Sciences économiques

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Les sciences économiques (ou la science économique ou encore l'économie) est une discipline scientifique qui étudie le fonctionnement de l'économie.

Depuis les travaux de John Maynard Keynes, on distingue la microéconomie de la macroéconomie. La macroéconomie étudie les grands agrégats économiques (l'épargne, l'investissement, la consommation, la croissance économique), alors que la microéconomie étudie le comportement des agents économiques (individus, ménages, entreprises) et leurs interactions, notamment sur les marchés.

On distingue également la théorie économique, qui vise à construire un corpus de résultats abstraits sur le fonctionnement de l'économie, de l'économie appliquée, qui utilise les outils de la théorie économique pour étudier des domaines précis comme le travail, la santé, l'immobilier, l'organisation industrielle ou encore l'éducation.

Les sciences économiques font partie des sciences sociales.

Définitions[modifier | modifier le code]

La définition la plus courante des sciences économiques est dûe à l'économiste Lionel Robbins. Il définit l'économie comme (« la science qui étudie l'allocation de biens rares à des fins alternatives »[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la pensée économique.

Le terme d'économie provient du grec. Xénophon et Aristote ont chacun écrit un traité sur l'économie. La pensée économique moderne se développe avec le mercantilisme au XVIIe siècle, les physiocrates au XVIIIe siècle et la naissance de l'économie politique avec Adam Smith (fin du XVIIIe siècle), David Ricardo ou encore Jean-Baptiste Say (début XIXe siècle).

C'est avec la révolution marginaliste à la fin du XIXe siècle que l'économie se constitue comme une discipline scientifique.

A la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, les sciences économiques se structurent comme une discipline académique avec la création de départements d'économie dans les universités, de revues académiques spécialisées et d'associations professionnelles. Par exemple aux États-Unis, le département d'économie de l'université Harvard est créé en 1897 et le département d'économie de l'université de Californie à Berkeley est créé en 1903[2],[3]. L'American Economic Association est créée en 1885, le Quarterly Journal of Economics en 1886, le Journal of Political Economy en 1892 et l'American Economic Review en 1911. Au Royaume-Uni, la British Economic Association, ancêtre de la Royal Economic Society est fondée en 1890, la revue The Economic Journal en 1891 et la London School of Economics en 1895[notes 1].

Dans les années 1930, la science économique connaît deux grandes révolutions avec l'apparition de la macroéconomie et de l'économétrie.

Avec la publication de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie (1936), John Maynard Keynes crée le champ de la macroéconomie.

John Maynard Keynes est un considéré comme le père fondateur de la macroéconomie.
Ragnar Frisch fonde la société d'économétrie en 1930 et la revue Econometrica en 1933.

Les années 1930 sont aussi marquées par le développement de l'économétrie. Ragnar Frisch crée la société d'économétrie en 1930 et la revue Econometrica en 1933. Le développement de l'économétrie conduit à un usage de plus en plus importants des statistiques dans la science économique. Les modèles économétriques peuvent aussi bien être utilisés pour calibrer un modèle économique existant que pour tester sa validité empirique.

Dans son ouvrage Foundations of Economic Analysis, Paul Samuelson a trouvé une structure mathématique commune à un grand nombre de modèles économiques.

Dans les années 1940 et 1950, les sciences économiques sont marquées par le développement des théories de la croissance économique avec le modèle de Harrod-Domar et surtout le modèle de Solow (Solow 1956), le développement des fondements de la théorie des jeux avec l'ouvrage fondateur de John von Neumann et Oskar Morgenstern (von Neumann et Morgenstern 1944) et les travaux de John Nash, et l'accomplissement des recherches sur l'équilibre général en concurrence parfaite avec les travaux de Kenneth Arrow et Gérard Debreu qui montrent les conditions d'existence et d'unicité de l'équilibre général imaginé par Léon Walras.

Dans les années 1960, les sciences économiques explorent de nouveaux sujets comme l'éducation, la criminalité ou encore la famille. Les travaux de Gary Becker sont emblématiques de cette tendance à utiliser la théorie économique pour analyser des sujet hors du domaine traditionnel de l'économie. En macroéconomie, les années 1960 sont marquées par les débats sur l'arbitrage inflation-chômage mis en évidence par la courbe de Phillips (Philipps 1958). La remise en cause de cette courbe avec le phénomène de stagflation conduit à formuler différentes hypothèses sur les anticipations des agents (anticipations adaptatives puis anticipations rationnelles).

Dans les années 1970 se développent les modèles économiques en information imparfaite comme le modèle de George Akerlof sur les asymétries d'information dans un marché (Akerlof 1970).

