Édouard Detaille

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Édouard Detaille
Ferdinand Mulnier - Édouard Detaille.jpg
Édouard Detaille, photographié par Ferdinand Mulnier.
Naissance
Décès
(à 64 ans)
Paris
Nom de naissance
Jean-Baptiste-Édouard Detaille
Nationalité
Activités
Autres activités
Maître
Mouvement
Fratrie
Charles Detaille
André Detaille (d)
Pauline Detaille (d)
Jean Paul Detaille (d)
Georges Detaille (d)
Julien Detaille (d)
Jeanne Marguerite Detaille (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Œuvres principales

Édouard Detaille, né le à Paris et mort le dans la même ville, est un peintre et illustrateur français.

Renommé pour ses scènes militaires et l'abondance de son travail en uniformologie, il est considéré comme un grand spécialiste de la peinture militaire française[1], faisant de lui un des derniers maîtres du genre avant que celui-ci disparaisse progressivement au début du XXe siècle.

Il s'inscrit dans la continuité des peintres néoclassiques et romantiques du Premier Empire et de la légende napoléonienne, comme François Gérard ou Horace Vernet, dont l'héritage fut reçu favorablement dans l'art académique de la seconde moitié du XIXe siècle. Il s'insère dans un mode de représentation au plus proche de la réalité par son souci du détail historique et du respect de l'exactitude technique des actions réalisées par les personnages de ses œuvres, tout en cherchant à y dégager l'élément considéré comme essentiel.

Il est devenu célèbre en son temps par ses toiles représentant tragiquement et de façon parfois très crue la guerre franco-allemande de 1870 intégrant aussi les actions héroïques réalisées par les Français, et est resté principalement dans la postérité par son tableau réalisé en 1888 intitulé Le Rêve exaltant les gloires militaires passées dans un contexte politique post-conflit tendu entre la France et l'Allemagne. Il vécut principalement à Paris et à Ville-d'Avray. Le fonds d'atelier de l'artiste est conservé au musée de l'Armée à Paris depuis 1915.

Biographie[modifier | modifier le code]

La vocation de peintre de scènes militaires[modifier | modifier le code]

Panorama de la bataille de Rezonville, (1881-1883), détail, musée des Beaux-Arts de Montréal[2].

Édouard Detaille naît à Paris le à Paris[3]. Son père, artiste amateur et ami des collectionneurs et des peintres, dont le peintre de guerre Horace Vernet, l'encouragea à s'intéresser très tôt à l'art[4]. Issu d'une famille proche des milieux militaires — son grand-père était intendant de la Grande Armée, sa grand-tante avait épousé l'amiral Villeneuve — Édouard Detaille fut scolarisé à Paris au lycée Bonaparte (actuel lycée Henri-IV). Il y révélait déjà par ses illustrations dans ses cahiers de classe une aptitude peu commune pour le dessin et un intérêt pour les sujets militaires, intérêt qu'il remonte à son enfance : « Je me roulais dans les albums de Raffet et de Charlet […] Avant de savoir mes lettres, je devinais les sujets de batailles, les noms des généraux illustres, l'arme des officiers et des soldats »[5], faisant référence ici à son admiration pour Auguste Raffet et Nicolas-Toussaint Charlet, deux peintres de scènes du Premier Empire. Après avoir reçu son baccalauréat, il émit le vœu d'être peintre et fut initialement proposé pour être l'élève d'Alexandre Cabanel[6]. En définitive, il fut formé dans l'atelier d'Ernest Meissonier[3] : chargé de transmettre la proposition à Cabanel, celui-ci apprécia tellement les croquis joints en exemple qu'il préféra le garder comme son propre élève. Rentrant dans son atelier à Poissy, Detaille devint ami avec Charles Meissonier, le fils de son nouveau maître, et Lucien Gros, un autre de ses élèves. Il y travaillait douze heures par jour et s'entrainait en réalisant des personnages en tout genre — militaires, bourgeois, incroyables[7] — mais il réalisait aussi lors de ses promenades des croquis de tout ce qu'il observait. C'est Meissonier qui lui fournit le sujet de la première toile intitulée Un coin de l'atelier de M. Meissonier qui fut exposée en 1867. Detaille en profita ensuite pour accompagner son maître dans le Midi l'été de cette même année, et réalisa sur place sa première toile militaire d'importance, Cuirassiers de la Garde ferrant leurs chevaux sur la route d'Antibes[8]. Après ce coup d'essai, il exposa pour la première fois un sujet militaire en 1868 nommé La Halte des tambours. Le tableau fut acheté pour 800 francs par un des modèles qui posaient régulièrement pour Meissonier, mais le jour même la princesse Mathilde le lui racheta 1 500 francs[7]. Cette œuvre, considérée comme « un vrai bijou » par le critique Edmond About[8], marqua le début d'une longue et brillante carrière de peintre d'histoire avec une prédilection pour les scènes militaires. Il exposa 26 fois au Salon de 1867 à 1912.

