Louis-Antoine Garnier-Pagès

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Louis-Antoine Garnier-Pagès

Louis-Antoine Pagès dit Garnier-Pagès est un homme politique français né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 16 février 1803 et mort à Paris le 31 octobre 1878. Il fut membre du gouvernement provisoire de 1848, maire de Paris (1848) et enfin membre du gouvernement de la Défense nationale (1870-1871).

Biographie[modifier | modifier le code]

Frère utérin d'Étienne Garnier-Pagès, Louis-Antoine Pagès était le fils de Simon Pagès, ancien professeur de rhétorique au collège de Sorèze devenu maître de pension à Marseille. Unis par une étroite fraternité, les deux frères décidèrent de porter le nom de Garnier-Pagès.

Louis-Antoine, courtier de commerce à Paris, souhaite refaire la fortune de sa famille. Avec son frère, ils participent activement à des colloques de sociétés secrètes sous la restauration, prennent part aux combats de la révolution de juillet 1830 et particulièrement Louis-Antoine qui organisa la résistance des ouvriers de son quartier (Sainte-Avoye). À la mort de son frère en 1842, à la suite d'une maladie de poitrine, Louis-Antoine revendra sa charge  : il sera élu à la chambre des députés par le collège électoral de Verneuil (Eure) ou il siègera avec les républicains. Faisant partie de la petite bourgeoisie républicaine, il représentait alors les garanties républicaines incontestables.

Révolution de 1830 et mise en place de la monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Louis-Antoine Garnier-Pagès soutient son frère aîné, Étienne Garnier-Pagès, grand orateur républicain sous la Monarchie de Juillet avec une carrière brillante au palais de justice depuis 1827. Les deux frères marchent comme une sorte de tandem : selon Étienne, Louis-Antoine aurait dit : " fais notre nom, moi je ferais notre fortune." Lors des Trois Glorieuses du 27 au 29 juillet 1830, "la commune centrale" républicaine a établi son quartier général dans la maison des frères Garnier-Pagès, rue sainte-Avoye, dans le 7e arrondissement. Louis et Étienne, alors officiers de la garde nationale, ont joué un rôle important grâce à un dévouement et une efficacité remarquable : Louis organisait les barricades, tandis qu'Étienne dirigeait les opérations de la municipalité. Grâce à leur soutien, la commune a accompli un véritable tour de force à l'abri un grand nombre d'armes pour se parer à la bataille.

Au lendemain des trois glorieuses, le pouvoir est entre les mains de La Fayette, commandant en chef de la Garde nationale. Cette période est caractérisée par l'éviction de Charles X et la mise au pouvoir de Louis-Philippe.

À la mort de son frère en 1842, Louis-Antoine reprend son flambeau et il est élu à la chambre des députés, le 9 juillet 1842, par le 2e collège de l'Eure (Verneuil)[1]. Il prit place sur les bancs de la gauche et vota avec l'opposition. De 1846 a début 1848, Louis-Antoine travaille avec Laurent-Antoine Pagnerre, Michel Goudchaux et Armand Marrast pour la mise en place d'un état major républicain clandestin; Louis-Antoine participe aussi à la campagne de presse antimonarchiste, avec la collaboration de tous les chefs républicains, la "résistance par la plume". Réélu député le 1er août 1846[2], il reprit sa place dans l'opposition, se prononça pour la réforme électorale et fut un des promoteurs de la campagne des banquets en 1847-1848. Il se trouva notamment au banquet de Montpellier et, lorsque le ministère eut interdit celui du 12e arrondissement de Paris, Garnier-Pagès fut un des députés qui persistèrent dans l'intention de s'y rendre.

Il participa à l'élaboration de la loi sur les sucres, en proposant le nivellement du droit sur le sucre indigène et sur le sucre colonial par l'abaissement des taxes, et soutint la proposition Goüin sur la conversion des rentes. Il voyagea en Espagne et mit à profit les observations qu'il recueillit au cours du débat sur l'adresse de 1844. Un peu plus tard, il obtint le retrait de l'autorisation que le ministère avait d'abord accordée de coter à la bourse de Paris un nouvel emprunt 3 % espagnol. Il prit une part active aux débats sur les chemins de fer et obtint une réduction notable de la durée des concessions consenties par l'État aux compagnies. Il vota contre l'indemnité Pritchard.

