Éventail

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éventail de Yi Yuanji (1000 — 1064), dynastie Song
Éventail esquissant le mont Fuji.
Eventail 1700
Éventail Louis XIV

L'éventail est un accessoire utilisé pour induire un courant d'air dans le but de se rafraîchir. Tout outil plat assez large agité en un mouvement de va-et-vient va créer un petit courant d'air et peut donc être considéré comme un éventail.

En général, l'éventail est en forme de secteur de cercle, et fabriqué de matériaux légers (papier, plumes...) montés sur des lamelles qui tournent autour d'un pivot, permettant de le fermer lorsqu'il n'est pas utilisé, et donc un transport aisé.

Le principe est de donner un débit d'air sur la peau, ce qui augmente le taux d'évaporation des gouttelettes de sueur. Cette évaporation induit un effet de refroidissement dû à la chaleur latente d'évaporation de l'eau.

Leur usage est attesté dès l'Antiquité. Ils sont aussi utilisés aujourd'hui différemment, comme dans la danse, la publicité, la mode, etc.

Divers types d'éventails[modifier | modifier le code]

  • l'écran fixe ou écran à main, avec manche et feuille en carton ou en vannerie de forme drapeau (en Italie au XVe siècle et encore actuellement dans le monde arabe) ;
  • l'éventail formé d'un manche réunissant des plumes ou feuilles de végétaux (tel un modèle trouvé dans la tombe de Toutânkhamon) ;
  • l'éventail utilisé dès le Haut Moyen Âge et conservé sous forme de flabellum liturgique par l'église chrétienne ;
  • l'éventail brisé, où des lames d'ivoire, nacre, bois ou autre matériau dur s'ouvrent autour d'un axe (rivure), réunies près de l'autre extrémité par un fil ou un ruban ;
  • l'éventail de plumes montées sur des brins réunis par un fil, ou, dans la même veine, l'éventail palmettes, dit « Jenny Lind », où des « palmettes » en carton ou en tissu remplacent les plumes ;
  • l'éventail plié, où les « brins » de matériau dur (avec aux extrémités des « panaches » protecteurs plus importants) servent de support à une feuille en papier, peaux de diverses natures, dentelle ou tissu (plus tardivement) ; les éventails pliés sont les plus répandus ; comme les éventails brisés, ils trouvent leur origine en Chine.

Fabrication[modifier | modifier le code]

La fabrication d'éventails fait appel à des dizaines de corps de métier et d'artisans : brodeurs, sculpteurs, graveurs, ennoblisseurs, plisseurs, etc. Le métier d'éventailliste est considéré comme maître d’art. Certaines maisons actuelles ont d'ailleurs le label «Entreprise du patrimoine vivant», marque du Ministère de l'Économie, des Finances et de l’Industrie, mis en place pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence.

Histoire[modifier | modifier le code]

Tanagra représentant une femme avec son éventail, IVe siècle av. J.-C..

En Chine, les premiers écrits sur les éventails datent de la dynastie Jin (265-420). Les premiers éventails, appelés fanzi (扇子, shànzi) étaient rigides et en plumes. Le caractère chinois désignant l'éventail est composé du caractère de la demi-porte () et du caractères des plumes ()[1],[2]. Au IIe siècle déjà le bambou était utilisé pour la fabrication de la monture. Parmi les matériaux traditionnels des bambous en Chine, on trouve, du bambou, de l'ébène, de l'ivoire, des écailles de tortue, de la soie, du papier, des feuilles d'or, des plumes, différents métaux et du tournesol. Il existe en Chine deux formes, l'une rigide dont la partie contenant le papier est entre le rond et le carré et un pliable, la forme la plus répandue de nos jours. Il existe une version pliable faite en bois de santal. Celui-ci à le double avantage d'être parfumé, et, lorsqu'il est laissé dans les placards la nuit, de chasser certains insectes nuisibles.

Les cinq types d'éventails chinois sont :

  • Zhensi (真丝扇, zhēnsī shàn), en soie veritable.
  • Tanxiang (檀香扇, tánxiāng shàn), en bois de santal.
  • Huohua (火画扇, huǒhuà shàn), datant de la dynastie Qing, faits de verre peint.
  • Zhusi (竹丝扇, zhúsī shàn), appelé plus couramment (龚扇, gōngshàn), de forme ronde, fait de fil de bambou finement tissé, lui donnant l'aspect transparent des ailes des cigales.
  • Lingjuan (绫绢扇, língjuàn shàn), éventail pliable, utilisant une mousseline faite de soie légère.

En Égypte antique, le pharaon est protégé des mouches par le flabellum, éventail porté par un courtisan, le flabellifère, confectionné en plumes ou en feuilles et monté sur une hampe. Dans les tombes de pharaon sont retrouvés ces flabelli qui dit-on, redonnaient le souffle au défunt[3].

En Grèce antique, les éventails, connus sous le nom de rhipis dès le Ve siècle av. J.-C., sont de simples écrans à manche, ordinairement en forme de feuille d'arum ou de palmier. Les Étrusques et les Romaines empruntent cet accessoire de mode aux femmes grecques[4].

Au Japon, la tradition chinoise est reprise. Il y a donc également deux sortes d'éventails, le sensu (扇子?) ou simplement ôgi (?) qui se plie et l’uchiwa (団扇?) en bambou de forme ronde et qui ne se plie pas. L'inventeur du sensu au VIIe siècle se serait inspiré des ailes des chauve-souris[5].

