Mouvance identitaire

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Le lambda noir et jaune, symbole de la mouvance identitaire.

La mouvance identitaire est un mouvement politique et une école de pensée de l'extrême droite européenne apparu dans les années 90 en France. Dérivant de la Nouvelle Droite, les identitaires disent défendre les Européens et leurs identités régionales selon une optique culturelle et/ou ethnique.

Le collectif identitaire le plus nombreux est Génération identitaire. Dissoute par le gouvernement français en 2021, cette ancienne aile jeunesse des Identitaires ambitionne de répandre ses idées à travers toute l'Europe. On trouve plus secondairement des fédérations régionalistes ainsi que des croyances néopaïennes chez une partie des militants identitaires. Mais ces caractéristiques ne font pas l'unanimité.

D'autre part, la catégorie des « identitaires » décrite ici ne doit pas être confondue avec le concept de « politiques d'identité » issu de l'expression anglaise « identity politics ».

Origines et élaboration idéologiques[modifier | modifier le code]

D'après Stéphane François, spécialiste de la Nouvelle Droite, on peut tracer une lignée d'idéologues précurseurs qui irait d'anciens membres de la Waffen-SS et de collaborationnistes à des groupes néofascistes ou néonazis fondés dans les années 50. Aux fondements d'un groupe tel qu'Europe-Action on retrouve notamment les noms de Jean Mabire, Marc Augier (dit "Saint-Loup"), Jean Castrillo ou Henry Coston. La défense de la "race aryenne" sera en grande partie remplacée par celle de la "race blanche" avant que des militants des années 60, tels que Dominique Venner ou Alain de Benoist, ne fassent le choix de la catégorie des "européens" (concrètement natifs du continent). S'ensuivra un travail doctrinal de long terme afin de déterminer les origines et l'évolution, biologiques comme culturelles, de ces peuples[1].

Venner et de Benoist sont deux des principales figures au fondement du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE). C'est ce collectif, à l'origine du phénomène médiatique de la Nouvelle Droite (1979), qui fournit les bases idéologiques de la future mouvance identitaire. Les théoriciens de référence Guillaume Faye et Pierre Vial en sont issus. A la même époque l'Institut d'Etudes Indo-Européennes de l'Université Lyon-III, dirigé par le linguiste Jean Haudry, fut proche des thèses du GRECE. Ces sources amènent encore aujourd'hui certains identitaires à se déclarer racialistes[2] ou ethno-différencialistes[3]. Un certain anti-impérialisme contre les Etats-Unis a également ses racines intellectuelles au GRECE des années 80. Cependant, il faut souligner que « De fait, la mouvance identitaire naissante passe, entre 1995 et 2003, d’un discours fustigeant « l’impérialisme américain » en tant qu’ennemi principal hérité de l’extrême droite nationale-révolutionnaire des années 1960 à 1980, à un combat contre l’islamisme et l’immigration musulmane.  »[4]

Quelques années plus tard, au début des années 90, une première tendance "identitaire" ou "ethnique" émerge au "conseil scientifique" du Front national, et sa revue Identité, autour de Pierre Vial ou de Jean-Claude Valla. En 1994 Pierre Vial fondera le collectif Terre et Peuple avant d'accompagner Bruno Mégret au Mouvement national républicain (MNR) lors de la scission que connut le Front National en 1998.

Depuis les années 1990 la tendance identitaire s'est caractérisée au sein de l'extrême droite par des formes d'identification spécifiques. Le symbole du Lambda « Λ » stylisé Y est particulièrement courant. Il fait référence à l'armée spartiate et à la bataille des Thermopyles, notamment popularisée dans l'imaginaire populaire par le film 300[5],[6].

Le premier collectif identitaire, au sens actuel du terme, fut Unité radicale, fondé en 1998. Un de ses porte-parole, Guillaume Luyt[7], fait une distinction avec le nationalisme traditionnel : « Au nationalisme, idéologie de la nation, nous préférons le patriotisme, attachement charnel à notre terre. Un patriotisme que nous osons affirmer triple : régional (patrie charnelle), français (patrie historique), européen (patrie civilisationnelle). »[8]. Unité Radicale sera dissoute après la tentative d'assassinat de Jacques Chirac par Maxime Brunerie, un membre du MNR proche du collectif. Depuis de nouvelles associations seront créées avec le qualificatif "identitaire" plus explicitement affiché.

