Salon de peinture et de sculpture

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Le Salon de 1787 au Louvre,
gravure de Pietro Antonio Martini.

Le Salon de peinture et de sculpture est une manifestation artistique se déroulant à Paris depuis le XVIIIe siècle, qui exposait les œuvres des artistes agréées par l'Académie des beaux-arts.

D'abord nommée « Salon de l'Académie royale de peinture et de sculpture », à la Révolution elle prend le nom de « Salon de peinture et de sculpture » et se démocratise en s'ouvrant aux artistes de toutes origines sous l'impulsion des peintres Jacques-Louis David et Jean-Bernard Restout.

Elle redevient le « Salon de l'académie royale » sous la Restauration, et reprend son nom de « Salon de peinture et de sculpture » sous la Deuxième République, jusqu'en 1881 où elle prend le nom de « Salon des artistes français », destiné à présenter l'art officiel. Sous Napoléon III les artistes indépendants sont regroupés dans le « Salon des refusés ».

L'objectif initial du salon était de présenter les œuvres des derniers lauréats de l'École des beaux-arts, créée par le cardinal Mazarin en 1648.

La manifestation, orthographiée initialement « Sallon », fut le nom de l'exposition annuelle organisée par l'Académie à partir de 1737 car elle eut lieu au « sallon carré du Louvre » ; auparavant, cette manifestation s'appelait « l'Exposition » et se tenait depuis 1673.

Historique[modifier | modifier le code]

Fondation de l'Académie et naissance des salons[modifier | modifier le code]

Les peintres et sculpteurs du roi, avec à leur tête Charles Le Brun, vont entreprendre un long travail d'influence auprès de Mazarin et de la reine (le roi Louis XIV avait à peine 10 ans) pour mettre en place une institution nouvelle répondant à leurs revendications. Ils pouvaient d’ailleurs citer en exemple les précédents de Florence et de Rome, où les Princes au pouvoir avaient soutenu la création d’une Académie de dessin, un siècle plus tôt déjà.

Ils obtiennent gain de cause et en 1648, la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture est approuvée, elle est créée à Paris et se dote d’une structure, de personnels et d’une doctrine.

La hiérarchie des Genres[modifier | modifier le code]

La doctrine s’appuie sur la hiérarchie des Genres, héritée de l’Antiquité.

Par ordre décroissant de prestige, cette hiérarchie place en tête :

  • la peinture d’histoire (profane, religieuse ou allégorique),

et viennent ensuite :

  • le portrait,
  • la peinture de genres (mises en scènes d’êtres humains considérés dans leur existence quotidienne),
  • le paysage,
  • et la nature morte.

On passe en fait de ce qui exige le plus d’imagination et de créativité, pour lequel il faut plus de talent, à ce qui est considéré comme de la copie pure du réel.

Cette hiérarchie se retrouve dans les désignations du personnel de l’Académie qui a une importante fonction d’enseignement. Seuls les peintres d’histoire ont accès aux fonctions d’« officiers », notamment les professeurs et les adjoints de professeurs.

Pour être reçu à l’Académie, l’aspirant devait d’abord soumettre pour agrément une ou plusieurs œuvres servant de base au choix du sujet imposé, dans le genre choisi par lui. Ensuite, il réalisait le projet en définitif et le présentait pour réception. L’œuvre s’appelait alors le « morceau de réception » qui devenait propriété de l’Académie.

Ces œuvres étaient montrées au public au cours d’expositions dont la régularité ne fut pas la principale qualité au XVIIe siècle. Les statuts de 1663, modifiés en 1668, prévoyaient une présentation biennale. Il fallait trouver un moyen de compenser l’absence de « boutiques », lieux de présentations d’œuvres auxquels les Académiciens et Officiers avaient renoncé, dans le cadre de leur nouveau statut. La première exposition fut organisée au Palais-Royal en 1667, suivie de celles de 1669, 1671 et 1673, année qui introduit l'usage de publier un livret qui présente la liste des différentes œuvres exposées[1].

