Serge Ayoub

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Serge Ayoub
Image dans Infobox.
Serge Ayoub au défilé du FN à Paris le 1er mai 2014
Fonctions
Responsable
Troisième Voie
-
Responsable
Jeunesses nationalistes révolutionnaires
-
Biographie
Naissance
Nom de naissance
Serge Élie AyoubVoir et modifier les données sur Wikidata
Surnom
BatskinVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Autres informations
Parti politique
Idéologie
Membre de
Condamné pour

Serge Ayoub, né le à Bagnolet, est un militant d'extrême droite français. Il dirige les Jeunesses nationalistes révolutionnaires dans les années 1980-1990, puis le mouvement Troisième Voie dans les années 2010.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Fils d'une magistrate[1] française et d'un haut fonctionnaire d'origine libanaise[2],[3] ancien combattant français de la guerre d'Algérie, Serge Élie Ayoub[4] naît le [5].

Politisation[modifier | modifier le code]

Il devient meneur des skinheads de France[Quand ?][6], au sein de laquelle il reçoit le surnom « Batskin » en raison de l'utilisation fréquente qu'il faisait des battes de baseball lors des affrontements physiques avec ses adversaires politiques, notamment lors d'un affrontement au lycée Charlemagne de Paris[7].

Très actif durant les années 1980 avec sa bande de skinheads appelée « le Klan », avec pour symbole une rune d'Odal rouge — d'où l'appellation « poissons rouges » qui leur a été donnée —, il tente de devenir le leader des hooligans du Parc des Princes afin de les politiser, avec le Pitbull Kop[8], sans véritable succès. Il fonde ainsi en 1987 les Jeunesses nationalistes révolutionnaires (JNR) et s'inscrit comme étudiant à l'université de Paris VI (Jussieu) où il aurait été coutumier d'affrontements avec les divers groupes antifascistes et redskins[9].

Médiatisation puis retrait de l'action politique[modifier | modifier le code]

Les JNR sont médiatisées, dans les années 1980-1990, du fait de la violence de leur engagement et Serge Ayoub fit plusieurs apparitions télévisées lors de débats ou de reportages[1]. Après avoir été associées à Jean-Gilles Malliarakis, dirigeant du Mouvement nationaliste révolutionnaire, puis de Troisième Voie, les JNR s'en dissocient dès 1989[10], à la suite de la « droitisation » de ce dernier. En 1993, Ayoub se présente aux élections législatives et obtient 0,17 % des voix dans les Hauts-de-Seine[11],[12].

Il ouvre ensuite plusieurs boutiques de fanzines et d'accessoires pour skinheads d'extrême droite[13] : Dark Side (dans le 14e arrondissement), dynamité fin 1993, puis un autre magasin, Dark Lords (dans le 15e), fermé par décision préfectorale, en mai 1994, à la suite d'une manifestation marquée par la mort du militant nationaliste Sébastien Deyzieu[14].

Le , il est condamné, avec Joël Giraud et Éric Rossi, à 8 mois de prison avec sursis après l’attaque d’un groupe de jeunes, le [15],[16] ainsi que pour l'agression de Karim Diallo à Paris en 1990 sous l'œil des caméras de la Cinq[17],[18].

Dans les années 1990, Ayoub s'éloigne de l'action politique. Il rejoint un club de bikers proche des Hells Angels et tente sans succès d'y monter un chapitre[19]. Il effectue un séjour de neuf mois en prison pour trafic de stéroïdes[6], s'essaie à la production de films pornographiques[20], et dit avoir travaillé plusieurs années à l'étranger : au Salvador, en Lituanie et en Russie[21].

De retour en France, il ouvre le bar Le Garage, pendant l'été 2006, dans le quartier d'Oberkampf à Paris[22](11e arrondissement)[23].

Retour au militantisme[modifier | modifier le code]

Il participe les 8 et à l'université d'été du mouvement Égalité et Réconciliation présidé par Alain Soral dont il s'éloigne pourtant rapidement en raison d'un désaccord avec les vues de Soral sur l'immigration[24].

