Victor Schœlcher

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Victor Schoelcher)
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Schœlcher (homonymie).

Victor Schœlcher

alt=Description de l'image Victor Schoelcher.jpg.
Naissance 22 juillet 1804
Paris Drapeau de la France France
Décès 25 décembre 1893 (à 89 ans)
Houilles Drapeau de la France France
Nationalité Française
Profession
Distinctions
Enterré au Panthéon de Paris

Victor Schœlcher /ʃœlʃεr/ est un homme politique français, né à Paris le 22 juillet 1804[1] et mort à Houilles le 25 décembre 1893[1]. Il est connu pour avoir agi en faveur de l'abolition définitive de l'esclavage en France, via le décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848, signé par le gouvernement provisoire de la deuxième République[2] le 27 avril 1848.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Victor Schœlcher naît le 22 juillet 1804 à Paris (5e arrondissement ancien, aujourd'hui 10e arrondissement) au 60 rue du Faubourg-Saint-Denis[3], dans une famille catholique bourgeoise. Son père, Marc Schœlcher (1766-1832), originaire de Fessenheim (Haut-Rhin) en Alsace[1], est propriétaire d'une usine de fabrication de porcelaine[4]. Sa mère, Victoire Jacob (1767-1839), originaire de Meaux (Seine-et-Marne), est marchande lingère à Paris au moment de son mariage[5].

Victor Schœlcher est baptisé en l'église Saint-Laurent le 9 septembre 1804[6].

Il fait de courtes études au lycée Condorcet, côtoyant les milieux littéraires et artistiques parisiens[1], faisant connaissance avec George Sand, Hector Berlioz et Franz Liszt[4].

Son père l'envoie au Mexique[7], aux États-Unis et à Cuba en 1828-1830 en tant que représentant commercial de l'entreprise familiale[1]. Lorsqu'il est à Cuba, il y est révolté par l'esclavage mais il ne va pas exiger une abolition immediate[réf. nécessaire].

Le vouloir faire[modifier | modifier le code]

Caricature de Victor Schœlcher par André Gill

De retour en France, il devient journaliste et critique artistique[1], publiant des articles, des ouvrages, multipliant ses déplacements d'information. Il adhère à la franc-maçonnerie, à la loge « Les Amis de la Vérité » puis à « La Clémente Amitié ». En 1847, il reprend la cause des révolutionnaires abolitionnistes[réf. nécessaire] en rédigeant, pour le compte de la Société pour l'abolition de l'esclavage, fondée en 1834, la Pétition pour l’abolition complète et immédiate de l’esclavage adressée à MM. les membres de la Chambre des pairs et de la Chambre des députés. Il revend rapidement la manufacture dont il hérite de son père en 1832 pour se consacrer à sa carrière politique[4].

Le discours abolitionniste de Schœlcher évolue au cours de sa vie. En effet, au début de son engagement, il s'oppose à l'abolition immédiate de l'esclavage. En 1830, dans un article de la Revue de Paris, « Des Noirs », il demande ouvertement de laisser du temps aux choses. Cette vision de l'abolition se retrouve en 1833, dans son premier grand ouvrage sur les colonies : De l'esclavage des Noirs et de la législation coloniale. Pour lui, il serait dangereux de rendre instantanément la liberté aux noirs, parce que les esclaves ne sont pas préparés à la recevoir. Il souhaite même le maintien de la peine du fouet, sans laquelle les maîtres ne pourraient plus travailler dans les plantations. Il faut attendre un nouveau voyage dans les colonies pour qu'il se tourne vers une abolition immédiate.

La place Victor Schœlcher à Cayenne en Guyane.

Nommé sous-secrétaire d'État à la Marine et aux colonies dans le gouvernement provisoire de 1848 par le ministre François Arago, il contribue à faire adopter le décret sur l'abolition de l'esclavage dans les Colonies. Le décret signé par tous les membres du gouvernement paraît au Moniteur le 5 mars.

D'août 1848 à décembre 1851, il siège à gauche comme député de la Martinique puis de la Guadeloupe.

L'esclavage avait déjà été aboli en France, pendant la Révolution française le 16 pluviôse an II, puis rétabli par Napoléon Ier par la loi du 20 mai 1802. Victor Schœlcher, nommé par Lamartine président de la commission d'abolition de l'esclavage, est l'initiateur du décret du 27 avril 1848 abolissant définitivement l'esclavage en France.

Lors du coup d'État du 2 décembre 1851, il fut un des députés présents aux côtés de Jean-Baptiste Baudin sur la barricade où celui-ci sera tué. Républicain, il est proscrit durant le Second Empire par le coup d'État de Louis Napoléon Bonaparte. Il s'exile en Angleterre et y devient un spécialiste de l'œuvre du compositeur de musique sacrée Georg Friedrich Haendel, rassemble une collection très importante de ses manuscrits et partitions[8] et rédige une de ses premières biographies, mais celle-ci n'est éditée que dans sa traduction anglaise. En 1870, il revient en France suite à la défaite de Sedan. Après l'abdication de Napoléon III, il est réélu grâce aux réseaux maçonniques des Antilles[réf. souhaitée] député de la Martinique à l'Assemblée nationale de mars 1871 à décembre 1875. Le 16 décembre 1875, il est élu sénateur inamovible par l'Assemblée nationale.

