La Femme de trente ans

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La Femme de trente ans
Image illustrative de l'article La Femme de trente ans
Adrien Moreau

Auteur Honoré de Balzac
Pays Drapeau de la France France
Genre Étude de mœurs
Éditeur Furne
Collection La Comédie humaine
Lieu de parution Paris
Date de parution 1842
Série Scènes de la vie privée
Chronologie

La Femme de trente ans est un roman d’Honoré de Balzac écrit entre 1829 et 1842. L’ouvrage est classé dans les Scènes de la vie privée de La Comédie humaine et est dédié au peintre Louis Boulanger.

Histoire du texte[modifier | modifier le code]

La chronologie de sa publication est difficile à retracer dans la mesure où Balzac n’a cessé de retoucher ce texte, le découpant en fragments publiés de manière éparse, y rajoutant des chapitres, avant de réunir l’ensemble sous son titre définitif en 1842 dans l’édition Furne.

En 1830, Balzac publie sans signature Une vue de Touraine, dans La Silhouette, qui sera l’essentiel de la première partie du roman, complétée en 1831 dans la Revue des deux Mondes et parue sous le titre Le Rendez-vous[1],[2]. Cette même année, La Caricature publie sous pseudonyme La Dernière Revue de Napoléon, qui formera le début de cette première partie. La Revue de Paris publie en 1831, sous le titre Les Deux Rencontres, le texte qui sera la cinquième partie du roman, puis Le Doigt de Dieu, qui formera la première moitié de la quatrième partie. La troisième partie du roman, publiée en 1832 dans la Revue de Paris, est intitulée À trente ans. Cette même année, les quatre parties, auxquelles l’auteur a ajouté L'Expiation[3], sont réunies dans les Scènes de la vie privée parues aux éditions Mame et Delaunay-Vallée sans qu’un titre global les réunisse.

C’est en 1834 que Madame Charles-Béchet publiera l’ensemble remanié, avec les noms des protagonistes modifiés, et deux ajouts importants que sont les chapitres La Vallée du torrent et Souffrances inconnues, sous le titre Même histoire. D’autres transformations ont lieu pour la publication du texte chez Werdet en 1837, puis chez Charpentier en 1839.

La Femme de trente ans ne prend son titre définitif, avec les parties reliées entre elles, que dans l’édition Furne de 1842.

Structure[modifier | modifier le code]

Le roman compte six parties :

  1. Premières fautes : l'échec du mariage entre les cousins Julie Chastillonest et Victor d'Aiglemont, la romance platonique entre Julie et Lord Arthur Grenville ;
  2. Souffrances inconnues : deuil de Julie à cause de la mort d'Arthur ;
  3. À trente ans : rencontre entre Julie et Charles de Vandenesse ;
  4. Le Doigt de Dieu : mort du petit Charles d'Aiglemont de la main de sa sœur Hélène ;
  5. Les Deux Rencontres : fuite d'Hélène avec un aventurier ;
  6. La Vieillesse d'une mère coupable : mort de Julie.

Thèmes[modifier | modifier le code]

On[Qui ?] a pu dire qu'avec ce livre, Balzac découvrait un nouveau type psychologique :

« […] avec La Femme de trente ans qui est un des plus mal bâtis, un des plus mal venus, un des mal écrits, comme on dit, de ses romans, Balzac a réussi une performance […] nommer une réalité […]. On a dit que Balzac avait « inventé » la femme de trente ans (comme Parmentier a inventé la pomme de terre)[4]. »

Le sujet est résumé ainsi par le Dictionnaire des œuvres[5] :

« […] Julie de Chastillon est éprise d’un bel officier, Victor d’Aiglemont. Le père de la jeune fille connaît toute la délicatesse d’âme de sa fille et la vulgarité profonde de Victor ; aussi cherche-t-il vainement à s’opposer à cet amour. Quelques mois plus tard, les jeunes gens sont mariés : l’incompatibilité de leurs caractères ajoutée à l’aversion physique qu’elle éprouve maintenant pour son mari tourmente cruellement Julie. »

Et Isabelle Miller le résumé plus brièvement :

« Quand Julie de Chastillon épouse, en 1813, le fringant colonel Victor d’Aiglemont, elle ne se doute pas que ce serait, à peine un an plus tard, pour se plaindre des souffrances du mariage. »

Balzac parle donc du mariage, de la sexualité féminine et des sentiments féminins à leur égard. Cela englobe tant les aspirations amoureuses juvéniles, vite déçues, que la jouissance sexuelle et sa frustration (manque d’orgasme). Balzac parle ainsi de la brutalité sexuelle, proche du viol, que subissent doublement (physiquement et psychologiquement) les jeunes mariées ignorantes des choses de la vie, brutalité qui les dégoûte d'autant plus des plaisirs des sens que l'homme dispose du corps de sa femme comme il l'entend et est lui-même tout à fait ignorant des besoins de sa femme. Julie d'Aiglemont est ainsi soumise aux pulsions de son mari, Victor d'Aiglemont, décrit par Balzac comme parfaitement médiocre et inférieur à sa femme.

