Kurt von Schleicher

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Kurt von Schleicher
Image illustrative de l'article Kurt von Schleicher
Fonctions
23e chancelier d'Allemagne
15e chancelier du Reich
3 décembre 193228 janvier 1933
Président Paul von Hindenburg
Prédécesseur Franz von Papen
Successeur Adolf Hitler
Ministre-président de Prusse
3 décembre 193228 janvier 1933
Prédécesseur Franz von Papen
Successeur Franz von Papen
Ministère du Reich à la Défense
1er juin 193228 janvier 1933
Prédécesseur Wilhelm Groener
Successeur Ferdinand von Bredow
Biographie
Date de naissance 7 avril 1882
Lieu de naissance Brandebourg-sur-la-Havel (Empire allemand)
Date de décès 30 juin 1934 (à 52 ans)
Lieu de décès Neubabelsberg (Allemagne)
Nationalité Flag of Germany.svg Allemand
Parti politique Sans
Conjoint Elisabeth von Hennings
Profession Militaire

Kurt von Schleicher
Liste des chefs de gouvernement allemands
Schleicher âgé de 17 ans, en 1900
Schleicher et von Papen
Schleicher au sortir d'une réunion avec le cabinet von Papen (aout 1932)
Kurt von Schleicher, en 1932
Schleicher, peu après sa démission au profit de Hitler (en 1933)

Kurt von Schleicher Kurt von Schleicher, né le 7 avril 1882 à Brandebourg-sur-la-Havel et mort le 30 juin 1934 à Neubabelsberg, est un militaire et homme politique allemand, dernier chancelier de la République de Weimar avant Adolf Hitler.

Il fut assassiné par des soldats SS lors de la « nuit des Longs Couteaux ».

Éléments de biographie[modifier | modifier le code]

Kurt von Schleicher né près de BerlinBrandebourg-sur-la-Havel) en 1882 dans une famille constituée par le fils d'un officier prussien et une fille d'armateur.

Formation militaire[modifier | modifier le code]

Le jeune homme intègre l'école d'officiers de Lichterfelde (école centrale des Cadets) en 1896 pour en sortir sous-lieutenant quatre ans plus tard. Il est alors affecté (le 22 mars 1900) au 3e régiment de la Garde, alors commandé par le colonel von hindenburg et où servait aussi Oscar von Hindenburg, le fils de ce dernier[1].

Il épouse Elisabeth von Hennings.

Première carrière[modifier | modifier le code]

Il prend alors son premier poste au 3e régiment de gardes à pied à Berlin.

Nommé lieutenant en 1909, il fait ses preuves à l'académie de guerre, où il fait la connaissance du fils de Paul von Hindenburg. Quatre ans plus tard (en 1913), il est affecté à la « division ferroviaire » du grand État-major, sous les ordres du lieutenant-colonel (puis général) Wilhelm Groener, son mentor ; avec lequel il travaillera durant 18 ans[1].

Schleicher est élevé au grade de capitaine dès le début de la Première Guerre mondiale et suit Groener à l'administration berlinoise où il passera presque toute la Première Guerre mondiale, hormis une courte période en 1917 (comme "Premier officier d'état-major") dans la 237ème division d'infanterie, sur le front russe, en Galicie (actuellement partagée entre la Pologne et l’Ukraine) ; Groener était également sur le front russe, mais il restera - lui - en Ukraine jusqu'en novembre 1918. Schleicher est promu commandant en 1918 et va rejoindre son ami Groener que le Prince Max de Bade vient de nommer (le 1er novembre 1918) Quartier-Maître général (à la place de Ludendorff)[1].

Dans le sillage de Groener, il se créer des relations au sein de la République de Weimar et entre notamment en contact direct avec Friedrich Ebert.

Entrée en politique[modifier | modifier le code]

En décembre 1918, l'Allemagne a capitulé et se retrouve avec un gouvernement affaibli. Des « corps volontaires » ou « corps francs » se créent pour permettre à ce gouvernement de retrouver une autorité forte. Contre l'avis de nombreux officiers, Groener décide de soutenir ce nouveau gouvernement et demande à Schleicher de discuter avec Ebert[1].

Schleicher se consacre alors, au service de Von Seeckt et au sein de son ministère à reformer une puissante armée allemande[1], alors que P. von Hindenburg s'attache, de la Suède où il s'est exilé à faire croire aux allemands que lui et son armée n'était pas en difficulté sur le terrain, mais que ce sont les politiques de l'arrière, qui ont donné un "coup de couteau dans le dos" de l'armée, et ont causé la capitulation.