Au printemps 1847, Odilon Barrot, convaincu qu'il n'y avait plus rien à espérer de la chambre, amena les opposants dynastiques à chercher des appuis au parlement et surtout du côté des radicaux (Louis-Antoine Garnier-Pagès étant un radical modéré). Mais les radicaux se rebellent contre Odillon Barrot et l'utilisent pour la campagne de grands banquets, pour discréditer le régime de Louis-Philippe et la chute de la monarchie. Louis-Antoine dans son " Histoire de la révolution de 1848 " relate au jour le jour les réunions du printemps 1847.

Un extrait du premier banquet, le 10 juillet à Montmartre, raconté par Garnier-Pagés  :

« Au jour indiqué, douze cents personnes vinrent s'asseoir à cette grande agape de la Révolution. Électeurs, députés, journalistes, toutes les nuances de l'opposition sauf les légitimistes s'y rencontraient, dégagées toutes du souvenir des dissidences antérieures [...]. Tous les députés réformistes avaient reçu l'invitation. Quatre-vingt-six l'avaient acceptée [...]. Le "tiers-parti", se croyant à la veille d'occuper les positions ministérielles, avait décidé qu'il repousserait une solidarité éventuellement gênante; mais il éluda avec un soin égal de faire une réponse qui l'engageât collectivement contre la réforme : MM. Billault, Tocqueville, Lanjuinais [...]. M. Thiers fit connaître par ses amis qu'il approuvait entièrement la pétition et le banquet ; qu'il s'associait de grand cœur à l'impulsion vigoureuse que l'on voulait donner à l'opinion publique; que les réformistes pouvaient compter sur son concours dans la chambre ; mais qu'ayant été président du Conseil, il ne croyait pas pouvoir assister à une réunion dans laquelle de vives attaques seraient dirigées contre la politique entière du règne. Une déclaration analogue vint du promoteur de la réforme parlementaire, M. de Rémusat. Un député de Paris voulut poser la charte et au roi ; le comité central ne lui répondit pas [...]. François Arago, qui devait répondre à un toast porté aux classes laborieuses, fut empêché par la maladie. »

La campagne des banquets avait duré vingt-trois semaines, en parcourant la France, et la révolution de 1848 se mit en place.

La révolution de 1848 et la proclamation de la deuxième république[modifier | modifier le code]

Le 24 février 1848 au matin, Paris est insurgé. Louis-Philippe abdique en faveur de son petit-fils, le comte de Paris, sous la régence de sa mère la duchesse d'Orléans, qui tente de le faire "investir" au palais Bourbon. Mais les députés ont déjà envahi la salle des séances, les insurgés crient " pas de régence ! pas de ministère ! la République !" et élisent les membres du gouvernement provisoire : Dupont de l'Eure, François Arago, Lamartine, Adolphe Crémieux, Marie, Ledru-Rollin et Garnier-Pagès. Leur première tâche est de se rendre à l'Hôtel de Ville pour maîtriser les républicains, et adopter une proclamation selon laquelle il "veut la République sauf ratification par le peuple qui sera immédiatement consulté". En vingt-quatre heures, cette monarchie qui n'avait su conquérir de légitimité était renversée par une République.

Pour assurer le pouvoir exécutif de cette deuxième République, les députés désignent sept membres : Arago, Dupont de l'Eure, Garnier-Pagès, Marie, Lamartine, Crémieux et Ledru-Rollin. Garnier-Pagès, à l'époque maire de Paris, aida à organiser la nouvelle Garde nationale, à gérer les problèmes d'assistance et à préparer les Ateliers nationaux, mais les représentants de l'ancien état-major républicain qui sont au pouvoir appellent à l'aide, débordés par les difficultés de la tâche à assumer. C'est ainsi que le 4 mars, Goudchaux propose à Garnier-Pagès de le remplacer au ministère des finances.

