Jan Kubiš

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Jan Kubiš

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Jan Kubiš

Naissance 24 juin 1913
Dolní Vilémovice, Moravie
Décès 18 juin 1942 (à 28 ans)
Prague

Jan Kubiš, né le 24 juin 1913 à Dolní Vilémovice, Moravie (aujourd'hui en République tchèque), mort le 18 juin 1942 à Prague, Tchécoslovaquie) est un soldat et résistant tchécoslovaque qui, formé et envoyé par les Britanniques, participe à l’assassinat du général SS Reinhard Heydrich le 27 mai 1942 à Prague, alors un des plus hauts dignitaires du régime nazi. C'est Kubiš qui lance la grenade antichar qui blesse le « bourreau de Prague », lequel meurt de ses blessures une semaine plus tard.

L’attentat contre Heydrich[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Opération Anthropoid.

Le Slovaque Jozef Gabčík et le Tchèque Jan Kubiš du groupe Anthropoid, ainsi que cinq autres soldats de l’armée tchécoslovaque en exil répartis en deux groupes[1] — de noms de code Silver A[N 1] et Silver B[N 2] — sont parachutés par la Royal Air Force dans la nuit du 28 au 29 décembre 1941 en Tchécoslovaquie annexée[N 3], entre h et h du matin. À Prague, ils contactent des familles et des organisations de résistance qui les aident à préparer l’assassinat de Heydrich[2].

Le 27 mai 1942 vers 10 h 35, installé sur le siège avant à côté du chauffeur[3], Heydrich effectue son trajet habituel d’une vingtaine de kilomètres[N 4] entre sa résidence à Panenské Břežany (en) et le palais Czernin (de), Černínský palác en tchèque, où se trouvent ses bureaux[4],[N 5]. Sur cet itinéraire, Gabčík et Kubiš attendent à un arrêt de tramway situé dans un virage serré en épingle[3],[N 6] près de l’Hôpital Bulovka dans le quartier de Prague 8 (en)-Libeň (en). En complément de leur arme de poing[5],[N 7], Gabčík dispose d’un pistolet mitrailleur Sten[3],[N 8] et Kubiš est muni de deux grenades antichars modifiées[6],[3],[N 9] ; ces armes sont dissimulées dans des serviettes porte-documents. Ils attendent d’être avertis par un 3e homme, Josef Valčík[1],[N 10], posté 100 mètres plus au Nord, qui joue le rôle de guetteur. Lorsque ce dernier utilise un miroir pour les informer de l’arrivée imminente de la voiture de Heydrich, les deux hommes préparent leurs armes. Au moment où la Mercedes, capote relevée[3], s’approche et ralentit pour prendre le virage, Gabčík se précipite, se place devant le véhicule et tente de faire feu avec son pistolet mitrailleur, mais celui-ci s’enraye et aucun coup ne part. Heydrich ordonne à son chauffeur d’arrêter la voiture puis se lève pour essayer d’abattre Gabčík. Mais au même instant Kubiš, resté en arrière sur le trottoir, lance sa grenade vers la voiture, sans l'atteindre toutefois : la charge explose près de la roue arrière droite, transperce la carrosserie située entre l’aile arrière et la portière, projette des débris de métal et des fragments de fibres de siège qui pénètrent dans le dos de Heydrich. Kubiš est aussi atteint par l’explosion, mais légèrement. Gabčík abandonne sa Sten et, aussitôt, les deux assaillants sortent leur pistolet pour tirer sur Heydrich mais comme l’explosion les a également choqués, ils manquent leur cible : ils prennent alors la fuite dans des directions différentes. Le chauffeur, le SS-Oberscharführer Johannes Klein, part à la poursuite de Kubiš qui monte sur une bicyclette. Heydrich, ne ressentant apparemment pas ses blessures, descend aussi de voiture mais en titubant, il réplique et tente de poursuivre Gabčík : il s’effondre rapidement sur le sol. Klein ne parvient pas à rattraper Kubiš et revient vers Heydrich, celui-ci saigne abondamment et ordonne à Klein de poursuivre Gabčík à pied[7]. Klein s'élance à nouveau et retrouve Gabčík dans une boutique de boucher, mais le parachutiste fait feu à deux reprises avec son pistolet[8], blessant sérieusement Klein à la jambe, ce qui lui permet de s'échapper et de rejoindre une cache, après avoir pris un tramway. À ce moment, les deux parachutistes en fuite sont persuadés que leur mission a échoué.

