Ernest Meissonier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Meissonier.
Ernest Meissonier
Ernest Meissonier by RJ Bingham ca 1860-75b.jpg

Ernest Meissonier
photographié par Robert Jefferson Bingham.

Naissance
Décès
(à 75 ans)
Paris
Nom de naissance
Jean-Louis Ernest Meissonier
Nationalité
Activités
Autres activités
Formation
Maître
Élève
Mouvement
Distinction
Œuvres réputées
Le Siège de Paris
La Campagne de France, 1814

Ernest Meissonier, né à Lyon le et mort à Paris le , est un peintre et sculpteur français, spécialisé dans la peinture historique militaire.

Peintre très soucieux du détail authentique, il s'inscrit dans le mouvement de réalisme historique, qui apparaît dans les arts plastiques sous le Second Empire. Couvert d'honneurs, il siège à l'Académie des beaux-arts et préside de nombreux jurys nationaux ou internationaux.

Même si Guy de Maupassant et Marcel Proust, durant son adolescence, le tenaient pour leur peintre préféré, l'absence de spontanéité et de vie dans ses œuvres est relevée par la critique posthume qui le met en « enfer » avec le mot cruel d'Édouard Manet à propos d'un de ses tableaux de bataille : « Tout est en acier, excepté les cuirasses », ou celui de Charles Baudelaire le qualifiant de « géant des nains » en faisant allusion à ceux auxquels les critiques d'art modernistes du XXe siècle accolaient le terme de « pompiers » (les Gervex, Carolus-Duran et autres Detaille…) [1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Meissonier, quatrième enfant d'un commerçant lyonnais, fait preuve d'un talent certain pour le dessin. Adolescent, il dessine des têtes au fusain et à l'estompe chez Antoine-Julien Potier[2]. Il quitte à 17 ans sa ville natale et entre dans l'atelier du peintre Léon Cogniet où il apprend à peindre. Il assiste notamment à la préparation de la peinture d'un plafond pour le musée du Louvre représentant l'expédition d'Égypte, une reconstitution historique qui lui permet d'avoir ses premiers contacts avec la peinture militaire.

Meissonier débute au Salon de 1834 avec les Bourgeois flamands[3]. Il est successivement peintre d'éventails et d'images pieuses pour les éditeurs de la rue Saint-Jacques, puis s'essaie à l'illustration avec talent pour l'éditeur Curmer, avec notamment la publication de Paul et Virginie et de La Chaumière indienne de Bernardin de Saint-Pierre. Ses amis de l'époque sont Honoré Daumier et Charles-François Daubigny. En juin 1848, Meissonier sert dans la Garde royale en pleine répression des soulèvements populaires, à la suite de la chute du roi Louis-Philippe Ier en février. Bouleversé par cette expérience, il réalise une huile sur toile : Souvenir de la guerre civile.

Ernest Meissonier commence sa carrière de peintre dans un registre plus classique, avec des scènes de genre dépeignant la vie quotidienne au XVIIe ou au XVIIIe siècle : joueurs de cartes, joueurs d'échecs, homme attendant à sa fenêtre, fumeur, joueurs de boules. Il obtient un succès grandissant, à tel point qu'on en vient même à le comparer aux maîtres flamands auxquels il est d'ailleurs lui-même fort attaché.

Mais c'est en peignant des scènes militaires que l'artiste obtient les honneurs officiels (officier de la Légion d'honneur en 1856, commandeur en 1867). Il est élu membre de l'Académie des beaux-arts en 1861. Parmi ses tableaux historiques, on peut citer l'Apothéose impériale, la Retraite de Russie, les Cuirassiers à Waterloo, en quoi il demeure, avec « Alfred de Dreux, Ange Tissier, Adolphe Yvon et Franz Xaver Winterhalter, parmi les peintres que Napoléon III considéra comme les plus doués serviteurs de la gloire impériale »[4].

Meissonier applique systématiquement la même méticulosité d'historien dans tout le travail préparatoire de ses œuvres, ce qui fait de lui une référence en matière d'uniformologie.

En 1886, ce peintre prolifique avait à son actif quelque quatre cents tableaux.[réf. nécessaire]

En 1890, Meissonier participe, avec Pierre Puvis de Chavannes, Carolus-Duran, Félix Bracquemond, Jules Dalou, Auguste Rodin et Carrier-Belleuse, à la refondation de la Société nationale des beaux-arts. Il est élu président, avec Dalou comme vice-président. Cette société recommençe à organiser des expositions annuelles au Salon du Champ-de-Mars, traditionnellement une quinzaine après l’officiel Salon des Champs-Élysées, organisé par la Société des artistes français. Quand il meurt l’année suivante, Pierre Puvis de Chavannes lui succède avec Auguste Rodin comme vice-président.