En macroéconomie, la fin des années 1980 et le début des années 1990 est marqué par un renouvellement des travaux sur la croissance économique autour de la notion de croissance endogène.

Les années 1990 et 2000 sont caractérisées par une part de plus en plus importantes de travaux empiriques dans la recherche en économie. Cette évolution est particulièrement vraie en économie du travail, en économie de l'éducation ou encore en économie du développement[4],[5]. Le développement de l'économétrie appliquée dans ces années là est notamment lié au développement d'un champ de recherche autour de l'inférence causale (voir notamment le modèle causal de Neymann-Rubin) et la diffusion de protocoles de recherche comme la méthode des variables instrumentales, la méthode des doubles différences ou encore la régression sur discontinuité. Les travaux de David Card sur l'effet de l'immigration sur le marché du travail (Card 1990) ou de David Card et Alan Krueger sur l'effet du salaire minimum sur l'emploi (Card et Krueger 1994) sont représentatifs de ce champ de recherche.

Méthodes[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Méthodologie économique.

Modélisation[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Modèle (économie).

En théorie économique, les économistes développent des représentations simplifiées de la réalité appelées modèles.

Méthodes statistiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Économétrie.

L'usage des modèles statistiques en économie s'est développé avec la création de la Société d'économétrie en 1930 et de la revue Econometrica en 1933.

Méthodes expérimentales[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Économie expérimentale.
Daniel Kahneman a diffusé en économie la méthode des expériences de laboratoire et remis en cause les hypothèses standards de la théorie de la décision rationnelle.

Depuis les travaux des psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman et de Vernon Smith, les expériences de laboratoire sont devenues une méthode à part entière en sciences économiques pour valider empiriquement la pertinence des théories économiques. Ainsi, les travaux expérimentaux en théorie de la décision ont montré que les agents ne se comportaient pas selon la théorie de l'utilité espérée (théorie développée par John von Neumann et Oskar Morgenstern dans Theory of Games and Economic Behavior). La théorie des perspectives, développée par Amos Tversky et Daniel Kahneman (Kahneman et Tversky 1979), est plus conforme aux résultats expérimentaux.

Parallèlement aux expériences de laboratoires, les économistes développent également des expériences de terrain à grande échelle pour tester des théories économiques ou encore évaluer l'effet de politiques publiques. Ces méthodes se sont largement développées depuis les années 1990. En économie du développement par exemple, les économistes Esther Duflo et Abhijit Banerjee ont largement diffusé l'usage de ces méthodes, notamment à travers la création d'un institut dédié à ces méthodes, le Abdul Latif Jameel Poverty Action Lab.

Méthode historique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire économique.

Liens avec d'autres disciplines[modifier | modifier le code]

Liens avec la sociologie[modifier | modifier le code]

Gary Becker a appliqué les méthodes de la théorie économique à la compréhension de phénomènes sociaux comme l'éducation (Becker 1964), les discriminations (Becker 1957), la famille (Becker 1981), l'addiction ou encore la criminalité.

Depuis les travaux de Gary Becker sur la famille (Becker 1981), la criminalité (Becker 1957) ou l'éducation (Becker 1964), les sciences économiques ont tendance à explorer des sujets d'ordinaires réservées à la sociologie. On désigne par impérialisme économique cette tendance des sciences économiques à analyser des sujets traditionnellement du domaine de la sociologie.

A l'inverse, la sociologie économique analyse l'économie avec les outils et les théories sociologiques. Ainsi les travaux de Mark Granovetter ont montré l'importance des réseaux sur le marché du travail (ce que les économistes avaient ignorées jusque là). De même, les travaux de sociologie des marchés montrent le caractère socialement construits des marchés à l'opposé de la vision naturaliste des économistes.

Liens avec la psychologie[modifier | modifier le code]

Les travaux pionniers de Daniel Kahneman et Amos Tversky sur la théorie de la décision en univers risqué (Kahneman Tversky) ont donné lieu à un domaine de recherche qui relève à la fois de la psychologie et de l'économie.

Liens avec les sciences politiques[modifier | modifier le code]

Liens avec les neurosciences[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Neuroéconomie.

Dans la lignée des travaux en économie comportementale, la neuroéconomie utilise les méthodes des neurosciences cognitives pour comprendre la manière dont les agents prennent leurs décision[6].

Liens avec la physique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Éconophysique.

L'éconophysique est une discipline qui utilise des modèles de physique statistique pour étudier des phénomènes économiques[7].