En Europe[modifier | modifier le code]

Le flabellum, éventail cérémoniel, apparaît en Europe au IVe siècle pour un usage liturgique : les flabella, chasse-mouches constitués de fines membranes, de peau plissée (tel le flabellum de Tournus daté des années 850[6]), de plumes du paon, de drap fin, ou plus rudimentairement en crins de cheval[7].

Les éventails à manche sont (pour un usage profane) réintroduits en Europe par les Croisés au XIIIe siècle. Les éventails « pliés » qui se ferment sur eux-mêmes et peuvent se déplier en demi-cercle sont importés en Europe au milieu du XVIe siècle par les commerçants portugais revenus du Japon. Introduit en France sous sa forme moderne par Catherine de Médicis, objet favori d'Élisabeth Ire d'Angleterre, il connut un important développement en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles. Produit essentiellement en France, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Italie et dans l'espace germanique, ce fut d'abord un objet aristocratique et artistique, reprenant les sujets (mythologiques et bibliques surtout) de tableaux connus, tant sur les feuilles que sur les montures d'ivoire, de nacre ou d'écaille.

détail d'un éventail à feuille du XVIIIe siècle et monture vers 1840

Les sujets devinrent souvent moins recherchés avec les bergerades (éventails à feuille rehaussée de scènes de bergers galants) de la fin du XVIIIe siècle, la qualité moindre minorant le prix et facilitant la diffusion de l'objet dans la classe moyenne. Il devint même populaire grâce aux techniques d'impression (et parfois même vecteur de propagande politique avant et pendant la Révolution). C'est à cette période qu'il disparut presque en France, pour ne réapparaître qu'avec plus de vigueur après 1830, connaissant un second âge d'or pendant le Second Empire et atteignant sa taille maximale vers 1890.

Certains marchands d'éventails (notamment la maison Duvelleroy) ont inventé au XIXe siècle un pseudo « langage de l'éventail » très élaboré et codifié. Il s'agissait d'un outil marketing et aucune trace de ce prétendu langage ne peut-être trouvée au XVIIIe siècle. Toutefois les scènes figurant sur les éventails participent à la communication sociale, de même que la gestuelle de son maniement, en particulier à la Cour[8].

Cet objet est quelque peu tombé en désuétude pendant l'entre-deux-guerres, hormis en tant qu'objet publicitaire (parfois d'excellente qualité) et hormis aussi dans quelques pays comme l'Espagne, où la fabrication s'était établie moins d'un siècle plus tôt.

Il continue d'accompagner quelques personnages iconoclastes. Moyen élégant et écologique de faire face au réchauffement climatique, il connait cependant au début du XXIe siècle un regain de faveur, et divers créateurs réapparaissent notamment en France.

En Asie[modifier | modifier le code]

En Orient, même s'il fut aussi fabriqué au goût européen dès le XVIIe siècle, il est resté un élément essentiel de l'art de vivre et de la culture. Les plus grands peintres chinois ou japonais l'ont utilisé comme support pour leurs œuvres. Objet indissociable des rites traditionnels de la Chine et du Japon, l'éventail est un accessoire fondamental dans le théâtre japonais ou kabuki, dans l'art narratif rakugo, dans la danse traditionnelle[9], de même que dans certains arts martiaux.

Comme arme[modifier | modifier le code]

gongfu de l'éventail en Chine

L'éventail est aussi utilisé comme arme dans certains arts martiaux chinois. Il est ainsi présent dans le Taiji shan (太极扇), art martial lié au Tai-chi-chuan (ce dernier étant pratiqué à main nue), ou dans la danse traditionnelle chinoise.

Gunsen

Pendant le Moyen Âge au Japon, le chef de guerre (le shogun) portait un gunsen (littéralement « éventail de guerre ») : ce type d'éventail avait une monture forgée en acier et servait à la fois de signe de ralliement et de direction des troupes (brandi ouvert), et à la fois de garde et de protection (une fois fermé) lors d'un combat au sabre. Le tessen, de forme plus européenne, était plutôt réservé aux femmes.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. «  », dictionnaire étymologique chinois zhongwen.com
  2. « Histoire des éventails chinois »,‎ lundi 8 octobre 2007
  3. Irena Pomorska, Les flabellifères à la droite du roi en Égypte ancienne, Éditions scientifiques de Pologne,‎ 1987, p. 72
  4. Robert Flacelière, La Grèce au siècle de Périclès, Hachette Livre,‎ 1996, p. 199
  5. Edmond de Goncourt, Utamaro, Parkstone International,‎ 2012, p. 67
  6. (it) Danielle Gaborit-Chopin, Flabellum di Tournus, Museo nazionale del Bargello,‎ 1988, 67 p.
  7. Henri de Villiers, « Le Flabellum de Saint-Philibert de Tournus – flabelli et ripidia d’Orient & d’Occident », 17 juillet 2012
  8. http://www.duvelleroy.fr/fr/content/19-le-langage-de-leventail
  9. Les éventails traditionnels d’Edo, nippon.com, le 15 mai 2014

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • P. Payen-Appenzeller, Éventails, Parangon, Paris, 2001
  • L'éventail et ses secrets, Tassinari, 2009
  • Eventails chinois japonais et orientaux, Tassinari, 2009
  • D. Crépin et G. Letourmy, "Tabletiers et éventaillistes à Paris au XVIIIe siècle, avant la Révolution", Le Vieux-Papier, 2011
  • M. Volet, "Eventails européens", Vesenaz, 1994

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]