Déclarant avoir décidé de fermer Le Garage pour se concentrer à nouveau sur une activité plus politisée, il lance, en 2007, la « Société des Égaux » ainsi que « Le Local » — monté avec l'aide de Frédéric Chatillon, ancien responsable du GUD dans les années 1990 et une participation initiale d'Alain Soral —, un bar situé au 92 de la rue de Javel et se présentant comme un espace de rencontre associatif pour les « nationaux “des deux rives” ». Des conférences sur l'histoire et l'actualité y sont régulièrement organisées. Le , à l'occasion d'une French Pride organisée au Local, Serge Ayoub y reçoit Marine Le Pen et les blogueurs influents de la « réacosphère »[25],[26]. En avril 2009, Philippe Goujon, maire UMP du 15e arrondissement, a annoncé vouloir fermer le bar[27]. Le Local ferme en 2013[28], quelques mois après la mort de Clément Méric. L'enquête établira que les militants d'extrême droite impliqués dans la rixe se sont retrouvés tous ensemble au bar de Serge Ayoub avec qui ils ont été en communication téléphonique juste avant et juste après la rixe[29], puis tout au long de la nuit[30].

En 2008, il publie chez Scribedit son premier roman, Conte barbare.

Le , il diffuse sur Dailymotion un documentaire en cinq parties intitulé Sur les pavés, retraçant ses années skinhead qui se présente comme une réponse au DVD Antifa chasseurs de skins, réalisé l’année précédente par Marc-Aurèle Vecchione[31].

En octobre 2010, il lance « Troisième Voie, pour une avant-garde solidariste » avec pour projet « d'investir le champ syndical »[32]. Il réactive aussi le mouvement des Jeunesses nationalistes révolutionnaires. En janvier 2011, il participe avec le groupuscule Front comtois à une réunion au sujet du combat nationaliste, à Montbéliard[33].

En mai 2011, il copréside le Comité du 9-Mai, initialement prévu pour entretenir la mémoire de Sébastien Deyzieu ; ce défilé a rassemblé à Paris environ 700 personnes (selon la police)[34] de diverses mouvances nationalistes contre le « mondialisme » célébrant aussi la mémoire de Jeanne d’Arc. Ce défilé avait eu lieu précédemment en 2010 avec la présence de Serge Ayoub[35].

Le , à Lille, il organise une manifestation baptisée « Front populaire solidariste » en « hommage patriote » à Roger Salengro, dans la lignée de la récupération de l'image de ce dernier par le Front national. Le défilé rassemble de 500 à 600 participants sous les slogans « Europe, jeunesse, révolution », « Libre, social et national » ou « Crise mondiale, solution nationale ». Cette manifestation suscite, le même jour, une contre-manifestation rassemblant derrière une banderole « Hier, aujourd'hui, demain, résistance anti-fasciste » de 1 600 à 2 500 personnes venues notamment de SOS Racisme, du MRAP, de la CGT, de la Ligue des droits de l'homme, des syndicats SUD, du NPA et du Front de gauche[36].

Dissolution des JNR[modifier | modifier le code]

En juin 2013, dans le cadre de l'affaire Clément Méric, il est sollicité par les médias pour s'exprimer sur la responsabilité des JNR suspectées d'être impliquées[37]. Najat Vallaud-Belkacem demande, le 7 juin, d'arrêter de lui offrir une tribune publique[38]. Le 12 juin, Le Canard enchaîné publie une photo le présentant avec Esteban Morillo, accusé principal de la mort de Clément Méric[39].

Le 25 juin, il annonce l'auto-dissolution des mouvements Troisième Voie et JNR, expliquant avoir « pris cette décision pour l'honneur, avant d'être dissous par d'autres »[40]. Le gouvernement avait en effet lancé deux semaines auparavant une procédure de dissolution de ces groupes et allait probablement signer le décret de dissolution lors du Conseil des ministres du 26 juin[41]. C'est finalement lors du Conseil des ministres du 10 juillet que le gouvernement prononce, en application de la loi du , la dissolution des mouvements Troisième Voie et JNR ainsi que de l'association Envie de rêver, au motif que « ces trois entités propagent une idéologie incitant à la haine et à la discrimination envers les personnes à raison de leur non-appartenance à la nation française et de leur qualité d'immigrés »[42],[43]. Serge Ayoub annonce le même jour qu'il compte engager un recours pour excès de pouvoir contre ce décret de dissolution devant le Conseil d'État car, selon lui, « aucun des écrits de Troisième Voie n'incite à la haine raciale » et les « JNR ne sont pas une milice privée, c'est un service d'ordre »[43]. Le , le Conseil d'État rejette sa requête formée contre le décret prononçant la dissolution des associations Troisième Voie, Jeunesses nationalistes révolutionnaires et Envie de rêver[44],[45].

