Necronomicon

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Le Necronomicon ou Nécronomicon[N 1] est un ouvrage fictif inventé par l'écrivain américain H. P. Lovecraft.

Le Necronomicon est suggéré dans la nouvelle « La Cité sans nom », achevée en 1921. Bien que le texte en lui-même ne donne pas le nom de l'ouvrage, il évoque pour la première fois son auteur fictionnel Abdul al-Hazred, ainsi que les vers : « N'est pas mort ce qui à jamais dort, / Et dans les ères peut mourir même la Mort ». La nouvelle de 1923 « Le Molosse » utilise le titre pour la première fois. En 1927, Lovecraft détailla l'histoire fictive de cet ouvrage afin d'éviter les possibles futures incohérences entre ses nouvelles. En tout, le Necronomicon est évoqué dans treize de ses nouvelles : parfois seulement le titre, une ou deux phrases ou un paragraphe complet. Diverses sources ont été utilisées par l'auteur afin de créer un ouvrage crédible. Si celles-ci sont assez faciles à déterminer (car Lovecraft a laissé de très abondantes notes de travail ainsi que des lettres), le contenu l'est moins. Les mentions dans les œuvres en font parfois un livre de culte, un livre de magie ou une histoire des temps des « Grands Anciens ».

Très rapidement, le Necronomicon fut repris par les autres auteurs du cercle littéraire auquel appartenait Lovecraft, dans une émulation amicale. Ainsi, Robert E. Howard ou Robert Bloch évoquèrent le grimoire dans leurs œuvres. August Derleth fut cependant celui qui développa, hormis Lovecraft, le plus le mythe du Necronomicon en le liant au mythe de Cthulhu. Cette intertextualité croissante eut pour principale conséquence que certains lecteurs commencèrent à croire à l'existence réelle de l'ouvrage, puisque tant d'auteurs différents y faisaient référence. Les premiers canulars ne furent que des références à des livres inexistants proposés à la vente. Après la mort de Derleth et donc le relâchement de son contrôle sur l'héritage lovecraftien, les « vrais faux » Necronomicon commencèrent à paraître. Parmi ceux-ci, le « Necronomicon Simon » eut le plus de succès.

Un faux Necronomicon réalisé par un admirateur de Lovecraft.

Le Necronomicon dans la littérature lovecraftienne[modifier | modifier le code]

Premières mentions[modifier | modifier le code]

La première évocation de ce qui devint ensuite le Necronomicon remonte à novembre 1921, dans la nouvelle « La Cité sans nom » (« The Nameless City » parue dans le magazine amateur Wolverine) par le biais de son « auteur ». Un explorateur découvre une cité enfouie au milieu du désert arabe. Au plus profond des tunnels, il découvre des fresques évoquant une attaque de la ville ainsi que des momies d'êtres reptiliens. Il finit par comprendre que ceux-ci étaient les habitants de la cité. Il conclut que c'est de cet endroit que l'Arabe fou Abdul al-Hazred avait rêvé avant d'écrire :

That is not dead which can eternal lie
And with strange aeons even death may die

N'est pas mort ce qui à jamais dort,
Et dans les ères peut mourir même la Mort.

Abdul al-Hazred n'est pas le seul auteur que la cité évoque au narrateur, il cite aussi des cauchemars apocryphes de Damascios et L'image du monde de Gautier de Metz. La façon de faire est caractéristique de Lovecraft : il mêle ouvrages réels et ses inventions, leur donnant ainsi plus de crédibilité[1].

En avril 1923, Lovecraft envoya cinq nouvelles au magazine Weird Tales dont « Le Molosse » (« The Hound »). Dans celle-ci, deux jeunes gens passionnés de l'occulte se rendent en Hollande pour déterrer le cadavre d'un sorcier. Dans la tombe, ils trouvent une amulette en forme de chien. Ils n'en connaissent pas la signification, mais elle leur rappelle « cette chose évoquée dans le Necronomicon de l'Arabe fou Abdul al-Hazred ». De retour chez eux, ils consultent l'ouvrage qui leur explique les pouvoirs de l'amulette. Cependant, la connaissance ne leur sert à rien. Le sorcier transformé en molosse démembre l'un des deux et l'autre se suicide[2].

La même année, dans « Le Festival » (« The Festival »), le narrateur revient dans la vieille maison familiale, à Kingsport dans le Massachusetts pour la fête familiale traditionnelle de Yule. Là, il voit le Necronomicon parmi un certain nombre de grimoires. Il s'agit ici de la première mention d'une traduction en latin par Olaus Wormius et de l'interdiction de cette version[N 2]. Le narrateur commence à le lire jusqu'au moment de la cérémonie qui clôt le festival. Durant celle-ci, l'ouvrage est utilisé et adoré par les participants. Le narrateur devient fou et est interné à l'hôpital de l'université Miskatonic à Arkham. Son médecin, pour tenter de le soigner, lui montre l'exemplaire que détient la bibliothèque de l'université[3].

En 1926, deux nouvelles évoquent à leur tour le Necronomicon. Dans « Le Descendant » (« The Descendant »), nouvelle inachevée, le narrateur cherche l'ouvrage. Il apprend que la plupart des exemplaires ont été détruits sur l'ordre des Églises ou des États et qu'il n'en existerait plus que cinq dissimulés dans des bibliothèques. C'est alors qu'il tombe sur une des traductions par Wormius chez un bouquiniste londonien. Il consulte Lord Northam, un de ses voisins, qui lui raconte son voyage jusqu'à la Cité sans nom et commence à lui expliquer l'importance du Necronomicon. La nouvelle étant inachevée, le récit s'arrête alors. Lovecraft ici développe la mythologie et fait le lien avec les faits qu'il avait mentionnés précédemment. La nouvelle suivante est « L'Appel de Cthulhu ». Elle lie définitivement le Necronomicon aux « Grands Anciens », comme l'avait suggéré « Le Festival ». Les membres d'une secte de Louisiane expliquent que l'ouvrage et principalement le poème évoqué dans « La Cité sans nom » font référence à leur dieu Cthulhu qui dormirait dans la cité de R'lyeh au fond du Pacifique[4].

Dans L'Affaire Charles Dexter Ward écrit en 1927, dans le laboratoire secret du sorcier Joseph Curwen, John Merritt découvre divers grimoires dont le Necronomicon dissimulé dans un Qanoon-e-Islam. Il se souvient en avoir entendu parler à propos d'un culte abominable à Kingsport dans le Massachusetts. Lovecraft faisait ici encore le lien entre ses différentes œuvres, en l'occurrence « Le Festival »[5].

Histoire fictive[modifier | modifier le code]

Après diverses références dans ses nouvelles, Lovecraft décida en 1927 de mettre au clair, au moins pour lui au départ, l'histoire du Necronomicon afin d'éviter toutes incohérences futures. Il ne fit cette démarche que pour le seul Necronomicon et jamais pour les autres éléments récurrents de ses œuvres. Il semblerait qu'il se soit inspiré des histoires des grimoires évoquées par Arthur Edward Waite dans son Book of Black Magic and of Pacts de 1898. Ce texte n'eut d'abord que cette fonction de cohérence fictionnelle. Il l'envoya cependant à ses amis qui le lui demandaient. Finalement, le texte fut publié sous forme de nouvelle (« Histoire du Necronomicon ») après sa mort[6],[7].

Selon les divers textes de Lovecraft évoquant l'ouvrage, le Necronomicon, originellement nommé Kitab al Azif (littéralement « Livre du musicien ») aurait été écrit vers 730 à Damas par le poète Abdul al-Hazred. Celui-ci serait né à Sanaa. Il aurait beaucoup voyagé. Il aurait visité les ruines de Babylone et de Memphis. Il aurait rassemblé le savoir qu'il y aurait glané dans son ouvrage Al Azif, écrit à Damas. En arabe, Al Azif fait référence au bruit que produisent les insectes la nuit, ce qui dans cette culture se rapporte aux cris des djinns[N 3]. En 738, Abdul al-Hazred aurait été déchiqueté par un monstre invisible. Le manuscrit original en arabe aurait disparu, après avoir été traduit[7],[6].

Théodore Philetas de Constantinople aurait en effet traduit l'ouvrage en grec ancien vers 950, et c'est lui qui aurait attribué à l'œuvre le titre par lequel elle est la plus connue : Necronomicon. Le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire aurait fait brûler pratiquement toutes les copies grecques en 1050 mais quelques exemplaires auraient échappé aux flammes. La traduction grecque aurait été rééditée en Italie dans la première moitié XVIe siècle. Olaus Wormius[N 4] en aurait fait une traduction en latin en 1228, la version la plus courante de l'ouvrage. Cette traduction aurait connu deux rééditions : en caractères gothiques en Allemagne vers 1440 et en Espagne au XVIIe siècle. Les versions grecque et latine auraient été interdites par le pape Grégoire IX en 1232. Wormius aurait été mis au bûcher par l'Inquisition avec tous les exemplaires. Seules quelques copies auraient subsisté, notamment dans les archives secrètes du Vatican peut-être parce que l'ouvrage aurait été mis à l’Index Librorum Prohibitorum[N 5]. Le dernier exemplaire de l'édition italienne du XVIe siècle aurait été brûlé à l'issue des procès de Salem en 1692[6],[7].

