Canicule
Une canicule est une période de forte chaleur. Elle survient généralement lorsque, dans un secteur donné, l'amplitude thermique entre le jour et la nuit s'affaiblit pendant au moins 72 heures consécutives, la chaleur s'accumulant plus vite qu'elle ne s'évacue par convection ou rayonnement.
Sommaire |
Définition régionale [modifier]
La définition est relative au climat de la région habitée. La canicule en Afrique ou en Scandinavie se basera sur des valeurs et des durées différentes. C'est probablement cette difficulté qui a empêché la création d'une définition universelle. Par exemple, pour le nord de la France, elle correspond grosso modo à une température qui ne descend pas en dessous de 18 °C la nuit et atteint ou dépasse 30 °C le jour, alors que pour le sud c'est un minimum 20 °C et un maximum dépassant 35 °C le jour[1].
Étymologie [modifier]
Canicule vient du latin Canicula, qui signifie « petite chienne », l'autre nom de l'étoile Sirius[2]. Elle ne concerne donc à l'origine que la période annuelle du 24 juillet au 24 août, où cette étoile se couche et se lève en même temps que le Soleil, ce qui avait laissé penser aux anciens qu'il existait un lien entre l'apparition de cette étoile et les grandes chaleurs. Ainsi Pline l'Ancien écrivait : « Quant à la Canicule, qui ignore que, se levant, elle allume l'ardeur du soleil ? Les effets de cet astre sont les plus puissants sur la terre : les mers bouillonnent (XVIII, 68) à son lever, les vins fermentent dans les celliers, les eaux stagnantes s'agitent. Les Égyptiens donnent le nom d'oryx à un animal qui, disent-ils, se tient en face de cette étoile à son lever, fixe ses regards sur elle, et l'adore, pour ainsi dire, en éternuant. Les chiens aussi sont plus exposés à la rage (VIII, 61) durant tout cet intervalle de temps ; cela n'est pas douteux[3]. »
Histoire [modifier]
Il y a trois millénaires, Sirius se levait avec le Soleil (Lever héliaque de Sirius) au début de juillet. En Égypte antique, ce phénomène marquait le début de la saison de la crue du Nil et permettait de fixer le calendrier annuel. Dans la Rome antique, on lui attribuait de mauvaises influences (maladies causées par la chaleur et hurlements des chiens) et on tentait de conjurer l'influence néfaste de Sirius sur les moissons en immolant des chiennes rousses (couleur de l'astre à l'époque[réf. nécessaire]). Longtemps, les étés caniculaires ont eu lieu plusieurs années de suite. Ils allaient souvent par groupe de trois comme en 1383-1385, par groupe de quatre comme en 1331-1334 et 1778-1781, par groupe de sept comme en 1757-1763 et même par groupe de vingt comme en 1718-1737[réf. nécessaire]. Il y a quelques années, la Libye a connu la plus grosse canicule de l'histoire. En effet les températures, dans la journée, atteignirent les 57°C, un record jusqu'ici[réf. nécessaire].
Conséquences [modifier]
Les fortes chaleurs, associées aux anticyclones estivaux, peuvent durer de longues semaines et parfois des mois.
Dans les pays en voie de développement, elle provoquent une pénurie d'eau potable et la baisse de la qualité de cette eau, ce qui implique indirectement de nombreux décès. La consommation d'eau non potable fut par le passé une cause majeure de mortalité. Ainsi, en France, il y eut 500 000 morts en 1636, 700 000 en 1718 comme en 1719 ; l'impréparation du pays et la désorganisation du mois d'août[réf. nécessaire] ont transformé cet événement climatique exceptionnel en catastrophe sanitaire majeure. Il en fut de même lors de la canicule de 1666 en Angleterre. Les bulles de chaleur urbaine exacerbent les effets locaux d'une canicule. L'été caniculaire de 2003 a surtout eu des effets urbains, entraînant une surmortalité de 15 000 personnes en France[4] et 20 000 en Italie au cours des 20 premiers jours d'août, soit un accroissement de la mortalité de plus de 40 %[5]. Au total, on estime à 70 000 le nombre de décès dus à cet événement en Europe[6].
Les canicules peuvent provoquer des sécheresses catastrophiques. Le Grand incendie de Londres en 1666, qui ravagea la ville en quelques jours, a été favorisé par le manque d'eau disponible pour arrêter les flammes. La surconsommation électrique due à l'usage intensif des climatiseurs et à la faible production hydro-électrique entraîne de plus un déséquilibre brutal de l'offre et de la demande. En France, l'État dédommage ensuite régulièrement les acteurs économiques qui subissent des préjudices en raison des températures trop élevées en décrétant la situation de « catastrophe naturelle ». Les périodes de canicule correspondent généralement à des millésimes exceptionnels pour la production viticole, la vigne supporte bien en effet les très fortes chaleurs grâce à son enracinement très profond.
Prospective et modélisation [modifier]
Les modélisations de 2012[7] de Météo-France et Paris (scénario tendanciel, c'est-à-dire "moyennement pessimiste" concernant les émissions mondiales de gaz à effet de serre) confirment que le nombre et la gravité des canicules devraient augmenter d'ici 2010 (de 2ºC à 4ºC d'ici à la fin du siècle par rapport à la moyenne 1971-2006), surtout en juillet-août (3,5ºC à 5ºC de plus que la normale), avec environ 12 fois plus de jours de canicules dans l'année[8].
