Henri Barbusse

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Barbusse.
Henri Barbusse
Анри Барбюс (1928).jpg
Henri Barbusse en 1928
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 62 ans)
MoscouVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom de naissance
Adrien Gustave Henri BarbusseVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Parti politique
Membre de
Académie des sciences de l'URSS (en)
Académie des sciences de RussieVoir et modifier les données sur Wikidata
Conflit
Mouvement
Distinctions
Œuvres principales
signature de Henri Barbusse
signature
Père-Lachaise - Division 97 - Barbusse 01.jpg
Sépulture au Père-Lachaise.

Adrien Gustave Henri Barbusse, dit Henri Barbusse, né à Asnières le et mort à Moscou le [1], est un écrivain français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Du côté paternel, Henri Barbusse est issu d'une famille protestante d'origine cévenole[2] dans un hameau d'Anduze, près d'Alès[3]. Son père, licencié de théologie de l'université de Genève, est journaliste, chroniqueur théâtral au Siècle. Sa mère, d'origine anglaise, meurt alors que le jeune Henri n'a pas trois ans.

Le milieu littéraire le reconnaît très tôt comme l'un des siens, à la suite de sa participation remarquée, en 1892, au concours de poésie de L'Écho de Paris de Catulle Mendès. Son premier recueil de poèmes, Pleureuses, est publié en [4]. Il s'exerce alors professionnellement dans la presse, se tourne vers la prose et publie un premier roman, empreint de décadence et de naturalisme à la fois : L'Enfer, en .

En 1914, âgé de 41 ans, malgré des problèmes pulmonaires et ses positions pacifistes d'avant-guerre, il s'engage volontairement dans l'infanterie et réussit à rejoindre les troupes combattantes en au 231e régiment d'infanterie avec lequel il participe aux combats en premières lignes jusqu'en 1916[5].

La postérité se souviendra surtout du roman qu'il écrivit sur cette expérience Le Feu, prix Goncourt , récit sur la Première Guerre mondiale dont le réalisme souleva les protestations du public de l'arrière autant que l'enthousiasme de ses camarades de combat[6]. Il paraît sous forme de feuilleton dans le quotidien L'Œuvre à partir du , puis intégralement à la fin de aux éditions Flammarion. En novembre 1917, Barbusse est cofondateur et premier président de l'Association républicaine des anciens combattants (ARAC)[5].

En avril 1918, il est appelé par Jean Longuet pour assurer la direction littéraire du journal Le Populaire. Le premier article qu'il signe dans ce quotidien, qui est alors l'expression de la « minorité » pacifiste du Parti socialiste, est titré « Les lettres et le progrès »[7]. Fondateur du mouvement pacifiste « Clarté » et de la revue homonyme (1919-1924), il adhère au Parti communiste, en 1923, et se lie d'amitié avec Lénine et Gorki[5], au cours de voyages qu'il effectue en URSS. En avril 1926, appelé par Marcel Cachin et Paul Vaillant-Couturier, qui ambitionnent de faire de L'Humanité un grand quotidien d'informations, il inaugure ses fonctions de directeur littéraire du journal communiste en dressant en « une » du journal[8] la conception qu'il se fait de la littérature : rapprocher les intellectuels du peuple, susciter un art jeune tendu vers la libération des masses, effectuer une « critique rouge » de la littérature bourgeoise[9]. Ce programme, il veut le mettre en pratique dans le projet qu'il porte d'une nouvelle revue. Il le réalise en 1928 en fondant la revue Monde (publiée jusqu'en 1935) avec des collaborations mondiales prestigieuses. La direction de cette revue est loin d'être un poste de tout repos : Barbusse doit se débattre entre les difficultés financières, les tournants politiques de l'Internationale communiste et du Parti communiste, et les fractures que ceux-ci occasionnent parmi les intellectuels français : débats sur la littérature prolétarienne, soumission ou non aux injonctions politiques, « affaire » Victor Serge[10], etc. Par l’entremise du poète hondurien Froylán Turcios, il entretient des relations avec Augusto Sandino qui dirigeait alors une guérilla contre l’occupation américaine du Nicaragua[11].