Des mentions de plus en plus nombreuses[modifier | modifier le code]

« L'Abomination de Dunwich » (1928), écrite après la mise au clair de l'histoire du Necronomicon fait abondamment référence à l'ouvrage. Il contiendrait une invocation de Yog-Sothoth page 751 de « l'édition complète ». Or, le personnage principal ne possède que les fragments traduits par John Dee. Il recherche alors le reste dans diverses bibliothèques : la Bibliothèque nationale de France, le British Museum, la Bibliothèque Widener d'Harvard, la bibliothèque de l'Université de Buenos Aires et de celle de la Miskatonic University d'Arkham. Il découvre que l'ouvrage contient aussi une histoire des Grands Anciens et annonce leur retour. La nouvelle est la première mention d'une traduction par John Dee, un occultiste britannique ayant réellement existé et travaillé pour Elisabeth Ire puis l'empereur Rodolphe II[8].

À partir de « L'Abomination de Dunwich », se développa un phénomène d'échanges entre Lovecraft, ses amis et ses imitateurs, nourrissant le mythe du Necronomicon. Le livre et les « Grands Anciens » furent repris par d'autres auteurs de nouvelles fantastiques, tandis que Lovecraft à son tour leur empruntait certaines de leurs inventions. Ainsi, le Necronomicon de John Dee était une idée de Frank Belknap Long pour « Les Mangeurs d'espace ». La mention ne figure pas dans la nouvelle publiée. Cependant, Lovecraft avait relu le brouillon et aimé l'idée qu'il adopta pour sa propre nouvelle. Cela devint même une sorte de jeu entre les auteurs qui travaillaient pour Weird Tales. De plus, Lovecraft écrivit des nouvelles en tant que nègre ou relut des nouvelles dans lesquelles il inséra ses inventions, sans pour autant que son nom fût crédité (ainsi pour « Medusa's Coil » de Zealia Bishop (en) en 1930). Ce phénomène eut pour conséquence de faire croire à certains lecteurs que les informations sur le Necronomicon étaient vraies, puisqu'elles semblaient provenir de sources différentes. Ainsi, Robert E. Howard, ami de Lovecraft, mentionna le Necronomicon dans sa nouvelle « The Children of the Night » en 1931. Clark Ashton Smith appuya une partie de son œuvre sur le grimoire. « Le Retour du sorcier » en 1931 évoque le manuscrit arabe Al Azif, pourtant disparu selon Lovecraft. « L'héritier des ténèbres » (1932) contient une longue citation tirée du Necromonicon[9]. Robert Bloch dans sa première nouvelle, « Le Secret de la tombe » (1935), et dans les suivantes multiplia les références au livre. Henry Kuttner, dans « The Salem Horror » (1937), écrit que l'ouvrage se trouve à la bibliothèque Kester de Salem. Robert Barlow fait commencer chacun des chapitres de A Dim-Remembered Story par des vers d'Alhazred[10].

« Celui qui chuchotait dans les ténèbres » (1930) et « Les Montagnes hallucinées » (1931), de Lovecraft, multiplient les références au Necronomicon, toujours en lien avec l'université Miskatonic. L'ouvrage donne alors des informations sur les « Grands Anciens », les présentant comme des entités extra-terrestres ayant contrôlé la Terre longtemps avant l'apparition des humains. « La Maison de la sorcière » (1932) évoque le fait que le livre rende fou celui qui le lit. La sorcière Keziah Mason y a aussi appris à voyager dans le temps et l'espace[11]. Dans « Le Monstre sur le seuil » (1933), un sorcier y a trouvé un sort lui permettant de passer d'un corps à un autre. « L'Horreur dans le musée » que Lovecraft réécrivit pour Hazel Heald évoque en passant le livre. À l'image de cette nouvelle, les œuvres suivantes ne contiennent que des mentions rapides du grimoire, sans développer le mythe. Seul « À travers les portes de la clé d'argent » contient une citation du Necronomicon, mais il s'agissait d'une idée de E. Hoffmann Price à la base[12].

August Derleth, le principal continuateur de l'œuvre de Lovecraft, fut aussi celui qui développa le plus le mythe de Cthulhu, et donc celui du Necronomicon. L'ouvrage est aussi évoqué par Stephen King dans L'Homme qu'il vous faut (I Know What You Need), nouvelle parue en 1976 ; par Jorge Luis Borges dans sa nouvelle « There are more things » tirée du recueil Le Livre de sable ou par Umberto Eco dans Le Pendule de Foucault[13].

Sources et création du Necronomicon[modifier | modifier le code]

Frontispice du Saducismus Triumphatus de Joseph Glanvill.

Au début de sa carrière, Lovecraft n'avait que peu de connaissances concernant la magie. En 1925, il le confessait dans une lettre à son ami Clark Ashton Smith : sa principale source d'inspiration était l'article « Magie » de l’Encyclopedia Britannica. Il demandait dans la lettre s'il existait de bonnes traductions d'ouvrages de nécromanciens médiévaux qui décriraient comment invoquer les esprits ou le Diable. Il ne connaissait alors et n'utilisa au départ que les Mille et une nuits et Vathek, un roman gothique dans un décor arabe, écrit en 1786 par William Thomas Beckford. Il les avait beaucoup lus lorsqu'il habitait chez son grand-père après la mort de son père. À Vathek, il emprunta le bruit fait par les djinns (« al azif »). Alors qu'il était âgé de 6 ou 7 ans, il déclara à sa mère être musulman et s'appeler « Abdul Alhazred »[N 6] (« Alhazred » n'a aucune signification en arabe, mais semble être un jeu de mots en anglais « All-has-read » : « Tout-A-Lu »). Quelques années plus tard, il fut fasciné par Edgar Allan Poe. Dans La Chute de la maison Usher, une des œuvres favorites de Lovecraft, on trouve une description d'une bibliothèque de grimoires interdits qui rappelle celle où lui-même évoque le Necronomicon dans « Le Festival »[6],[14],[15].

En 1919, une des premières nouvelles de Lovecraft (« Le Témoignage de Randolph Carter » publié dans le magazine édité par Lovecraft The Conservative) évoque un ouvrage d'origine indienne. Celui-ci, s'il n'est pas le Necronomicon (il n'est écrit dans aucune des langues qui ensuite sont évoquées), pourrait bien en être l'ancêtre. Cette même année, dans les carnets que Lovecraft utilisait pour préparer ses nouvelles, il nota l'idée « Livre ou manuscrit trop horrible pour être lu - averti de ne pas lire - quelqu'un lit et est retrouvé mort[N 7]. »[1].

Il est certain que Lovecraft n'avait jamais entendu parler des grimoires alors très répandus aux États-Unis et très importants dans le folklore et les croyances magiques populaires : le Sixième et Septième Livres de Moïse et le Picatrix qui pourtant aurait correspondu à ce qu'il cherchait à mettre en place. On sait cependant qu'il avait lu Le Rameau d'or de James George Frazer, The Witch-cult in Western Europe de Margaret Alice Murray ou les ouvrages de Cotton Mather (ceux sur les sorcières de Salem ou son Magnalia Christi Americana dont il possédait un original). Ces ouvrages cependant ne pouvaient constituer une source directe d'inspiration pour le Necronomicon. À partir de 1925-1926, Lovecraft commença à rassembler des informations sur la littérature ésotérique et de sorcellerie, au départ pour un article qu'il devait écrire avec Harry Houdini[N 8]. En 1933, sa bibliothèque s'était enrichie sur ce thème. En 1936, ses connaissances s'étaient développées et il citait les ouvrages et travaux d'Arthur Edward Waite et d'Éliphas Lévi comme pouvant « constituer ce qui pourrait se trouver dans le Necronomicon »[6],[16].

Lovecraft écrivit en 1937 à Harry Otto Fischer que le titre « Necronomicon » lui était venu en rêve et en grec « Νεκρονομικον », comme beaucoup de ses nouvelles. Il lui fallut alors traduire ce titre grec en anglais. Dans cette même lettre, il suggère : « An Image of the Law of the Dead » (« Une image de la loi des morts »). Le fait qu'il attribue un ouvrage au titre grec à un auteur arabe, Abdul al-Hazred, ne pose pas de problèmes, puisque les ouvrages anciens circulaient et étaient traduits entre les deux cultures. Selon George T. Wetzel, un des spécialistes de l'auteur, le titre serait une réminiscence du poème astronomique inachevé Astronomica (ou Astronomicon) datant du Ier siècle et attribué à Marcus Manilius. Lovecraft l'avait lu dès 1915 puisqu'il y faisait référence dans un article d'astronomie qu'il écrivit pour l’Ashville Gazette News[17],[18],[19].