Actuellement les positionnements identitaires en matière de racisme demeurent pour le moins ambigües et suscitent la vigilance d'associations tels que Conspiracy Watch ou l'Observatoire national de l'extrême droite. La Commission nationale consultative des droits de l'homme, considère quant à elle la mouvance identitaire comme un courant antisémite[9].

Situation en France[modifier | modifier le code]

Stéphane François indique en 2017 qu'il est « difficile d’évaluer précisément ce que représente cette mouvance, ses contours sont changeants. Elle est estimée à environ, au maximum, 1 500 à 2 000 personnes, toutes tendances confondues »[10]. Certains groupements historiques des années 90 sont encore en activité même si leur impact semble être limité. C'est le cas de Terre et Peuple ou de la rédaction du magazine Réfléchir et Agir, fréquemment associés à la mouvance.

Les Jeunesses identitaires et le Bloc identitaire, fondés respectivement en 2002 et 2003, rassembleront environ 500 membres dans une trentaine de départements[11]. Au cours des années 2010 Génération identitaire, un détachement du Bloc, fera l'objet d'une forte attention médiatique (occupation du toit de la Mosquée de Poitiers en 2012). C'est aussi sur internet que la mouvance manifestera ses prises de position auprès du grand public. L'agence de presse Novopress peut être intégrée dans ce courant car elle a été initiée par Les Identitaires. Elle dispose de nombreux relais dans les régions dites « à forte identité ».D'autres associations, aux effectifs généralement moindres, peuvent être de revendications régionalistes spécifiques: Alsace d'abord, Nissa Rebela, la Ligue du Sud ou la Ligue du Midi. Terre et Peuple, crée par Pierre Vial en 1994, associe cependant l'expression d'identités régionales dans un cadre national[12].

Les idées de ces associations peuvent être promues chez certains libraires "partenaires". La librairie Libre-Diffusion s'inscrit notamment dans la mouvance en accueillant des ex-théoriciens de la Nouvelle droite tels que Guillaume Faye et Pierre Vial, ainsi que des hommes politiques comme Jacques Bompard, pour débattre sur des thématiques identitaires (l'écrivain Henri Vincenot, à titre d'exemple). La Nouvelle Librairie, dirigée depuis 2018 par François Bousquet, un proche d'Alain de Benoist, publie des inédits de Dominique Venner ou de Renaud Camus.

En termes de travail idéologique, la Fondation Polémia, dirigée par Jean-Yves Le Gallou, a eu l'ambition de faire office de think tank. En tant que cadre quelque peu similaire au GRECE, aujourd'hui visiblement mis en sommeil, est apparu l’Institut Iliade — "Institut pour la longue mémoire européenne" —, fondé en 2014 suite au suicide de Dominique Venner. Ses références le rattachent à la mouvance d'autant plus qu'il veut « œuvrer à la réappropriation de leur identité par les Européens ». Il organise chaque année un colloque la Maison de la Chimie de Paris. Ses principaux animateurs sont l'historien Philippe Conrad, l'africaniste Bernard Lugan et Jean-Yves Le Gallou. L'Institut organise aussi une école de cadres sur la base de cycles de formation annuels[13].

Ce sont avant tout les coups d'éclat du Bloc Identitaire et de Génération Identitaire qui feront l'objet d'un traitement médiatique récurrent au cours des années 2010. Au terme de cette décennie les profils de Damien Rieu et de Thaïs d'Escufon sont mis en avant en tant que porte-parole, notamment lors de procès concernant l'interpellation brutale d'immigrants aux frontières alpines[14]. En 2022, vingt ans après l'affaire Maxime Brunerie, des identitaires sont soupçonnés de règlements de compte criminels et de meurtres[15].

Présence ailleurs en Europe[modifier | modifier le code]

Identitaire allemand à une manifestation de PEGIDA, le 5 janvier 2015.

