Otto Ohlendorf
| Otto Ohlendorf | |
| Naissance | 4 février 1907 Hoheneggelsen |
|---|---|
| Décès | 7 juin 1951 (à 44 ans) Landsberg am Lech |
| Origine | Allemagne |
| Allégeance | Troisième Reich |
| Arme | SS-RSHA |
| Grade | SS-Gruppenführer |
| Années de service | 1936 – 1945 |
| Conflits | Seconde Guerre mondiale |
| Commandement | Einsatzgruppe D |
| Autres fonctions | Ministerialdirektor - délégué du secrétaire d'État au ministère de l'économie |
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Otto Ohlendorf (4 février 1907, Hoheneggelsen - 7 juin 1951, Landsberg am Lech) était un haut fonctionnaire nazi du RSHA, avec le rang de SS-Gruppenführer. Commandant d'un Einsatzgruppe, il fut responsable en Ukraine de l'assassinat de dizaines de milliers de Juifs dans le cadre de la Shoah. Témoin de l'accusation au procès de Nuremberg, il fut jugé et condamné à mort lors du Procès des Einsatzgruppen, le 18 avril 1948 et exécuté le 8 juin 1951.
Sommaire |
Premières années et formation [modifier]
Otto Ohlendorf est né à Hoheneggelsen en 1907 près de Hildesheim, fils d'un fermier membre du Deutsche Volkspartei ; il est le cadet d'une fratrie de quatre enfants[1]. Comme Werner Best ou Heinz Jost, Ohlendorf fait d'une génération qui n'a pas pris part à la Première Guerre mondiale, mais qui a vécu la défaite allemande comme un véritable traumatisme[2]. Il rejoint dès 1925 le Parti nazi, puis la SS en 1926 ; son engagement politique lui cause des problèmes à la fin de ses études secondaires au lycée de Hildesheim et le fait recaler en 1925[3]. À cette époque, il s'intéresse surtout à la fin de la lutte des classes et aux problèmes sociaux et n'a qu'une vue générale de la « question juive »[3].
Intellectuel brillant, il suit des études d'économie politique et de droit, successivement aux universités de Halle, Leipzig et Göttingen[N 1] ; il ne soutient pas de thèse de doctorat, ce qui ne l'empêche pas de devenir l'assistant de deux universitaires renommés, Jens Jessen (de) à Kiel et Reinhard Höhn (de), titulaire de la chaire de droit public à l'université de Iéna, puis directeur de l'Institut für Staatsforschung à Berlin[4],[N 2]. En 1931[5], Ohlendorf séjourne à Pavie pour y étudier le fascisme et son système d'encadrement social[6]. À partir de 1933, il travaille en tant qu'avocat, puis cumule cette activité avec un poste d'assistant à l'Institut d'économie mondiale de l'université de Kiel[7].
Ohlendorf se marie en 1933 ; cinq enfants naissent de cette union[1]
Carrière au sein du SD [modifier]
En 1937, par l'entremise de Höhn, SS-Sturmbannführer et chef du SD[8], il rejoint cette organisation[4].
Dirigeant de la section du SD chargée des affaires intérieures (SD-Inland), il y recrute, à partir de 1940, nombre de ses condisciples des universités de Leipzig et de Göttingen, ou d'autres universitaires avec lesquels il a tissé des liens via le Nationalsozialistischer Deutscher Studentenbund[9].
Chef de l'Einzatsgruppe D [modifier]
Peu avant l'invasion de l'Union soviétique, Reinhard Heydrich nomme Ohlendorf chef de l'Einsatzgruppe D. Avec un effectif de cinq cents hommes, l'Einsatzgruppe D est rattaché à la 11e armée et opère dans la région du Caucase, en Crimée, en Bessarabie et dans le sud de l'Ukraine. Sous le commandement d'Ohlendorf, il fait entre 70 000 et 90 000 victimes, essentiellement juives, hommes, femmes et enfants. Son efficacité dans les opérations d'extermination vaut à Ohlendorf une promotion au grade de SS-Gruppenführer.
Ohlendorf se montre un officier consciencieux et efficace, soucieux de ses hommes. Lors de massacres collectifs de Juifs, il refuse que ses hommes exécutent leurs victimes d'une balle dans la nuque pour ne pas leur imposer « une responsabilité personnelle » et réduire ainsi au maximum le fardeau psychique[10]. Il veille à ce que l'embarquement des Juifs dans les camions s'opère sans la moindre violence pour minimiser l'impact psychologique auprès des populations civiles qui y assistent et pour que les répercussions négatives à distance dans les rangs de la Wehrmacht soient minimes, il assiste personnellement aux tueries pour s'assurer qu'elles s'effectuent dans les règles militaires et « dans ces circonstances, humainement[11] » Il veille à ce que les corps soient bien enterrés pour cacher les méfaits des nazis.