Heydrich est transporté à l’hôpital Bulovka tout proche, où il subit une opération. Il se rétablit progressivement et, six jours plus tard, il prend son déjeuner assis dans son lit, mais c’est alors que son état s'aggrave brutalement et il tombe dans le coma : il succombe le lendemain matin, le 4 juin 1942.

Siège de l'église Saints-Cyrille-et-Méthode et mort[modifier | modifier le code]

Les responsables nazis lancent une recherche intensive des deux « terroristes », avec demande de collaboration de la population et offre de prime, utilisant même les salles de cinéma[9] ; pour qu'un indicateur puisse les reconnaître, ils montrent les objets laissés sur place par les meurtriers de Heydrich : une casquette, un imperméable, une Sten, deux serviettes porte-documents, une bicyclette[10]. Sur trahison d'un membre d'un autre commando — Karel Čurda, du commando Out Distance (en)[11],[N 11] parachuté le 28 mars 1942 — qui donne entre autres le nom de la famille Moravec[12] ayant hébergé les parachutistes avant l’attentat, et après un interrogatoire « poussé » de cette famille, ils les trouvent en compagnie d’autres parachutistes[13],[N 12], cachés dans une église de Prague[14], l'église Saints-Cyrille-et-Méthode[4],[N 13]. Trois semaines après l'attentat, le 18 juin vers 15 h 45, 700 SS du bataillon de réserve Deutschland et du bataillon de garde Prag[14], sous le commandement du Brigadeführer Karl Fischer von Treuenfeld (en), font le siège de l'église mais ne sont pas en mesure de capturer les parachutistes vivants. Trois d’entre eux[14],[N 14], dont Kubiš, sont postés dans les galeries latérales et la tribune d’orgue[15], pour monter la garde ; ils livrent bataille pendant deux heures : deux sont gravement blessés et se suicident[16],[N 15], Kubiš souffre de multiples blessures et meurt vidé de son sang[17],[18]. Les quatre autres parachutistes[N 16], dont Gabčík, sont réfugiés dans la crypte ; ils refusent de se rendre en dépit des assauts répétés des SS, d’une tentative d’enfumage au gaz lacrymogène et de l'inondation entamée avec l'aide des pompiers de la ville[19] : ils finissent par se suicider[20]. Les Allemands perdent au moins 14 hommes, tués, et 21 autres, blessés[21]. Après les combats, c’est le traître Čurda qui est chargé d’identifier les corps des résistants disposés devant l'église[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le groupe Silver A est composé de 3 parachutistes, le First Lieutenant Alfréd Bartoš, le Warrant Officer Josef Valčík (cs), et le Lance-Corporal Jiří Potůček. Valčík apportera ultérieurement son concours au groupe Anthropoid.
  2. Le groupe Silver B est composé de 2 parachutistes, le Staff-Sergeant Jan Zemek and le Sergeant Vladimír Škácha.
  3. La partie de Tchécoslovaquie annexée en 1939 prend le nom de Protectorat de Bohème-Moravie. L'autre partie de la Tchécoslovaquie, la République slovaque, en acquérant son indépendance, est devenue un état « vassal » de l'Allemagne nazie.
  4. Mesuré sur la carte, en considérant qu'il passe par le quartier de Kobylisy, lieu de l'attentat.
  5. Le siège du protectorat est situé à quelques centaines de mètres du Château de Prague, qui est resté palais présidentiel et dont l'occupant est alors le président sans pouvoir Emil Hácha.
  6. Ce virage permet à la rue Zenklova (cs) (rue Kirchmayer à l'époque), du quartier de Kobylisy, de rejoindre la rue V Holešovičkách (cs) (dénomination inchangée) ; à cette jonction, un monument en l'honneur des parachutistes (cs) du commando a été érigé par l’état tchèque en 2009 ; en outre, dans le quartier à quelques dizaines de mètres, situées à l'intérieur du virage, trois rues portent désormais le nom de ces parachutistes : les rues Kubišova, Gabčíkova et Valčíkova. Ce virage permet de descendre dans le creux de la vallée de la Vltava (la Moldau en allemand), de franchir la rivière, puis de rejoindre la colline du Hradčany où se trouve le quartier historique du « Château ».