Il est inhumé à Poissy, où il vécut à partir de 1846 et dont il fut maire.

L’œuvre[modifier | modifier le code]

Le peintre[modifier | modifier le code]

Peinture de Meissonier : 1814, la Campagne de France : Napoléon et son état-major derrière lui; de gauche à droite, Ney (manteau sur les épaules), Berthier, Flahaut; derrière Ney, un inconnu tombant de fatigue, puis Drouot et, derrière Flahaut, peut-être Gourgaud[5],[6],[7].

Ernest Meissonier fait partie des illustrateurs d'Honoré de Balzac avec cinq dessins illustrant la Comédie humaine : La Maison du chat-qui-pelote, Le Bal de Sceaux, La Bourse, La Femme abandonnée, La Femme de trente ans.

Il appartient au courant artistique académique dit aussi « pompier ». Il est considéré de son vivant comme un des plus grands maîtres de la peinture contemporaine. Connu pour ses scènes de genre militaires napoléoniennes (réalisées sous le Second Empire), Meissonier a eu en son temps gloire et honneurs, mais aussi des critiques virulentes. Ses peintures sont les plus chères qui se soient vendues du vivant de l'artiste au XIXe siècle, ainsi entre 1884 et 1890 pouvait-t-il vendre certains de ces tableaux entre 100 000 et près de 200 000 francs de l'époque.

Une de ses œuvres les plus connues est le tableau intitulé Campagne de France, 1814[8]. D'un petit format assez inhabituel pour une peinture d'histoire militaire, ce tableau témoigne de son savoir-faire habile et minutieux. Malgré les dimensions réduites, la vaste étendue de la plaine désolée et le lourd ciel gris donnent de l'ampleur à la scène, tout comme la perspective dilatée autour de la figure centrale de l'Empereur, magnifié par un point de vue en léger contrebas. Les moindres détails sont restitués avec minutie. Le directeur de l'École des beaux-arts, Charles Blanc, disait d'ailleurs de Meissonier qu'il « peignait grandement en petit »[9].

Le sculpteur[modifier | modifier le code]

Si l’œuvre sculpté d’Ernest Meissonier demeure peu exposé, parfois dans l’ombre de son œuvre peint, ses sculptures sont toutefois présentées après son décès à la galerie Georges Petit en mars 1893 avec 11 cires[10], mais aussi à l’École des beaux-arts de Paris où sont exposés cinq bronzes et quelques cires originales.[11].

Ce n’est qu'en 1993 que l’œuvre sculpté d’Ernest Meissonier est présenté pour la première fois, quasi complet, lors de la rétrospective que lui consacre le musée des beaux-arts de Lyon[12]. D’après le catalogue paru à cette occasion et d’anciennes photographies[13] des ateliers Meissonier, l’absence de quelques pièces est remarquable. En effet, certaines sculptures n’ont pas été acheminées pour l’exposition en raison de leur fragilité ou de leur mauvaise conservation, ce qui est notamment le cas de la cire du Voyageur actuellement conservée à Paris au musée d’Orsay[14], du Croisé, et de la cire Cheval au galop, conservée à l’époque dans une collection particulière et qui, sans raison documentée, n’a pas été exposée. Pour le reste des pièces manquantes, il s’agissait d’un défaut de localisation[12].

La sculpture : un travail de maquette[modifier | modifier le code]

Les œuvres sculptées d’Ernest Messonier peuvent être comprises ipso facto par l’origine, l’objectif de leur réalisation. En effet, la recherche réaliste dans l’œuvre de l’artiste consiste avant tout à la préparation méticuleuse de ses représentations peintes, pour lesquelles il réalise des maquettes sculptées. La sculpture est donc l’étape préalable à la peinture, la représentation tridimensionnelle des figures réalisée pour sentir le mouvement des personnages et comprendre les jeux de lumière afin de donner une représentation peinte la plus réaliste possible[15].

L’origine préparatoire de la sculpture explique d’un part le fait qu’elle n’est été que peu exposée — les esquisses ou maquettes ne font objet d’exposition que dans les expositions contemporaines — mais justifie aussi l’emploi de la cire pour les sculptures, un matériau très malléable qui se conserve très mal.