Après une certaine désaffection et le peu de succès des expositions de 1675, 1681 et 1683, l’Académie s’installe au Louvre en 1692, où se tient l'exposition de 1699, dans la Grande galerie du Louvre qui s'accompagne d'un recueil en trois volumes Description des peintures, sculptures et estampes exposez dans la Grande Galerie du Louvre dans le mois de septembre 1699 qui constitue la première publication de critique du Salon[2]. La Grande Galerie accueille les expositions suivantes de 1704 et 1706.

Le Salon de l'Académie royale de peinture et de sculpture (1725-1789)[modifier | modifier le code]

Denis Diderot a contribué par ses critiques à la renommée du Salon de l'Académie royale

À partir de 1725, le Salon carré du Louvre (nommé à l'époque Grand Salon du Louvre) est régulièrement utilisé pour présenter des œuvres. Le terme « Salon » apparaît en 1725 pour qualifier l’événement : le Salon est de fait le lieu où les Académiciens présentent leurs œuvres au public[2].

À partir de 1737, la périodicité de l'exposition devient régulière, et pour la première fois des dessins sont exposés au même titre que les peintures[3]. D'abord annuelle, elle devient bisannuelle en 1747[4]. La participation augmente, mais le salon restreint son accès aux femmes et aux exposants étrangers[5]. Dans les années 1780, c'est jusqu'à mille personnes par jour qui fréquentent le salon (35 000 en tout rien que pour l'année 1781[6]). L'évènement contribue à l'émergence d'un espace public et international de critique de la peinture, amplifié par la couverture de portée européenne que lui assure Diderot dans les commentaires qu'il lui consacre dans la Correspondance littéraire, historique et critique de Grimm entre 1759 et 1781[4].

En comparaison, la Royal Academy naît à Londres seulement en 1768.

Les salons sous la Révolution et l'Empire[modifier | modifier le code]

Les licteurs rapportent à Brutus les corps de ses fils de Jacques-Louis David consacre le triomphe de l'artiste au Salon de 1789 et celui d'une peinture classique qui regarde l'actualité au miroir de l'histoire antique. En 1791 la rupture avec l'Ancien régime se manifeste dans le monde de l'art. Au nom de l'égalité et de la liberté, le Salon est désormais ouvert à tous les artistes vivants par un décret de l'Assemblée nationale[7].

De nouveau, le Salon consacre David qui triomphe avec trois tableaux déjà exposés, dont le Brutus, mais aussi le dessin préparatoire du Serment du Jeu de Paume[8].

Napoléon Ier félicitant David pour son tableau du Sacre lors du Salon de 1808

En juillet 1793, la Convention supprime toutes les académies et crée une « Commune générale des arts » dont Jean-Bernard Restout est nommé président. C'est elle qui organise le Salon de 1793 dans un contexte difficile, évoqué par le livret de l'exposition :

« Il semblera peut-être étrange à d'austères républicains de nous occuper des arts, quand l'Europe coalisée assiège le territoire de la Liberté[9]. »

David, occupé à peindre La Mort de Marat, n'y participe pas, mais ses élèves y figurent en bonne place. Joseph Ducreux présente les portraits de Couthon et de Robespierre, et Isabey y fait ses débuts. Si l'on trouve encore des paysages et des scènes de genre, l'actualité y tient sa place avec des œuvres telles que Le Départ pour les frontières, La Fête des Sans-culottes sur les ruines de la Bastille, La Montagne et le Marais ou encore Le Siège des Tuileries par les braves Sans-culottes, aujourd'hui bien oubliées avec leurs auteurs[10]. Les Salons suivants seront encore dominés par les élèves de David, les Gérard, Hennequin, Gautherot, Debret, Broc, Berthon, Girodet ou Antoine-Jean Gros.

L'esthétique néoclassique prédomine dans les Salons après la Révolution, sous le Directoire, le Consulat et le Premier Empire. Le Salon de 1799 est marqué par l'exposition du tableau de Pierre-Narcisse Guérin, Le Retour de Marcus Sextus, dont le succès est dû au sujet même, perçu comme une évocation du retour des émigrés et un message de réconciliation nationale.