Reproductibilité et réplication en économie[modifier | modifier le code]

D'après une étude publiée dans la revue Science en 2016, 40% des expériences en économie échouent à être répliquées[8],[notes 2].

Épistémologie de l'économie[modifier | modifier le code]

Sciences économiques et société[modifier | modifier le code]

Rôle politique des sciences économiques[modifier | modifier le code]

Les économistes sont amenés à intervenir dans le débat public ou à conseiller les gouvernements pour faire des recommandations de politique économique. Aux États-Unis, le Council of Economic Advisers a été créé en 1946 pour conseiller le président des États-Unis. En France, le Conseil d'analyse économique a été créé en 1997.

Les économistes peuvent aussi jouer un rôle dans l'évaluation des politiques publiques.

Courants de pensées en sciences économiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : École de pensée économique.

Critiques[modifier | modifier le code]

Contestation de la scientificité de l'économie[modifier | modifier le code]

De nombreux auteurs, comme Bernard Guerrien ou Daniel Duet contestent la prétention de l'économie orthodoxe à être considérée comme une science. Ces auteurs mettent notamment en cause l'irréalisme des hypothèses du paradigme standard en économie (la transitivité des préférences, le comportement de l'homo oeconomicus, hypothèse de concurrence parfaite, etc). Selon ces auteurs, les hypothèses n'ont pas fait l'objet de vérifications empiriques[9],[10].

Prix et distinctions en économie[modifier | modifier le code]

Depuis 1969, la Banque de Suède décerne annuellement le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d'Alfred Nobel communément appelé prix Nobel d'économie.

L'American Economic Association décerne la médaille John-Bates-Clark du meilleur économiste de moins de 40 ans depuis 1947.

Place des femmes en économie[modifier | modifier le code]

Joan Robinson (1903-1983) est une des rares femmes économistes du courant du XXe siècle. Elle est une figure importante de l'école de Cambridge et du keynésianisme.

Une seule femme a reçu le prix Nobel d'économie (Elinor Ostrom en 2009) et seules deux femmes ont reçues la médaille John-Bates-Clark (Susan Athey en 2007 et Esther Duflo en 2010).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le plus ancien département d'économie du Royaume-Uni est le département d'économie politique de University College London fondé en 1826 (lire en ligne).
  2. Pour aller plus loin, voir le dossier dans l'American Economic Review du mois de mai 2017 https://www.aeaweb.org/issues/465

Références[modifier | modifier le code]

  1. Chartoire et Loiseau 2005, p. 4
  2. « About », sur université Havard (consulté le 19 juillet 2017)
  3. « A Brief History: Economics at the University of California », sur université de Berkeley (consulté le 19 juillet 2017)
  4. « An empirical turn in economics research », sur American Economic Association (consulté le 19 juillet 2017)
  5. (en) Joshua Angrist, Pierre Azoulay, Glenn Ellison, Ryan Hill et Susan Feng Lu, « Economic Research Evolves: Fields and Styles », American Economic Review, vol. 107, no 5,‎ , p. 293-97 (DOI 10.1257/aer.p20171117)
  6. (en) Colin Camerer, George Loewenstein et Drazen Prelec, « Neuroeconomics: How Neuroscience Can Inform Economics », Journal of Economic Literature, vol. 43,‎ , p. 9-64
  7. (en) H. Eugene Stanley et al., « Econophysics: Can physicists contribute to the science of economics? », Physica A: Statistical Mechanics and its Applications, vol. 269, no 1,‎ , p. 156-169
  8. (en) John Bohannon, « About 40% of economics experiments fail replication survey », Science,‎ (DOI 10.1126/science.aaf4141, lire en ligne)
  9. Bernard Guerrien, « L’économie : science ou pseudo science ? », Science ou pseudo-science,‎ (lire en ligne)
  10. Daniel Duet, « La science économique n’aura pas lieu », Les Cahiers pour l’histoire de l’épargne, no 12,‎ (lire en ligne)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages fondamentaux[modifier | modifier le code]

Articles fondamentaux[modifier | modifier le code]

Ouvrages de vulgarisation[modifier | modifier le code]

Encyclopédies[modifier | modifier le code]

Articles encyclopédiques[modifier | modifier le code]

  • (en) Craufurd D. Goodwin, « History of economic thought », The New Palgrave,‎

Autres[modifier | modifier le code]

  • Laville J.L & Cattani A.D (2005) Dictionnaire de l'autre économie (Vol. 123). Desclée de Brouwer.
  • Laville J.L (2003) Avec Mauss et Polanyi, vers une théorie de l'économie plurielle (No. 1, pp. 237-249). La Découverte.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]