Le travail de romancier de Lovecraft pour donner une véracité au Necronomicon mêlait le vrai au faux. Ainsi, dans la nouvelle « Le Festival » de 1923, son narrateur et personnage principal décrit les ouvrages se trouvant sur une table dans la maison familiale : le Marvells of Science de Morryster, le Saducismus Triumphatus de Joseph Glanvill (1681), le Daemonolatreia de Remigius (publié en 1595 à Lyon) et le « pire de tous, l'innommable Necronomicon dans sa traduction latine interdite par Olaus Wormius ». Deux de ces ouvrages existent réellement : celui de Glanvill et celui de Remigius. Leurs auteurs étaient des chasseurs de sorcières, le Necronomicon pourrait donc être un ouvrage de sorcellerie. Par contre, l'ouvrage de Morryster est fictif. Il avait été inventé par le romancier Ambrose Bierce[20],[18]. Dans son histoire mythique de l'ouvrage, si Alhazred est fictif, le Pape Grégoire IX, John Dee ou Wormius (un médecin danois du XVIIe siècle[21]) sont réels[6],[7].

Les spécialistes des Lovecraft ont évoqué diverses sources pour le Necronomicon. Ainsi, le Picatrix est un ouvrage supposé avoir été écrit par « l'Arabe Norbar » au XIIe ou XIIIe siècle et contenant des extraits d'ouvrages ésotériques, des sorts et des informations astrologiques. L'histoire de ses traductions ressemble aussi à celle du Necronomicon. Cependant, Lovecraft ne s'y connaissait pas encore suffisamment en occultisme pour s'en être inspiré[6],[22]. Une source « en boucle » est régulièrement citée. Robert W. Chambers fit paraître en 1895 un recueil de nouvelles Le Roi en jaune. Dans « Le Signe jaune », il évoque une pièce de théâtre maléfique Le Roi en jaune. Elle rend fou ses lecteurs ; elle a été condamnée par Églises et États et donc fascine. Dans « Histoire du Necronomicon », Lovecraft écrit que ce livre a donné à Chambers l'idée de la pièce. En 1888, Helena Blavatsky publia La Doctrine secrète dans laquelle elle évoque le Livre de Dzyan qui pourrait être une inspiration pour le Necronomicon. Cependant, si Lovecraft connaissait certains écrits théosophes dont Le Bouddhisme ésotérique de Alfred Percy Sinnett, ses lettres révèlent qu'il n'apprit l'existence du Livre de Dzyan qu'en 1933 et ne lut d'ouvrages de Blavatsky qu'à partir de 1936[23]. Le « Necronomicon Simon », le « faux » le plus répandu fait dans sa préface de Lovecraft un spécialiste de la mythologie sumérienne. Or, s'il en avait quelques connaissances, il n'en fut jamais un spécialiste et ne s'en est donc pas inspiré pour la création du Necronomicon. De même, le « Necronomicon Simon » évoque des liens avec la Golden Dawn, qui n'ont jamais été prouvés[24]. Ces liens sont repris par une des histoires du Necronomicon les plus consultées, voire reprises, sur internet, l'Anti-FAQ de Colin Low[25],[26]. Il suggère une liaison entre Sonia Greene, première épouse de Lovecraft et Aleister Crowley (liaison qu'aucune preuve ne vient corroborer). L'ensemble du texte de Colin Low donne de nombreux détails souvent repris par ailleurs. Lui-même évoque comme source principale The Book of the Arab de Justin Geoffrey chez Starry Wisdom Press. Ni l'auteur, ni le livre ni la maison d'édition n'existent. Colin Low a par ailleurs expliqué qu'il avait tout inventé[27].

Contenu[modifier | modifier le code]

Lovecraft n'ayant jamais précisé le réel contenu ou la réelle nature de l'ouvrage, de nombreuses spéculations se sont développées. Il fut suggéré que le Necronomicon était une « histoire naturelle des autres mondes », « les textes sacrés des dieux obscènes », « un grimoire de sortilèges et d'incantations », « la clé pour ouvrir le portail qui amènerait à l'extinction finale de la race humaine ». Si son contenu était subodoré à partir de ce qui se trouve dans les principaux grimoires datant du VIIIe siècle, alors s'y trouveraient diverses prières, des conseils d'hygiène et de nutrition, des listes d'ingrédients pour des potions. L'ensemble serait suffisamment parcellaire pour que les lecteurs soient obligés d'avoir recours à d'autres textes pour en combler les lacunes ou comprendre sortilèges et potions[28].

Vision d'artiste de Yog-Sothoth, lors de l'une de ses invocations au sommet d'une montagne.

Dans « Le Molosse », le Necronomicon n'est pas encore un livre de sortilèges, puisque les deux personnages principaux n'y trouvent aucun moyen de se protéger du sorcier qu'ils ont déterré. Le livre n'offre que de la connaissance occulte. Quant à l'auteur, Abdul al-Hazred, il y est décrit comme un démonologiste. Par contre, dans « Le Festival », Lovecraft place le Necronomicon avec des ouvrages consacrés à la sorcellerie. On peut donc alors penser qu'il serait un ouvrage de sorcellerie lui-même. Cependant, son utilisation lors d'une cérémonie cultuelle en ferait plutôt un livre sacré. Cette idée est renforcée par « L'appel de Cthulhu » où il sert aux cérémonies religieuses d'une secte d'adorateurs de ce « Grand Ancien ». Dans les nouvelles suivantes ainsi que dans L'Affaire Charles Dexter Ward, l'ouvrage apparaît comme un grimoire de magie, du genre de la Clavicule de Salomon ou l’Arbatel (en). Ainsi, le septième livre du Necronomicon contiendrait des incantations pour ressusciter les morts ; d'autres passages permettraient de voyager dans le temps. Il y aurait aussi des incantations pour attaquer les ennemis du sorcier. « L'Abomination de Dunwich » précise que page 751 de « l'édition complète » se trouve une invocation de Yog-Sothoth. Dans certaines nouvelles, l'ouvrage est présenté comme contenant de nombreuses informations sur les « Grands Anciens » et l'histoire de la Terre aux origines, lorsqu'ils la contrôlaient[29],[8],[11].

Mythe de l'existence de l'ouvrage[modifier | modifier le code]

Le principal mythe autour du Necronomicon est celui de son existence, malgré le fait qu'il n'ait jamais été mentionné avant Lovecraft et que l'auteur lui-même ait admis l'avoir inventé[28],[30]. Pour Lovecraft, que ses lecteurs imaginent, le temps de leur lecture, que le Necronomicon pût exister, participe de la « suspension consentie de l'incrédulité ». Les détails précis augmentent le plaisir de la lecture, mais ne sont destinés à durer que le temps de la lecture, pas au-delà[31]. Pour le théologien, et spécialiste de Lovecraft, Robert M. Price, c'est le fait même que l'ouvrage n'existe pas, que son contenu soit simplement suggéré qui en fait toute la force. Le Necronomicon a une fonction narrative (terrifier le lecteur) qui disparaîtrait dès que cette terreur serait matérialisée. Tant que le livre n'existe pas, il peut remplir sa fonction narrative. Toute révélation, création d'un contenu ne pourrait être qu'une déception par rapport à ce que l'imagination du lecteur, dans sa « suspension consentie de l'incrédulité » peut inventer[32].

Au début des années 1930, devant le nombre d'auteurs différents mentionnant le livre, certains lecteurs finirent par croire à son existence. À la fin de 1936, le rédacteur en chef de Weird Tales, Farnsworth Wright, réagissant à l'abondant courrier des lecteurs, publia un texte affirmant que le Necronomicon n'était qu'une invention de Lovecraft[9],[10]. Malgré les demandes répétées qui lui furent faites en ce sens, ce dernier hésita à créer et à publier le Necronomicon. Il considérait que l'ouvrage devrait au moins atteindre les mille pages pour contenir tout ce qui était suggéré dans les nouvelles. Surtout, il aurait passé beaucoup de temps et d'énergie à mettre en forme un livre qui n'aurait finalement pas été si terrible et impressionnant que cela. En tout cas, il aurait été beaucoup moins impressionnant que tout ce que les lecteurs pouvaient imaginer à partir des quelques évocations dans les œuvres littéraires (lettre à James Blish et Wiiliam Miller Jr.). Il pensa un temps publier des « extraits » puis y renonça (lettre à Robert E. Howard, mai 1932). Il se déclara alors opposé à ce qu'il appelait un « canular sérieux ». Il se rendit compte que cela ferait perdre du temps aux chercheurs intéressés par le folklore ou les croyances magiques[12],[33],[34]. À la fin de sa vie, Lovecraft écrivit à un de ses amis : « Si la légende du Necronomicon continue à grandir, les gens vont finir par croire qu'il existe vraiment ». Cependant, les proches de Lovecraft n'eurent pas tous la même attitude. Ainsi, dès 1936, des publicités parurent annonçant la possibilité d'acheter le livre pour 1,49 $. Lovecraft considéra qu'il s'agissait d'un canular dû à Robert Bloch[10],[33].