Henri Barbusse, carte postale éditée en 1935 par le « Comité mondial contre le fascisme et la guerre ».

Admirateur de la Révolution russe (Le Couteau entre les dents, 1921 ; Voici ce qu'on a fait de la Géorgie, 1929), il cherche à définir une « littérature prolétarienne ». Il fut l'un des instigateurs du mouvement pacifiste Amsterdam-Pleyel, dont il devient le président avec Romain Rolland et auquel adhère notamment Albert Camus, dès la prise du pouvoir d'Hitler en Allemagne. Il fait plusieurs voyages en URSS et écrit une biographie naïvement élogieuse de Staline (1935)[12],[13].

C'est à l'occasion d'un de ces voyages qu'il meurt à Moscou, le . L'hypothèse selon laquelle il aurait été empoisonné sur l'ordre de Staline[14] est controversée, tant la santé de Barbusse, chancelante dès avant la guerre, avait été mise à l'épreuve par son intense activité nationale et internationale[15]. Devenu une des figures emblématiques du Front populaire en France, acclamé par la foule qui avait envahi les rues de Paris lors du 14 juillet 1935[16], ses funérailles à Paris, le 7 septembre 1935, donnent l'occasion à la population parisienne de lui rendre un dernier hommage particulièrement important[5]. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, non loin du Mur des fédérés, lieu symbolique de la mémoire populaire et ouvrière. C’est André Malraux qui, à la place de Jean-Richard Bloch, prononce son éloge au nom de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires[17].

Dès sa mort, de nombreuses municipalités baptisent de son nom des rues et des écoles, qui sont encore, au XXIe siècle, des vecteurs de sa mémoire[18].

Il a été marié à Hélyonne Mendès (1879-1955), fille de la compositrice Augusta Holmès et du poète Catulle Mendès.

Un musée lui est consacré à Aumont-en-Halatte.

Soutien de l'espéranto[modifier | modifier le code]

Barbusse n’était pas espérantiste, simplement sympathisant. En 1922 paraît la brochure de SAT For la Neŭtralismon ! (À bas le Neutralisme), écrite par Eugène Lanti — le fondateur de SAT — pour justifier l’existence du mouvement espérantiste des travailleurs, séparé du mouvement neutre. Sur la page de titre de cette brochure se trouve la citation suivante de Barbusse : « les espérantistes bourgeois et mondains seront de plus en plus étonnés et terrorisés par tout ce qui peut sortir de ce talisman : un instrument permettant à tous les êtres humains de se comprendre. »[19]