En septembre 1919, il prête serment à la République et est nommé directeur du bureau politique du ministère de la guerre, il est organisateur du Sondergruppe R qui a pour but de travailler avec les soviétiques pour circonvenir le Traité de Versailles et permettre de créer des organisations secrètes qui permettrons à la Reichswehr de s'armer, de se former. En contrepartie les organismes comme la compagnie GEFU (Gesellschaft zur Förderung gewerblicher Unternehmungen) aident l'armée soviètique à se moderniser (construction d'usines de chars, d'avions, de gaz et d'artillerie) et ce jusque vers 1930. à partir de là, avec Eugène Ott, Fedor von Bock et Kurt von Hammerstein, ils organisent les commandos de travail (Arbeits-Kommandos) qui dissimulent des troupes en formation qui furent connues sous le nom de Reichswehr noire. Après la chute de Seeckt il devint, selon Andreas Hillgruber le chef politique de la Reichswehr, de ce fait il devint chef du département des forces armées de la Reichswehr nouvellement créé (1926). Il était l'un des tenant de la guerre moderne, faction de l'armée qui prônait la guerre idéologique totale et voyait l'Allemagne comme le chef des nations d'Europe.
Il devint conseiller du président Hindenbourg en matière politique et militaire[2].

Selon Castellan, c'est lui qui a planifié dans le détail l'état de siège de l'hiver 1923-1924 à la fin duquel (en mars 1924), le Général von Seeckt le promeut lieutenant-Colonel à titre exceptionnel de remerciement[1].

4 ans plus tard, le 20 janvier 1928, son ami Groener est nommé Ministre de la Reichswehr. Schleicher devient son conseiller et confident. Il aurait même été l'éminence grise de ce ministère. Il va en tous cas jouer un rôle de plus en plus "politique"[1].

Politicien[modifier | modifier le code]

1929 est l'année de sa véritable entrée en politique : la transformation de son département en ministère lui permet de devenir secrétaire d'État. Il est cette année là également élevé au rang de colonel puis général de brigade. Le 1er mars 1929, il est nommé « Chef du Ministeramt ». Il s'agit d'une fonction créée spécialement à son intention par Groener. Elle combine deux charges : la charge de conseiller politique du ministre et la fonction de « secrétaire général du ministère ». Ceci évite à Groener d'avoir à créer un un poste civil de sous-secrétaire d'état qui aurait eu plus de comptes à rendre au gouvernement et à la chambre. Ainsi, tout en restant au cœur de l'état-major, Schleicher peut-il librement et fréquemment rencontrer tous les chefs du parti du Reichstag[1].

Il a été, avec Oskar von Hindenburg, Otto Meissner et Wilhelm Grœner à l'origine de l'idée du gouvernement présidentiel basé sur les articles 25, 48 et 53, qui permirent la formation du gouvernement d'Heinrich Brüning en mars 1930.

Le 9 octobre 1931 prend place dans le nouveau cabinet Brüning où il se voit confier le double mandat de ministre de l'intérieur et de ministre de la Guerre. Selon les renseignements français, Schleicher aurait joué un rôle dans la création de ce double porte-feuille. Cette même année, il se rapproche d'Hitler pour mettre à exécution un plan qui selon le Colonel Chapouilly[3] consistait à capter et contrôler Hitler et les forces de son parti nazi, ce qui le forcera à trahir son ami Groener qui reste hostile à la création d'une dictature dirigée par Hitler.

En 1932 une première tentative de rapprochement entre le gouvernement et Hitler échoue, conduisant même le président von Hindenburg à dissoudre les SA et les SS et toutes les formations "nationales-socialistes". Selon les renseignements français de l'époque [4]« Le général Schleicher et presque tous les officiers du Reichswehrministerium s'élèvent avec violence contre la dernière ordonnance supprimant les SA et les SS nazis. D'après eux, c'est vouloir rayer d'un coup de plume l'effort de relèvement patriotique auquel s'étaient voués Hitler et ses compagnons... On a même fait courir le bruit que les Généraux von Schleicher et von Hammerstein (chef de la direction de l'armée) auraient eu l'intention de démissionner. Un démenti officiel a été publié à ce sujet » ; Sous l'influence de Schleicher (selon une lettre de Meissner du 18 mai 1948 envoyée à M. François-Poncet, cité par Castellan[5]), Hindenburg désavoue Groener à qui il impose une démission (le 9 mai 1932), démission suivie de celle de Brüning, puis de la création du cabinet von Papen, lequel aurait aussi été suggéré par Schleicher Castellan[1] ; L'interdiction des SA (avril 1932) signe la rupture entre Schleicher et son ancien mentor et ami Groener. Le 17 juin 1932, les SA sont rétablies. Elles provoquent des troubles au sud de l'Allemagne (en Bavière notamment) permettant à Hitler de dénigrer un gouvernement incapable de se faire respecter. 5 nazis assassinent un communiste en Silésie et sont condamnés à mort. Hitler et Goering envoient aux condamnés des télégrammes de solidarité et menacent d'accuser von Papen d'assassinat s'il fait exécuter la sentence. von Papen a dissous le Reichtag et provoque de nouvelles élections le 31 juillet 1932, qui permettent aux nazis d'obtenir 230 sièges (contre 107 précédemment).
Il semble que Schleicher ait voulu fidéliser les SA en acceptant l'existence d'une organisation armée au-dessus des partis. En 1932, cette idée n'obtient pas une large adhésion, mais le 1er juin, Schleicher devient ministre de la Défense (Reichswehrminister) au gouvernement de von Papen, dont il avait lui-même demandé la nomination au président Hindenburg, en remplacement de Heinrich Brüning. Il entre en conflit avec l'ultra-conservateur von Papen quand celui-ci décrète la loi martiale : en réaction, Schleicher annonce à la radio sa ferme opposition à la mise en place d'une dictature militaire. Après les élections du 6 novembre, cet affrontement entraîne la chute du gouvernement dès le 17 novembre.