Gremium MC[modifier | modifier le code]

En 2013, avec plusieurs anciens membres des JNR, il fonde le club de motards indépendant MC Praetorians, implanté à Berzy-le-Sec et se revendiquant « apolitique »[46].

En 2018, Serge Ayoub devient président de la branche française du Gremium Motorcycle Club (en), un groupe de motards criminalisés originaire d'Allemagne. Le MC Praetorians se dissout pour devenir un chapitre du Gremium[19]. Le groupe compte, en 2021, une cinquantaine de membres. Il serait cependant moins lié à la criminalité que d’autres gangs du Gremium, malgré des règlements de compte internes violents, et ferait surtout figure de milice privée de Serge Ayoub[47].

Les anciens des JNR ne sont plus nombreux, mais plusieurs autres personnes issues de groupes d'extrême droite (White Wolf Klan, Picard Crew, Génération identitaire) rejoignent le Gremium[19].

Publications[modifier | modifier le code]

  • Conte barbare, Paris, Le Retour aux sources, [48].
  • G5G-Déclaration de guerre, Paris, Le Pont d’Arcole, , avec Michel Drac et Michel Thibaud[49].
  • Doctrine du Solidarisme, Paris, Le Pont d’Arcole, [50].
  • L'Affaire Clément Méric : du fait divers au scandale politique, Paris, Le Pont d’Arcole, [51].
  • Pour un nouveau contrat social, éditions Kontre Kulture, 2018.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Caroline Monnot, « Serge Ayoub, le chef de bande de la mouvance skinhead », Le Monde, .
  2. Patricia Tourancheau et Willy Le Devin, « Ayoub, nazi qui s’en dédit », Libération.fr,‎ 13 juin 2013 à 22:26 (mis à jour le à 11:03), p. 1 (lire en ligne, consulté le ).
  3. « Les supporters de la terreur », Le Nouvel Observateur, .
  4. Enregistrement de sa société Le Garage au Registre national du commerce et des sociétés et de sa société Dark Side sur Infogreffe.
  5. Sébastien Ramnoux, « L’ex-leader des Skinheads ouvre un bar dans le XIe », Le Parisien, 12 septembre 2006.
  6. a et b (en) Paris - Skinheads Vs. Bikers, Vice, .
  7. Yan Morvan, Gang, Éditions Marval.
  8. Nicolas Hourcade, « L'engagement politique des supporters “ultras” français : Retour sur des idées reçues », Politix, Hermes Science, vol. 13, no 50 « Sport et politique »,‎ , p. 107-125 (115) (ISBN 2-7462-0150-X, ISSN 1953-8286 et 0295-2319, lire en ligne).
  9. Renaud Leblond, « Les skinheads voient rouge », L'Express, .
  10. Roland Gaucher, La Montée du Front, 1983-1997, éd. Picollec, 1997, 446 p. (ISBN 2-86477-164-0), p. 315.
  11. A. Chebel d'Appollonia, L'Extrême-droite en France. De Maurras à la Pen, Éditions Complexe, 1987, p. 389.
  12. L'élection est par la suite invalidée faute de présentation des comptes de campagne. Voir Emmanuel Lemieux 2011, p. 322.
  13. (en) B'nai B'rith (Nizkor Project), « The ADL's "Skinhead International: A Worldwide Survey of Neo-Nazi Skinheads" », .
  14. « Skinheads ou Le Pen prolétariat », REFLEXes, no 47, octobre-novembre 1995.
  15. « L’extrême droite musicale en France. Petite musique de nuit (et brouillard…) », REFLEXes, .
  16. Frédéric Haziza, Vol au-dessus d'un nid de fachos: Dieudonné, Soral, Ayoub et les autres, Fayard, 2014, 184 p., p. 49-50.
  17. « Skins tueurs à la bière empoisonnée. Les meurtriers d'un Mauricien au Havre démasqués huit ans après », Libération, .
  18. Emmanuel Lemieux, Génération tonton, Don Quichotte, 2011, 476 p., p. 404.
  19. a b et c Julien Rieffel, « Règlement de comptes chez les bikers néonazis de Serge Ayoub » Accès libre, sur streetpress.com, (consulté le )
  20. Caroline Monnot, « Serge Ayoub, le chef de bande de la mouvance skinhead », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  21. Pour Emmanuel Lemieux, qui fait état d'éventuelles activités d'Ayoub au Salvador, en Russie et en Lituanie, puis d'un retour plus discret à Paris au début des années 2000, « durant une quinzaine d’années, Serge Ayoub est un roman, avec beaucoup de blancs ». Voir Emmanuel Lemieux 2011, p. 404.