En 1877, Victor Schœlcher dépose une proposition de loi pour interdire la bastonnade dans les bagnes. La commission d'initiatives refuse la proposition, mais les peines corporelles seront abolies en 1880. Sous la Troisième République, le gouvernement Ferry promulgua la loi du 30 juillet 1881, dite de « réparation nationale », qui allouait une pension ou rente viagère aux citoyens français victimes du coup d'État du 2 décembre 1851 et de la Loi de sûreté générale. La Commission générale chargée d'examiner les dossiers, présidée par le Ministre de l'Intérieur, était composée de représentants du ministère, de conseillers d'État, et comprenait huit parlementaires, tous d'anciennes victimes : quatre sénateurs (Victor Hugo, Jean Macé, Elzéar Pin, Victor Schœlcher) et quatre députés (Louis Greppo, Noël Madier de Montjau, Martin Nadaud et Alexandre Dethou)[9]. En 1884 et 1885 il tente de s'opposer, sans succès, à l'institution de la relégation des forçats récidivistes en Guyane. Abolitionniste mais colonialiste, il continue de défendre la colonisation par le bulletin de vote et la scolarisation[10].

La fin de sa vie[modifier | modifier le code]

À la fin de sa vie, comme il ne s'était jamais marié et qu'il n'avait pas eu d'enfant, il décida de donner tout ce qu'il possédait ; il a notamment fait don d'une collection d'objets au Conseil général de la Guadeloupe, aujourd'hui hébergée au Musée Schœlcher. Victor Schœlcher est mort le 25 décembre 1893 à l'âge de 89 ans dans sa maison qu'il louait depuis 1876 au 26 rue d'Argenteuil[11], devenue depuis l'avenue Schœlcher, à Houilles dans les Yvelines. Enterré à Paris au cimetière du Père-Lachaise, ses cendres furent transférées par décision de l'Assemblée nationale et du Président du Conseil de la République, Gaston Monnerville au Panthéon le 20 mai 1949 en même temps que celles du Guyanais Félix Éboué (premier noir à y être inhumé).

Tombe de Schoelcher (cimetière du Père Lachaise, division 50).

« Évoquer Schœlcher, ce n'est pas invoquer un vain fantôme, c'est rappeler à sa vraie fonction un homme dont chaque mot est encore une balle explosive... Schœlcher dépasse l'abolitionnisme et rejoint la lignée de l'homme révolutionnaire : celui qui se situe résolument dans le réel et oriente l'histoire vers sa fin. »

— Aimé Césaire, Extrait de l'Introduction de Esclavage et colonisation, recueil de textes de Victor Schœlcher, 1948

Postérité[modifier | modifier le code]

Statue de Victor Schœlcher dans la commune de Schœlcher en Martinique
Buste de Victor Schœlcher, musée Schœlcher en Guadeloupe

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • 1833 : De l'esclavage des Noirs et de la législation coloniale 1833.
  • 1840 : Abolition de l'esclavage. Examen critique du préjugé contre la couleur des africains et des sang-mélés, « Des Noirs », Revue de Paris, tome XX, 1830, p. 71-83.
  • 1842 : Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavage. Publié par Pagnerre, 1842. Exemplaire Université de Harvard. Copie numérisée le 13 décembre 2005. Consulté le 11 avril 2009.
  • 1843 : Colonies étrangères et Haïti. Résultats de l'émancipation anglaise : Colonies Danoises — Haïti — Du droit de visite — Coup d'œil sur l'état de la question d'affranchissement, t. second. Publié par Pagnerre, 1843. Exemplaire la New York Public Library. Copie numérisée le 19 décembre 2007. Consulté le 12 avril 2009.
  • 1844: De la pétition des ouvriers pour l'abolition immédiate de l'esclavage.
  • 1847 : Histoire de l'esclavage pendant les deux dernières années. Publié par Pagnerre, 1847. Exemplaire de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Lausanne, Copie numérisée le 7 février 2008. Consulté le 11 avril 2009. Un exemplaire est visible à la bibliothèque du Sénat rue de Vaugirard.
  • 1857 : Life of Haendel, Londres, Trübner. (traduction de son manuscrit français par James Lowe)
  • 1873 : La famille, la propriété et le christianisme, Paris, Librairie de la Bibliothèque démocratique, 1873.
  • 1874 : Le Deux décembre, les massacres dans Paris, Paris, Librairie de la Bibliothèque démocratique, 1874.
  • 1889 : Vie de Toussaint Louverture, Karthala Éditions, 1889.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