Aujourd'hui on trouve, ailleurs en Europe, des groupes qui se proclament également « identitaires », tels que l'Identitäre Bewegung en Allemagne[16], partiellement reliée à PEGIDA[17], et en Autriche[18], qui se réclame de la mouvance identitaire, ou Nordiska Förbundet (sv) (Alliance Nordique) en Scandinavie[19], Causa Identitária au Portugal[réf. nécessaire], l’Union Nationaliste & Identitaire Suisse (UNIS)[20], Génération Identitaires Flandre et Mouvement Nation en Belgique[21].

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain de Benoist, Nous et les autres. Problématique de l'identité, Paris, Krisis, 2006.
  • Éric Dupin, La France identitaire : enquête sur la réaction qui vient, Paris, La Découverte, 2017.
  • (it) Matteo Luca Andriola, La Nuova Destra in Europa. Il populismo e il pensiero di Alain de Benoist, Milan, Edizioni Paginauno, 2014.
  • Thierry Bouzard, Le Rock identitaire français, Paris, Éditions Diffusia, coll. « Les ABC de la musique », 2018, 78 p. (ISBN 978-2-9156-5613-8).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Stéphane François, Au-delà des vents du nord - l'extrême droite française, le Pôle Nord et les indo-européens, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, , 320 p. (ISBN 272970874X)
  2. Alexandre VICK : Les identitaires se réorganisent pour la survie de la « race blanche ». resistannces.be. du 28 février 2013
  3. Réflexions sur le mouvement “Identitaire”, analyse de Stéphane François, Du 3 mars 2009
  4. Stéphane François, Géopolitique des extrêmes droites - Logiques identitaires et monde multipolaire, Paris, Le Cavalier Bleu, , 216 p. (EAN 9791031805030)
  5. « Le sigle des identitaires européens repéré à Charlottesville », sur Le Figaro,
  6. « Génération identitaire, le groupe d'extrême droite spécialisé dans la com et les coups d'éclat », sur Le JDD,
  7. Cercle de Précy, conférence animée par Guillaume Luyt et en présence de Fabrice Robert, président du Bloc Identitaire. bloc-identitaire.com. Du 6 mars 2011
  8. Oui nous ne sommes pas (plus) nationalistes. blog-identitaire.com. 3 avril 2006
  9. «Les identitaires instrumentalisent en effet la cause palestinienne afin de développer leurs thèses antisémites», Commission nationale consultative des droits de l'homme: Rapport d'activité 2004, La documentation française, 2005, p. 248-249
  10. « Mouvance identitaire et Front National, "la porosité est réelle" », sur Sud Ouest.fr, (consulté le ).
  11. Erwan Lecoeur, Dictionnaire de l'extrême droite, Paris, Larousse, , 310 p. (ISBN 9782035826220), p. 172
  12. François, Stéphane, La Nouvelle Droite et ses dissidences, Paris, Editions Le Bord de l'Eau, , 240 p. (ISBN 9782356877604)
  13. « Présentation », sur Iliade (consulté le )
  14. « Action de militants identitaires dans les Alpes : l’enquête préliminaire classée sans suite », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  15. Aziz Zemouri, « Loik Le Priol jugé pour des actes de torture sur un ancien chef du GUD », sur Le Point, (consulté le )
  16. Page principale du Identitäre Bewegung Deutschland. identitaere-bewegung.de, Accès le 12 août 2016 (allemand)
  17. Page principal de Pegida. pegidaoffiziell.wordpress.com. Accès le 13 août 2016
  18. Unsere Forderungen. iboesterreich.at. Accès le 17 août 2016 (allemand)
  19. Page principal de Niordiska Förbundet. nfls.nu. Accès le 17 août 2016 (anglais)
  20. L'unification des militants Romands. unisrom.wordpress.com. Accès le 14 août 2016
  21. GÉNÉRATION IDENTITAIRE FLANDRE – ARTOIS. generation-identitaire.com. Accès le 14 août 2016

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Mouvance identitaire.

Liens externes[modifier | modifier le code]