Efflorescence algale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Un effleurissement planctonique au large de la Bretagne, vue depuis l'espace.
Surface : plus de 20 000 km2 (cliché NASA)
Pullulation de cyanophycées en eau douce, avec apparition de taches bleues correspondant aux pigments bleus libérés par des bactéries mortes
Exceptionnellement, en fin de prolifération de cyanophycées, le biofilm prend une couleur bleue, notamment sur les berges où le vent ou le courant ont poussé les algues
Mousse formée par des phaeocystis sur le littoral du Nord-Pas-de-Calais (ici à Ambleteuse)

Une efflorescence algale (en anglais : algal bloom) est une augmentation relativement rapide de la concentration d'une (ou de quelques) espèce(s) de phytoplancton dans un système aquatique. Cette augmentation de concentration se traduit généralement par une coloration de l'eau (rouge, brun-jaune ou vert). Ce phénomène peut concerner des eaux douces ou marines.

On considère généralement le seuil de l'efflorescence algale à 10 000 cellules par millilitre ; dans certains cas, la concentration peut atteindre plusieurs millions de cellules par millilitre.

Le phénomène peut être naturel ou favorisé par des pollutions terrigènes (nitrates, phosphates). Dans ces derniers cas, des proliférations intenses et longues peuvent conduire à des zones mortes, en raison d'une consommation de la totalité de l'oxygène dissous dans l'eau la nuit et/ou d'émissions de toxines par certaines espèces de plancton.

Histoire[modifier | modifier le code]

Des témoignages anciens de prodiges pourraient être expliqués par des explosions algales. Par exemple, au Haut Moyen Âge, Grégoire de Tours décrit[1] le phénomène suivant :

« Dans une autre ville proche de la cité de Vannes, il y avait un grand étang rempli de poissons, dont l’eau, à la profondeur d’une brasse, se changea en sang. Pendant plusieurs jours il se rassembla autour de cet étang une multitude innombrable de chiens et d’oiseaux qui buvaient ce sang, et le soir s’en retournaient rassasiés. »

On peut imaginer — sans en être certain — que la pluie de sang décrite par le même auteur puisse avoir pour origine ce type de phénomène, associé au passage d'une tornade.

Teneurs en plancton[modifier | modifier le code]

Les efflorescences algales peuvent faire l'objet d'une surveillance, à partir d'images satellites et d'échantillonnage sur place. Plusieurs outils permettent de mesurer la biomasse de plancton (éventuellement au moyen de la mesure de la chlorophylle dans le cas des cyanophycées) puis d'examiner les espèces présentes.

Les pics de concentration varient selon le milieu :

Impacts[modifier | modifier le code]

Des efflorescences localisées peuvent être normales (à cause de la remontée d'eau, au printemps par exemple) ou, plus souvent, être exacerbées par les apports d'eutrophisants d'origine humaine.

Elles peuvent alors localement déséquilibrer la chaîne alimentaire, voire entraîner des déséquilibres écologiques plus durables (eutrophisation évoluant vers une zone marine morte, avec pollution organique, émissions de gaz à effet de serre, mortalité de poissons et crustacés), sur de vastes zones (la plus grande a atteint 22 000 km² en 2007, au large de l'estuaire du Mississippi).

Certains types de micro-organismes en cause dans ces phénomènes peuvent sécréter des phycotoxines et, par là, entraîner des intoxications pour la faune aquatique, la faune terrestres consommant des poissons ou s'abreuvant dans l'eau. Ce phénomène peut contribuant au phénomène de zones mortes et entraîner l'interdiction provisoire de récolte ou vente de certains produits de la mer (coquillages en particulier). Par exemple, le 19 novembre 2008, les autorités de l'Orégon y ont provisoirement interdit la récolte des coquillages sur tout le littoral en raison des taux de toxines paralysantes (probablement produites par des dinoflagellées), suite à une prolifération algale inhabituelle[4].

À titre d'exemple (en Écosse, début des années 1990), dans plusieurs cas, on a pu démontrer que la mort de chiens ayant bu de l'eau de lac dans une zone d'effleurissement de cyanophycées benthiques était due à une intoxication par des molécules hautement neurotoxiques produites par les cyanobactéries (en l'occurrence du genre Oscillatoria, dont certains exemplaires ont aussi été retrouvées dans le contenu stomacal des chiens empoisonnés) ; dans ce cas la neurotoxine était l'anatoxine-a, retrouvée dans l'estomac des chiens, et également produite en laboratoire par les cultures de la même bactérie. C'était la première fois qu'on trouvait cette toxine dans un organisme benthiques plutôt que planctonique)[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Histoires, Livre IIX
  2. T. Zohary & R. D. Roberts ; Hyperscums and the population dynamics of Microcystis aeruginosa ; J. Plankton Res. ; 1990 ; volume=12 - Chap 2, pages 423–432 ; doi:10.1093/plankt/12.2.423
  3. J. Bartra & Wayne W. Carmichael, Ingrid Chorus, Gary Jones, and Olav M. Skulberg; « Toxic Cyanobacteria in Water: A guide to their public health consequences, monitoring and management » ; Chap. 1. Introduction ; Ed : OMS ; 1999 ; ISBN 0-419-23930-8 ; Voir Consulté 2007/06/09
  4. Oregon Department of Agriculture shellfish, et Informations sur les toxines marines par les CDC
  5. Christine Edwards, Kenneth A. Beattie, Charles M. Scrimgeour, Geoffrey A. Codd, Identification of anatoxin-A in benthic cyanobacteria (blue-green algae) and in associated dog poisonings at Loch Insh, ScotlandToxicon Volume 30, Issue 10, October 1992, Pages 1165–1175 (Résumé)

Articles connexes[modifier | modifier le code]