Ceux qui croient à l'existence du livre ont de nombreux arguments. Lovecraft aurait consulté un exemplaire et en aurait été traumatisé. Il aurait possédé un exemplaire soit directement, soit ramené mentalement des archives akashiques à la suite d'une transe[28],[30]. D'autres versions, liées à une histoire inventée par Colin Wilson pour la préface d'une édition d'un faux Necronomicon[N 9], veulent que Winfield Scott Lovecraft, le père de H. P. Lovecraft, ait été le dépositaire d'un savoir secret que lui aurait confié une loge de franc-maçonnerie égyptienne. Il en serait devenu fou (le père de Lovecraft fut effectivement interné), mais pas avant d'avoir transmis ce savoir à son fils. Celui-ci aurait ensuite découvert des manuscrits de rituels magiques parmi les papiers de son père. Cependant, si le grand-père d'H. P. Lovecraft avait été maçon, aucune preuve n'existe pour son père. Père et fils n'ont jamais été très proches (Winfield Lovecraft était un représentant de commerce) et les connaissances maçonniques d'H. P. Lovecraft étaient très succinctes[35].

Pour ceux qui sont persuadés de la réalité du Necronomicon, Lovecraft aurait gardé la majeure partie du secret car il en connaissait la dangerosité, mais n'aurait pu se retenir de l'évoquer malgré tout. Donc, si on sait lire entre les lignes, on trouve des informations sur l'existence et le contenu de l'ouvrage. Et donc, l'importance donnée au Necronomicon dans l'œuvre de Lovecraft est la preuve de son existence. Quant au fait qu'il n'ait jamais été mentionné avant Lovecraft, ce serait parce que le grimoire aurait été dissimulé, soit par ses adversaires pour en cacher la puissance, soit par ses adorateurs, pour la même raison. L'argument définitif avancé par ceux qui croient en l'existence du livre est qu'il est impossible de prouver qu'il n'existe pas[28],[30].

Les rumeurs font de l'« Histoire du Necronomicon » une réalité. Donc, il existerait quelques rares exemplaires dans les archives secrètes du Vatican, dans les réserves secrètes du British Museum, dans la bibliothèque de la Miskatonic University d'Arkham (pourtant université américaine fictive, inventée par Lovecraft), à l'Université de Lima au Pérou, à l'Université de Buenos Aires en Argentine, à la Bibliothèque Widener d'Harvard ou encore à la Bibliothèque nationale de France. La preuve est que l'existence de ces exemplaires est évoquée par Lovecraft lui-même dès 1927 (mais pour des raisons narratives)[6].

De plus, régulièrement, des exemplaires du Necronomicon furent mis en vente, nourrissant le mythe de son existence. En juillet 1945, dans le Publisher's Weekly, magazine des libraires d'occasion américains, la Grove Street Bookstore de New York annonçait qu'elle recherchait un Necronomicon, un De Vermis Mysteriis de Ludwig Prinn et les Commentaries on Withchcraft de Mycroft. Les deux derniers livres sont des inventions provenant des œuvres de Robert Bloch. L'année suivante, le libraire Philip Duschnes, toujours de New York, vendait un Necronomicon (version latine de Wormius) pour 375 $[N 10]. Il précisait que seuls deux autres exemplaires existaient aux États-Unis, dont un à la bibliothèque de l'université Miskatonic. En 1966, une autre édition de Wormius fut mise en vente pour 25 000 $[N 11]. Jusqu'en 1966, il n'existait physiquement aucun livre qui pût correspondre à ces annonces. Cela changea définitivement en 1967[36].

Les diverses publications de textes apocryphes alimentent bien sûr la spéculation quant à l'existence réelle de l'ouvrage. Ces publications, principalement motivées par une volonté de se faire de l'argent, correspondent cependant à un double besoin réel dans le public. Même lorsque le faux est évident, l'envie de croire que malgré tout il pourrait être vrai, ou exister, est la plus forte. Le Necronomicon est le symbole d'un savoir interdit et tout puissant ; d'un savoir qui ne s'acquerrait qu'au risque de sombrer dans la folie. Il est le symbole de l'hubris humaine. Il est aussi dans la lignée de diverses croyances, depuis les procès de sorcières à l'époque moderne jusqu'aux rumeurs de messes sataniques au XXe siècle qui se retrouvent toutes dans une croyance principale : celle que le Mal absolu existe. Finalement, il y a le même phénomène autour du Necronomicon, fictif, qu'autour de grimoires réels tels que le Picatrix : le contenu est inconnu, ou évoqué par des rumeurs, même quand le livre est réel. Ces ouvrages sont identifiés au pouvoir absolu du Mal absolu. Cette réputation est essentielle à la perpétuation du mythe. Dans le cas du Necromonicon vient s'ajouter le fait qu'il n'existe pas et qu'on peut donc y mettre encore plus de pouvoir et de présence du Mal[28],[37].

Diverses éditions du Necronomicon sont parues au XXe siècle[33]. La mort d'August Derleth en 1971 entraîna la disparition du contrôle très strict qu'il exerçait, via Arkham House, sur l'héritage de Lovecraft. Si ses œuvres n'étaient toujours pas libres de droits, le développement du mythe et de ses éléments devint beaucoup plus facile[38].

Fanfictions[modifier | modifier le code]

Le premier « vrai » faux à être historiquement mentionné (sans exister) est la « traduction Faraday ». Au début des années 1930, Donald A. Wollheim, jeune fan de Lovecraft, fit paraître dans un journal local du Connecticut, le Bradford Review and East Haven News, une critique d'une traduction du Necronomicon par un certain W. T. Faraday. Lovecraft n'en apprit l'existence qu'en 1936, quand Wollheim envoya la coupure de presse à Willis Conover (en) qui la fit parvenir à Lovecraft puis la reproduisit dans sa biographie Lovecraft at Last. Ce dernier prit la chose avec humour et écrivit à Conover : « Il faut que je me procure cette traduction par Faraday, même si c'est probablement un faux[N 12] ». Selon Wollheim, qui ne connaissait pas l'« Histoire du Necronomicon », la traduction de Faraday aurait été la première traduction en anglais, à partir de l'exemplaire latin de Wormius. Elle n'aurait été que la seconde parution d'un Necronomicon depuis ce même Wormius. Faraday aurait aussi expurgé l'ouvrage des deux-tiers, pour des raisons de sécurité[39].

Un des principaux et plus prolifiques fans de Lovecraft, Fred L. Pelton, réalisa dans les années 1940 un Cultus Maleficarum, plus connu en tant que Manuscrit Sussex. Il serait une traduction en anglais de la version latine de Wormius par le baron Frederic Ier de Sussex en 1598. L'ouvrage de Pelton doit beaucoup à Derleth, d'où son insistance sur les « Grands Anciens » mais aussi sur les « Dieux Très Anciens » représentants des forces du Bien et invention de Derleth. Les premiers chapitres de l'ouvrage portent sur l'affrontement entre ces deux types d'entités extraterrestres très anciennes. Les chapitres suivants portent sur les cultes des « Grands Anciens » et les bénéfices à tirer de leur adoration, en rapport avec les grands dangers. L'ouvrage ajoute nombre de créatures et de lieux mythiques à tous ceux déjà évoqués dans les ouvrages précédents. Le dernier chapitre contient diverses prophéties sur le futur de la Terre. Il s'arrête au milieu d'un mot et se termine par vingt-trois pages blanches. L'ensemble est rédigé dans un style archaïsant. Pelton illustra lui-même ses textes. Il l'envoya à Derleth qui envisagea un temps de le publier dans sa maison d'édition Arkham House, mais ne le fit pas, oubli volontaire semble-t-il. Finalement, il parut en partie dans le magazine de fanfiction Crypt of Cthulhu dans les années 1950. De nombreuses pages se perdirent ensuite. Ce qui restait fut inclus en 1996 dans le « Necronomicon Price »[40].

Dans les années 1970, un groupe de fans américains très actifs, l'Ordre Ésotérique de Dagon, s'était organisé en maison d'édition amateur, par courrier. Les membres produisaient leurs créations et se les envoyaient. Ainsi, en février 1976, un des membres, Robert C. Culp, envoya aux autres son Necronomicon. Ce fut sa dernière contribution. Il n'envoya plus rien ensuite, un fait significatif pour les fans persuadés de l'existence et de la dangerosité de l'ouvrage. L'exemplaire commence par une citation de Wormius, prévenant des dangers. Les deux premières parties exposent les avantages et inconvénients des relations avec les « Grands Anciens ». La suite est une fiction racontant la quête d'un manuscrit magique censé donner la vie éternelle[41].

En 1999, Merlyn Stone publia à compte d'auteur un Necronomicon, dans le cadre d'une série de livres de sorcellerie. Il contient des listes de sorts, rituels et grimoires (avec des emprunts au « Necronomicon Simon »). L'introduction évoque une origine très ancienne du manuscrit original (daté au Carbone 14 de 6000 av. J.-C.), dit qu'Aleister Crowley l'a consulté, mais précise que le Necronomicon est avant tout un symbole. En fait, consulté, l'auteur déclara qu'il mit sous le titre de Necronomicon tout ce qu'il n'avait pu mettre dans ses trois autres ouvrages de sorcellerie[42].