Dans le dôme de chaleur de la région Île-de-France, quartiers et arrondissements seront plus ou moins exposés, selon la largeur des rues, la hauteur, la couleur et le type de bâtiments présents, le couvert végétal, la proximité ou présence d'eau[8]... les IIe, IIIe, VIIIe, IXe, Xe et XIe arrondissements se réchauffent le plus (comme en 2003 avec 4ºC à 7ºC de plus qu'en petite couronne, en fin de nuit, et avec différence de 2ºC à 4ºC selon les arrondissements parisiens). Un effet de "panache de chaleur" modifie aussi la géographie de la bulle chaude[8]. Gagner quelques degrés pourrait améliorer la qualité de vie et épargner des vies (En 2003, quelques degrés de plus que la moyenne ont induit une surmortalité de 15 000 morts en France et près de 70 000 en Europe)[8].
Phénomène météorologique [modifier]
Les canicules en Europe se produisent par l'installation sur le continent d'un régime de dorsale de longue durée. Bien que l'Europe soit sous une dorsale 23 % du temps, seulement un faible pourcentage mène à une situation de blocage météorologique favorable aux canicules.
Préventions [modifier]
Précautions [modifier]
L'état de canicule étant défini comme un événement exceptionnel, les populations n'ont souvent pas l'habitude de gérer ces événements (contrairement aux chaleurs « habituelles »). On dénombre principalement deux risques : le coup de chaleur (si, sous l'effet de l'environnement, la température corporelle s'élève au-delà de 40,5 °C, le fonctionnement des cellules est altéré) et la déshydratation.
Cinq catégories de personnes sont particulièrement exposées :
- les jeunes enfants : ils sont dépendants, et s'ils réclament spontanément à boire, en pleurant, ils ne sont pas capable de boire sans aide ni de se protéger de la chaleur ;
- les personnes faisant des efforts physiques, en raison de la thermogenèse du travail musculaire : travailleurs exposés aux chaleurs extrêmes (par exemple ouvriers du bâtiment), sportifs, randonneurs ;
- les personnes souffrant de troubles cardiovasculaires : la transpiration ou l'hydratation excessive vont modifier la pression sanguine et sa composition ;
- les personnes âgées : celles-ci perdent la notion de soif et doivent donc boire même si elles n'en ont pas envie ;
- les sans-abris, qui ne peuvent pas se protéger de la chaleur et sont en général exclus des lieux frais (hall de supermarché et de cinéma climatisés).
Les précautions à prendre sont de se protéger du soleil (en particulier, ne jamais laisser un enfant seul dans une voiture ou une caravane, même pour une courte durée), de se rafraîchir en se mouillant la peau (brumisation, bains, douches) et en utilisant un ventilateur, voire en allant dans des lieux climatisés), et de boire suffisamment (avant d'avoir la sensation de soif intense), selon l'activité physique et selon la chaleur.
Le cas des personnes âgées est délicat car celles-ci ont fréquemment une hypertension artérielle (HTA) ou une insuffisance cardiaque, dont le traitement fait intervenir des diurétiques et/ou un régime sans sel. L'absorption d'eau sans sel peut conduire à une hyponatrémie (baisse de la teneur de sodium dans le sang). Certains médecins considèrent que le risque de déshydratation et d'hyponatrémie prime sur le risque d'œdème : gonflement des membres et œdème pulmonaire ; en effet, l'œdème pulmonaire est facile à détecter et à traiter (y compris par un médecin généraliste à domicile), alors que la déshydratation et l'hyponatrémie sont difficiles à détecter et plus mortelles. Certains recommandent donc la suspension de régimes sans sel et de diurétiques ; mais ceci ne fait pas consensus, et dans tous les cas, la décision se prendra en accord avec le médecin traitant, seul compétent en la matière.
Protection de l'habitation [modifier]
Recherche [modifier]
Selon une étude de 2007 réalisée par le CEA et le CNRS, un déficit de pluie en Europe du Sud (Italie, sud de la France, Espagne et Portugal) en hiver serait annonciateur de canicule à 70 % sur l'Europe centrale et du nord[9].
Notes et références [modifier]
- La canicule est une période de très forte chaleur durant l'été, sur le site actu-environnement.com
- Canicule, définition, sur Larousse. Consulté le 15 août 2012
- Pline l'Ancien, L'Histoire naturelle, livre II, Chapitre 40-42-43.
- Canicule en France : 15 000 morts, sur le site notre-planete.info du 26 septembre 2003
- La mortalité moyenne en France est de 1 800 décès par jour[réf. nécessaire]
- [PDF] CANICULE - Étude de l’impact de la canicule d’août 2003 sur la population européenne, sur Commission européenne. Consulté le 18 août 2009
- étude financée par la Ville de Paris (projet Epicea), publiées le 24 octobre 2012
- Les étés seront de plus en plus caniculaires à Paris, Le Monde du 26 octobre 2012, consulté le 28 octobre 2012.
- [PDF] Recherches France Changement Climat 2007, sur CEA.fr. Consulté le 18 août 2009
Annexes [modifier]
Articles connexes [modifier]
- Sécheresse de 1976
- Canicule européenne de juillet 1983, 2003, 2007 et 2010.
- (es) Canicule de 1994 en Espagne
- Canicule en France métropolitaine d'août 2012
Liens externes [modifier]
- Canicule et chaleur extrême, site du ministère français de la santé
- Chaleur et canicule : Comment passer un bon été, site du Laboratoire de Santé Publique de Marseille