Paul et Virginie

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Paul et Virginie. Lithographie
de Pierre-Auguste Lamy d'après une gravure de Jean-Alexandre Allais.
Le naufrage de Virginie, dessin de Pierre-Paul Prud'hon, dans l'édition Didot de 1806.

Paul et Virginie est un roman de Jacques-Henri Bernardin de Saint-Pierre, publié en 1788[1]. Exemple du roman de la fin du XVIIIe siècle, il connut un immense succès qui dépassa les frontières.

Histoire[modifier | modifier le code]

Paul et Virginie sont élevés comme frère et sœur par deux mères monoparentales dans la splendeur naturelle des paysages tropicaux et dans l'isolement du reste du monde. Ils mènent une vie idyllique baignant dans la vertu, la simplicité et l'altruisme, vivant du travail de leurs mains et de ce que leur prodigue la nature.

Lorsque pointe l'adolescence, Virginie sent naître en elle un sentiment amoureux qu'elle ne sait encore nommer. Les deux mères s'entendent pour marier leurs enfants qui, de tout temps, se sont si bien entendus, mais jugent qu'il serait encore trop tôt pour ce faire. Sur l'entrefaite, la tante de Madame de la Tour, mère de Virginie, propose à celle-ci d'envoyer sa fille en France, où elle pourra bénéficier de son riche héritage. Or Madame de la Tour s'était justement coupée de sa famille parce qu'elle avait été rejetée par celle-ci en raison de sa relation hors mariage avec le père de Virginie (mort depuis longtemps).

Après une longue hésitation, et songeant à l'utilité de séparer Paul et Virginie un certain temps avant leur union définitive, Madame de la Tour se laisse convaincre par sa tante, par le gouverneur de l'île et par l'évêque du lieu pour persuader Virginie de faire le voyage. Celle-ci se soumet par pure obéissance, la mort dans l'âme.

Pendant l'absence de Virginie, qui durera un peu plus de deux ans, Paul se meurt d'ennui et d'inquiétude quant aux sentiments de Virginie à son endroit.

Lorsque Virginie, après une expérience malheureuse, revient finalement, le navire qui la ramène de France est pris dans une tempête et échoue sur les rochers sous les yeux de Paul qui tente vainement de la sauver des flots. Paul ne tardera pas à succomber à la douleur de la perte de sa bien-aimée.

Personnages[modifier | modifier le code]

Thèmes[modifier | modifier le code]

Paul et Virginie décrit avec force les sentiments amoureux et la nostalgie du paradis perdu. L'auteur fut inspiré par ses amours déçues avec Françoise Robin. Au-delà du cadre exotique et de la description d'une société idyllique, Bernardin de Saint-Pierre expose dans ce roman sa vision pessimiste de l'existence. Ce roman est d'un registre pathétique.

Extraits[modifier | modifier le code]

  • « Il y avait planté encore des pépins et des noyaux de badamiers, de manguiers, d'avocats, de goyaviers, de jacqs et de jamroses. La plupart de ces arbres donnaient déjà à leur jeune maître de l'ombrage et des fruits. Sa main laborieuse avait répandu la fécondité jusque dans les lieux les plus stériles de cet enclos. Diverses espèces d'aloès, la raquette chargée de fleurs jaunes fouettées de rouge, les cierges épineux, s'élevaient sur les têtes noires des rochers, et semblaient vouloir atteindre aux longues lianes, chargées de fleurs bleues ou écarlates, qui pendaient ça et là le long des escarpements de la montagne. »
  • « Depuis le moment où le Saint-Géran aperçut que nous étions à portée de le secourir, il ne cessa de tirer du canon de trois minutes en trois minutes. M. de la Bourdonnais fit allumer de grands feux de distance en distance sur la grève, et envoya chez tous les habitants du voisinage chercher des vivres, des planches, des câbles, et des tonneaux vides. On en vit arriver bientôt une foule, accompagnés de leurs noirs chargés de provisions et d'agrès, qui venaient des habitations de la Poudre-d'Or, du quartier de Flaque et de la rivière du Rempart. Un des plus anciens des habitants s'approcha du gouverneur, et lui dit : « Monsieur, on a entendu toute la nuit des bruits sourds dans la montagne. Dans les bois, les feuilles des arbres remuent sans qu'il fasse de vent. Les oiseaux de marine se réfugient à terre : certainement tous ces signes annoncent un ouragan. — Eh bien! mes amis, répondit le gouverneur, nous y sommes préparés, et sûrement le vaisseau l'est aussi. »
  • (Le vieillard, à Paul) « Pour vous, en rentrant en vous-même, vous n'avez rien à vous reprocher; vous avez été fidèle à votre foi. Vous avez eu, à la fleur de la jeunesse, la prudence d'un sage, en ne vous écartant pas du sentiment de la nature. Vos vues seules étaient légitimes, parce qu'elles étaient pures, simples, désintéressées, et que vous aviez sur Virginie des droits sacrés qu'aucune fortune ne pouvait balancer. Vous l'avez perdue; et ce n'est ni votre imprudence, ni votre avarice, ni votre fausse sagesse, qui vous l'ont fait perdre, mais Dieu même, qui a employé les passions d'autrui pour vous ôter l'objet de votre amour : Dieu, de qui vous tenez tout, qui voit tout ce qui vous convient, et dont la sagesse ne vous laisse aucun lieu au repentir et au désespoir qui marchent à la suite des maux dont nous avons été la cause. »

Adaptations[modifier | modifier le code]

Paul et Virginie sur le monument de Bernardin de Saint-Pierre au Jardin des Plantes à Paris

Les adaptations artistiques telles que des gravures ou des peintures étaient très en vogue aux XVIIIe et XIXe siècles tant le succès de Paul et Virginie était immense.

Influence[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Drame lyrique[modifier | modifier le code]

La musique n'est pas en reste : dès janvier 1794, au plus fort de la Révolution française, le compositeur Jean-François Le Sueur donna au Théâtre Feydeau un opéra intitulé Paul et Virginie, ou Le Triomphe de la vertu, drame lyrique en 3 actes, qui obtint un grand succès.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Paul et Virginie et l'Ile Maurice, une histoire commune qui a traversé le temps », sur culturebox.francetvinfo.fr, (consulté le 10 septembre 2015)
  2. Œuvres complètes, éd. Houssiaux, 1874, tome 13, p. 522.

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