Le plus illustre rôle incombé à Garnier-Pagés fut ce ministère, malgré un contexte difficile dû à l'annonce du renversement de Louis-Philippe qui avait engendré un vent de panique, incitant les Français à retirer leur argent des caisses d'épargnes. Dès lors, l'argent ne circule plus, provoquant une pénurie monétaire qui figea l'économie française et l'endettement progressif de la France. Le bilan financier est désastreux; Garnier-Pagès décide alors de restreindre les remboursements : on ne rembourse en numéraire que les dépôts inférieur à 100 Francs ainsi que l'obligation d'accepter les bons du trésor au-delà de 100 Francs. Il propose également un emprunt national patriotique. La mesure est populaire, et le peuple donne ses économies mais l'offrande est insuffisante pour renflouer les caisses. Le 15 mars est donc créé le fameux impôt des 45 centimes, c'est-à-dire l'augmentation de 45 centimes par franc d'impôt à payer au titre de quatre contributions directes : contribution foncière, contribution mobilière, portes et fenêtres, et patentes. Le discrédit s'installe sur les nouvelles mesures qui sont contestées et vilipendées à cause du sentiment d'injustice ressenti dans les campagnes.

Le bilan économique et financier du gouvernement n'est guère satisfaisant : la banqueroute est évitée, le crédit est restauré mais il a reculé devant les mesures radicales comme l'impôt progressif, revendication fondamentale des républicains. Garnier-Pagès est rendu impopulaire par l'impôt des 45 centimes.

Fin du régime républicain et Second empire[modifier | modifier le code]

Article connexe : Second Empire.

Effacement de la vie politique[modifier | modifier le code]

L'élection présidentielle de 1848 se déroule du 10 au 11 décembre 1848. Cependant la situation politique s'est modifiée depuis les débats constitutionnels, la droite monarchiste reprenant de l'influence. Garnier-Pagès est indigné par l'élimination des républicains, remplacés au gouvernement par des royalistes, alors que l'Assemblée est encore majoritairement républicaine.

Ne supportant pas l'« entracte républicaine », il écrit un réquisitoire accusant Cavaignac d'avoir trahi la Commission exécutive fonctionnant comme gouvernement provisoire en attendant la présidentielle.

Cavaignac riposte à l'Assemblée le 25 novembre et obtient 503 voix contre 34 : Garnier-Pagès s'efface de la vie politique et Cavaignac se présente à la présidence; mais c'est Louis-Napoléon qui l'emporte avec environ les trois quarts des suffrages exprimés avec 5 434 226 voix contre Cavaignac avec seulement 1 448 107.

Le 13 mai 1849, pour les législatives, presque tous les chefs de file ou personnages symboliques de la république sont évincés du gouvernement : Lamartine, Dupont de l'Eure, Marie, Marrast, Goudchaux et bien sûr Garnier-Pagès. Il reste cependant député, mais se cantonne à traiter des finances. Il vote avec la fraction la plus conservatrice de la gauche[3], et s'oppose discrètement au président Louis-Napoléon Bonaparte[3]. En mai 1849, il vote contre la mise en accusation du gouvernement[3].

Après le coup d'État du 2 décembre 1851 et l'institution du Second Empire, comme beaucoup d'autres républicains, Garnier-Pagès prend de la distance à l'égard de la vie politique officielle et s'occupe de finances et d'industrie [3]. Il se présente toutefois dans la 2e circonscription de la Seine lors des élections législatives de 1857 qui doivent renouveler, la première fois, le Corps législatif mis en place par Napoléon III. Il n'obtient cependant que 2 749 voix contre plus de 9 000 pour le candidat officiel, Varin, et 6 741 pour le jeune républicain Emile Ollivier[3]. Par solidarité politique, il se désiste alors pour ce dernier, lequel est élu au second tour contre le candidat du pouvoir[3].

1864 : "Le procès des 13"[modifier | modifier le code]

En 1864, le 13 mars - quelques jours avant l’ouverture de scrutin pour l’élection de deux députés aux première et cinquième circonscriptions de Paris lors duquel il est élu[3] - la police intervient chez Garnier-Pagès pour interrompre une réunion qui s’y tenait. Trente-quatre noms sont alors relevés, ce qui justifiait l’inculpation pour « réunion d’association non autorisée de plus de vingt personnes ».

Outre Garnier-Pagès et son gendre Dréo, on retrouve dans cette liste Carnot, Édouard Charton, Jules Ferry, Gambetta, Herold, Charles Floquet… Finalement, le Tribunal Correctionnel de la Seine, décidera le 21 juillet de ne citer à comparaître que treize personnes: « pour lesquelles, il y avait prévention suffisante d’avoir, en 1863 et 1864, fait partie d’une association dont le siège était à Paris, ladite association composée de plus de vingt personnes et non autorisée ».