L'article V du Traité de Versailles qui bridait la « Reichswehr » (l'armée de la République de Weimar), et d'autre part, la montée en puissance des unités comme les S.A et les S.S limitait le rôle de cette même Reichswehr. Ces organisations nazies avaient selon Schleicher avait un ascendant important sur l'organisation de la société. Partisan d'un État-Armée (« Wehrstaat »), il a tout fait pour abattre ou contourner les effets du Traité de Versailles sur l'Allemagne, au point d'être favorable à la chute du cabinet Brüning, en mai 1932 et au rapprochement avec le N.S.D.A.P ; « s'ils n'existaient pas il aurait fallu les inventer »[6].

Chancelier du Reich[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cabinet von Schleicher.

Contexte[modifier | modifier le code]

Selon plusieurs témoignages réunis postérieurement dont pour le procès de Nuremberg où l'on a cherché à éclaircir les circonstances qui ont porté Hitler à la tête d'une dictature[1], Schleicher (et non von Papen) craignait qu'en cas de guerre civile ou d'état d'urgence ou même d'une grève générale des transports induits par la montée des extrémismes (de gauche comme de droite, et [7] en novembre 1932 les communistes et national-socialistes ont coopéré lors d'une grève des transports menée à Berlin) l'armée ne puisse résister ni maintenir le contrôle du pays et protéger son gouvernement (Cette armée dotée d'environ 100 000 hommes avait su - sous la direction de Schleicher - contrôler le pays lors de l'état d'exception déclaré dans l'ensemble du Reich le 27 septembre 1923 par le Président Ebert (1er président du Reich sous la République de Weimar après l'abdication de l'empereur Guillaume II, en 1918), mais depuis une partie des jeunes officiers ou sous-officiers étaient acquis aux idées nazies).

Schleicher voulait donc d'une part ménager l'armée dont les anciens officiers (officiers supérieurs, dont il faisait partie et qu'il connaissait très bien) ne voyait pas d'un bon œil l'emprise montante des SA et SS, sans pourtant vouloir officiellement s'engager contre le national-socialisme, selon un principe qui voulait que l'armée doive rester neutre et hors des partis[1]. Le parti nazi avait significativement reculé aux dernières élections, mais restait menaçant. Schleicher voulait aussi le ménager (voire le manipuler ?).

Ceci ne lui semblait possible qu'en créant un gouvernement dans lequel entrerait les nazis, mais non Hitler lui-même qui s'était montré trop intransigeant. C'est le nazi Gregor Strasser (qui était alors le second d'Hitler) que Schliecher voulait introduire au gouvernement. Selon le renseignement français, le chancelier pensait alors aussi avoir la totale confiance de Ernst Röhm, le chef d'état-major des SA et fondateur des Sturmabteilung (SA) nazies (lettre 1153 du 4 aout citée par page 19 de son livre déjà cité [1]).

Après avoir mené de vaines négociations avec Hitler pour organiser la collaboration des nazis avec le pouvoir, Schleicher est appelé comme Chancelier par Hindenburg (il prend cette fonction le 02 décembre 1932). Selon Castellan, c'est Schleicher lui-même qui a convaincu Hindenburg de ne pas prendre Hitler comme chancelier, alors que ce dernier avait semble-t-il obtenu un accord de von Papen qui avait dans un premier temps convaincu Hindenburg de cette nécessité[1].