Un artiste soucieux de la réalité historique[modifier | modifier le code]

La peinture d'Édouard Detaille se rattache à l'académisme par son héritage issu des peintres néoclassiques et romantiques de l'épopée napoléonienne, et présente un souci d'être au plus proche du réel par ses représentations historiques des réalités tragiques de la guerre comme celles de la guerre de 1870. Il dit à ce propos « J'ai essayé de faire un portrait ressemblant de la guerre moderne, de substituer une image vraie à une image conventionnelle »[9]. Detaille peignait lentement et de manière méthodique, de façon à produire des œuvres aussi réalistes et précises que possible. Le critique d'art Marius Vachon considère que « De Meissonier, Detaille a hérité le souci de la perfection du travail, la recherche de l'expression individuelle dans la physionomie et dans le costume, la pénétrante netteté du dessin, en même temps que le goût de la synthèse ». Cependant, il note aussi le fait que « Detaille, artistiquement, est bien le fils de Meissonier ; mais qu'il ne lui ressemble pas plus qu'il n'y a dans l'ordre physique, aussi bien que dans l'ordre intellectuel, d'analogie véritable entre deux générations »[10] et inclus l'artiste dans une école nouvelle ayant une certaine continuité sur les représentations militaires méticuleuses d'Isidore Pils et vivantes d'Hippolyte Bellangé, mais bouleversée par une « révolution » artistique : « Elle va peindre la guerre telle qu'elle est, parce qu'elle l'a vue ; et, dans cette représentation exacte, à côté de la vie elle mettra l'âme, parce qu'elle y aura pris part »[11]. De par la nature militaire de la majorité de ses tableaux et des sujets traités, comme la guerre franco-prussienne de 1870-1871, il fut considéré comme un des peintres de la revanche par la postérité. Or l'artiste reniait cette simplification : « J'aime mon pays autant que personne, je vous prie de le croire ; mais je ne voudrais pas qu'on réduisît mon art à n'être que de l'art patriotique »[12].

La Défense de Champigny-sur-Marne ou Champigny, décembre 1870 (1879), huile sur toile, 121,9 × 215,3 cm, New York, Metropolitan Museum of Art.

Artiste-soldat durant la guerre de 1870-1871[modifier | modifier le code]

Lorsqu'éclata la guerre de 1870, Detaille délaissa alors une peinture représentant une scène mondaine parisienne intitulée Le Moulin de Longchamp[13] et s'engagea au 8e bataillon d'infanterie mobile. En novembre 1870, il se trouva attaché à l'état-major du général Ducrot et participa aux combats aux environs de Paris. Il put observer les régiments dans le feu de l'action sur la Marne et en profita pour prendre des notes et pour faire des croquis[14]. Son frère Julien et son demi-frère Georges furent tués lors de cette guerre : le premier durant un combat et le second lors de sa détention dans un camp de prisonniers situé à Dresde[14]. Toutes ces expériences devaient le marquer profondément et inspirer certaines de ses meilleures toiles comme Le Salut aux blessés ! (1877), La Défense de Champigny-sur-Marne (1879), Le Soir de Rezonville (1884).

Avec Alphonse de Neuville, il produisit deux grands panoramas de batailles : La Bataille de Champigny et la La Bataille de Rezonville. Ils furent par la suite découpés en multiples morceaux, vendus individuellement lors d'une première vente en 1892, puis lors d'une seconde en 1896[15].