Éditions commerciales[modifier | modifier le code]

En 1966, Philippe Druillet fut le premier à « matérialiser » le Necronomicon pour le grand public. Il présenta trois de ses planches parues dans le numéro d'automne 1966 d’Anubis comme des pages du Necronomicon. Cinq autres pages parurent dans le numéro spécial Lovecraft d’Heavy Metal en octobre 1979. Il était précisé que ces pages avaient été choisies pour la publication car elles ne représentaient aucun danger pour le non-initié. Le livre complet était annoncé, aux éditions du Terrain Vague. Cependant, poursuivait le texte d'introduction, un attentat à la bombe avait endommagé les locaux de l'éditeur, retardant la sortie. Une enquête avait été confiée à Auguste Dupin (le détective inventé par Edgar Allan Poe)[43].

Le premier « vrai » faux à exister matériellement, dans son « intégralité » est le Necronomicon écrit par Jack L. Chalker à partir de notes de Mark Owings (à qui l'ouvrage est attribué dans les bibliographies). Une édition limitée de 600 exemplaires fut mise sous presse par la maison d'édition de Chalker, Mirage Press à Baltimore. Celle-ci avait dû passer un accord commercial avec Arkham Press pour obtenir le droit de publier. En réalité, l'ouvrage était intitulé The Necronomicon: A Study. Il reprenait l'« Histoire du Necronomicon » par Lovecraft et citait les divers passages glanés dans les œuvres l'évoquant. Surtout, il jouait sur l'ambigüité du mythe de l'existence. Un chapitre (« The Existing Copies: A Bibliobiography », « Les copies existantes : une bibliobiographie ») faisait la liste des exemplaires se trouvant dans les bibliothèques publiques et privées à travers le monde, ceux évoqués par les œuvres littéraires. Cependant, Owings / Chalker précisaient que les auteurs de ces œuvres avaient dû faire croire, pour des raisons de sécurité, que tout cela n'était que de la fiction[44].

Les premiers à profiter du relâchement du contrôle après la mort de Derleth furent Lyon Sprague de Camp (le premier grand biographe de Lovecraft) et Owlswick Press. En 1973, cette maison d'édition fit paraître un Al Azif préfacé par De Camp. Le livre (dont les 348 exemplaires ont aujourd'hui tous disparu[N 13]) consistait en une série de seize pages se répétant avec quelques changements (les caractères à la fin des lignes sont différents) tandis que la première et la dernière étaient complètement différentes. Il est supposé être la reproduction d'un manuscrit en « duriaque », une langue dont la calligraphie ressemble à de l'arabe. Les dessins sont dus à Robert Dills. La préface de De Camp ajoute au mythe. Il explique comment il serait devenu le propriétaire du manuscrit original reproduit ensuite. D'après son intermédiaire libanais, les autorités irakiennes auraient découvert l'ouvrage lors de fouilles et auraient décidé de le faire traduire. Cependant, les trois premiers traducteurs auraient disparu sans laisser de trace, peut-être parce qu'ils lisaient le manuscrit à voix haute. Les Irakiens auraient alors décidé de s'en débarrasser en faisant d'une pierre deux coups : en le vendant aux Américains pour semer le chaos dans leur communauté universitaire quand une traduction serait tentée. Ainsi, l'Irak se vengerait de la politique américaine au Moyen-Orient. De Camp prévenait donc les lecteurs de ne pas essayer de traduire ou prononcer le texte à haute voix (chose de toute façon impossible puisque langage et écriture étaient inventés). Le livre eut un énorme succès. L'édition limitée de 348 exemplaires fut très vite vendue. La maison d'édition reçut de nombreuses commandes, qu'elle refusa. Un doctorant demanda accès au manuscrit afin d'écrire sa thèse prouvant que le livre n'était pas un faux et contenait de véritables sorts. L'éditeur dut écrire au directeur de recherches pour y mettre fin. Le fait même que le nombre d'exemplaires restât restreint convainquit une partie du public de l'authenticité du manuscrit, à nouveau étroitement gardé et réservé à quelques initiés et bibliothèques[45].

En 1973, une petite maison d'édition de Waldwick, New Jersey (en), Rob Lynn, publia 500 exemplaires de The Necromantic Grimoire of Augustus Rupp. L'auteur (qui ne revendique que l'introduction) est Anthony Raven à qui on doit par ailleurs un The Occult Lovecraft en 1975 et un court roman The Ruby Toad cosigné avec Augustus Rupp. Selon l'introduction, ce dernier aurait été un professeur d'histoire de la Mésopotamie à l'université de Stuttgart, mort en 1849. Il aurait publié en 1846 un grimoire compilant le Grimoire d'Honorius (en), l’Heptameron du Pseudo-Pietro d'Abano et le Necronomicon[N 14]. Le manuscrit aurait été perdu quand Rupp dut fuir son domicile pour échapper à une arrestation par l'Inquisition[N 15]. Dans les années 1890, le manuscrit, perdu, aurait été retrouvé, traduit et publié par un professeur de Cambridge, Carter Stockdale, à la demande d'érudits et de mages. La première partie de l'ouvrage est un bestiaire fantastique. La seconde partie explique comment invoquer ces créatures. Parmi ces invocations, se trouve celle permettant d'invoquer Cthulhu et serait copiée de l'édition madrilène de 1630 du Necronomicon[46].

Les trois Necronomicon suivants déclarèrent chacun être le « premier » jamais édité[47]. Début 1977, à Bâle, le peintre suisse H.R. Giger fit paraître un recueil de peintures intitulé Necronomicon (après avoir tourné un court-métage du même titre deux ans plus tôt)[47]. C’est après avoir pris connaissance de cet ouvrage que Ridley Scott a contacté l’artiste et lui a confié le design original des décors et de la créature extra-terrestres de son film Alien - Le huitième passager[48]. Des éditions française et allemande suivirent dès l'automne de la même année. En 1985, un nouveau recueil parut sous le titre de Necronomicon II. Selon Giger, c'est Sergius Golowin qui lui suggéra le titre soit pour le court-métrage, soit pour son recueil. Un court texte accompagne chacun des recueils sur la page de titre. Giger y évoque un manuscrit perdu pour lequel ses illustrations seraient un complément. Il traduit le titre en « types ou masques de la mort ». Le texte pour Necronomicon II reprend en plus celui de l'« Histoire du Necronomicon »[47].

John Dee, portrait du XVIe siècle, artiste inconnu.

En 1978, en Grande-Bretagne, un Necronomicon: The Book of Dead Names, dit « Necronomicon Hay » fut publié avec une préface par Colin Wilson. Celui-ci, après avoir été très critique de Lovecraft (le qualifiant d'« auteur malsain » au « style inauthentique ») dans son The Strength of Dreams en 1962, écrivit trois nouvelles du mythe de Cthulhu. Dans la préface qui lui fut commandée, il invente une histoire au livre publié. Selon lui, il aurait appris la possibilité de l'existence réelle du Necronomicon grâce au Al Azif de De Camp. Il serait alors entré en contact avec Robert Turner qui dirigeait le groupe de magiciens de l'Ordre de la Pierre Cubique, qui tentait alors de retrouver les sources de Lovecraft dans les grimoires médiévaux et George Hay, qui éditait des travaux sur le Necronomicon. Il aurait alors appris que le spécialiste autrichien de l'occulte, le docteur Hinterstoisser aurait des informations. Et en effet, ce dernier lui aurait révélé que le père de H. P. Lovecraft aurait appartenu à la franc-maçonnerie égyptienne. Celle-ci aurait encore possédé des secrets anciens remontant aux Sumériens et transmis à travers l'histoire, par Cagliostro par exemple. Winfield Lovecraft aurait alors appris comment déchiffrer un manuscrit très ancien : le Necronomicon. Cependant, la piste se serait arrêtée là. Colin Wilson aurait alors suivi celle de John Dee. Et en effet, dans les archives du British Museum, dans les papiers de Dee, il aurait retrouvé un Liber Logaeth (ou Liber Logaeath), un longue suite de lettres sans aucun sens. Grâce aux progrès de l'informatique cependant, il aurait pu enfin décrypter ce texte. Ce serait alors qu'il aurait découvert le Necronomicon, dans sa version John Dee. Il aurait alors réussi à persuader George Hay de le publier. En 1980, pour la sortie de l'édition de poche, Colin Wilson écrivit dans Fantasy Macabre un article précisant que l'histoire était totalement inventée, comme le livre. Il précisait que le premier indice était le titre. Necronomicon ne signifiant pas en latin Le Livre des Noms des Morts, l'ouvrage ne pouvait être qu'un faux[N 16]. En 1984, dans le fanzine Crypt of Cthulhu, il raconta la véritable histoire de la création du « Necronomicon Hay ». La maison d'édition britannique Neville Spearman Ltd rééditait les œuvres de Lovecraft, Howard ou Ashton Smith. Son patron, Neville Armstrong eut l'idée de les accompagner d'un Necronomicon crédible. Il demanda à George Hay de s'en charger. Le premier jet n'était pas très bon. Hay consulta Wilson qui suggéra de demander à Turner de compléter le travail. Wilson se chargea ensuite de mettre sur pied un mythe crédible. Il se fit même écrire depuis l'Autriche par un ami une lettre signée du docteur Hinterstoisser. Le « Necronomicon Hay » est principalement un livre de magie. Il ressemble aux grimoires du type Clavicule de Salomon, mais en lien avec les « Grands Anciens ». Il explique commence leur dédier des autels, des épées cérémonielles, etc. L'ouvrage eut peu de succès et disparut rapidement, contrairement au « Necronomicon Simon »[49].