Ainsi quand la tante de Victor, la comtesse de Listomère-Landon, sonde les sentiments de la jeune Madame d’Aiglemont : « Elle trembla d’avoir à reconnaître en Julie un cœur désenchanté, une jeune femme à qui l’expérience d’un jour, d’une nuit peut-être, avait suffi pour apprécier la nullité de Victor. “Si elle le connaît, tout est dit, pensa-t-elle, mon neveu subira bientôt les inconvénients du mariage.” », cela suggère la découverte violente de la sexualité par Julie.

À cette passivité sexuelle forcée s'ajoutent les problèmes médicaux intimes que la pudeur interdit d'évoquer : Balzac fait ainsi de brèves allusions à une inflammation génitale (métrite). Pour l'auteur, ces misères de la femme mariée ne sont pas tant le fait de sa condition sociale, que de la « nullité » d'un mari, aimé malgré tout, mais également haï : le mari, militaire médiocre, ignore tout de la sensibilité et des problèmes féminins.

En parallèle, Balzac montre, dans la première partie, comment ces déboires conjugaux se répercutent dans la vie publique. Ironiquement, à la souffrance privée correspond, tel que cela est décrit dans cette partie, une certaine réputation publique qui profite au mari, « homme nul », et confère à l'héroïne une certaine forme de respectabilité.

Ces thèmes sont des plus courants dans la littérature (adultère, souffrance sexuelle), bien que l’on fît un procès à Gustave Flaubert pour Madame Bovary.

Dans la chambre de Julie.

Mais c’est Julie qui va subir les inconvénients du mariage. Adorée par un jeune lord anglais, lord Arthur Grenville, qu’elle trouve séduisant, elle ne lui cède pas et provoque involontairement sa mort. Rongée de remords, elle finit par se résigner jusqu’à ce que Charles de Vandenesse réussisse à la tirer de son abattement. De cet amant, elle aura un enfant, un garçon adorable que sa demi-sœur jalouse et qui meurt dans des circonstances dramatiques, poussé dans la rivière par Hélène, fille de Julie et de Victor d'Aiglemont que sa mère n’aime pas. Julie d'Aiglemont va payer très cher son adultère. Sa fille Hélène sait que sa mère est une femme adultère. Et à la suite de circonstances pour le moins rocambolesques et qui relèvent du feuilleton, Hélène s’enfuit avec un brigand poursuivi par la police et qui deviendra pirate des mers. À la suite d'autres invraisemblances, Hélène meurt aussi dans les bras de sa mère. Et le roman se termine sur la vieillesse expiatoire d’une mère coupable.

Batailles napoléoniennes évoquées[modifier | modifier le code]

Balzac a imprégné toute La Comédie humaine de la légende napoléonienne. Dans La Femme de trente ans, il évoque :

  • La bataille d'Austerlitz. « Quand les manœuvres furent terminées, l'officier d'ordonnance accourut à bride abattue, et s'arrêta devant l'empereur pour en attendre les ordres. En ce moment, il était à vingt pas de Julie, en face du groupe impérial, dans une attitude assez semblable à celle que Gérard, a donnée au général Rapp dans le tableau de la bataille d'Austerlitz[6]. »
  • La campagne d'Allemagne (1813) : « Ce dimanche était le treizième de l'année 1813. Le surlendemain, Napoléon partait pour cette fatale campagne pendant laquelle il allait perdre successivement Bessières, Duroc, gagner les mémorables batailles de Lutzen, Bautzen, se voir trahi par l'Autriche, la Saxe, Bernadotte, et disputer la terrible bataille de Leipzig[6].

