François-Georges Dreyfus

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François-Georges Dreyfus
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François-Georges Dreyfus, né le à Paris et mort le à l’âge de 83 ans à l’hôpital Saint-Joseph à Paris[1], est un historien français, agrégé et professeur d'histoire et de science politique à l'université de Strasbourg, puis à l'université Paris IV-Sorbonne. Auteur de nombreux ouvrages sur l'Allemagne contemporaine et sur la France du XXe siècle, il a dirigé l'Institut d'études politiques de Strasbourg (1969-1980), le Centre d'études germaniques et l'Institut des hautes études européennes (1980-1992).

Défenseur de l'orthodoxie luthérienne, il a été président du Conseil presbytéral de l'Église luthérienne des Billettes. Gaulliste depuis son adhésion au RPF en 1947, il était politiquement engagé à droite.

Jeunesse et itinéraire personnel[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille alsacienne de confession juive, François-Georges Dreyfus avait onze ans quand éclata la Seconde Guerre mondiale. Il se convertit au protestantisme après guerre. Cette appartenance religieuse explique en grande partie la double direction donnée à ses recherches, sur l'Allemagne contemporaine et les questions religieuses. Parmi les professeurs qui l´ont marqué, il cite les noms de Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle et André Siegfried. Sous l'impulsion de Fernand Braudel et d'Ernest Labrousse, il oriente sa thèse et sa carrière vers l'étude de l'histoire du monde germanique[2].

Carrière universitaire[modifier | modifier le code]

Après la guerre, François-Georges Dreyfus commence ses études en Sorbonne puis à l'Université Johannes Gutenberg de Mayence. Agrégé d’histoire en 1953, année de son mariage avec Nicole Fourment, il devient enseignant au Lycée Fustel-de-Coulanges de Strasbourg, poste qu'il occupe jusqu'en 1958. Son passage de trois ans au CNRS le mène ensuite à se spécialiser dans l’histoire du XXe siècle et dans les sciences politiques.

Il est ensuite professeur à l'Université de Strasbourg puis à la Sorbonne; à sa retraite il devient professeur émérite de l'université Paris IV-Sorbonne. Il a dirigé l'Institut d'études politiques de Strasbourg, l'Institut des hautes études européennes et le Centre d'études germaniques.

Il est l'auteur de nombreux ouvrages de synthèse, notamment sur l'histoire de l'Allemagne des XIXe et XXe siècles.

Débats sur ses ouvrages[modifier | modifier le code]

La publication en 1990 d'une Histoire de Vichy, qui se réfère partiellement aux travaux de l'écrivain Robert Aron, vise à réhabiliter partiellement le rôle joué par l'État Français. Sans aller jusqu'à réactiver totalement la thèse d'un « double jeu » de Vichy, François-Georges Dreyfus tend à souligner l'importance et la réalité des forces d'opposition à l'occupant présentes au sein de l'entourage même du maréchal Pétain (Dreyfus s'attache particulièrement au cas de l'amiral François Darlan) et qui constituèrent, selon lui, dès 1940 un frein à l'effort de collaboration. Il estime également que la politique économique de Vichy a préparé l'avènement des Trente Glorieuses.

Si certains critiques trouvent l'ouvrage « stimulant » pour alimenter un débat historiographique non clos, ils n'en pointent pas moins la partialité de l'auteur, ses inexactitudes ainsi que le traitement plus événementiel qu’analytique de l'ouvrage[3].

Divergeant fortement des conclusions de Robert O. Paxton, qui renouvela l'analyse historique de Vichy dans les années 1970 en dénonçant précisément la thèse du « double-jeu », cet ouvrage a été vivement critiqué dès sa publication : Henry Rousso y voit un manque de « rigueur intellectuelle » et de « déontologie universitaire »[4]. Paxton écrit à ce sujet en 1997 « Le livre de François-Georges Dreyfus […] est une tentative pour ressusciter la thèse du bouclier et du double jeu développé par Robert Aron dans les années 1950. Quand bien même ce livre n'aurait pas été l'objet d'une condamnation judiciaire pour plagiat, son usage tendancieux des preuves documentaires en fait un ouvrage plus polémique que scientifique[5]. »

L'historienne Michèle Cointet a dressé un compte-rendu de l'ouvrage, soulignant que l'ouvrage n'est pas un travail de recherche universitaire mais plutôt un ouvrage destiné au grand public cultivé[6].