En 1983, Spook Enterprises d'Elizabeth Ann Saint George proposa un Necronomicon, sous-titré « The Book of Shades » (« Le Livre des Ombres »). Il est supposé être la traduction d'un manuscrit arabe retrouvé au Pérou en 1964. Les traducteurs seraient Madame Ruzo, l'épouse du collectionneur péruvien, et Elizabeth Ann Saint George (qui confessait son ignorance de l'arabe). L'ouvrage n'est pas attribué à Alhazred, mais à Al Raschid de Sothis. Il contient divers sorts, allant du conseil d'hygiène de base à l'invocation d'une armée d'anges. L'originalité du livre est qu'il essaye de ressembler à ce qu'un Arabe du VIIIe siècle aurait pu écrire[50].

Le Necronomicon le plus long qui ait été édité est dû à Lin Carter. Il avait publié des nouvelles dans le cadre du mythe de Cthulhu, dans un but de cohérence du mythe. Il poursuivit ce travail de mise en cohérence avec son Necronomicon, certaines de ses nouvelles étant directement prévues pour constituer des chapitres du grimoire. Ainsi, « The Doom of Yakthoob », parue en 1971 dans The Arkham Collector, est supposée être le premier chapitre du Necronomicon et raconte le destin de Yakthoob, le maître d'Alhazred. Son travail complet ne parut qu'après sa mort, d'abord dans la Crypt of Cthulhu en 1990, puis dans le « Necronomicon Price » en 1996. Carter prétendait que l'ouvrage était la « traduction Dee » qu'il avait retrouvée et annotée. La première partie est un récit de la vie d'Abdul al-Hazred en neuf épisodes, correspondant à neuf nouvelles (éditées ou non). La deuxième partie est une description des « Grands Anciens », des récompenses et risques qu'il y a à les invoquer et servir. Une partie est consacrée au voyage à travers le temps et l'espace. Une avant-dernière partie explique comment renvoyer les entités invoquées. La dernière partie aurait due être consacrée aux sorts et rituels, mais comme pour le reste de son œuvre, Carter a laissé le Necronomicon inachevé. Des pages existeraient, mais n'ont pas été publiées. Une partie des textes est empruntée au « Necronomicon Hay », ce qui est logique, étant donné le travail de mise en cohérence des éléments du mythe auquel Carter s'était attelé. Il semblerait qu'il ait aussi travaillé (mais les pages publiées ne permettent pas de l'affirmer) à partir du Manuscrit Sussex et du « Necronomicon Simon »[51].

En novembre 1996, Chaosium, maison d'édition américaine du jeu de rôles L'Appel de Cthulhu, sortit son propre Necronomicon, recueil d'articles et de nouvelles. L'édition fut confiée au spécialiste de Lovecraft Robert M. Price, par ailleurs rédacteur en chef de Crypt of Cthulhu. Le « Necronomicon Price » n'est pas présenté comme un Necronomicon en tant que tel, mais comme une étude du phénomène littéraire. Une présentation par Price est un travail déconstructionniste s'intéressant au réseau d'intertextualité autour du Necronomicon. Un autre de ses articles étudie le grimoire avec ses techniques de théologien sceptique. Le « Necronomicon Price » propose aussi quelques nouvelles et republie le Manuscrit Sussex et le Necronomicon de Lin Carter[52].

Il existe trois Necronomicon italiens. En 1988, La Magia Estelar : El Verdadero Necronomicón de Frank G. Ripel qui serait dérivé d'un livre plus puissant, le Sautherenerom, perdu lors de la destruction de l'Atlantide. L'ouvrage mélange le mythe de Cthulhu et des travaux d'Aleister Crowley (dont Ripel semble proche). En 1993, Pietro Pizzari publia un Necronomicon qu'il affirmait provenir de la bibliothèque du Vatican. En 1994, la maison d'édition romaine Fanucci sortit en poche un Necronomicon. Nuova edizione con sconvolgenti rivelazioni e le tavolette di Kutu, très proche du « Necronomicon Hay », avec quelques ajouts tirés du « Necronomicon Simon » et des éléments originaux. L'ensemble aurait été traduit en 1990 par le professeur d'université mexicain Venustiano Carranza[N 17]. En 1997, le même éditeur proposa un Necronomicon 2. La tomba di Alhazred supposé contenir les secrets découverts dans la tombe de celui-ci, au Yémen[53].

« Necronomicon Simon »[modifier | modifier le code]

L'édition qui rencontra le plus de succès fut le « Necronomicon Simon (en) », toujours réédité[33],[54]. Il est aussi le premier à dépasser le simple hommage à Lovecraft. Il essaye en effet de créer un ensemble de rituels magiques cohérents[55]. Il fut publié par la librairie ésotérique new-yorkaise The Warlock Shop, devenue ensuite The Magickal Childe Bookshop. Selon la légende de la publication, la traduction du Necronomicon serait l'œuvre de « Simon » qui publia aussi chez le même éditeur un Necronomicon Report (réédité sous le titre Necronomicon Spellbook). Deux autres publications du même auteur sur le même thème étaient annoncées pour 1992, mais la mort du propriétaire de la boutique, Herman Slater (en), a stoppé toutes les parutions (voire rédactions)[54]. Trois origines légendaires sont évoquées pour ce Necronomicon. Dans la première, un moine d'origine inconnue aurait donné le manuscrit original à « Simon » qui aurait été un espion, spécialiste de la traduction de manuscrits anciens. Dans une autre version, un inconnu serait venu apporter le manuscrit à « Simon » et à la librairie afin qu'il fût traduit[54]. Une troisième version, plus « complète », est donnée dans l'introduction du Necronomicon Spellbook. « Simon » serait un évêque orthodoxe grec en charge des pauvres de New York. Il serait cependant renommé pour sa grande connaissance des langues anciennes et rares. Au printemps 1972, deux moines orthodoxes seraient venus lui apporter un Necronomicon manuscrit du IXe siècle, donc une traduction grecque plus ancienne que celle de Philetas. Ils en auraient fait l'acquisition lors d'un de leurs nombreux vols dans les bibliothèques et collections aux États-Unis. Ils se seraient faits prendre peu de temps après. Toujours dans un mélange du vrai et du faux, deux moines de l'Église grecque-catholique roumaine furent appréhendés en mars 1973 pour avoir volé des atlas des XVIe et XVIIe siècles dans diverses bibliothèques universitaires des États-Unis. Les deux véritables voleurs ont aidé les autorités à retrouver les livres qu'ils avaient revendus et aucun Necronomicon ne s'y trouvait[33],[54]. L'identité de « Simon » est rapidement révélée quand on recherche à qui sont versés les droits d'auteur de l'ouvrage. Deux personnes émergent alors, Herman Slater lui-même, ainsi que Peter Levenda (qui reçoit 50 % des droits). Quand il est interrogé, ce dernier explique qu'il s'est surtout chargé de la traduction des tentatives de translittérations grecques des mots babyloniens et sumériens du manuscrit original[56].

En fait, toute une équipe liée à la librairie travailla à la réalisation de ce Necronomicon. En décembre 1977, une première édition limitée fut publiée à 666 exemplaires reliés cuir, suivie d'une édition limitée à 1 275 exemplaires reliés tissu, puis 3 333 exemplaires normaux. La version poche parut en 1980[33],[57]. Les principales sources de la rédaction du « Necronomicon Simon » sont divers textes mythologiques et magiques de Mésopotamie. Les divinités de la civilisation sumérienne sont rapprochées des « Grands Anciens » (comme « Kutulu ») et des « Dieux Très Anciens ». La magie décrite serait un moyen pour les humains d'influer sur leur conflit immémorial. Ainsi, après purification, le magicien pourrait franchir des « Portes » le menant aux domaines de ces divinités. En les franchissant les unes après les autres, son pouvoir croîtrait. D'autres sorts décrits ont des applications plus immédiates, comme celui augmentant les capacités sexuelles. L'ouvrage comprend plusieurs parties. La première est intitulée « Le témoignage de l'Arabe fou », un berger qui a vu une cérémonie en l'hommage d'un « Grand Ancien ». Les parties suivantes expliquent le passage des « Portes ». Ensuite, on trouve des listes de sorts ; une liste des épiclèses du dieu Marduk et leur usage magique ; deux récits mythologiques liés à Marduk et Inanna ; le « texte Urilia » revient aux démons de type « Grands Anciens » ; le dernier chapitre revient au témoignage de l'Arabe fou qui essaie de donner le maximum d'informations avant d'être attaqué par les démons. Le chapitre s'arrête sur une phrase inachevée[33],[58].