Un artiste engagé aux œuvres censurées[modifier | modifier le code]

Les Vainqueurs[16] et Un convoi allemand[14] dont le thème est la guerre franco-prussienne de 1870-1871, dénonçant des abus du camp adverse, ont été exclus du Salon de 1872 par mesure diplomatique envers l'Allemagne. Il dessina aussi à partir de croquis et d'événements inscrits dans sa mémoire Un coup de mitrailleuse, œuvre d'un réalisme cru représentant des soldats allemands « hachés » durant la bataille, réalisée sous le coup de l'émotion en réaction à l'hécatombe française et à la mort de son frère Julien âgé de 19 ans et de son demi-frère Georges durant le conflit. Il se basa pour la scène représentée sur sa propre expérience d'un champ de bataille situé entre Villiers et Petit-Bry[16]. Il choisit cependant de s'autocensurer et de ne pas exposer au Salon une version transposée en peinture, qu'il dédicaça à Albert Goupil[14].

De même en 1877 l'œuvre Le Salut aux blessés ! qui dépeint le salut d'officiers allemands à une colonne de prisonniers français blessés « avait dû subir quelques modifications toujours à cause des susceptibilités diplomatiques »[16].

Lorsque l'affaire Dreyfus éclata, Detaille, sans s'étendre publiquement sur le sujet, déclara en privé qu'il était antidreyfusard. Position prise « non par antisémitisme mais par solidarité avec l'armée » selon l'historien de l'art François Robichon[17].

Voyages en Europe[modifier | modifier le code]

Désormais célèbre, il voyagea en Europe entre 1879 et 1884, visitant également la Tunisie en 1881 avec les troupes expéditionnaires françaises en qualité de sous-lieutenant[18]. Durant ses voyages avec les militaires, il en profita pour approfondir sa connaissance de l'armée, ce qui lui permit d'avancer dans l'exécution des 406 dessins et aquarelles de L'Armée française : types et uniformes de Jules Richard. En Angleterre, il peignit une revue des troupes britanniques par le prince de Galles, qui l'achète, et l'offre à la reine Victoria pour son jubilé de diamant en 1897. Cette dernière l'apprécia et envoya à Detaille la croix du Jubilé pour témoigner de sa satisfaction[19]. Il réalisa aussi une scène montrant les Scotts Guards à Hyde Park. En 1910, devenu roi d'Angleterre en tant qu'Édouard VII, l'ancien prince de Galles avec qui Detaille s'était lié d'amitié demanda, non sans une certaine flatterie et un humour bienveillant, à la comtesse Greffulhe de l'inviter à dîner chez elle dans son hôtel de la rue d'Astorg pour faire la connaissance du peintre que ses experts qualifiaient de « plus grand peintre français vivant. »[20].

Il devint aussi proche du tsar Nicolas II et de la famille impériale russe[21].

Scènes de bataille du Premier Empire[modifier | modifier le code]

Charge de cavalerie : Vive l'Empereur ! (1891), Sydney, galerie d'Art de Nouvelle-Galles du Sud.

Dans les années 1890, Detaille peignit de plus en plus de toiles inspirées de l'épopée napoléonienne, en particulier des scènes de bataille et des charges de cavalerie. Il utilisait des uniformes et des accessoires d'époque pour parfaire l'exactitude de ses tableaux. Pour sa toile Sortie de la garnison de Huningue, le , représentant le défilé français autorisé par les Autrichiens à l'issue d'un traité mettant fin au siège de la ville en 1815, récompensant ainsi la vaillance des Français ayant défendu Huningue sous le commandement du général Barbanègre face à la Septième Coalition, Detaille se servit de documentations retrouvées par lui-même aux Invalides ainsi que de ses observations du terrain pour reconstituer le site démantelé depuis la Restauration. Il se servit même des archives personnelles des familles des belligérants pour accentuer le réalisme de la bataille, dont des papiers retrouvés représentaient des portraits de combattants français. Pour la représentation des chefs Autrichiens, il alla aussi à Vienne chercher des informations dans des bibliothèques et archives[22].

