur le sujet[modifier | modifier le code]