Roger Martin du Gard

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Roger Martin du Gard
Description de cette image, également commentée ci-après

Roger Martin du Gard en 1937

Naissance
Neuilly-sur-Seine
Décès (à 77 ans)
Sérigny
Activité principale
Distinctions
Auteur
Genres

Œuvres principales

Signature de Roger Martin du Gard

Roger Martin du Gard est un écrivain français né le à Neuilly-sur-Seine, au 69 boulevard Bineau, et mort le au château du Tertre, à Sérigny (Orne). Il est lauréat du prix Nobel de littérature de 1937.

Biographie[modifier | modifier le code]

Roger Martin du Gard est issu d'une famille bourgeoise de gens de robe. Son père, Paul Martin du Gard, est avoué de première instance au Tribunal de la Seine et sa mère, née Madeleine Wimy, est la fille d'un agent de change de la Bourse de Paris[1]. En 1892, il entre en qualité de demi-pensionnaire à l'École Fénelon, où l'enseignement de Marcel Hébert le marque profondément[2]. Ses résultats sont insuffisants ; il préfère la lecture des "feuilletons bon marché" aux leçons dispensées [3]. Son père décide alors de le mettre un semestre en pension, de janvier à juin 1896, à Passy, chez un jeune normalien, Louis Mellerio. Il rattrape son retard en latin, grec, et grammaire, apprend l'art de la composition, avant d'être fin prêt à affronter son année de rhétorique à la rentrée d'octobre. Il entre alors comme externe au lycée Janson-de-Sailly.

Il découvre sa vocation d'écrivain en se liant à un jeune garçon de deux ans son aîné, Jean Werhlé, pendant l'été qu'il passe à Maisons-Laffitte en 1891[4]. Les tragédies en vers qu'écrit déjà son ami lui font connaître, à dix ans, son premier choc esthétique : "Aussitôt au lit, j'ai tiré le cahier de sous mon traversin, et me suis mis à lire. J'avais les yeux brouillés de larmes. Première révélation de la poésie..."[3]. À compter de ce jour, le jeune Roger ne laissera pas de noircir des cahiers de "poèmes sentimentaux", toujours accompagné d'un "petit dictionnaire de rimes"[5]. Il ne se dégagera de cette fiévreuse obsession lyrique qu'à l'âge de dix-sept ans lorsqu'il lira, suivant les conseils de l'abbé Hébert, Guerre et Paix de Tolstoï[6]. Après son bachot de philosophie, obtenu en 1898, il décide, le temps de confirmer sa volonté d'écrire et d'obtenir l'assentiment d'une famille réticente, de s'inscrire à la Sorbonne, pour passer une licence ès lettres[7]. Il ne se présente pas aux examens la première année, et échoue lorsqu'il les passe l'année suivante, en juillet 1900. Il décide alors, quelques jours plus tard, de pallier son sentiment d'échec en préparant le concours d'entrée à l'École des Chartes[8]. Il est reçu le 28 octobre[9]. Malgré un redoublement, et l'interruption d'une année, en 1902-1903, pour son service militaire à Rouen, il obtient son diplôme d'archiviste-paléographe en décembre 1905, après avoir soutenu une thèse sur les ruines de l'abbaye de Jumièges[7]. Au sortir de l'École, en février 1906, il épouse Hélène Foucault, fille d'un avocat du barreau de Paris. À vingt-cinq ans, il est désormais prêt à affirmer son désir d'être écrivain.

Il s'attelle à la préparation d'un roman, dès le début de son voyage de noces en Afrique du nord, début 1906 : Une Vie de saint.