Références à la peinture[modifier | modifier le code]

Le roman est dédié au peintre Louis Boulanger. Le raffinement du corsaire qui a enlevé la fille du marquis d'Aiglemont est illustré entre autres, par ses choix artistiques : « […] On voyait ça et là des tableaux de petite dimension, mais dus aux meilleurs peintres : un coucher de soleil par Gudin se trouvait près d'un Terburg ; une Vierge de Raphaël luttait de poésie avec une esquisse de Girodet ; un Gérard Dow éclipsait un Drolling […][7]. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La Femme de trente ans. Histoire du texte, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », t. II, p. 1039.
  2. Coll. « Folio classique », éditions Gallimard, p. 336-341.
  3. Transformé ensuite en La Vieillesse d’une mère coupable.
  4. Pierre Barbéris, Introduction à La Femme de trente anscoll. « Folio Classique », éditions Gallimard p. 14.
  5. Laffont-Bompiani, tome III, p. 67.
  6. a et b La Femme de trente ans, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », éditions Gallimard, 1996, t. VIII, p. 1047 (ISBN 2070114511). L'officier d'ordonnance est le colonel Victor d'Aiglemont.
  7. Françoise Pitt-Rivers, Balzac et l’art, Sté Nelle des Éditions du Chêne, , 159 p. (ISBN 2-85108-799-1), p. 100-103.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

À la Bièvre.
  • (en) Richard Bolster, « Balzac in Debt again: The Sexual Theme in La Femme de trente ans », French Studies Bulletin, hiver 1992-1993, no 45, p. 19-20.
  • (en) Richard Bolster, « Did Balzac Really Discover the Woman of Thirty? », French Studies Bulletin, été 1993, no 47, p. 19.
  • Éric Bordas, « De l’héroïne à la lectrice : l’inscription du narrataire dans La Femme de trente ans », Champs du Signe, 1994, no 4, p. 85-94.
  • Frédérique Bué-Proudom, « La Femme de trente ans et Le Lys dans la vallée ou l’écriture de l’indicible », Champs du Signe, 1994, no 4, p. 61-69.
  • Dominique Millet-Gérard, « Dandys et “grandes coquettes” : de Pouchkine et de Balzac à Lermontov », L'Année balzacienne, 1993, no 14, p. 41-63.
  • Kirsten Lund Hansen, « À Baudelaire : À Balzac : À Paris », (Pre)Publications, nov. 1991, no 17 (130), p. 3-12.
  • Henri Kieffer, « Précisions sur le peintre Drölling », L’Année balzacienne, 1991, no 12, p. 447-454.
  • Martine Leonard, « Construction de “l’effet-personnage” dans La Femme de trente ans », Le Roman de Balzac. Recherches critiques, méthodes, lectures, Montréal, Didier, 1980, p. 41-50.
  • Jacques Martineau, « Les soupirs de la sainte et les cris de la fée : les voix du désir dans La Femme de trente ans et Le Lys dans la vallée », op. cit., nov. 1993, no 2, p. 107-119.
  • Éva Martonyi, « Balzac “frénétique” ? », Cahiers du Centre d’études des tendances marginales dans le romantisme français, 1994, no 4, p. 3-13.
  • (en) J. H. Mazaheri,« Myth and Guilt Consciousness in Balzac’s La Femme de trente ans », Lewiston, Mellen, 1999.
  • Paul Pelckmans, « Névrose ou sociose ? Une lecture de La Femme de trente ans de Balzac », Revue Romane, 1977, no 12, p. 96-122.
  • Paule Petitier, « Balzac et la “signifiance” », L’Année balzacienne, 1995, no 16, p. 99-115.
  • Christine Planté, « Même histoire, autre histoire ? Mères et filles dans La Femme de trente ans et Le Lys dans la vallée », Genèses du roman. Balzac et Sand, Amsterdam, Rodopi, 2004, p. 155-168.
  • (es) Humbelina Loyden Sosa, « Balzac o la monogamia de aplicación universal », La seducción de la escritura : Los discursos de la cultura hoy, Mexico, [S.n.], 1997, p. 182-188.
  • Raymond L. Sullivant, « L’édition Werdet de La Femme de trente ans », L’Année balzacienne, Paris, Garnier Frères, 1965, p. 131-142.
  • Raymond L. Sullivant, « La Femme de trente ans : quelques emprunts de Balzac à la littérature et à la vie anglaises », L’Année balzacienne, Paris, Garnier Frères, 1967, p. 107-114.
  • Alain Vaillant, « Balzac : la poétique de l’outrance », L’Année balzacienne, 1995, no 16, p. 117-131.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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