  22. Erreur de référence : Balise <ref> incorrecte : aucun texte n’a été fourni pour les références nommées Ramnoux
  23. « Paris - Skinheads Vs. Bikers », Vice Magazine, .
  24. Interview de Serge Ayoub.
  25. Peggy Corlin et Augustin Scalbert, « Un verre avec les extrémistes de la “réacosphère” », Rue89 sur nouvelobs.com, .
  26. Laura Thouny, « Marine Le Pen n'a-t-elle vraiment "aucun rapport" avec les JNR ? », L'Obs, (consulté le ).
  27. « Le bar de skinheads embarrasse Javel », Le Parisien, .
  28. Aurélie Sarrot, « Le local des "skinheads" de la rue de Javel bientôt fermé ? », metronews, .
  29. Thierry Vincent, Violences de l'extrême droite, Le retour, magazine Spécial Investigation, Canal+, diffusé le .
  30. Violette Lazard, Mort de Clément Méric : des SMS accablent un des skinheads, Libération, .
  31. Matthieu Goar, « Serge Ayoub, le skin qui passe entre les gouttes », 20 minutes, (consulté le ).
  32. « Les projets syndicaux d’un ancien chef skinhead », Droite(s) extrême(s), blog Le Monde, .
  33. « Mobilisation “antifasciste” à Montbéliard », MaCommune.info, .
  34. « L’extrême-droite groupusculaire manifeste à Paris », Les Inrocks, .
  35. «  : de Jeanne d’Arc à Deyzieu, une même Occupation », REFLEXes, 2010.
  36. Jacques Leclercq, De la droite décomplexée à la droite subversive : Dictionnaire 2010-2012, Paris, L'Harmattan, , 256 p. (ISBN 978-2-296-96809-7), p. 224-225 ; Laurent Grenoble, « Lille : manif de l'extrême-droite et protestations. Profils de néonazis », LePost.fr,  ; AFP, « Lille : manifestation d'extrême droite et contre-manifestation antifasciste », lexpress.fr, .
  37. « Serge Ayoub, starlette de la violence », marianne.net, .
  38. « Najat Vallaud-Belkacem demande aux médias de ne pas faire de publicité aux groupuscules d'extrême droite », sur lelab.europe1.fr, .
  39. Clément Méric : son agresseur et Serge Ayoub des JNR ensemble sur des photos
  40. Groupuscules d'extrême-droite: Troisième voie et JNR annoncent leur dissolution
  41. Dissolution à l'extrême droite: une solution efficace?
  42. Décret du portant dissolution d'une association et de deux groupements de fait
  43. a et b Le gouvernement dissout trois groupes d'extrême-droite
  44. 20 Minutes, Dissolution des associations Troisième Voie !, JNR et Envie de rêver, .
  45. Auparavant, le Conseil d'État avait déjà rejeté la requête en suspension du décret (procédure en référé-liberté) d'Envie de rêver demandant la suspension du décret, jusqu'à ce que le Conseil se prononce sur le fond de l'affaire. (cf. CE, juge des référés, , Association Envie de rêver et M. C.
  46. « D’anciens militants nationalistes fondent un club de motards près de Soissons », sur lunion.fr, (consulté le ).
  47. Julien Rieffel, « Règlement de comptes chez les bikers néonazis de Serge Ayoub », sur StreetPress, (consulté le ).
  48. Serge Ayoub, Conte barbare, Paris, Le Retour aux sources, , 184 p. (ISBN 978-2-35512-015-2).
  49. Serge Ayoub, Michel Drac et Michel Thibaud, G5G-Déclaration de guerre, Paris, Le Pont d’Arcole, (ISBN 978-2-35512-030-5).
  50. Serge Ayoub, Doctrine du Solidarisme, Paris, Le Pont d’Arcole, , 184 p. (ISBN 979-10-91966-02-3).
  51. Serge Ayoub (préf. Nicolas Gardères), L'Affaire Clément Méric : du fait divers au scandale politique, Paris, Le Pont d’Arcole, , 120 p. (ISBN 979-10-91966-03-0, présentation en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Sur les pavés, autonomiste media, 2009
  • Serge Ayoub, Dieudonné : entretien sur l'affaire Méric, novembre 2013

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]