Lebensborn

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Infirmière dans un établissement du Lebensborn (1943).

Le Lebensborn e. V. (Lebensborn eingetragener Verein, en français « Association enregistrée Lebensborn ») était une association de l'Allemagne nationale-socialiste, patronnée par l'État et gérée par la SS, dont le but était d'augmenter le taux de naissance d'enfants « aryens » en permettant à des filles-mères possédant de bonnes « qualités raciales », d'accoucher anonymement et de remettre leur nouveau-né à la SS qui en assurerait la charge puis l'adoption.

C'est dans le cadre de la politique d'eugénisme sous le nazisme et de promotion des naissances exacerbée que les Lebensborn virent le jour à l'initiative de Heinrich Himmler, le 12 décembre 1935, cette politique étant le pendant des camps d’extermination.

Il s'agissait à l'origine de foyers et de crèches, mais il semble sur la base de témoignages de voisinage[réf. nécessaire], que la SS transforma rapidement ces centres en lieux de rencontre, où des femmes allemandes considérées comme « aryennes » pouvaient concevoir des enfants avec des SS. Le but de ces centres était la création et le développement d'une race aryenne parfaitement pure et dominante. Les femmes accouchaient dans le plus grand secret. Les enfants nés dans les Lebensborn étaient pris en charge par la SS en vue de constituer l'élite du futur « Empire de mille ans ».

Le terme « Lebensborn » est un néologisme formé à partir de « Leben » (« vie ») et « Born » (« fontaine », en allemand ancien). Marc Hillel l'a traduit en français par « Fontaines de vie ».

Encore dans les années 1970, ces maternités étaient considérées comme une simple rumeur, donnant lieu à une grande puissance fantasmatique, certains y voyant des haras humains, d'autres des bordels SS, jusqu'à ce que Georg Lilienthal, un jeune historien spécialiste de la médecine SS, y consacre sa thèse en 1985[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

En vertu du concept de « pureté raciale » inscrit dans les principes fondateurs du nazisme et du rétablissement[2] de la polygamie germanique[3], Heinrich Himmler ouvrit le premier établissement à Steinhöring, près d'Ebersberg, en Haute-Bavière, le 15 août 1936, inaugurant la maternité Hochland, maison-mère du Lebensborn. Ce centre comportait trente lits pour les mamans et cinquante-cinq berceaux pour les enfants à naître. Leur nombre fut doublé en 1940.

Le service du Lebensborn était placé sous l'égide du général SS Sollmann. La « pureté de la race aryenne » répondait à plusieurs critères, qui déterminaient l'appartenance à une typologie aryenne qui comportait plusieurs niveaux de « pureté ». Le niveau le plus élevé était celui des pays nordiques. Chacun des niveaux de pureté était connu pour les qualités de ses membres : attachement à la patrie, attachement au Führer, attachement au pays.

Une dizaine d'établissements furent créés en Allemagne avant la Seconde Guerre mondiale — 8 000 enfants y naquirent —, puis deux en Autriche et un en Pologne, après l'invasion de ce pays en septembre 1939.

La fascination des nazis pour la « race aryenne nordique » les conduisit à ouvrir une dizaine de centres en Norvège recueillant des krigsbarn, « enfants de la guerre ». On estime à entre 9 000 et 12 000 le nombre d'enfants nés dans ces centres selon certaines sources. [réf. nécessaire]

Les centres étaient de taille variable, du bureau administratif à l'institution :

Rôle[modifier | modifier le code]

L'objectif du Lebensborn était de permettre à des femmes, mariées ou célibataires, de « race pure » de donner naissance à des enfants dont les pères appartenaient à l'élite raciale, notamment des membres de la SS.

Outre la reproduction de la race aryenne, le Lebensborn se chargeait aussi de la germanisation d'orphelins issus de couple mixtes, mais peut-être aussi d'enfants arrachés à leurs parents en provenance de Norvège, de Pologne et de Tchécoslovaquie. Ainsi, plus de 200 000 enfants furent emmenés en Allemagne et confiés à des familles allemandes sélectionnées.

Le Lebensborn mit en pratique les principes hitlériens. Le pouvoir en place décida d'élargir son recrutement en allant, par la suite, prélever des enfants dans des pays conquis (Pologne) où certains enfants dits racialement valables (2 millions d'enfants soustraits à leurs parents polonais) auraient été littéralement enlevés pour être germanisés. La proportion d'enfants arrachés à leurs véritables parents aurait atteint un cinquième des effectifs des Lebensborn. [réf. nécessaire]

La Maternité des Ardennes[modifier | modifier le code]

Beaucoup de ces Lebensborn étaient consacrés à l'éducation des enfants nés de l'union de soldats allemands et de femmes des pays occupés.

Les Allemands baptisèrent « Maternité des Ardennes » l'institution de Wégimont (commune de Ayeneux, province de Liège), qui ouvrit ses portes en novembre 1942 et les ferma le 1er septembre 1944. Celle-ci accueillit des femmes belges convaincues par les thèses nazies, mais aussi quelques Néerlandaises et Françaises du Nord. La contribution masculine était assurée par des soldats des régiments belges nazis, comme la Légion Wallonie, ou leurs homologues flamands, ainsi que des SS stationnés en Belgique[réf. nécessaire].

Mais ce centre ne fonctionna jamais véritablement ainsi que les Allemands l'auraient voulu, car le personnel belge y montra toujours de la mauvaise volonté[réf. nécessaire]. Il reste peu de documents sur cette affaire et la population locale évoque rarement ces faits.

Galerie d’installations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Georg Lilienthal, Der « Lebensborn e.V. » Ein Instrument nationalsozialistischer Rassenpolitik, Fischer-TB,‎ 2003 (ISBN 3-596-15711-0)
  2. Le sexe-ratio étant très défavorable aux hommes depuis la Grande Guerre.
  3. Serge Guérout, Science et politique sous le Troisième Reich, Édition Marketing,‎ 1992, p. 93
  4. (en) David Crossland, « Nazi Program to Breed Master Race: Lebensborn Children Break Silence », Der Spiegel, Hamburg,‎ 7 November 2006 (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Roman

  • Sarah Cohen-Scali, Max, Éditions Gallimard, série Scripto, 2012 (ISBN : 207-0-6438-91)
Récit
Études et essais
  • Marc Hillel, Au nom de la race, Éditions Fayard, 1975 (ISBN 2-2530-1592-X)
  • Boris Thiolay, Lebensborn : la fabrique des enfants parfaits : ces Français qui sont nés dans une maternité SS, Éditions Flammarion, 2012, (ISBN 2-08-124343-1)
  • Marc Hillel (en collab. avec Clarissa Henry), Au nom de la race ; Paris (Librairie Arthème Fayard), 1975. - Ouvrage paru également en format de poche chez Marabout (collection Marabout université), en décembre 1985 ; 274 pages (bibliographie aux pp. 269-272); ISBN 2-501-00749-2

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • (en) « The Lebensborn » Jewish Virtual Library's description of the Lebensborn programme (Les activités de Lebensborn à Jewish Virtual Library)