Atropine

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atropine
Atropine Enantiomers Structural Formulae V.2.svg
Structure de l'atropine
(énantiomères (R) en haut et (S) en bas)
Identification
Nom IUPAC 3-hydroxy-2-phénylpropanoate de 8-méthyl-8-azabicyclo[3.2.1]oct-3-yle
Synonymes

3-hydroxy-2-phénylpropanoate de tropan-3α-yle

No CAS 51-55-8
5908-99-6 (monohydrate de sulfate)
No EINECS 200-104-8
No RTECS CK0700000
Code ATC A03BA01, S01FA01
DrugBank DB00572
PubChem 174174
ChEBI 16684
SMILES
InChI
Apparence Solution limpide ou poudre blanche
Propriétés chimiques
Formule brute C17H23NO3  [Isomères]
Masse molaire[1] 289,3694 ± 0,0163 g/mol
C 70,56 %, H 8,01 %, N 4,84 %, O 16,59 %,
Propriétés physiques
fusion 95 °C(sublimation)[2]
ébullition 95 °C(sublimation)
Solubilité 2 mg·ml-1 eau.
Sol dans l'éthanol
Précautions
Directive 67/548/EEC[4]
Très toxique
T+



Transport[4]
66
   1544   
[3]
SGH[4],[5]
SGH06 : Toxique
Danger
P260, P264, P284, P310, P301+P310,
Données pharmacocinétiques
Biodisponibilité 25 % (orale)
Métabolisme Hydrolyse en tropine
et acide tropique (50 %)
Demi-vie d’élim. 120 minutes
Excrétion

Urinaire sous forme
inchangée (50 %)

Considérations thérapeutiques
Classe thérapeutique Anticholinergique (antimuscarinique)
Voie d’administration Orale
Intraveineuse
Topique
Unités du SI et CNTP, sauf indication contraire.

L'atropine est un alcaloïde tropanique présent dans diverses plantes de la famille des Solanacées, comme la belladone, le datura, la jusquiame et la mandragore, (des solanacées dites vireuses). Elle est souvent utilisée en tant qu'antidote de certains gaz de combat neurotoxiques comme le gaz VX.

L'atropine est un racémique, donc optiquement inactif (mélange équimolaire d'énantiomères lévogyre et dextrogyre), alors que l'isomère lévogyre S-(–) est l'hyoscyamine.

L'atropine est un antagoniste cholinergique qui agit en se fixant aux récepteurs muscariniques de l'acétylcholine dans le système nerveux central et périphérique.

Histoire de la découverte[modifier | modifier le code]

L'histoire de la découverte[6] de l'atropine est un peu compliquée. En 1809, le chimiste français Vauquelin en isola une forme impure à partir de la belladone. En 1822, Rudolph Brandes, un pharmacien allemand, nomma cette molécule active "atropine". Mais l'atropine pure semble avoir été isolée la première fois par un pharmacien allemand du nom de A. Mein (1790-1850) à partir de racines sèches de belladone (Atropa belladonna) en 1831. Cependant, il ne publia ses résultats qu'en 1833 à la demande d'un ami de Geiger. Et cette même année, P.L. Geiger et son étudiant Hesse, isolèrent l'atropine des feuilles de l'Atropa belladonna. La même année Geiger isola l'hyoscyamine des graines de jusquiame.

En 1864, Lossen montra que l'atropine s'hydrolyse en acide tropique et tropanol. Finalement, en 1897, sa structure chimique fut déterminée correctement par Willstätter.

L'atropine est un mélange racémique, de (S)-hyoscyamine, présent naturellement dans les plantes et doué d'une grande activité pharmacologique et de (R)-hyoscyamine qui apparait durant l'extraction et qui a une moindre activité. Les jeunes organes contiennent de l'S-(–)-hyoscyamine pratiquement pure alors que les organes les plus anciens se caractérisent par la présence de l'isomère R-(+).

Suivant Eckart Eich [7](2008), « il n'est pas vraiment correct d'assurer qu'à la fois l'hyoscyamine et l'atropine, sont des constituants de la plante. Les formes S-(–) et R-(+) sont présentes dans les organes dans un certain rapport qui n'est pratiquement jamais de 50:50 (de l'atropine stable). Normalement le rapport instable est quelque chose entre 100:0 et 51:49 en faveur de l'hyoscyamine (ie. de la forme S-(–)), avec une concentration plus forte dans les jeunes organes. Ainsi, la plante comporte un mélange déséquilibré des formes S-(–) et R-(+) mais pas d'atropine ».

Usage médical[modifier | modifier le code]

En inhibant les récepteurs cholinergiques muscariniques, l'atropine diminue le tonus du parasympathique, si bien que l'influence du sympathique devient prépondérante.