  7. Les parachutistes d’Anthropoid sont équipés de pistolet « Colt calibre 38, modèle de poche 1903 ». Des étuis — en effet, le terme « douilles » correspond aux obus et ne s'applique pas aux cartouches de pistolet — de ce calibre ont été retrouvés sur le lieu de l'attaque contre Heydrich.
  8. Sten dont la crosse repliable a été démontée pour pouvoir mieux la dissimuler dans une serviette porte-documents.
  9. La grenade antichar model 73 a été modifiée pour être de dimension plus petite en hauteur et pour recevoir un détonateur qui déclenche l'explosion au moindre contact, dès lors qu'elle est amorcée.
  10. Valčík faisait partie du groupe Silver A et il lui a été demandé d’aider le groupe Anthropoid.
  11. Le groupe Out Distance est composé de 3 parachutistes, le First Lieutenant Adolf Opálka (en), le Warrant Officer Karel Čurda, et le Corporal Cadet Ivan Kolařík. C'est Opálka, en tant qu'officier, qui a supervisé Kubiš et Gabčík dans le choix et la préparation de la méthode d’attaque de Heydrich : il leur a ainsi adjoint les services de Valčík du groupe Siver A.
  12. Les 7 occupants de l'église Saints-Cyrille-et-Méthode sont, outre Jan Kubiš et Josef Gabčík : Adolf Opálka le chef de Out Distance, le Sergeant Cadet Josef Bublík et le Sergeant Jan Hrubý du groupe de sabotage Bioscop largué début 1942, le Staff Sergeant Jaroslav Švarc du groupe Tin — dont la mission était d’assassiner le ministre de l'Éducation Emanuel Moravec — et Josef Valčík, le « guetteur » de Anthropoid, initialement dans Siver A.
  13. Cette église est située à l'angle des rues Resslova et Na Zderaze, dans le quartier historique de Nové Město, sur l'autre rive de la Moldau, à faible distance du Château.
  14. Adolf Opálka, Josef Bublík et Jan Kubiš
  15. Opálka souffrant d’une fracture au bras droit, s'empoisonne et se tire une balle dans la tempe droite ; Bublík, également atteint par de nombreux éclats de grenade, se tire aussi une balle.
  16. Il s'agit donc de Gabčík, Hrubý, Švarc et Valčík.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Burian et al 2002, p. 44.
  2. Burian et al 2002, p. 48-49.
  3. a, b, c, d et e Burian et al 2002, p. 64.
  4. a et b Burian et al 2002, p. 62.
  5. a et b Burian et al 2002, p. 80.
  6. Burian et al 2002, p. 37.
  7. Williams 2003, p. 147-155.
  8. Burgess p.160.
  9. Buzkova 2013, p. cf. minute 64.
  10. Buzkova 2013, p. cf. minute 65.
  11. Burian et al 2002, p. 54.
  12. Burian et al 2002, p. 60.
  13. Burian et al 2002, p. 56.
  14. a, b et c Burian et al 2002, p. 76.
  15. Buzkova 2013, p. cf. minute 72.
  16. Burian et al 2002, p. 77.
  17. Burian et al 2002, p. 78.
  18. MacDonald 1998.
  19. Burian et al 2002, p. 79.
  20. Burgess 1983.
  21. Cowdery et Vodenka 1994.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Michal Burian, Aleš Knížek, Jiří Rajlich et Eduard Stehlík, Assassination— Operation Arthropoid, 1941–1942, Prague, Ministry of Defence of the Czech Republic,‎ 2002, 96 p. (lire en ligne)
  • (en) Alan Burgess, Seven Men At Daybreak, Bantam Books,‎ 1983 (ISBN 978-0-5532350-8-1)
  • (en) Ray R Cowdery et Peter Vodenka, Reinhard Heydrich: Assassination, Lakeville, MN, USA, Victory WW2 Publishing Ltd,‎ 1994, 120 p. (ISBN 978-0-9106674-2-5)
  • (en) Callum MacDonald, The Killing of Reinhard Heydrich: The SS « Butcher of Prague », New York, Da Capo Press,‎ 1998 (1re éd. 1989) (ISBN 978-0-306-80860-9)
  • (en) Max Williams, Reinhard Heydrich: The Biography, Volume 2—Enigma, Church Stretton, Ulric Publishing,‎ 2003 (ISBN 978-0-9537577-6-3)

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Jarmila Buzkova, Opération Anthropoïde : Éliminer le SS Heydrich, France, Documentaire télévisuel de 79 minutes,‎ 2013

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]