Recherche d’un réalisme historique[modifier | modifier le code]

Meissonier réalise donc ses sculptures préparatoires dans une quête de réalisme et cherche à provoquer l’émotion (par exemple, le corps au vent du Voyageur soumis à la dureté des éléments, luttant pour avancer). Cette volonté d’être au plus proche du réel pour susciter l’émotion est une caractéristique du romantisme dans la peinture du XIXe siècle.

Ainsi, lorsque l’artiste sculpte la cire, il se concentre sur la compréhension et la recherche du juste mouvement de ses figures notamment lorsqu’il travaille les chevaux[16] afin d’être au plus près d’une mise en situation réelle. Meissonier déclarait à cet effet prendre beaucoup de plaisir à manier la cire, notamment dans l’aisance de sa flexibilité : « On ne peut concevoir quel plaisir c’est de modeler avec une bonne cire. C’est une ivresse immédiate de créateur… Vous n’avez pas idée à quel point ce travail de maquette est attrayant et passionnant… »[17].

Cette recherche autour de la figuration équine devient dès lors une de ses spécialités, notamment reconnue par ses pairs. Ainsi, le peintre impressionniste Edgar Degas[18], qui n’appréciait guère l’artiste ni son œuvre, reconnaissaît toutefois la qualité de ses recherches et l’exhaustivité de ses connaissances sur les équidés : « ce mauvais peintre était un des hommes les plus renseignés sur le cheval que j’ai jamais connus »[19].

Si Meissonier sculpte pour arriver au juste mouvement, il utilise aussi la figuration sculptée afin d'appréhender le rôle de la lumière, à l'instar des boîtes optiques de Nicolas Poussin, notamment dans les scènes de bataille. Poursuivant cette même quête du réel, la conception miniature de ces figures lui permet de les placer et déplacer physiquement dans l’espace, d’observer la réalité des jeu d’ombres et de lumière sur ses personnages et d’affirmer ou de réfuter ses projections. La justesse et le perfectionnisme de ses maquettes sont d’ailleurs soulignés par le critique d’art François Thiébault-Sisson qui dit à cet effet : « Il a besoin de personnages assis sur un banc, il en exécute dans de minimes proportions, des poupées qu’il habille de costumes identiques à ceux des acteurs de la scène. C’est le moyen pour lui de constater, en exposant ses bonshommes au soleil, si les reflets qu’il soupçonne sont exacts, si les jeux de lumière auxquels il assigne un rôle dans le tableur produiront l’effet qu’il espère. »[20]

Collections publiques[modifier | modifier le code]

La Barricade, rue de la Mortellerie, juin 1848, dit aussi Souvenir de guerre civile, Paris, musée du Louvre.

Peinture[modifier | modifier le code]

Sculpture[modifier | modifier le code]

  • musée de Grenoble :
    • Homme nu ou gladiateur, bronze (MG 1215) ;
    • Gladiateur au glaive, bronze (MG 1216) ;
    • Le Hérault de Murcie, bronze (MG 1213) ;
    • Muse dansant, bronze (MG 1217) ;
    • Cheval blessé, bronze (MG 1218) ;
    • Le général Duroc à Castiglione (MG 1214).
  • Lyon, musée des beaux-arts : Duroc à Castiglione, 1890, plasticine, [22].
  • Paris, musée d'Orsay :
    • Le Voyageur, entre 1878 et 1890, statuette en cire, tissu et cuir[23] ;
    • Cheval blessé, entre 1884 et 1893, bronze[24] ;
    • Le Héraut de Murcie, 1893, bronze[25].

Illustrations[modifier | modifier le code]

Salons[modifier | modifier le code]

Galerie[modifier | modifier le code]

Élèves notables[modifier | modifier le code]