La publication de son roman Jean Barois en 1913 lui permettra de se lier d'amitié avec André Gide et Jacques Copeau : refusé par Bernard Grasset, son ami d'enfance Gaston Gallimard transmet le manuscrit à Jean Schlumberger, puis à Gide, son livre étant finalement édité à la jeune maison d'édition de la NRF dont il devient le premier succès[10]. Dans l'étonnant « roman dossier » qu'est Jean Barois, R. Martin du Gard ne cherche pas à démontrer. Il n'émet aucun jugement, il ne condamne pas, il n’absout pas : il décrit avec une volonté d'objectivité l'évolution de la religion contemporaine avec le modernisme qui semble en saper les fondements ou la séparation des Églises et de l'État en 1905. Avec ses documents authentiques ou fictifs qui s'y trouvent insérés, la seconde partie constitue aussi la première représentation littéraire de l'Affaire Dreyfus et du procès Zola qui lui est lié. De la même façon qu'elle est aussi une des premières représentations littéraires de la crise moderniste. Charles Moeller oppose le Jean Barois de Roger Martin du Gard à l'Augustin de Joseph Malègue dans Augustin ou le Maître est là, un peu comme Victor Brombert. Pour le critique américain, le retour à la foi d'Augustin « n'est pas un retour soumis au bercail » (« is not a submissive return to the fold »), mais « une reconquête durement remportée à travers la souffrance et la lucidité » (« a reconquest hard won through pain and lucidity »), et qui n'est pas « une abdication de l'intelligence[11]. » Moeller pense que la foi avec laquelle renoue Jean Barois est du fidéisme[12].

Pour le théâtre, il écrit, Le Testament du père Leleu, farce paysanne (1913), qui semble avoir inspiré G. Puccini pour la composition de son opéra Gianni Schicchi. La mise en scène de cette farce par Jacques Copeau qui venait alors d'ouvrir le théâtre du Vieux-Colombier marque le début d'une amitié très forte, grâce à laquelle Martin du Gard envisage la réalisation de pièces satiriques dans le cadre d'une Comédie nouvelle dont il développe une première vision. Ces perspectives ne connaissent pas un aboutissement, cependant, en raison des refus successifs qu'oppose J. Copeau aux propositions et essais de RMG. Celui-ci revient alors vers le roman.

Mobilisé en 1914, il est affecté comme fourrier à un groupe automobile de « Transport Matériel » attaché au premier corps de cavalerie[13]. Témoin des atrocités du front, il ne veut pas écrire sur ce sujet mais exprime son pacifisme idéaliste dans ses lettres et son journal écrits à cette époque[14].

Après la Première Guerre mondiale, Roger Martin du Gard conçoit le projet d'un long roman-fleuve (ou roman de longue haleine) dont le sujet initial s'intitule « deux frères ». De fait, le roman en huit volumes ensuite intitulé Les Thibault va l'occuper des années 1920 à 1940, date de publication du dernier volume, Épilogue. De nombreux souvenirs d'enfance vont marquer cette saga notamment quand, entre 1890 et 1895 il habita Maisons-Laffitte dans une maison de l'avenue Albine au no 26 qui porte actuellement une plaque gravée de marbre blanc sur un des deux piliers du portail. À travers l'histoire de Jacques et Antoine Thibault qui sont liés à la famille de Fontanin, le romancier fait le portrait d'une classe sociale, la bourgeoisie parisienne, catholique ou protestante, universitaire, mais aussi en révolte dans le cas de Jacques Thibault, apprenti écrivain qui découvre le socialisme. Conçus comme une conclusion à une œuvre dont la réalisation menaçait de durer trop longtemps, les deux derniers volumes sont consacrés à la disparition des deux héros et mettent l'accent sur la Première Guerre mondiale. L'Été 1914 décrit la marche à la guerre que ne peuvent empêcher ni les socialistes, ni les autres groupes pacifistes : révolutionnaire de cœur, Jacques Thibault ne saura que se sacrifier en lançant sur les tranchées un appel à la fraternisation des soldats allemands et français. Racontant la lente agonie d'Antoine Thibault gazé pendant le conflit, Épilogue évoque la « marche à la paix » et s'interroge sur les propositions du président Wilson qui aboutiront à la création de la Société des Nations.

En 1930 paraît Confidence africaine, une histoire d'inceste. Ce livre joue un rôle dans le roman épistolaire de Katherine Pancol, Un homme à distance (Albin Michel, 2002).