Son Histoire de la Résistance, parue en 1996 et préfacée par l'abbé de Naurois a également été critiquée par certains, l’ouvrage étant qualifié d’« apologie de Vichy » par l'historien britannique Julian T. Jackson[7], ou encore de « livre hâtif et partisan » par l'historien français Olivier Wieviorka[8]. L'Express estime toutefois que cet ouvrage « insiste, de manière souvent neuve et avec un grand souci d'objectivité, sur la diversité des idéologies à l'intérieur du mouvement, du marxisme au nationalisme, et sur le rôle fédérateur de De Gaulle »[9].

En outre, certains des livres de François-Georges Dreyfus ont été décriés par Jacques Ridé pour leurs « inexactitudes »[10] (il relève ainsi 258 erreurs sur les titres en allemand dans un seul ouvrage, ainsi que des « chiffres erronés » et des erreurs de dates[11]), et leur biais idéologique[12]. Selon l'historien Henry Rousso, François-Georges Dreyfus est caractéristique des révisions « infondées » de l’Histoire par le courant national-populiste[4]. Pour Vingtième Siècle. Revue d'histoire, il est « parfois plus polémiste qu’historien », et « des erreurs surprenantes traduisent un manque de familiarité avec le sujet traité et une hâte préjudiciable à la qualité de l’ouvrage. »[13] Louis Arenilla estime cependant que son étude sur Le IIIe Reich (1998) constitue « une bonne synthèse » sur le sujet[14].

François-Georges Dreyfus affirmait que s'il a pu survivre en tant que juif dans la zone libre au Sud-Est de la France, c'est parce que Pétain, plutôt que de fuir vers Alger, ce qui aurait fait sa gloire, a plutôt choisi de maintenir le régime de Vichy.

Condamnation pour plagiat[modifier | modifier le code]

François-Georges Dreyfus est condamné en 1992 pour « contrefaçon partielle » (qualification juridique du plagiat d'auteur)[15] de l'historien Pascal Ory : Il avait recopié mot pour mot des passages d’un ouvrage de ce dernier. Plusieurs historiens ont relevé, preuves à l'appui, d'autres plagiats, y compris dans d’autres ouvrages de François-Georges Dreyfus[16]. L'écrivain Pierre Assouline parlera à ce propos de « cynisme de la photocopie »[17]. En conséquence, les Presses universitaires de France ont décidé de mettre fin à leurs relations avec lui[18].

François-Georges Dreyfus a pour sa part reconnu des emprunts, qu'il impute, par « maladresse et imprudence », à l'usage de photocopies destinées à des cours[19].

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Engagé à droite, François-Georges Dreyfus fut adhérent au RPF dès novembre 1947, et ne démentit jamais son attachement aux idées gaullistes. Il fut ainsi secrétaire départemental pour le Bas-Rhin de l’Union démocratique du travail (UDT) en 1958, et à partir de 1961, de l’Union pour la nouvelle République (UNR), puis membre du comité central de l’UDR de 1965 à 1975. À cette date, il devint adjoint au maire de Strasbourg chargé des Affaires culturelles[20].

François-Georges Dreyfus a été longtemps membre du club de l'Horloge — cercle de réflexion qui a entretenu des rapports épisodiques avec la « Nouvelle Droite » dans les années 1970 — et militant au RPR. Il a participé à des conférences du club de l'Horloge[21]. Il fut également sympathisant du mouvement royaliste (en particulier de Restauration nationale), au sein duquel il a prononcé des conférences.