Cependant, bien que le « Necronomicon Simon » se réclame de la magie de la civilisation sumérienne, les divinités sont plus proches de leur version babylonienne plus récente. De même, les entités empruntées à Lovecraft sont incluses dans un affrontement très judéo-chrétien du Bien contre le Mal. Chez Lovecraft, elles sont des êtres surpuissants qui n'ont pas plus de considération pour les humains que les humains ont pour les insectes. Enfin, une partie des textes des sorts est recopiée d'ouvrages anciens (parfois du XIXe siècle) sur la Mésopotamie, jusqu'aux erreurs de traduction d'alors. L'ensemble est cependant suffisamment morbide et dérangeant pour avoir rencontré un véritable succès en tant que Necronomicon crédible[59].

En 1980, parut à Berlin Das Necronomicon, en fait une traduction (plagiat puisque sans attribution) en allemand du « Necronomicon Simon » à laquelle avait été ajoutée une traduction du grimoire latin médiéval Goétie consacré à l'invocation des démons. La courte introduction précise que le manuscrit crypté aurait été découvert dans les papiers de l'occultiste Gregor A. Gregorius (pseudonyme d'Eugen Grosche (en), fondateur de la Fraternitas Saturni (en)). Cependant, Grosche est mort en 1964[60].

Autres mythes[modifier | modifier le code]

Diverses autres rumeurs courent à propos du Necronomicon. Certaines ont leur source à nouveau chez Colin Wilson. Ainsi, il imagina pour une de ses nouvelles du mythe de Cthulhu en 1969 que le Manuscrit de Voynich était un commentaire du Necronomicon par un moine nommé Martin Gardner, voire qu'il comprenait des extraits du grimoire. Bien que la source soit une nouvelle de fiction, certaines personnes croient que la rumeur est vraie[61].

Le Necronomicon dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Cinéma[modifier | modifier le code]

Jeu vidéo et jeu de rôle[modifier | modifier le code]

Jeu vidéo[modifier | modifier le code]

  • Le jeu vidéo Alone in the Dark (Infogrames, 1992) permet, à un moment, de lire le Necronomicon pour en apprendre davantage sur les évènements antérieurs à l’aventure (on peut y voir le couplet « N’est pas mort… »). Cela tue le héros s’il ne se tient pas à un endroit précis du niveau au moment de la lecture.
  • Necronomicon est un jeu vidéo sorti en 1994 sur plateformes FM Towns et Nec PC-98 (éditeur : Fairytale Hardcover). Son histoire reprend les grandes lignes du mythe de Cthulhu.
  • Dans le jeu vidéo d'aventure Prisoner of Ice (Infogrames, 1995), dédié à l'univers de H.P. Lovecraft, il est question de récupérer le Necronomicon.
  • Dans les opus de Castlevania sortis sur Nintendo 64 (Castelvania et Castlevania: Legacy of Darkness, Konami, 1999), le Necronomicon fait office de menu du jeu : la couverture avec le titre se dévoilent lorsqu'on lance le jeu ou une partie.
  • Un jeu vidéo d'aventure sorti en 2001, Necronomicon : L'Aube des ténèbres (éditeur : Wanadoo), retrace l’histoire de L’Affaire Charles Dexter Ward, nouvelle de Lovecraft.
  • Dans le jeu vidéo Max Payne (Gathering of Developers et Take Two Interactive, 2001), le protagoniste trouve un livre intitulé Necronomicon sur une table avec d’autres ouvrages occultes dans le club Ragnarok.
  • Dans le RPG sur GameCube Tales of Symphonia (Namco, 2003), la quête des armes maudites s’achève sur une scène où l’adversaire utilise le Necronomicon pour se transformer en démon.
  • Un objet est appelé Necronomicon dans le mod DOTA de Warcraft III: The Frozen Throne (Blizzard Entertainment, 2003). Il permet d’invoquer deux créatures mort-vivantes.
  • La série Demonbane initiée en 2003 sur PC et déclinée ensuite sur PlayStation 2 et en bande dessinée, roman, série télévisée d'animation et manga, est basée sur l'univers de Lovecraft en général et sur le Necronomicon en particulier.
  • Dans le RPG Mass Effect (Electronic Arts, 2007, le personnage d’Ashley Williams dit « N’est pas mort ce qui à jamais dort etc. », lorsque le joueur décide de la choisir comme équipière sur Ilos.
  • Dans le RPG Fable 2 (Microsoft Game Studios, 2008), deux frères trouvent le Normanomicon, le livre des extrêmement morts (équivalent du Necronomicon en Albion) et invoquent cent mort-vivants ou « hommes-creux », comme désignés dans le jeu, avec celui-ci.
  • Dans le RPG Fable 3 (Microsoft Game Studios, 2010), les deux frères en question sont devenus des fantômes et demandent au héros de leur apporter le Normanomicron afin d'« invoquer » une fête pour les morts.
  • Dans The Binding of Isaac (Valve Corporation, 2011), le Necronomicon est un objet qui permet d'infliger un grand nombre de dommages aux ennemis présents dans la pièce, les tuant la plupart du temps. Il a le même effet que la carte du Tarot de Marseille XIII : La Mort, à la différence qu'il est réutilisable après un temps de recharge.
  • Dans le jeu de plateforme rogue-like Spelunky (Mossmouth, 2012), le Necronomicon peut-être récupéré dans la Cité d'or et est indispensable pour ouvrir la porte de l'Enfer où Yama, le dernier boss du jeu, peut être combattu.
  • Dans le jeu Les Simpsons- Springfield sur Android et iPhone (Electronic Arts, 2012), il est possible de demander à M. Burns d'aller « lire le Necronomicron », ce qu'il met quatre heures à faire dans sa centrale nucléaire.
  • Dans le jeu League of Legends , un objet est nommé Morellonomicon , il permet simplement d'augmenter sa puissance magique mais le titre fait référence au Necronomicon.
  • Dans le jeu Corpse Party : Book of Shadow, le Nécronomicon est présent à la fin du jeu, et est utilisé pour ramener à la vie les personnes mortes.
  • Dans les jeux de Zeboyd Games "On the Rain-Slick : Precipices of Darkness 3 & 4", il y a une allusion au Necronomicon avec le Necrowobicon, un livre possédant à peu près la même apparence que le dit livre. Dans le 3, il s'agit d'un objet que convoite le DrBlood.
  • Dans le jeu vidéo Dungeons of Dredmor, l'une des compétences possibles est la « nécronomiconomie » (jeu de mots sur Necromicon et microéconomie), qui se définit comme « l'étude des principes économiques des morts ». Elle donne accès à des sortilèges très puissants, au prix de dangereux effets secondaires.
  • Dans le jeu sur PC Dota 2 (Valve Corporation, 2013), le Necronomicon est un objet augmentant la force et l'intelligence de son porteur et permettant à ce-dernier d'invoquer des créatures.

Jeu de rôle sur table[modifier | modifier le code]

  • Dans le jeu de rôle Donjons et Dragons, le Draconomicon, un ouvrage entièrement consacré aux dragons, est inspiré par le Necronomicon pour son titre.
  • Dans l’univers de Warhammer existe un Liber Mortis, traité de nécromancie rédigé par Fredrick van Hal, sur la base des Neuf Livres de Nagash, et dont l’histoire et le parcours (rédigé en ancienne Nehekhara, plusieurs censures puis réapparitions, dernières copies mises au secret, etc.) sont très semblables à l’histoire romancée du Necronomicon.

Jeu de carte[modifier | modifier le code]

Application mobile et tablette[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

  • Il existe dans Les Annales Du Disque-Monde (série débutée en 1983) de Terry Pratchett un Necrotelecomnicon, un ouvrage dont les caractéristiques sont inspirées du Necronomicon.
  • Dans le livre Les Yeux du dragon de Stephen King (1984), Randall Flagg, le sorcier et conseiller du roi, possède un livre de chair humaine dont l’encre serait du sang. Il le lit depuis plus de mille ans car il ne peut pas lire trop longtemps cet ouvrage à moins d’en perdre la raison.
  • Une « réédition » du Necronomicon en français est disponible chez Belfond, sortie en 1996 (ISBN 2714434436). Il s’agit en fait d’une compilation d’extraits tirés de l’œuvre de Lovecraft, agrémentés de dessins d’artistes et présentés comme authentiques, le tout visant à laisser croire à l’existence du livre.
  • Maxime Chattam fait référence au Necronomicon sous le nom de « grimoire Al-Azif » dans son roman L'Âme du mal (2002.
  • Dans le manga Princesse Résurrection (2005), la phrase « N’est pas mort ce qui à jamais dort… » se trouve en troisième de couverture de chaque volume.
  • En 2007, les éditions Kymera publient la bande-dessinée Necronomicon de Patrice Woolley, dans laquelle un homme est littéralement avalé par l’ouvrage et cherche à en sortir.
  • En 2010 dans : "L'ombre du bouquiniste ou au-delà des apparences" de Jp SMAGGHE MENEZ, paru aux Éditions Thriller Editions (numérique)

Musique[modifier | modifier le code]