Il déjeuna plusieurs fois chez le duc d'Aumale au château de Chantilly en compagnie d'Alphonse de Neuville ou du peintre Léon Bonnat. Le duc, qui s'intéressait aux sujets du Premier Empire, lui acheta sa toile Le Colonel Lepic à Eylau le pour la somme de 15 000 francs en mai 1894, soit trois ans avant sa mort[23]. Ce tableau met en scène Louis Lepic, un des héros de la Révolution française et de l'épopée napoléonienne. Engagé dans les dragons en 1781 à seulement quinze ans et demi, il s'illustra tout d'abord à partir de 1793 dans le camp révolutionnaire par sa mansuétude durant la guerre de Vendée, sauvant des civils et recueillant une enfant de trois ans lors d'un combat contre l'Armée Catholique et Royale. Son deuxième haut fait, représenté dans le tableau, eut lieu durant la bataille d'Eylau : voyant des grenadiers à cheval baisser la tête face au déluge de balles ennemies, il s'éleva le plus possible sur son cheval et, narguant le danger, s'écria : « Haut les têtes ! La mitraille n'est pas de la merde ! ». Plus tard, encerclé lui et ses cavaliers par les Russes qui lui sommèrent de se rendre, il répondit : « Regardez-moi ces figures-là si elles veulent se rendre » et réussit à se libérer du joug ennemi.

Membre de l'Institut et président de Salon[modifier | modifier le code]

Il fut élu membre de l'Académie des beaux-Arts en 1892, année où il créa la cape noire que portent les membres de l'Institut[24]. Président de la Société des artistes français en 1896, il contribua à la création du musée de l'Armée à Paris via la société d'études La Sabretache[25], dont il est un des principaux fondateurs. Il fut président de l'Institut pour l'année 1905[26]. Il meurt le et est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise (66e division)[27].

Projet d'uniformes pour l'armée[modifier | modifier le code]

En [28], le ministre de la Guerre Adolphe Messimy décida de rénover les uniformes de l'armée française et lança une commande publique à Detaille et Georges Scott, un de ses élèves. Le ministre demanda une nouvelle tenue de campagne, incluant un habillement de repos, et une tenue d'apparat. Toutes les tenues devant être « élégantes et pimpantes »[28] mais également exempt d'éléments brillants : l'acier bruni moins visible à distance devant en effet remplacer l'acier scintillant. Les discussions initiales laissaient entrevoir un projet proche de l'équipement final — pattes d'épaules remplaçant les épaulettes, culotte garance, capote ample —, le seul point d'accroche avec le comité fut l'idée de casque proposé Detaille devant remplacer le képi rouge traditionnel pour la tenue de campagne, le képi étant seulement gardé pour l'habillement de repos[29]. En effet, bien que le projet de casque de Detaille fut loué par le comité pour ses qualités esthétiques, il fut aussi critiqué car risquant de poser des problèmes techniques pour le tir couché[28]. Les couleurs n'étant pas toutes initialement établies, celles-ci évoluèrent avec le temps, seul le réséda très décrié fut vite écarté. La volonté d'éviter une trop grande visibilité des troupes par l'ennemi fut aussi évoquée, mais contre toute logique cela n'écarta pas l'adoption d'une culotte garance, choix approuvé par une partie de la presse qui estimait que : « L'expérience a, en effet, démontré qu'à la guerre c'est le buste du soldat qui est visible et non les jambes [sic] »[30]. Pour une autre partie de la presse, l'utilisation de la couleur garance fut jugée problématique. Souhaitant éviter le moindre risque pour les soldats, elle jugeait préférable d'adopter une couleur brune, moins visible, et d'en faire de même pour le képi de repos[31]. Detaille ne tint pas compte de ces critiques.

Une première version du casque fut présentée début 1912 : en acier bleui, il offrait un cimier bronzé au milieu de la partie supérieure destiné à amortir des chocs venant par le dessus, ainsi qu'une visière et un cache-nuque uniformes permettant au casque de se porter dans les deux sens. Les attaches de la jugulaire, sangle permettant de retenir un couvre-chef et passant sous le menton, étaient ornées de deux têtes de lion en acier bronzé, avec pour le côté gauche du casque une cocarde tricolore rajoutée. Le poids total était d'environ 1 kilogramme[32].

En , le choix de la couleur pour la capote fut fixée : d'un gris bleuté[33], elle se rapprochait, même si légèrement plus clair, de la future capote bleu horizon utilisée par les poilus lors de la Première Guerre mondiale.