Effets utiles[modifier | modifier le code]

Au niveau périphérique, elle induit aux doses faibles (0,20,3 mg) une bradycardie puis aux doses élevées (0,50,75 mg et au-delà) surtout des effets parasympatholytiques. Ainsi, à dose thérapeutique (0,50,75 mg et au-delà), elle provoque une accélération cardiaque, une diminution des sécrétions (sueur et salive), un relâchement des muscles lisses et une mydriase (dilatation de la pupille) prononcée (assuré par le système sympathique). Cette dernière propriété est mise à profit en ophtalmologie pour faciliter l'examen de l'œil. En administration locale sous forme de collyre, l'atropine a une très longue durée d'action.

En s'opposant à l'effet de l'acétylcholine sur les muscles lisses, l'atropine les relâche. Elle a donc une action antispasmodique.

Indications[modifier | modifier le code]

  • C'est le médicament de choix, par voie intra-veineuse ou souscutanée, contre le malaise vagal mal toléré ou en situation d'urgence. L'atropine est également utilisée pour accélérer la fréquence cardiaque en cas de bradycardie transitoire et lors de certains troubles de la conduction cardiaque.
  • L'atropine s'utilisait aussi pour diminuer les tremblements chez les parkinsoniens. Elle est remplacée par des antiparkinsoniens de synthèse possédant des propriétés atropiniques.
  • Avant les interventions chirurgicales, elle est utilisée en prévention de la bronchosécrétion, du bronchospasme, et du laryngospasme.
  • Mal des transports (akinétose).
  • Antidote à certaines intoxications (gaz neurotoxiques à usage militaire, pesticides, etc.) voir les Intoxication aux organophosphorés.

Sa durée d'action est relativement courte.

Effets secondaires[modifier | modifier le code]

  • Sécheresse de la bouche par arrêt de salivation
  • Sécheresse de la peau par arrêt de sudation
  • Hypertonie oculaire
  • Constipation
  • Élévation de la température corporelle par vasodilatation au niveau de la peau et l'absence de sueur
  • Vision trouble pour la lecture de près (arrêt de l'accommodation)
  • Rétention d'urine chez les personnes prédisposées (hypertrophie de la prostate)

L'atropine peut provoquer une grave intoxication à la dose de 10 mg (ce qui représente plus de dix fois la dose habituelle), qui peut ensuite provoquer la mort par dépression de la respiration et par dépression du système cardio-vasculaire. À doses importantes, elle stimule d'abord, puis induit excitation et délire en perturbant la mémoire avant de provoquer une paralysie, un coma, puis la mort.

  • Inhibition de nombreuses sécrétions physiologiques (sécrétions nasales, bronchiques, pancréatiques, gastriques, etc.).
  • Accentuation des sensations douloureuses.

Utilisation en médecine vétérinaire lors d'intoxication aux organophosphorés et aux carbamates (pesticides).

Contre-indications[modifier | modifier le code]

Précautions d'utilisation[modifier | modifier le code]

L'atropine passe la barrière placentaire.

La belladone (Atropa belladonna)


Divers[modifier | modifier le code]

L'atropine fait partie de la liste des médicaments essentiels de l'Organisation mondiale de la santé (liste mise à jour en avril 2013)[8].

Article connexe[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Masse molaire calculée d’après « Atomic weights of the elements 2007 », sur www.chem.qmul.ac.uk.
  2. (en) David R. Lide, Handbook of chemistry and physics,‎ 2009, 89e éd., chap. 3 (« Physical Constants of Organic Compounds »), p. 30
  3. Entrée du numéro CAS « 51-55-8 » dans la base de données de produits chimiques GESTIS de la IFA (organisme allemand responsable de la sécurité et de la santé au travail) (allemand, anglais), accès le 27 novembre 2008 (JavaScript nécessaire)
  4. a, b et c Fiche Sigma-Aldrich du composé Atropine ≥99% (TLC), powder, consultée le 11 mai 2014.
  5. Numéro index 614-010-00-3 dans le tableau 3.1 de l'annexe VI du règlement CE N° 1272/2008 (16 décembre 2008)
  6. (en) Paul Bernard Foley, Beans, roots, and leaves : a history of the chemical therapy of Parkinsonism, Tectum Verlag,‎ 2003
  7. (en) Eckart Eich, Solanaceae and Convolvulaceae: secondary metabolites
    Biosynthesis, chemotaxonomy, biological and economic significance
    , Springer,‎ 2008
  8. WHO Model List of Essential Medicines, 18th list, avril 2013

Pierre Allain, PHARMACOLOGIE Les médicaments, CdM Editions,‎ 1999