  • Necronomicon est le nom d'un groupe de rock progressif allemand, originaire d'Aachen et fondé en 1970.
  • Sur la pochette du Live After Death (1985) d’Iron Maiden, on peut lire sur la tombe de laquelle sort Eddie une citation du Necronomicon tirée de l’une des nouvelles de Lovecraft.
  • Le Necronomicon est évoqué dans la chanson Quivoron du groupe de rock alternatif français Les Wampas, tirée de l'album Chauds, sales et humides (1988).
  • Necronomicon est le titre d’une chanson du groupe de Death metal Hypocrisy, tirée de l’album Osculum Obscenum (1993).
  • Nekronomicon est le titre d’une chanson du groupe de psychobilly Nekromantix, tirée de l’album Return Of The Loving Dead (2002).
  • Necronomicon est le titre du deuxième album de Nox Arcana, paru le 10 octobre 2004.
  • Necronomicon est le titre d'une pièce pour quatuor à codes de John Zorn parue sur l'album Magick en 2004.
  • Necronomicon est le titre de l’album du groupe de Hip-Hop The Devil’z Rejects, composé de Jus Allah et Bomshot, sorti en 2006.
  • Le Necronomicon est évoqué dans la chanson Lovecraft's Death du groupe grec Septic Flesh (album Communion, 2008).
  • Necronomicon est le titre d'une des chansons du groupe de metal espagnol Amset, parue en 2010.
  • Necronomicon est le nom d'un groupe de black metal canadien. Album sorti en 2013 : rise of the elder ones

Télévision[modifier | modifier le code]

  • Un épisode du dessin animé Ghostbusters met en scène le Necronomicon. Il est volé par un avatar de Cthulhu dans la bibliothèque de New York.
  • Dans l'épisode 45 de la saison 1 de la série télévisée La Cinquième Dimension de 1985, le Necronomicon est découvert sous un plancher et des courts passages sont lus.
  • En 2010, dans la série télévisée South Park, dans l'épisode 12 de la saison 14, est évoqué le Necronomicon : il a prédit le retour et le règne du Grand Ancien Cthulhu afin d'asservir la race humaine. Dans l'épisode, ce n'est pas l'utilisation du livre qui provoque le retour de la créature mais une compagnie pétrolière dénommée DP qui a foré sur la Lune.
  • Dans l’épisode 18 de la saison 6 de Dr House, on voit apparaître un livre appelé Necronomicon.
  • Dans la série d'animation Happy Tree Friends, dans l'épisode 91, Read 'Em and Weap, le père de Cub achète le Necronomicon dans un magasin d'occasion et lit une incantation à voix haute à son fils : le soir-même, celui-ci se fait posséder par un démon.
  • Dans le premier épisode de Moral Orel, le Necronomicon figure parmi les livres que la bibliothécaire s'apprête à brûler.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Diverses traductions sont proposées (Harms et Gonce III 2003, p. 9). Lovecraft lui-même (dans une de ses lettres) traduit par « An Image of the Law of the Dead » (« Une image de la loi des morts »), du grec nekros « cadavre », nomos « loi » et eikon « image ». Des commentateurs de Lovecraft ont cependant proposé leurs interprétations personnelles : George Wetzel suggère « Book of the Names of the Dead » (« Livre des noms des morts ») et S. T. Joshi propose : « Book Concerning the Dead » (« Livre à propos des morts »).(Price 1996, p. x-xi)
  2. « […] and worst of all, the unmentionable Necronomicon of the mad Arab Abdul Alhazred, in Olaus Wormius' forbidden latin translation »
  3. Lovecraft avait emprunté cette idée au Vathek (1786) de William Thomas Beckford. (Harms et Gonce III 2003, p. 15)
  4. Un médecin danois appelé Olaus Wormius a bel et bien existé, mais né en 1588. (Harms et Gonce III 2003, p. 15)
  5. Là, Lovecraft commettait là une erreur historique : il écrit que Grégoire IX aurait mis l'ouvrage à l’Index, mais le premier Index est plus tardif (1559 sous Paul IV).
  6. Lettre de Lovecraft à Robert E. Howard, 16 janvier 1932. (Selected Letters IV: 1932-1934, Arkham House Publishers, 1976, (ISBN 0870540351), p. 8.
  7. Texte original : « Book or MS. too horrible to read - warned against reading it - someone reads and is found dead. »
  8. Lovecraft avait déjà écrit avec lui ou pour lui, comme Prisonnier des pharaons. (Harms et Gonce III 2003, p. 13)
  9. (en) George Hay, The Necronomicon : The Book of Dead Names, Londres, Skoob Esoterica,‎ 1992 (ISBN 1871438160)
  10. Selon le site universitaire measuringworth.com, 375 $ de 1946 correspondrait à 4 410 $ de 2012.
  11. Selon le site universitaire measuringworth.com, 25 000 $ de 1966 correspondrait à 177 000 $ de 2012.
  12. « I must get hold of this Faraday translation, even though it is probably a fake. » (Harms et Gonce III 2003, p. 30)
  13. Il est cependant à nouveau proposé, en réédition par Wildside Press.
  14. Les deux premiers livres existent vraiment.
  15. Dans l'Allemagne protestante du XIXe siècle.
  16. D'autant bien sûr que le titre original est en grec. (Harms et Gonce III 2003, p. 51)
  17. Venustiano Carranza est le nom d'un Président du Mexique.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Harms et Gonce III 2003, p. 7
  2. Harms et Gonce III 2003, p. 8-9
  3. Harms et Gonce III 2003, p. 10-11
  4. Harms et Gonce III 2003, p. 11-12
  5. Harms et Gonce III 2003, p. 14
  6. a, b, c, d, e, f, g et h Davies 2009, p. 266
  7. a, b, c et d Harms et Gonce III 2003, p. 15-16
  8. a et b Harms et Gonce III 2003, p. 16-17
  9. a et b Harms et Gonce III 2003, p. 17-19
  10. a, b et c Harms et Gonce III 2003, p. 21
  11. a et b Harms et Gonce III 2003, p. 19-20
  12. a et b Harms et Gonce III 2003, p. 22-23
  13. Harms et Gonce III 2003, p. 23-24
  14. Harms et Gonce III 2003, p. 5-6
  15. Harms et Gonce III 2003, p. 87-90
  16. Harms et Gonce III 2003, p. 12-13 et 15
  17. Davies 2009, p. 264
  18. a et b Harms et Gonce III 2003, p. 9
  19. Price 1996, p. vii et ix
  20. Davies 2009, p. 265
  21. L'erreur de siècle pourrait venir d'une erreur de lecture d'une de ses sources par Lovecraft. (Harms et Gonce III 2003, p. 15)
  22. Harms et Gonce III 2003, p. 24
  23. Harms et Gonce III 2003, p. 25-26
  24. Harms et Gonce III 2003, p. 26-27
  25. (en) « The Necronomicon Anti-FAQ » (consulté en 16 août 2013)
  26. (en) « The Necronomicon Anti-FAQ (autre site) » (consulté en 16 août 2013)
  27. Harms et Gonce III 2003, p. 64-65
  28. a, b, c, d et e Donald Tyson, « Preface », (Harms et Gonce III 2003, p. xi-xii)
  29. Harms et Gonce III 2003, p. 12-14
  30. a, b et c Harms et Gonce III 2003, p. xvi
  31. Price 1996, p. xii-xiii
  32. Price 1996, p. xvi-xvii
  33. a, b, c, d, e, f et g Davies 2009, p. 268
  34. Price 1996, p. xv
  35. Harms et Gonce III 2003, p. 3-4
  36. Harms et Gonce III 2003, p. 32-33
  37. Price 1996, p. xiii et xv
  38. Harms et Gonce III 2003, p. 34
  39. Harms et Gonce III 2003, p. 30
  40. Harms et Gonce III 2003, p. 31-32
  41. Harms et Gonce III 2003, p. 37
  42. Harms et Gonce III 2003, p. 53
  43. Harms et Gonce III 2003, p. 33
  44. Harms et Gonce III 2003, p. 33-34
  45. Harms et Gonce III 2003, p. 35
  46. Harms et Gonce III 2003, p. 36
  47. a, b et c Harms et Gonce III 2003, p. 38
  48. « In the Picture », Sight and Sound., British Film Institute, Londres, no 48, hiver 1978-1979, p. 27.
  49. Harms et Gonce III 2003, p. 49-51
  50. Harms et Gonce III 2003, p. 52-53
  51. Harms et Gonce III 2003, p. 54-55
  52. Harms et Gonce III 2003, p. 55
  53. Harms et Gonce III 2003, p. 57-58
  54. a, b, c et d Harms et Gonce III 2003, p. 39
  55. Harms et Gonce III 2003, p. 42
  56. Harms et Gonce III 2003, p. 40-41
  57. Harms et Gonce III 2003, p. 40
  58. Harms et Gonce III 2003, p. 41-42
  59. Harms et Gonce III 2003, p. 42-48
  60. Harms et Gonce III 2003, p. 51-52
  61. Harms et Gonce III 2003, p. 65
  62. (en) « Necronomicon - Geträumte Sünden », présentation du film, Monthly Film Bulletin, British Film Institute, Londres, vol. 40 no 468-479, 1973, p. 254.
  63. (en) « Necronomicon », présentation du film, Sight and Sound, British Film Institute, Londres, no 4:9 (nouvelle série), septembre 1994, p. 42.