Projets de tenue pour l'infanterie de ligne présenté au Salon de mai 1912. Les grandes tenues d’apparat sont à gauche et les tenues de campagne, mieux camouflées, à droite.

Pour la cavalerie, l'élaboration des uniformes revint principalement à Georges Scott, les modifications restant légères car les tenues déjà existantes jugées assez satisfaisantes. La question de la visibilité des cavaliers par l'ennemi ne fut pas posée, car le problème sembla n'être pas la tenue du cavalier mais bien la visibilité du cheval lui-même[30]. Scott s'inspira donc librement des éléments les plus flamboyants du Second Empire[34].

Des essais grandeur nature eurent lieus en été 1912 lors du défilé militaire du 14 Juillet à Longchamps[35]. Le défilé fut apprécié, néanmoins les nouveaux uniformes furent jugés décevants sur le plan de l'efficacité en temps de guerre par certains observateurs[36].

Alexandre Millerand, le successeur d'Adolphe Messimy au ministère de la Guerre à partir de janvier 1912, avait initialement bien accueilli le projet. Il décida malgré tout de ne pas le finaliser après la déception du défilé de Longchamps. Cependant les éléments principaux restèrent pris en compte : la large capote gris-bleu inspira la future capote bleu horizon, et le casque fut repris par Louis Adrian pour l'élaboration d'un nouveau casque portant son nom, utilisé comme standard par l'armée française durant la Première Guerre mondiale.

Postérité[modifier | modifier le code]

Après la mort d'Édouard Detaille le , ses œuvres subirent un fort déclin de popularité dont les signes avant-coureurs se firent perceptibles à la fin de sa vie. La victoire dans l'opinion publique et dans les musées des artistes ayant opéré un rejet net de l'Académie des beaux-arts comme les impressionnistes et post-impressionnistes avait donnée le coup de grâce à la peinture jugée académique : les critiques modernistes fusèrent contre le camp des « perdants », dénigrant ceux qui comme Detaille avaient accepté les jurys jugés conformistes des salons officiels et le poids de l'Académie en France. Les héritiers de la tradition artistique des Salons refusant la révolution artistique en cours virent leurs styles de peinture vilipendés, considérés par les tenants de la nouvelle école comme étant des pastiches grandiloquents sans goût et sans saveur des toiles glorieuses des siècles précédents, résumés ainsi par le terme péjoratif d'« art pompier »[37]. Du point de vue de Detaille, son hostilité envers l'évolution de l'art est à nuancer, car même s'il détestait Vincent van Gogh et Paul Cézanne, il admirait Claude Monet et semblait intéressé par les sculptures d'Auguste Rodin[38].

La Première Guerre mondiale sonna le glas du genre militaire dans la peinture en France de par le dégoût engendré chez les mobilisés de la réalité des guerres modernes en contradiction avec la guerre attendue, et dont l'enthousiasme représenté par Detaille dans sa toile Le Rêve imaginant un retour aux glorieux combats fantasmés fut moqué après le conflit.

L'artiste et son œuvre furent de nouveaux mis en lumière chez les spécialistes de l'art par l'apparition d'une monographie réalisée en 1962 par Pierre Chanlaine. Par la suite, un intérêt grandissant conduisit à l'apparition de l'Association des Amis d’Édouard Detaille en 1979, association présidé par l'historien de l'art François Robichon, ainsi qu'à l'apparition conjointe de nouvelles biographies[39]. Son travail fut aussi redécouvert par les uniformologistes à la même période comme en témoigne un article de 1979 issu de la revue Uniforme, dans lequel son style de dessin est considéré comme figé, mais où est loué sa qualité de coloriste. L'article remet aussi en question la sévérité du jugement de l'historien du début du XXe siècle Camille Mauclair qui qualifiait en effet l’œuvre de Detaille de « désolante erreur »[40]. De nouvelles recherches sur l'apport artistique de Detaille apparurent par la suite et l'achat par le musée Saint-Remi de Reims de La Charge de Morsbronn en 1986 et surtout du tableau Le Rêve par le musée d'Orsay en 1988[41] — musée réhabilitant l'art académique auprès du grand public — confirmèrent le regain d’intérêt pour l'artiste.