C'est en 1937, juste après la publication de L'Été 1914, que R. Martin du Gard se voit attribuer le prix Nobel de littérature. Il passe ensuite une majeure partie de la guerre 1939-1945 à Nice, où il prépare un roman resté inachevé, les Souvenirs du lieutenant-colonel de Maumort, qui sera publié à titre posthume dans une édition procurée par André Daspre.

Soutenue par l'engagement d'un groupe d'admirateurs, la publication de ses œuvres posthumes complexifie sa figure d'écrivain. De nombreux textes posthumes vont faire apparaître Martin du Gard comme un styliste spontané, attentif aux autres, parfois jovial. Commencé pendant la Première Guerre mondiale, son Journal décrit une vie familiale parfois difficile, raconte les réussites de l'amitié, fait la revue critique des textes contemporains et permet d'approcher la vie littéraire de l'époque : précédé de « souvenirs », il a été publié par C. Sicard sous la forme de trois gros volumes. Ce sont également les joies de l'amitié ainsi que les aléas de la vie littéraire autour de la Nouvelle Revue française que mettent en lumière les très nombreuses lettres regroupées désormais dans de très intéressants volumes de correspondances (avec André Gide, avec Jacques Copeau, avec Eugène Dabit, avec Georges Duhamel, avec Jean Tardieu, à côté d'une Correspondance générale en dix volumes).

Des nouvelles figurent aussi parmi les posthumes (La Noyade intégré au volume du Lieutenant-colonel de Maumort, Genre motus) : elles s'inscrivent dans la continuité de celles que l'écrivain avait publiées de son vivant (Confidence africaine).

Tombe de l'écrivain au cimetière du monastère de Cimiez

Publiées peu après la mort d'André Gide, les Notes sur André Gide évoquent une des amitiés les plus importantes et enrichissantes qu'ait connues cet admirateur de Tolstoï, de Flaubert et de Montaigne.