Anecdotes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes
Références
  1. Pierre Gutton, Lyonnais dans l'histoire, éd. Privas, 1985.
  2. Peintre lauréat du troisième prix de Rome en 1821 et 1822.
  3. Victor Frond: Meissonnier; Le Panthéon des Illustrations Françaises au XIXe siècle, Abel Pilon, Paris, 1866
  4. Yann Kerlau, Chercheurs d'art - Les marchands d'hier et d'aujourd'hui, Flammarion, 2014.
  5. Jean Louis Ernest Meissonier. Ses Souvenirs - Ses Entretiens, précédés d'une étude sur sa vie et son œuvre, par M. O. Gréard. Librairie Hachette et cie - Paris, 1897.
  6. Site du ministère de la Culture - JOCONDE : Catalogue des collections des musées de France
  7. Juliette Glikman, Ernest Meissonier, 1814. Campagne de France, Cahiers de la Méditerranée, "Dossier : XVe - XXe siècles - De la tourmente révolutionnaire au traumatisme de 1870 : la fin du Guerrier et l'émergence du soldat", no 83 : "Guerres et guerriers dans l'iconographie et les arts plastiques", 2011, p. 175-186.
  8. Campagne de France, 1814 est en fait le premier tableau d'un cycle resté inachevé des conquêtes napoléoniennes, qui valut à Meissonier un immense succès.
  9. « Ernest Meissonier - Campagne de France, 1814 », Notice sur le site du musée d'Orsay.
  10. Philippe Durey, Ernest Meissonier : rétrospective, Musée des beaux-arts de Lyon, 25 mars-27 juin 1993, Lyon, Lyon : Musée des Beaux-Arts, , note 2., p. 237. :

    « Catalogue n°836, Napoléon Ier; 837, le Voyageur; 838, Cuirassier; 839, Officier de cuirassiers; 840, un guide; 841, Etude de cheval; 842, le Croisé; 843, Etude de cheval; 844 Cavalier; 845, Etude de cheval; 846, Etude de cheval. »

  11. Philippe Durey, Ernest Meissonier : rétrospective, Musée des beaux-arts de Lyon, 25 mars-27 juin 1993, Lyon, Lyon : Musée des Beaux-Arts, , p. 238.
  12. a et b Philippe Durey, Ernest Meissonier : rétrospective, Musée des beaux-arts de Lyon, 25 mars-27 juin 1993, Lyon, Lyon : Musée des Beaux-Arts, , 271 p..
  13. Philippe Durey, Ernest Meissonier : rétrospective, Musée des beaux-arts de Lyon, 25 mars-27 juin 1993, Lyon, Lyon : Musée des Beaux-Arts, , figure 1., p.236..
  14. « Ernest Meissonier Le voyageur », sur musee-orsay.fr (consulté le 23 novembre 2017).
  15. Claire Barbillon, Catherine Chevillot, Stéphane Paccoud et Ludmila Virassamynaïken (dir.), Catalogue raisonné des sculptures du XVIIe au XXe siècle du musée des Beaux-Arts de Lyon, Paris, Somogy, .
  16. Claire Barbillon, Catherine Chevillot, Stéphane Paccoud et Ludmila Virassamynaïken (dir.), Catalogue raisonné des sculptures du XVIIe au XXe siècle du musée des Beaux-Arts de Lyon, Paris, Somogy, , note 10., p.237. :

    « « Je pénétrais dans cet atelier assez vaste, encombré d’esquisses de tout genre avec des études de chevaux modelés à la cire, posées sur des tablettes. » - Philippe Burty. »

  17. Claire Barbillon, Catherine Chevillot, Stéphane Paccoud et Ludmila Virassamynaïken (dir.), Catalogue raisonné des sculptures du XVIIe au XXe siècle du musée des Beaux-Arts de Lyon, Paris, Somogy, , note 9., p. 237..
  18. Degas a lui-même modelé des maquette en cire de chevaux, à la recherche du mouvement juste.
  19. Claire Barbillon, Catherine Chevillot, Stéphane Paccoud et Ludmila Virassamynaïken (dir.), Catalogue raisonné des sculptures du XVIIe au XXe siècle du musée des Beaux-Arts de Lyon, Paris, Somogy, , p. 28..
  20. Claire Barbillon, Catherine Chevillot, Stéphane Paccoud et Ludmila Virassamynaïken (dir.), Catalogue raisonné des sculptures du XVIIe au XXe siècle du musée des Beaux-Arts de Lyon, Paris, Somogy, , note 10., p. 237..
  21. Les Bourgois flamands (Dutch Burghers) sur le site de la Wallace Collection
  22. Notice de l'œuvre sur le site du musée d'Orsay.
  23. Notice de l'œuvre sur le site du musée d'Orsay.
  24. Notice de l'œuvre sur le site du musée d'Orsay.
  25. Notice de l'œuvre sur le site du musée d'Orsay.
  26. biographie Manet.
  27. Émission Discorama du 14 février 1971 (en ligne sur le site de l'INA).

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Iconographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]