L'année suivante, David crée l'événement en refusant d'exposer au Salon et en organisant, en parallèle, une exposition payante de son tableau Les Sabines dans l'ancienne académie d'architecture du Louvre. L'arrivée au pouvoir de Napoléon Bonaparte va susciter un nombre croissant d'œuvres dévolues à la célébration de ses faits militaires : le Salon de 1804 voit le succès d'Antoine-Jean Gros avec Les Pestiférés de Jaffa, et celui de 1808 témoigne de la prééminence de l'iconographie napoléonienne avec deux grandes toiles, Le Sacre de Napoléon de David et La Bataille d'Eylau de Gros. Les deux œuvres, qui se font face, inspirent à un visiteur du Salon ce commentaire[11] sur Napoléon : « Sacre et massacre, le voilà bien en deux tomes ! »

L'apogée des Salons d'art plastique (fin XIXe s. - début XXe s.)[modifier | modifier le code]

L'époque romantique[modifier | modifier le code]

Le Salon de 1824,
François-Joseph Heim.

C'est le romantisme, avec notamment Eugène Delacroix, apparenté avec les représentants les plus influents des différentes monarchies qui se succèdent au pouvoir, qui permet la véritable diversification des écoles de peinture, aboutissant à la création de salons indépendants du pouvoir politique après le Second Empire.

On note en 1863 la tenue de l'unique Salon des refusés qui, à l'initiative de Napoléon III, tenta de répondre à la vague de protestations soulevée par le nombre très important d'œuvres refusées par le jury.

La Troisième et la Quatrième République ont constitué les seules véritables périodes de totale liberté artistique en France puisque, contrairement aux régimes précédents, elles n'imposaient pas d'art officiel. Cette liberté totale de créer a pu s'épanouir, en grande partie aussi grâce à la volonté de quelques hommes politiques, souvent francs-maçons, qui refusaient toute contrainte en art comme en matière religieuse et qui se sont investis à titre personnel pour soutenir la création de Salons hors de la mainmise gouvernementale.

Les salons sous le Second Empire

  • Salon de 1857
    • Jean-François Millet, Des Glaneuses, huile sur toile 83 x 110 cm (Paris, musée d'Orsay)

Les salons créés sous la Troisième République[modifier | modifier le code]

Édouard Joseph Dantan, Un Coin du Salon en 1880 (localisation inconnue).
Une visiteuse parcourt le livret ; au fond, la vendeuse dudit livret, assise à une table.

L'ancien Salon de peinture et de sculpture de l'Académie royale de peinture et de sculpture (de 1648 à 1816) puis de l'Académie des beaux-arts (de 1816 à 1880) devient le Salon des artistes français (depuis 1881) et, bien que créée à la fin du Second Empire, c'est sous la République que la Société nationale des beaux-arts va se développer. L'Union des femmes peintres et sculpteurs crée son Salon des femmes peintres et sculpteurs en 1882 rue Vivienne à Paris ; il prendra fin en 1990. On voit se constituer, avant la Première Guerre mondiale, d'autres sociétés autogérées d'artistes — peintres, sculpteurs, graveurs —, qui exposent chaque année au Grand Palais : le Salon des indépendants (depuis 1884), le Salon d'automne (depuis 1903), le Salon d'hiver (depuis 1907). Pour faire gagner de l'argent à l'Académie de peinture et de sculpture, les tableaux étaient exposés avec des numéros : il fallait acheter le livret pour connaître le nom des exposants. En 1900, Giovanni De Martino (it), un sculpteur italien demeurant à Paris, a remporté pour la première fois, un prix spécial du Salon pour une sculpture en bronze intitulée Le pêcheur de criquets[12].

Liste des salons[modifier | modifier le code]

XVIIe et XVIIIe siècles

1673, 1699, 1704, 1725, 1737, 1738, 1739, 1740, 1741, 1742, 1743, 1745, 1746, 1747, 1748, 1750, 1751, 1753, 1755, 1757, 1759, 1761, 1763, 1765, 1767, 1769, 1771, 1773, 1775, 1777, 1779, 1781, 1783, 1785, 1787, 1789, 1791, 1793, 1795, 1796, 1798, 1799, 1800.

XIXe siècle

1801, 1802, 1804, 1806, 1808, 1810, 1812, 1814, 1817, 1819, 1822, 1824, 1827, 1831, (en 1832 il est annulé à cause du choléra), 1833, puis le salon est annuel jusqu'en 1849 ; 1850/1, 1852, 1853, 1855, 1857, 1859, 1861, 1863 (par la suite le salon est encore annuel, jusqu'en 1871 quand il est supprimé à cause de la guerre).