Les massacres de l'Einsatzgruppe D continuent jusqu'à l'été 1943, sous la direction de Walther Bierkamp, qui succède à Ohlendorf de juillet 1942 à juillet 1943[12].
Sous son commandement, l'Einsatzgruppe D, constitué de 400 à 500 hommes est responsable du massacre de 90 000 personnes. Une des tueries les plus connues a lieu à Simferopol et coûte la vie à plus de 14 300 personnes, majoritairement des Juifs.
À la fin de l'année 1943, Ohlendorf devient délégué du secrétariat à l'Économie du Reich. Il était chargé des plans de coordination de la reconstruction de l'économie allemande à la fin de la guerre.
Procès, condamnation à mort et exécution [modifier]
Témoin au procès de Nuremberg [modifier]
Le procès des Einsatzgruppen [modifier]
Otto Ohlendorf accepte de témoigner des méthodes utilisées par les Einsatzgruppen, au procès des responsables du Troisième Reich, à Nuremberg. Pendant le Procès des Einsatzgruppen contre les chefs des Einsatzgruppen en 1947, il n'exprime aucun remords. Ohlendorf justifie ses actes par la nécessité militaire. Il affirme que les Juifs constituaient un danger permanent pour les troupes allemandes et auraient pu un jour attaquer l'Allemagne. En ce qui concerne l'exécution des enfants, Ohlendorf déclare : « Je crois que c'est très simple à expliquer, si l'on part du fait que cet ordre visait non seulement à procurer (à l'Allemagne) une sécurité temporaire mais aussi une sécurité permanente. Dans cette optique, les enfants étaient des individus qui grandiraient et constitueraient sûrement, étant les enfants de parents qui avaient été tués, un danger non moindre que celui de leurs parents. »[13] Ces déclarations reprennent un discours de Himmler prononcé le 6 octobre 1943.
Il est condamné à mort et pendu à la Prison de Landsberg le 7 juin 1951. Le capitaine Harry Murray Johnson, qui avait été chargé par l'ambassadeur des États-Unis de faire un rapport sur l'exécution d'Otto Ohlendorf, rapporte que le condamné interpella les personnes autour de la potence et leur dit : « J'ai servi mon pays, j'ai servi ma famille, j'ai servi la race aryenne, j'ai servi Hitler ». Lorsque le bourreau s'approcha de lui pour lui mettre la corde autour du cou, Ohlendorf lui cracha à la figure et l'interpella en ces termes : « Fais ton office sous-homme ! ». Ce furent les derniers mots d'Otto Ohlendorf.
Otto Ohlendorf a été enterré à Göttingen.
Notes et références [modifier]
Notes [modifier]
- Cette mobilité géographique lors du cursus universtitaire est habituelle à l'époque, Ch. Ingrao, Croire et détruire, p. 41
- Ces deux universitaires sont les fondateurs, avec Werner Best et Wilhelm Stuckart de la revue Reich, Volksordnung, Lebensraum, utilisée par laSS pou mener des débats théoriques, Ch. Ingrao, Croire et détruire, p. 41
Références [modifier]
- L. Goldenshon, Les entretiens de Nuremberg, p. 472-473
- Ch. Ingrao, Croire et détruire, p. 33
- L. Goldenshon, Les entretiens de Nuremberg, p. 466
- Ch. Ingrao, Croire et détruire, p. 43-44
- L. Goldenshon, Les entretiens de Nuremberg, p. 467
- Ch. Ingrao, Croire et détruire, p. 49
- L. Goldenshon, Les entretiens de Nuremberg, p. 468
- Ch. Ingrao, Croire et détruire, p. 65
- Ch. Ingrao, Croire et détruire, p. 66-67
- Raul Hilberg, t. 1, p. 571
- Raul Hilberg, t. 1, p. 573
- Raul Hilberg, t. 1, p. 663.
- Les Einsatzgruppen, une introduction, consulté le 23 juin 2008
Voir aussi [modifier]
Bibliographie [modifier]
- Leon Goldensohn, Les entretiens de Nuremberg, Paris, Flammarion, coll. « Champs Histoire », 2005, 792 p. (ISBN 978-2-0812-2480-3)
- Raul Hilberg, La destruction des juifs d'Europe, Tomes I, II et III, Foliohistoire, 2006
- Christian Ingrao, Croire et détruire : les intellectuels dans la machine de guerre SS, Paris, Fayard, 2010, 521 p. (ISBN 978-2-213-65550-5)
Articles connexes [modifier]
Liens externes [modifier]
- Naissance en 1907
- Naissance en Basse-Saxe
- Décès en 1951
- Gruppenführer-SS
- Personnalité allemande condamnée pour crime contre l'humanité
- Nazi condamné et exécuté pour crime de guerre ou crime contre l'humanité
- Condamné à mort exécuté par pendaison
- Condamné à mort exécuté en Allemagne
- Étudiant de l'université Martin-Luther de Halle-Wittenberg
- Étudiant de l'université de Leipzig
- Étudiant de l'université de Göttingen