Barbusse fut également Président d'honneur du premier congrès de SAT qui se tint à Prague en 1921.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Pleureuses (1895, réédité en 1920)
  • Les Suppliants (1903)
  • L'Enfer (1908)
  • Nous autres (1914)
  • Le Feu (Journal d'une escouade) (, prix Goncourt)
  • Carnets de guerre
  • Paroles d'un combattant. Articles et discours 1917-1920 (1917)
  • Clarté (1919)
  • L'Illusion (1919)
  • La Lueur dans l'abïme (1920)
  • Quelques coins du cœur (1921)
  • Le Couteau entre les dents (1921)
  • Les Enchaînements (1925)
Envoi de Barbusse à Abel Hermant.
  • Les Bourreaux (1926)
  • Force (Trois films) (1926)
  • Jésus (1927)
  • Les Judas de Jésus (1927)
  • Manifeste aux Intellectuels (1927)
  • Faits divers (1928)
  • Voici ce que l'on a fait de la Géorgie (1929)
  • Élévation (1930)
  • Ce qui fut sera (1930)
  • Russie (1930)
  • Zola (1932)
  • Staline. Un monde nouveau vu à travers un homme (1935)
  • Lénine et sa famille (1936)
  • Lettres de Henri Barbusse à sa femme 1914-1917 (1937)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche autorité de la BnF
  2. Attestée au XVIIe siècle.
  3. Voir, sur ses origines, le numéro spécial de la revue Europe, septembre 1974 ; le lieu-dit « Barbusse » existe encore à 5 km au sud d'Anduze, comme le montre OpenStreetMap.
  4. Réédité en 1920.
  5. a b c et d Biographie d'Henri Barbusse dans l'édition du Feu au Livre de poche, 1988, p. 9-11 (ISBN 978-2-253-04741-4).
  6. Le feu de Barbusse nous éclaire toujours, Raymond Huard, L'Humanité, 26 juin 2018
  7. Philippe Baudorre, Henri Barbusse, p. 165. Voir bibliographie.
  8. L'Humanité 28 avril 1926.
  9. Philippe Baudorre, op. cit., p. 256.
  10. Philippe Baudorre titre en termes mouvants les derniers chapitres de la biographie de Barbusse : « Une longue période de turbulences (1929-1932) », « Une année charnière (1932) », « Ombres et lumières (1933-1935) ».
  11. Leslie Manigat, L’Amérique latine au XXe siècle, 1889-1929, , p. 397
  12. Voir les extraits cités par Fred Kupferman dans Au pays des Soviets.
  13. Lilly Marcou, Staline vu par l'Occident. Esquisse bibliographique, Revue française de science politique, Année 1972, 22-4, pp. 887-908.
  14. Arkadi Vaksberg, Hôtel Lux, Paris, Fayard, 1993.
  15. Philippe Baudorre, op. cit. et Jean Relinger, notice « Henri Barbusse », Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français.
  16. Philippe Baudorre, p. 387 : « La foule massée sur les trottoirs acclame les dirigeants qu'elle reconnaît, « Vive Thorez ! vive Barbusse ! Libérez Thaelmann ! » ».
  17. Philippe Baudorre, Barbusse, Paris, , 427 p., 24 cm (lire en ligne), p. 7.
  18. Il en est ainsi à Paris, dans le Ve arrondissement.
  19. Article : « Socialisme et espéranto » sur le site de SAT-Amikaro.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Relinger, Henri Barbusse écrivain combattant, Presses universitaires de France, 1994, 289 p.
  • Philippe Baudorre : Barbusse, Le Pourfendeur de la Grande Guerre, Paris, Flammarion, « Grandes Biographies », 1995.
  • Jean Sanitas, Paul Markides, Pascal Rabate, Barbusse La passion d'une vie, Valmont, 1996
  • (de) Müller, Horst F.: Henri Barbusse: 1873-1935; Bio-Bibliographie. Die Werke von und über Barbusse mit besonderer Berücksichtigung der Rezeption in Deutschland. - Weimar, VDG, 2003, (ISBN 978-3-89739-323-3)
  • Serge Velay (dir.), Michel Boissard et Catherine Bernié-Boissard, Petit dictionnaire des écrivains du Gard, Nîmes, Alcide, , 255 p. (présentation en ligne), p. 24-25
  • Patrick Cabanel, « Adrien Gustave Henri Barbusse », in Patrick Cabanel et André Encrevé (dir.), Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, tome 1 : A-C, Les Éditions de Paris Max Chaleil, Paris, 2015, p. 154-155 (ISBN 978-2846211901)
  • Fred Kupferman, Au pays des Soviets – Le voyage français en Union soviétique, 1913-1939, Tallandier, 2007 (ISBN 978-2-84734-389-2)
  • Michel Boissard, Henri Barbusse, l'Encre et le Sang, L'Harmattan, 2018.
  • (en) Romain Ducoulombier, « Henri Barbusse, Stalin and the making of the Comintern's international policy in the 1930s », French History, Oxford University Press, vol. 30, no 4,‎ , p. 526–545 (DOI 10.1093/fh/crw052).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]