Les noms de tous les membres de la commission de Paris furent cités à l’audience, dont celui des « non-poursuivis » qui étaient pourtant, pour certains, membres fondateurs. Avant le procès, les « non-inculpés » solidaires de leurs amis républicains publièrent une lettre ouverte dans plusieurs journaux, dont 'Le Siècle' du 12 juillet 1864. En voici un extrait :

« Paris le 9 juillet 1864. Chers collègues et amis, membres comme vous du comité électoral de 1863, […] Nous demandons à vos juges de nous faire rejoindre les prévenus sur le banc des inculpés. »

Curieusement, cette lettre signée de Édouard Charton, Marie, Jules Simon et Henri Martin n’entraina nulle conséquence pour eux, le gouvernement étant déjà fort embarrassé par ce procès et son retentissement politique.

Les prévenus Garnier-Pagès et Carnot étaient députés (membres du Corps législatif), Corbon était sculpteur. Tous les autres étaient avoués ou avocats. Garnier-Pagès et Carnot avaient plus de soixante ans, Jules Ferry, le futur ministre et la plupart des autres avaient la trentaine. Le benjamin était Paul Jozon, âgé de vingt-huit ans. On peut remarquer que presque tous les accusés étaient républicains, dont Jules Favre, Jules Grévy, Marie, Emmanuel Arago… Trois monarchistes, ou plus précisément un légitimiste et deux anciens orléanistes ralliés à la République, ainsi que Berryer qui avait été élu à Marseille avec les voix républicaines, Jules Dufaure et Michel Hébert qui avaient été ministres de l’ancienne monarchie, sont également sur le banc des accusés.

Ce fut une énorme erreur tactique que commirent les gouvernants que de ressouder l'opposition. La présence des trois défenseurs monarchistes démontrait, à l’occasion de ce nouveau procès politique, la toute nouvelle solidarité des opposants à l’Empire.

Jules Favre s'empressa de le faire remarquer. Lui seul plaida, les autres avocats ayant renoncé à le faire. Porte-parole de ses confrères, Berryer expliqua cette attitude en ces termes :

« Élevés dans le respect de la Magistrature, nous renonçons à prolonger la défense, convaincus qu’après de telles paroles, de telles démonstrations et de telles vérités historiques, il n’y a pas un juge en France qui puisse prononcer une condamnation contre les hommes assis sur ces bancs. »

Cette plaidoirie fut pour Jules Favre un véritable triomphe (peut-être le plus grand de sa carrière) mais aussi un grand sacrifice pour Berryer, remarquable orateur[4].

Acquitté, Garnier-Pagès, cet "antimonarchiste absolu", opposant de toujours à Louis-Napoléon Bonaparte, attendra 1869 pour revenir à la politique militante. Le 4 septembre 1870, l'Assemblée proclame la déchéance de Napoléon III et l'établissement de la République et forme un gouvernement provisoire : Garnier-Pagès devient membre du Gouvernement de la Défense nationale en 1871; il se retirera, après avoir échoué aux élections de 1873, et mourra en 1878.

Il demeura au numéro 5 de la rue de Savoie, à Paris.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Garnier-Pagès, Histoire de la révolution de 1848, parue en 1860-1872.

Références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Caron, La France de 1815 à 1848, Paris, Armand Colin, 2002
  • Jean Dautry, 1848 et la IIe République, Paris, Éditions Sociales, 1957
  • Jean Garrigues, Philippe Lacombrade, La France au XIXe siècle 1818-1914, Armand Colin, 2004
  • Jeanne Gilmore, La république Clandestine 1818-1848, Paris, Aubier, 1997
  • Daniel Stern, Histoire de la révolution de 1848, Paris, Éditions Balland, 1985
  • Le Procès des Treize en première instance, Paris, E. Dentu, 1864

Notes[modifier | modifier le code]

  1. 281 voix sur 475 votants et 598 inscrits
  2. 287 voix sur 477 votants et 602 inscrits contre 66 voix à M. Huet et 63 voix à M. Chambay
  3. a, b, c, d, e, f et g Notice biographique de Garnier-Pagès sur le site de l'Assemblée nationale
  4. Annie Lagarde, Texte extrait du site consacré à Edouard Charton