Présentation du Salon dans un texte de 1825[modifier | modifier le code]

« Exposition des ouvrages des artistes vivans au Louvre :

La première exposition publique ou concours des tableaux des artistes vivans, eut lieu en 1673 à l’Académie de peinture et de sculpture, la seconde en 1699, au Louvre ; ce n’est que depuis 1740, que Orry, directeur général des bâtimens, en établit le retour périodique et en régla les conditions.


Ces expositions biennales, auxquelles peuvent concourir même les artistes des pays étrangers, commencent le 25 août, et durent ordinairement pendant deux mois. Les ouvrages, pour y être admis, sont soumis à l’examen préalable d’une commission, qui prononce au reste rarement un rejet ; les travaux des membres de l’académie des Beaux-Arts sont seuls exceptés de cette mesure.

L’entrée en est accordée durant tout ce temps au public, tous les jours de la semaine de dix à quatre heures, à l’exception du mardi et du vendredi réservé au beau et grand monde, qui craint de se trouver parmi un public qui n’est point de son niveau. Ces vendredis sont remarquables par la société brillante qui s’y réunit plutôt pour être vue que pour voir les œuvres du pinceau et du ciseau. »

— C. Harmand, Manuel de l’amateur des arts dans Paris, Paris, Hesse et compagnie, 1825, p. 210 (non paginé, mais 3 pages après la page 207).

Commentaire : l'intérêt de ce texte est d'une part qu'il propose un historique pour la fermeture le mardi du musée du Louvre, (sans vraiment expliquer pourquoi ce jour fut choisi), et d'autre part d'apprendre qu'il y avait un jour réservé au « beau monde ». L'auteur d'ailleurs relève la part de snobisme de ce « beau monde » qui redoute d'être mélangé aux autres visiteurs, mais ne s'intéresse pas vraiment aux œuvres exposées.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lobstein 2006, p. 9.
  2. a et b Lobstein 2006, p. 10.
  3. note n°5 de la présentaion de l'exposition Olivier Le May, paysages animés du 26 mars au 22 juin 2014
  4. a et b Albane Cogné, Stéphane Blond, Gilles Montègre, Les circulations internationales en Europe, 1680-1780, Atlande, 2011, p. 255
  5. Réglement intérieur du Salon
  6. Charlotte Guichard, « Les circulations artistiques en Europe (années 1680-années 1780) », in Pierre-Yves Beaurepaire et Pierrick Pourchasse (dir) Les circulations internationales en Europe, années 1680-années 1780, Presses Universitaires de Rennes, 2010, p. 390
  7. Jules Renouvier, Histoire de l'art pendant la révolution, Veuve J. Renouard, , p. 9.
  8. Renouvier, p. 11.
  9. Cité par Renouvière, p. 12.
  10. Renouvière p. 14.
  11. Louis Hautecœur, Louis David p. 209.
  12. Mariantonietta Petrusa Picone, Art à Naples 1920-1945: les années difficiles, Napoli, Electa Napoli (ISBN 9788843585298), p. 325

Sources[modifier | modifier le code]

  • Sources imprimées. La bibliographie essentielle est le livret des salons. Documents rarissimes, les livrets du XVIIe et du XVIIIe siècle ont fait l'objet de rééditions, l'une par J. J. Guiffrey de 1869 à 1872, l'autre, en 1990-1991, est une reproduction en fac-similé de la réédition de Guiffrey.
  • Bellier et Auvray

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gérard-Georges Lemaire, Histoire du Salon de peinture, Klincksieck, 2003 (ISBN 978-2252033753)
  • Dominique Lobstein, Les Salons au XIXe siècle : Paris, capitale des arts, Paris, La Martinière, (ISBN 2-7324-3383-7)
  • James Kearns, Pierre Vaisse, Ce Salon à quoi tout se ramène : le Salon de peinture et de sculpture, 1791-1890, éditions Peter Lang, 2010.
  • Jean-François Heim, Claire Béraud, Philippe Heim, Les Salons de peinture de la Révolution Française 1789-1799, préface de Jean Tulard, C.A.C. éditions, Paris, 1989. (ISBN 2-906486-01-9).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]