Hommages[modifier | modifier le code]

La salle Detaille du musée de l'Armée à Paris.

Une rue Édouard-Detaille fut créée de son vivant en 1892 dans le 17e arrondissement de Paris, dans le quartier Plaine-de-Monceaux.

Une salle Detaille fut installée au musée de l'Armée à Paris en [42]. Maintenant disparue, elle était entièrement dédiée à ses œuvres.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Certaines œuvres sont datées par leur date d'exposition au Salon, qui devient en 1880 le Salon des artistes français. Le Salon de Mulhouse a quant à lui été créé par des personnalités liées à la Société industrielle de Mulhouse telles que Frédéric Engel-Dollfus[43].

Tableau[modifier | modifier le code]

Panorama[modifier | modifier le code]

Peinture murale[modifier | modifier le code]

Dessin[modifier | modifier le code]

Emmanuel Chabrier, dessin dédicacé « à l'ami Chabrier », publié dans la Revue Illustrée du .
  • Tambour d'infanterie anglaise, 1879[55], 25,5 × 19,5 cm, localisation inconnue[56].
  • Infanterie de ligne, 1824, Salon de Mulhouse de 1886, localisation inconnue[57].
  • Tambour d’infanterie légère, 1845, Salon de Mulhouse) de 1886, localisation inconnue[57].
  • Le duc d'Aumale à Taguin, 1843 ou Le duc d'Aumale attaque la Smalah à Taguin le , 1886, 28,2 × 18,2 cm, Chantilly, musée Condé[58].
  • Emmanuel Chabrier, dessin publié en 1887 dans la Revue Illustrée, localisation inconnue[59].
  • Infanterie de ligne, 1848, Salon de l'Union artistique de Toulouse de 1888, localisation inconnue[60].
  • Artillerie à cheval et à pied, 1816, Salon de Mulhouse de 1893, localisation inconnue[61].
  • Au rapport, Salon de Mulhouse de 1896, dessin gouaché, localisation inconnue[62].

illustration[modifier | modifier le code]

  • 1884 : major Hoff, Les grandes manœuvres, illustrations d'Édouard Detaille.
  • 1884-1888 (plusieurs tomes) : Jules Richard (pseudonyme de Thomas Jules Richard Maillot), L'Armée française : types et uniformes, 346 dessins et 60 aquarelles[63]. Ouvrage présentant l'évolution des uniformes de l'armée française depuis la Révolution Française jusqu'au début de la Troisième République, dont les illustrations des uniformes de chaque époque réalisées par Detaille se veulent être rigoureusement exactes et lui ont valu sa réputation d'expert en uniformologie.
  • Vers 1886 : Jules Richard (pseudonyme de Thomas Jules Richard Maillot), En campagne, deuxième série, Éd. Boussod, Valadon et Cie[64], tableaux et dessins de Detaille avec d'autres peintres comme Ernest Meissonier[65].
  • 1887 : Charles Yriarte, Autour du Concile : souvenirs et croquis d'un artiste à Rome, illustrations d'Édouard Detaille, gravures de Ferdinand Heilbuth[66].
  • 1894 : L'Armée russe aux grandes manœuvres, souvenirs du camp de Krasnoé-Sélo. Études et croquis rapportés du camp impérial de Krasnoé-Sélo, par Édouard Detaille, Éd. Boussod, Valadon et Cie[67].
  • 1895[68] : Frédéric Masson, Cavaliers de Napoléon, illustrations d'Édouard Detaille ; réédition Paris, Teissèdre, 2002[69]).
  • « Officier de hussards, 1806 », L'Illustation,‎ , hors texte.
  • 1912 : discussions et dessins portant sur le projet d'uniformes inventés par Detaille pour l'infanterie de ligne dans le journal L'Illustration, no 3602[70] et no 3605[71]), concrétisé par Projets de tenue pour l'infanterie de ligne exposés au Salon de 1912[72].