L'entrée du lycée, dont on voit deux bâtiment cubiques modernes.
Le collège Victor-Schœlcher de Torcy.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alexandre-Debray, Janine, Victor Schœlcher ou La mystique d'un athée, Perrin, 2006.
  • Anne Girollet, Victor Schœlcher, abolitionniste et républicain : approche juridique et politique de l'œuvre d'un fondateur de la République, Éditions Karthala, 2000 www.girollet.com
  • Anne Girollet, Victor Schœlcher, républicain et Franc-Maçon, Paris, Éditions maçonniques de France, collection « Encyclopédie maçonnique », 2000, [lire en ligne].
  • Schmidt Nelly, Victor Schœlcher et l’abolition de l’esclavage, Fayard, Paris, 1994.
  • Federini Fabienne, L'abolition de l’esclavage 1848 : une lecture de Victor Schœlcher, L’Harmattan, Paris, 1998.
  • Rodolphe Robo, L'Abolition de l'esclavage, la République et Victor Schœlcher, Cayenne, 1983.
  • 1995 : La correspondance de Victor Schœlcher. Présentée par Nelly Schmidt, Paris : Maisonneuve et Larose, 1995.
  • 1998 : Des colonies françaises. Abolition immédiate de l'esclavage, (1842). Nouvelle édition, les Éditions du CTHS, 1998.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f « Victor Schœlcher (1804-1893) », sur www.senat.fr (consulté le 19 décembre 2008)
  2. Site de l'Assemblée nationale
  3. Extrait du registre d'état civil du 5e arrondissement de Paris (an XII) : Du cinq thermidor an 12 de la République, à onze heures. Acte de naissance de Victor, du sexe masculin, né le trois courant à une heure du soir chez ses père et mère, rue du faubourg Saint-Denis, no 60, Division du Nord, fils de Marc Schœlcher, manufacturier de porcelaine, et de Victorine Jacob, qu'il a déclaré être son épouse. Signé : Worm. L'original de l'acte a disparu lors de la destruction des archives de Paris pendant les incendies de 1871, mais une copie en avait été faite et elle est citée par Anne Girollet dans Victor Schœlcher, abolitionniste et républicain, Paris, Éditions Karthala, 2000, page 24.
  4. a, b et c « Victor Schœlcher, un sénateur philanthrope », sur www.senat.fr (consulté le 20 décembre 2008)
  5. Régine de Plinval de Guillebon, La Porcelaine à Paris sous le Consulat et l'Empire, Genève, Droz, 1985, page 95.
  6. Registre des baptêmes de la paroisse Saint-Laurent de Paris, années 1802-1806, cité par Anne Girollet dans Victor Schœlcher, abolitionniste et républicain, Paris, Éditions Karthala, 2000, page 24.
  7. C'est de ce pays qu'il envoie à la Revue de Paris ses premiers articles sur l'esclavagisme dans les plantations.
  8. Collection conservée au département Musique de la Bibliothèque nationale de France.
  9. Denise Devos, « La loi de réparation nationale du 30 juillet 1881 : source de l'histoire de la répression de l'insurrection de décembre 1851 », Revue d'histoire du XIXe siècle, 1 | 1985, mis en ligne le 28 octobre 2002.
  10. Victor Schœlcher émission Deux mille ans d'Histoire
  11. Extrait du registre d'état civil de la ville de Houilles (1893) : L'an mil huit cent quatre-vingt treize, le vingt-six décembre, à neuf heures du matin, par devant nous Henri Vanin, maire officier de l'état civil de la commune de Houilles, arrondissement de Versailles, département de Seine-et-Oise, ont comparu messieurs Marcel Mar... Joseph, âgé de cinquante-deux ans, inspecteur du contrôle des chemins de fer, et Marcel Gustave, âgé de cinquante cinq ans, propriétaire, adjoint au maire de la commune, tous deux domiciliés à Houilles, voisins du décédé ci-après dénommé, lesquels nous ont déclaré que Schœlcher Victor, sénateur inamovible, âgé de quatre-vingt neuf ans, né à Paris le 4 juillet 1804, fils de Marc et de Jacob Victoire décédés, demeurant à Houilles, avenue d'Argenteuil, est décédé hier, à dix heures du soir à son domicile. Et après nous être assuré du décès, nous avons dressé le présent acte que les déclarants ont signé avec nous après lecture faite. Signé : G. Marcel, Marcel, Vanin. Archives départementales des Yvelines.
  12. Jacqueline Rosemain, La musique dans la société antillaise : 1635-1902, Martinique, Guadeloupe, L'Harmattan, coll. « Recherches et documents, Monde antillais », 1986 ((OCLC 16572451)), p. 112-113
  13. Ovillois no 153 - Septembre 2011, page 5
  14. http://missiontice.ac-besancon.fr/college-victor-schoelcher/spip.php?article1