Georges Mathieu (artiste)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mathieu et Georges Mathieu.
Ne doit pas être confondu avec Georges Victor Mathieu, résistant et collaborateur français pendant la Seconde Guerre mondiale.
Georges Mathieu
une illustration sous licence libre serait bienvenue
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 91 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Mouvement
Distinctions
Site web

Georges Mathieu[1], né le à Boulogne-sur-Mer et mort le à Boulogne-Billancourt[2], est un peintre français considéré comme un des pères de l'abstraction lyrique.

Il est également célèbre pour sa pièce de dix francs de 1974, son logotype d'Antenne 2 de 1975, et ses timbres-poste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né au sein d'une famille de banquiers, Georges Mathieu s'oriente d'abord vers des études de droit, de lettres et de philosophie. Dès 1942, il se tourne vers les arts plastiques et réalise ses premières peintures à l'huile. Il exerce pendant quelques années le métier de professeur avant de se lancer dans une carrière artistique. En 1946, il réalise sa première exposition à Paris au Salon des moins de trente ans.

En 1947, il expose au Salon des réalités nouvelles des toiles à la texture faite de taches directement jaillies du tube, revendiquant la paternité du dripping, technique attribuée à Jackson Pollock en 1945 (ou encore à Janet Sobel en 1944), les couleurs étant, dans le cas de Mathieu, écrasées par le doigt de l'artiste dès 1944.

Dès 1950, il expose aux États-Unis et au Japon.

À partir de 1954, il crée une multitude de tableaux, souvent lors de performances ou happenings minutées devant un public, qui mettent en valeur la rapidité et la virtuosité du geste. Ainsi, en 1956 au théâtre Sarah-Bernhardt à Paris, Mathieu, devant près de 2 000 spectateurs, crée un tableau de 4 × 12 mètres en utilisant au moins 800 tubes de peinture (cette toile intitulée Hommage aux poètes du monde entier disparaît en 1968 lors de l'incendie de son atelier.[3]). Outre-Atlantique, la diffusion de ses créations fait l'objet d'entraves importantes. En 1958, à New York, il tente également de créer des œuvres en public, mais cela lui est interdit. Il en vient à peindre en solitaire dans les galeries de son hôtel. Les galeries new-yorkaises refusent de l'exposer. Cette ostracisation de la part des institutions et des galeries américaines durera jusqu'à sa mort[4].

De 1953 à 1962, il est rédacteur en chef de la revue United States Lines Paris Review. En 1963, année de sa « Grande Rétrospective » au musée d'art moderne de la ville de Paris, il accède enfin à la consécration officielle. Entre 1968 et 1969, il créera plusieurs décors dorés pour des céramiques de la Manufacture de Sèvres, et notamment des services de table pour l'Exposition universelle de 1967 à Montréal et l'Exposition universelle de 1970 à Osaka.

En 1973, il réalise son unique œuvre architecturale. À la demande de l'industriel Guy Biraud, fabricant de transformateurs, il dessine les plans d'une usine à Fontenay-le-Comte. L'usine Mathieu qui en résulte est un ensemble original en étoile à sept branches inégales, et dont le pourtour intégralement vitré est vu par l'artiste comme un moyen de lier le lieu de travail à la nature environnante.

À partir de 1980, son œuvre peint témoigne d'une nouvelle maturité où il rompt avec les derniers vestiges de classicisme et abandonne alors la figure centrale, en même temps que sa palette se fait plus vaste.

Il meurt le à l'hôpital Ambroise-Paré de Boulogne-Billancourt. Il repose à Paris au cimetière de Montmartre (13e division).

Distinctions et décorations[modifier | modifier le code]

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

Logotype d'Antenne 2 en 1975.
  • 1975 : Conception du nouveau logotype d'Antenne 2[7].
  • 1976 : Courtray.
  • 1977 : République française, médaille pour La Monnaie de Paris, diamètre 100 mm, 330 g.
  • 1978 : Matta Salums. Batoumi.
  • 1979 :
    • période des œuvres « Stellaires » : L'Astre du jour ;
    • période des « Supersignes » : Ibéride.
  • 1980 : L'Appel du 18 juin 1940, timbre postal commémoration de la mort du général de Gaulle en 1970.
  • 1980-1982 : sculpture monumentale pour le complexe sportif de Neuilly-sur-Seine.
  • 1981-1985 : À la France, tapisserie des Gobelins.
  • 1982 :
  • 1984 : Le Cycle de Saturne, série.
  • 1985 :
    • trophée des 7 d'or pour la télévision ;
    • Le Massacre des 269.
  • 1988 : Le Paradis des orages.
  • 1989 : L'Immortalité ruinée.
  • 1991 : Rumeur de paradis.