Après les élections de 1997, il regrette publiquement que l’« on [ait] diabolisé l'extrême droite », et écrit que « faire élire un socialiste ou un communiste pour barrer la voie au F.N., c'est accélérer la marche de la France vers la soviétisation »[22] reprochant, dans le même texte, à Jacques Chirac son discours de juillet 1995 où il reconnaissait le rôle du régime de Vichy dans la rafle du Vélodrome d'Hiver[23].

Autres activités[modifier | modifier le code]

François-Georges Dreyfus a présidé le conseil presbytéral des Billettes, à Paris, dans le 4e arrondissement.

Il a collaboré régulièrement à La Nouvelle Revue d'Histoire de Dominique Venner et a présenté un Libre Journal sur Radio Courtoisie depuis 1995 jusqu'à sa mort. Il participait également à la rédaction d'articles de la revue catholique traditionaliste La Nef[24].

Décorations et distinctions[modifier | modifier le code]

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les Forces religieuses dans la société française, Paris, 1966.
  • Sociétés et Mentalités à Mayence dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, Paris, 1968.
  • Le Syndicalisme allemand contemporain, Paris, 1968.
  • La Vie politique en Alsace 1919-1936, Éditions Colin, Paris, 1969.
  • Le Temps des révolutions, Livre de poche, 1969 et Éditions Larousse, Paris, 1974.
  • Histoire des Allemagnes, Paris, 1972.
  • Histoire des gauches en France, Paris, 1975.
  • Le Nationalisme allemand 1850-1920, Revue d'Allemagne 1976, Fascicule numéro 1.
  • Histoire de l’Alsace, Éditions Hachette, Paris, 1979.
  • Robert Minder, Revue d’Allemagne XII, 1980, p. 440.
  • De Gaulle et le Gaullisme, Éditions PUF, Paris, 1982.
  • Réformisme et Révisionnisme dans les socialismes français, allemand et autrichien, Paris, 1984.
  • Des évêques contre le pape, Paris, 1985.
  • Les Allemands entre l'Est et l'Ouest, Éditions Albatros, Paris, 1988.
  • Histoire de la démocratie chrétienne en France : De Chateaubriand à Raymond Barre, Éditions Albin Michel, Paris, 1988.
  • L’Allemagne contemporaine : 1815-1990, Éditions PUF, Paris, 1991.
  • Le Scoutisme : Quel type d’homme ? Quel type de femme ? Quel type de chrétien ?, Témoignages, Édition du Cerf, 1994.
  • L’Unité allemande, Que sais-je ? Éditions PUF, Paris, 1996.
  • Histoire de la Résistance, 1940-1945, préface de l’abbé de Naurois, Éditions de Fallois, Paris, 1996.
  • Le IIIe Reich, Livre de poche, Éditions LGF - Livre de Poche, Paris, 1998.
  • De la révolution au monde contemporain, avec Albert Jourdin et Pierre Thibault, Éditions Larousse, Paris, 1998.
  • Religion, Société et Culture en Allemagne du XIXe siècle - Regards sur l'Histoire, Éditions Sedes, Paris, 2001.
  • 1919-1939 : L’Engrenage, Éditions de Fallois, Paris, 2002.
  • Histoire de Vichy, Éditions de Fallois, Paris, 2004 (première édition en 1990).
  • Une histoire de la Russie : Des origines à Vladimir Poutine, Éditions de Fallois, Paris, 2005.
  • Le Patriotisme des Français sous l’Occupation (direction), Éditions de Paris, 2005.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.dna.fr/fr/fil-info/info/5755891-Necrologie-Deces-de-Francois-Georges-Dreyfus Décès de François-Georges Dreyfus sur le site DNA.fr.
  2. « François-Georges Dreyfus », Entretien, La Nouvelle Revue d'Histoire, no 42, mai-juin 2009, p. 10-14
  3. Henry Rousso, « Quand Vichy est soumis à "révision" » (controverse), in L'Histoire, no 139, décembre 1990, p. 82-84 ; « Vichy soumis à "révision" (suite) » (controverse), in L'Histoire, no 141, février 1991, p. 64-65. Bruno Modica, recension de l'ouvrage in Les Clionautes, 25 décembre 2004, article en ligne