Récompenses et distinctions[modifier | modifier le code]

Élèves[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Biographie d'Édouard Detaille (1848-1912) », sur Académie de Nantes (consulté le 27 mai 2019).
  2. ÉducArt, M.
  3. a et b (en) « Detaille, Jean Baptiste Édouard », Extrait de la notice dans le dictionnaire Bénézit, sur Oxford Index, (ISBN 9780199773787).
  4. Trapp 2003.
  5. Marius Vachon, Detaille, Paris, A. Lahure, , p. 10.
  6. Jean Valmy-Baysse, Édouard Detaille, sa vie, son œuvre, nombreuses reproductions, Paris, Société d'Édition et de Publications, Librairie Félix Juven, collection « Peintres d'Aujourd'hu », 1910, p. 9.
  7. a et b Jean Valmy-Baysse, Édouard Detaille, sa vie, son œuvre, nombreuses reproductions, Paris, Société d'Édition et de Publications, Librairie Félix Juven, collection « Peintres d'Aujourd'hui », 1910, p. 10.
  8. a et b Georges Cain, « Édouard Detaille », Revue Illustrée,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  9. Léon Plée, « [titre ?] », Les Annales politiques et littéraires, , no 1541, p. 13.
  10. Vachon, op. cit., pp. 20-21.
  11. Vachon, op. cit., pp. 5 et 6.
  12. Louis Gillet, « Édouard Detaille, peintre de la guerre moderne », Lectures pour tous,‎ .
  13. Cain, op. cit., p. 5.
  14. a b c et d François Robichon, Édouard Detaille : un siècle de gloire militaire, Paris, Bernard Giovanangeli Éditeur / Ministère de la Défense, , 143 p. (ISBN 9782758700104), p. 21.
  15. Robichon, op. cit., p. 39.
  16. a b et c Jean Valmy-Baysse, Édouard Detaille, sa vie, son œuvre, nombreuses reproductions, Paris, Société d'Édition et de Publications, Librairie Félix Juven, collection « Peintres d'Aujourd'hui », 1910, pp. 12 et 13.
  17. Robichon, op. cit., p. 106.
  18. Cain, op. cit., p. 7.
  19. Robichon, op. cit., pp. 51-52
  20. George Painter, Marcel Proust, Paris, Mercure de France, 1966, p. 204.
  21. « Chez Édouard Detaille », Le Matin : derniers télégrammes de la nuit,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  22. Vachon, op. cit., p. 142.
  23. Nicole Garnier-Pelle, Chantilly, musée Condé, Peintures des XIXe et XXe siècles, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, , 445 numérotées p., pp. 138-139.
  24. « L’habit vert et l’épée | Académie française », sur www.academie-francaise.fr (consulté le 25 avril 2019).
  25. « L'histoire du Musée », sur Site du Musée de l'Armée (consulté le 29 avril 2019).
  26. « Detaille Jean-Baptiste Édouard », sur Site du Comité des travaux historiques et scientifiques. Institut rattaché à l’École nationale des chartes, (consulté le 27 avril 2019).
  27. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, (ISBN 978-2914611480), p. 283.
  28. a b et c Croisilles, « Deux peintres militaires vont habiller l'armée française », Excelsior : journal illustré quotidien : informations, littérature, sciences, arts, sports, théâtre, élégances,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  29. « Petites Nouvelles des Lettres et des Arts », Comoedia,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  30. a et b « La Tenue réséda a vécu. Le Pantalon rouge survit. », Le Journal,‎ , p. 4 (lire en ligne).
  31. Commandant Fouquet, « Casques et Uniformes », Le Magasin pittoresque,‎ , p. 307 (lire en ligne).
  32. « Le casque ! le casque ! », Gil Blas,‎ , p. 1 (lire en ligne).
  33. Lieutenant-Colonel Rousset, « Les Nouveaux Uniformes de l'Armée Française », Les Annales politiques et littéraires,‎ , p. 355 (pour la lecture en ligne) (lire en ligne).
  34. Lieutenant-colonel Rousset, op. cit., p. 356.
  35. « La mort d'un grand peintre », La Presse,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  36. F. de Solières, « Admirable Manifestation Militaire », La Presse,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  37. Louis-Marie Lécharny, L'art pompier, puf (presses universitaires de France), coll. « Que sais-je ? », , 127 p. (ISBN 2-13-049341-6).
  38. Robichon, op. cit., pp. 135 et 136.
  39. Robichon, op. cit., p. 5.
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Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]