Roger Martin du Gard repose avec sa femme au cimetière de Cimiez sur les hauteurs de Nice.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Devenir ! (1908)
  • L'Une de Nous (1909)
  • Jean Barois (1913)
  • Le Testament du père Leleu, farce (1913)
  • Les Thibault : Le Cahier gris (1922)
  • Les Thibault : Le Pénitencier (1922)
  • Les Thibault : La Belle Saison (1923)
  • La Gonfle, farce (1928)
  • Les Thibault : La Consultation (1928)
  • Les Thibault : La Sorellina (1928)
  • Les Thibault : La Mort du père (1929)
  • Confidence africaine (1931)
  • Un Taciturne (1932)
  • Vieille France (1933)
  • Les Thibault : l'Été 1914 (1936)
  • Les Thibault : l'Épilogue (1940)
  • Notes sur André Gide (1913-1951) (1951)
  • Œuvres complètes dans la collection de la Pléiade avec une préface d'Albert Camus (1955)
  • In memoriam [en souvenir de Marcel Hébert] in RMDG Œuvres complètes, La Péiade, Gallimard, Paris, 1955, p. 561-576.
  • Correspondance avec André Gide (posthume 1968)
  • Correspondance générale 1 1896-1913 (posthume 1980)
  • Le Lieutenant-colonel de Maumort (posthume 1983)
  • Journal I Textes autobiographiques 1892-1919 (posthume 1992)
  • Journal II 1919-1936" (posthume 1993)
  • Journal III 1937-1949 Textes autobiographiques 1950-1958 (posthume 1993)
  • Correspondance générale X 1951-1958" (posthume 2006)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Daix, Pierre, Réflexions sur la méthode de R. Martin du Gard, Paris, les éditeurs français réunis, 1957.
  • Brenner Jacques, Martin du Gard, Gallimard, 1961, 236 p.
  • Melvin Gallant, Le Thème de la mort chez Roger Martin Du Gard, Paris, Klincksieck,‎ , 299 p.
  • Garguilo, René, La Genèse des Thibault de R. Martin du Gard, Paris, Klincksieck, 1974, 843 p.
  • Sicard, Claude, R. Martin du Gard. Les Années d'apprentissage littéraire, Paris, Champion, 1976.
  • Daspre, André, et Schlobach, Jochen, dir., R. Martin du Gard, études sur son œuvre, Paris, Klincsieck, 1984, 308 p.
  • Alluin, Bernard, R. Martin du Gard romancier, Paris, Aux amateurs des livres, 1989, 508 p.
  • Lebrun, Jean-Claude, Le cahier gris, Lecture accompagnée par Jean-Claude Lebrun, La bibliothèque Gallimard, no 53, 2000.
  • Santa, Angels, et Parra, Montse, Relire L'Eté 1914 et L'Epilogue de R. Martin du Gard, Espagne, Université de Lléida, 2000, 367 p.
  • Schlobach, Jochen, Livres, lectures, envois d'auteur, Catalogue de la bibliothèque de R. Martin du Gard, Paris, Champion, 2000.
  • Daspre, André, et Tassel, Alain, R. Martin du Gard et les crises de l'Histoire (colonialisme, seconde guerre mondiale), Presses Universitaires de Nice-Sophia Antipolis, 2001, 276 p.
  • Baty-Delalande, Hélène, et Massol, Jean-François, R. Martin du Gard et le biographique, Grenoble, ELLUG, 2009, 164 p.
  • Baty-Delalande, Hélène, Une politique intérieure, la question de l'engagement chez R. Martin du Gard, Paris, Champion, 2010, 710 p.
  • Pandelescu, Silvia, Techniques narratives et descriptives dans l'œuvre de R. Martin du Gard, 2e éd. revue et augmentée, Roumanie, Editura universitàtii din bucuresti, 2013, 327 p.
  • Massol, Jean-François, et alii, ''Ecritures de la guerre'', Cahier R. Martin du Gard n° 8, Paris, Gallimard, 2014, 272 p.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Roger Martin du Gard, Souvenirs autobiographiques et littéraires, in Œuvres Complètes, I, Gallimard, Pléiade,‎ 1955, p. XLI
  2. Réjean Robidoux, Roger Martin du Gard et la religion, Aubier,‎ 1964, p. 32
  3. a et b Martin du Gard, Souvenirs autobiographiques et littéraires, Œuvres Complètes, I, Gallimard, Pléiade, p. XLII,‎
  4. Martin du Gard, Souvenirs autobiographiques et littéraires, Œuvres Complètes, I, Gallimard, Pléiade, p. XLII,‎
  5. Martin du Gard, Souvenirs autobiographiques et littéraires, Œuvres Complètes, I, Gallimard, Pléiade,‎ , p. XLIV
  6. Martin du Gard, Souvenirs autobiographiques et littéraires, Œuvres Complètes, I, Gallimard, Pléiade,‎ , p. XLVIII
  7. a et b Martin du Gard, Souvenirs autobiographiques et littéraires, Œuvres Complètes, I, Gallimard, Pléiade,‎ , p. XXXV
  8. Martin du Gard, Journal, I (1892-1919), Gallimard,‎ , p. 70
  9. Martin du Gard, Journal, I (1892-1919), Gallimard,‎ , p. 91
  10. Maaike Koffeman, Entre classicisme et modernité. La Nouvelle Revue Française dans le champ littéraire de la belle époque, Rodopi,‎ 2003, p. 115
  11. Victor Brombert The Intellectual Hero. Studies in French Novel, The University of Chicago ( & Midway reprint (for this 2nd edition)), Chicago, 1974, p. 226.
  12. Charles Moeller, Littérature du XXe siècle et Christianisme, Tome II La foi en Jésus-Christ, Casterman, Tournai, 1967, p. 412.
  13. Jacques Brenner, op. cit., p. 24.
  14. Jean-Jacques Becker, « Les origines de la Première Guerre mondiale, dans l'été 1914 de Roger Martin du Gard », Relations internationales, no 14,‎ , p. 143-158