  4. a et b Henry Rousso, Vichy. L’événement, la mémoire, l’histoire, Gallimard, 2001, p. 438.
  5. Robert O. Paxton, Vichy France : Old Guard and New Order, 1940-1944, éd. Columbia University Press1997, p. 446
  6. Revue belge de philologie et d'histoire, année 1992, Vol. 70, p. 1142-1143
  7. Julian T. Jackson, in La Ligne d'ombre no 2, mai 2007.
  8. Olivier Wieviorka, in Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 52, octobre - décembre, 1996, p. 163
  9. « Littérature 1996 - Au bonheur des idées », L'Express, 28 décembre 1995
  10. Revue d'histoire moderne et contemporaine, no 40-4, 1993, p. 674.
  11. Jacques Ridé, « Une bien curieuse Histoire de l’Allemagne contemporaine (1815-1990) », Études germaniques, octobre 1992.
  12. Revue d'histoire moderne et contemporaine, no 40-4, 1993, p. 673-682. Également : « Non seulement bâclé, mais aussi malhonnête » selon Jacques Ride (Études germaniques, octobre 1992, p. 497).
  13. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 34, avril 1992, p. 221-222.
  14. Politique étrangère, année 1999, vol.64, p. 172-173.
  15. Un court exemple du plagiat
  16. Recension partielle des ouvrages et des passages plagiés par François-Georges Dreyfus dans Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 34, avril 1992, p. 221-222.
    Paragraphe « Le plagiaire » dans Jacques Ridé, « Une bien curieuse Histoire de l’Allemagne contemporaine (1815-1990) », Études germaniques, octobre 1992.
  17. cf Pierre Assouline, Troyat avait bien recopié, in La République des livres, 25/11/2004, article en ligne
  18. Vingtième Siècle. Revue d'histoire, no 36, octobre 1992, p. 122.
    Voir aussi : Annales ESC, no 4-5, 1992, p. 1047-1049.
  19. François-Georges Dreyfus, « Droit de réponse », Vingtième siècle : Revue d'histoire, vol. 36, no 1 « Dossier : Identités d'Europe Centrale après le communisme »,‎ octobre-décembre 1992, p. 122 (lire en ligne).
  20. a et b Who's Who France, 2005. En volume ou sur le site d'abonnés
  21. François-Georges Dreyfus est annoncé au club de l'Horloge
  22. Le mythe de l'"extrême droite" et les dangers du "front républicain", écrit par François-Georges Dreyfus sur le site du club de l'Horloge.
  23. Allocution de M. Jacques CHIRAC Président de la République prononcée lors des cérémonies commémorant la grande rafle des 16 et 17 juillet 1942, 16 juillet 1995.
  24. [1]
  25. [2]
  26. [3]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Albert Odouard, « François-Georges Dreyfus, professeur et politologue, l'Alsace au fond des yeux », Réalités alsaciennes, p. 5-6, 1986.
  • Henry Rousso, « Quand Vichy est soumis à "révision" » (controverse), L'Histoire, no 139, décembre 1990, p. 82-84.
  • François-Georges Dreyfus et Henry Rousso, « Vichy soumis à "révision" (suite) » (controverse), L'Histoire, no 141, février 1991, p. 64-65.
  • Jacques Ride, « Une bien curieuse Histoire de l’Allemagne contemporaine (1815-1990) », Études germaniques, 1992.
  • Daniel Bermond, « De l'usage du plagiat chez les historiens », L'Histoire, no 163, février 1993, p. 46-49.
  • Klaus-Peter Sick, « Le totalitarisme à l’épreuve. De F.A. von Hayek à François-Georges Dreyfus », Revue d'histoire moderne et contemporaine, 1993.
  • Jean-Paul Bled, « Hommages à François-Georges Dreyfus : présentation », Revue d’Allemagne, p. 241-244, 1998.
  • Marcel Thomann, « François Georges Dreyfus », Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 8, p. 697.

Liens externes[modifier | modifier le code]