Nouveau gouvernement[modifier | modifier le code]

Chargé par Hindenburg de former ce nouveau gouvernement, il tente d'asseoir une équipe réduite (Präsidialkabinett) sur une base populaire forte, en montant une alliance avec les syndicalistes de droite et l'aile gauche des nationaux-socialistes (Gregor Strasser), mais il en est empêché par les dirigeants sociaux-démocrates (SPD) et nazis (NSDAP).

Le nouveau chancelier connait un certain succès en politique extérieure en obtenant le droit à l'égalité militaire de principe pour l'Allemagne, lors de la Conférence du désarmement début décembre 1932.

Il bénéficie de l'image d'un soldat neutre et semble encore croire pouvoir diviser le parti nazi, qui connait des difficultés financières et qui a connu un recul aux élections.

Le 15 décembre, s'il a la confiance de chefs de syndicats avec qui il entretient de bonnes relations depuis plusieurs années, il n'a pas celle des ouvriers qui sur le terrain son excédés par les difficultés sociales, le chômage, l'inflation et les baisses de salaire. Il cherche l'appui des ouvriers et artisans et des classes populaires (que les nazis recherchent aussi de leur côté) en se présentant à la radio comme un "général social" et en annonçant l'annulation du décret-loi qui autorisait des réductions de salaire et en annonçant l'ouverture à la colonisation de grands domaines de Prusse orientale, ce qui a immédiatement suscité la colère du patronat et des grands propriétaires qui le traitent alors de démagogue (Hugenburg le renomme le « général rouge » et on le qualifiera même de Bolchevik[1].

Il réussit à débaucher Strasser du parti nazi pour en faire son vice-chancelier (Strasser ayant renoncé à ses fonctions dans le parti et écrit une lettre de rupture à Hitler). Le fuhrer réagit rapidement en dissolvant le 8 décembre la première section d'organisation dont la tête était Schleicher, puis le 9 en réunissant les chefs de districts, les inspecteurs, les députés nazis en obtenant leur adhésion totale. S'ensuit une période de trouble et d'intrigues politiques où Schleicher perd en 4 semaines tous ses soutiens[1].

Le 22 janvier 1933, sans que Schleicher en soit informé, Hindenburg charge Franz von Papen de négocier avec Hitler la nomination de ce dernier au poste de chancelier.

Le 28 janvier 1933, Schleicher annonce à la radio qu'il quitte le pouvoir et « recommande » son remplacement par le chef des nazis : ce sera chose faite deux jours plus tard. Avec un ministère qui n'aura duré que 8 semaines, il sera le dernier chancelier de la république de Weimar.

Assassinat[modifier | modifier le code]

Le 30 juin 1934, au cours de la fameuse nuit des Longs Couteaux, l'ancien chancelier et son épouse sont abattus dans leur villa de Neubabelsberg par un commando SS. Schleicher faisait partie des personnalités gênantes dont Adolf Hitler s'est débarrassé en même temps que les SA de Röhm, sous le prétexte d'un grand complot fomenté par tous ses ennemis politiques. Il a maintenant tout pouvoir pour mettre en place la dictature qu'il avait annoncée dans Mein Kampf dix ans plus tôt.

Portée historique[modifier | modifier le code]

Kurt von Schleicher n'étant resté au pouvoir que deux mois, ses réalisations ont donc été minimes. Mais, historiquement, Schleicher est important dans la mesure où son conflit avec Franz von Papen a, sinon permis, du moins accéléré l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler. En effet, les deux hommes, en s'empêchant l'un l'autre de conserver la mainmise sur la politique allemande, ont ouvert une brèche dans laquelle l'ambitieux dirigeant national-socialiste a eu beau jeu de s'engouffrer.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n et o G. Castellan (1949), Von Schleicher, von papen et l'avènement de Hitler, Cahiers d'histoire de la guerre No. 1 (janvier 1949), pp. 15-39 Published by: Presses Universitaires de France Article Stable URL: http://www.jstor.org/stable/25726607
  2. Wheeler-Bennett, John The Nemesis of Power, London: Macmillan, 1967 page 198
  3. Lettre 1493 du 4 nov 1931"
  4. Lettre 586 du 18 avril 1932"
  5. Meissner dit de Schleicher dans cette lettre : « C'est précisément lui qui a eu l'idée de me recommander au maréchal fin mai 1932 sans que j'en ai eu la moindre connaissance avant la date de mon appel à Berlin », témoignage rétrospectif à prendre avec précaution
  6. Wheeler-Bennett, John The Nemesis of Power, London: Macmillan, 1967 pages 236-237.
  7. Selon le général Röhricht cité (page 26) par G Castellan

Articles connexes[modifier | modifier le code]