Le choix des titres[modifier | modifier le code]

Les titres des toiles de Georges Mathieu se rapportent parfois aux mathématiques (Théorème d'Alexandrov), à la physique (Principe de Pauli), ou encore à la logique (Grand syllogisme conjonctif), mais le plus souvent à l'Histoire (La Bataille de Bouvines, Les Capétiens partout, La Bataille de Hastings, Le massacre de la Saint-Barthélemy, L’Élection de Charles Quint, etc.). Plutôt que d'attribuer un numéro à une toile, l'artiste préfère en effet des références par exemple historiques, certes gratuites, mais potentiellement évocatrices[10].

Genèse d'une œuvre[modifier | modifier le code]

En 1956, Georges Mathieu est invité à réaliser une exposition à Londres, occasion à laquelle il décide de peindre, notamment des tableaux de grand format. L'atelier initialement prévu étant trop exigu, Georges Mathieu s'installe en pleine rue, étalant pinceaux, couleurs et matériel divers à même le sol, captant ainsi l'attention des passants. Le critique d'art Toni del Renzio note alors minute par minute chaque geste, coup de pinceau, changement de couleur, et mouvement de recul du peintre pour mieux saisir l'ensemble[11],[12]. Au bout d'une performance de 113 minutes, la toile de La Bataille de Hastings est achevée.

Cette chronologie rend concrète la genèse d'une œuvre en temps réel. Elle a ainsi permis au public de suivre le déroulement sur la toile de la bataille de Hastings. Le tableau final est une huile sur toile, de 200 × 500 cm, conservée aux Abattoirs de Toulouse.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Au-delà du tachisme, .
  • Le Privilège d'être,  ; réédité en 2006 aux Éditions Complicités
    Texte accompagné d'un entretien inédit de Georges Mathieu daté de décembre 2005.
  • De la révolte à la Renaissance, Gallimard, (ISBN 978-2070352791).
  • L'abstraction prophétique, Paris, Gallimard, .
  • Désormais seul en face de Dieu, Lausanne, L'Âge d'Homme, , 349 p. (ISBN 2825111449, OCLC 40815288)
    Autoportrait esthétique et spirituel composé de documents de et sur Georges Mathieu rassemblés par lui-même.
    .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Né Georges Victor Mathieu, dit parfois « Georges Victor Mathieu d'Escaudœuvres ». L'ajout de la mention « d'Escaudœuvres » à son patronyme reposerait sur une question posée par Georges Mathieu lui-même : « Suis-je le dernier héritier des Sires Gérard et Jean, chevalier d'Escaudœuvres et bienfaiteurs de l'abbaye de Prony, en même temps, comme on l'a toujours prétendu dans la famille de ma mère, que le descendant de Godefroy de Bouillon… » dans son livre Désormais seul en face de Dieu (1998), mais elle ne figure pas sur sa fiche sur le site de l'Académie des beaux-arts.
  2. Notice d'autorité de la BNF.
  3. Georges Mathieu, Le privilège d'être : précédé d'un entretien inédit avec Christine Blanchet-Vaque, Paris, Les Éditions Complicités, 2006 (initialement publié en 1967 aux éditions robert morel, à forcalquier), 158 p. (ISBN 2-35120-004-7).
  4. Aude de Kerros, « Conflits autour de l'art abstrait », Nouvelle Revue d'Histoire, n°75, novembre-décembre 2014, p. 35-36.
  5. Photo du tableau sur le site de l'espace Fernet Branca.
  6. echosciences-grenoble.fr.
  7. Académie-des-beaux-arts.fr.
  8. Christophe Bodin, « Disparition mystérieuse d’une œuvre de Georges Mathieu à Limoges », sur france3-regions.francetvinfo.fr, (consulté le 15 mars 2016)
  9. « Le tableau à 150.000 euros disparu de l'université de Limoges a été retrouvé », sur lepopulaire.fr, (consulté le 23 mars 2016)
  10. Georges Mathieu [1984], p. 34.
  11. Georges Mathieu [1998], p. 226-229.
  12. Mathieu : Autour de la bataille de Hastings, Toulouse, Éditions ARPAP, , 48 p. (ISBN 2-905992-57-3).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • 1954 : La Bataille de Bouvines, Robert Descharnes.
  • 1956 : Le Couronnement de Charlemagne, R. Descharnes.
  • 1959 : La Saint-Barthélémy, ORTF productions.
  • 1959 : Hommage au Connétable de Bourbon, A. Rainer.
  • 1961 : Georges Mathieu, J. Mousseau et J. Feller.
  • 1965 : Paris, capitale des arts, ORTF prod.
  • 1967 : Georges Mathieu, F. Warin.
  • 1968 : Georges Mathieu, P. Lhoste et G. Roze.
  • 1971 : Georges Mathieu, L. Thorn.
  • 1971 : Georges Mathieu ou la fureur d'être[1], documentaire de Frédéric Rossif montrant le peintre en train de peindre deux toiles ; texte de François Billetdoux, musique de Vangelis.
  • 1979 : À la recherche de Georges Mathieu, D. Lecomte.
  • 1986 : Georges Mathieu, P. Ducrest.
  • 1992 : Spectacle son et lumière donné en août 1992 dans la cour du château de Boulogne-sur-Mer, Th. Choumitzky.

Liens externes[modifier | modifier le code]