Théosophie

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Emblème de la société théosophique.
Les cinq symboles visibles dans le sceau sont l'Étoile de David, l'Ânkh, la Sauvastika, l'Ouroboros et, au-dessus du sceau, le signe Aum.
Autour du sceau sont écrits les mots : « Il n'y a pas de religion supérieure à la Vérité ».

Le terme théosophie fait référence à un système philosophique ésotérique à travers lequel l'être humain tente de connaître « le Divin » et les mystères de la Vérité.

Théosophie antique[modifier | modifier le code]

La théosophie (theosophia — en grec : theos, divin et sophia, sagesse) a été fondée par des auteurs de l'Antiquité. L'origine du terme se trouve chez les philosophes d'Alexandrie, les philalèthes (en grec : phil, qui aime et aletheia, la vérité). Le terme en tant que tel date du IIIe siècle de l'ère chrétienne et fait son apparition avec Ammonios Saccas et ses disciples, qui fondèrent le système théosophique éclectique. La méthode consiste, d'une part, à raisonner en termes d'analogies — on appelait les disciples d'Ammonios Saccas les « analogistes » en raison de leur habitude d'interpréter les légendes, mythes et contes sacrés selon une logique d'analogie et de correspondance — et d'autre part, à connaître l'expérience du divin par l'extase spirituelle et l'intuition directe.

Théosophie moderne - Théosophie/Théosophisme[modifier | modifier le code]

Le terme « théosophie » correspond également à un système de croyances modernes et a été spécialement utilisé par Helena Blavatsky pour définir thématiquement la doctrine de ses maîtres, les Mahatma. Avec Henry Steel Olcott et William Quan Judge, elle fonde la Société théosophique en 1875. Cette organisation spiritualiste s'apparente à d'autres mouvements initiatiques du même ordre, avec lesquels elle a entretenu de nombreux liens jusqu'à aujourd'hui (Franc-maçonnerie, Rose-Croix, Martinisme, Nouvelle Acropole).

Il s'agit d'une renaissance moderne du principe théosophique ancien. Il se fonde sur un syncrétisme à base de traditions de l'hindouisme et du bouddhisme, que les théosophes affirment reposer sur un « Corps de Vérité » commun à toutes les religions : la Tradition Primordiale. La théosophie, précisent-ils, représente un aspect moderne du Sanatana Dharma, « la Vérité Éternelle », comme religion en soi.

Fondements théoriques de la théosophie moderne[modifier | modifier le code]

Bien que la construction métaphysique de la théosophie moderne soit constituée d'un assemblage relativement disparate d'éléments d'origines diverses (la démarche est, en effet, syncrétique), on peut identifier quelques grands axes de développement qui constituent des lignes de repère récurrentes dans la doctrine.

La Conscience est Une et Universelle[modifier | modifier le code]

Selon ce postulat, la Nature n'opère ni par la chance, ni par le hasard. Chaque événement, passé ou présent, est la cause de lois qui sont une partie du « Principe Universel ». Les théosophes soutiennent que toute chose, vivante ou pas, est « imprégnée » par la Conscience. Dans les œuvres de la théosophie ce principe a été appelé de façon variée Dieu (non personnel), la Loi, le Grand Architecte, l'Évolution et le Logos.

TOUT dans l'univers est énergie et « conscience » se pose comme l'aphorisme théosophique de base.

La Réincarnation est universelle[modifier | modifier le code]

À l'image de l'hindouisme dont s'inspirent la plupart des pensées théosophiques, la théosophie exprime l'idée que les êtres se réincarnent à travers de nombreuses vies, sous différentes formes. Dans ce sens, tous les êtres auraient atteint l'état « humain » au travers d'une myriade de réincarnations, passant par les règnes minéral, végétal puis animal, depuis l'apparition de la vie sur la Terre. Cependant, la théosophie diffère dans sa conception de la réincarnation : elle réfute la croyance en une possibilité de régression. Ce qui signifie que, dans son corpus, les humains ne peuvent plus se réincarner en animaux ou en plantes. Par ailleurs, les hommes sont uniquement considérés comme une étape de l'évolution de la vie sur la Terre et non comme l'achèvement de l'évolution, car celle-ci continue au travers de règnes supérieurs, sous la forme d'autres entités telles que les Dhyani Chohan, qui correspondent à des entités spirituelles libérées des contingences matérielles.

L'individualité immortelle de l'Homme[modifier | modifier le code]

Les théosophes croient que tous les êtres humains renferment un principe immortel : la Monade, le Soi, leur individualité. Mais ils pensent que dans leurs personnalités successives, c'est-à-dire leurs incarnations, les humains sont la plupart du temps inconscients du lien existant avec leur nature divine. Ils meurent, à moins de réaliser absolument l'union de leurs deux principes, c'est-à-dire de leur individualité transpersonnelle et de leur personnalité d'incarnation.

Karma[modifier | modifier le code]

Similaire à la pensée hindoue sur l'idée du Karma, la conception spécifique des théosophes consiste à prôner, pour les actions humaines, que les actes mauvais doivent être remplacés par des actes de bonté et que ces actes de bonté doivent être reliés au plan du Principe divin. Plus généralement, la théosophie part du principe que le Bien et le Mal résultent de la différenciation de l'Esprit (divin) et de la matière dans un cycle d'évolution. Il existerait dans un premier temps une involution naturelle de l'Esprit dans la matière qui serait suivie par une évolution de la matière retournant à l'Esprit.

Évolution[modifier | modifier le code]

Le but de l'univers, manifestation du « Principe universel », serait que l'Esprit (divin) se manifeste à lui-même par sept niveaux de différenciation de matière de plus en plus opaques. Ceci afin de réaliser l'apprentissage du « soi-conscience », c'est-à-dire de se différencier suffisamment pour se comprendre lui-même, au travers d'un retour à lui-même dans le cycle d'évolution. L'Homme, comme étape du cheminement de la Conscience universelle dans la matière, participerait à cette intention de l'Esprit (divin), au travers de ses actions, de ses incarnations successives et de sa confrontation à la contingence matérielle. La religion, la philosophie, la science, les arts, le commerce, l'humanisme ou la philanthropie, entre autres domaines, seraient soumis aux lois de l'évolution initiées par l'Esprit, en connaissant leurs propres évolutions, mais représenteraient autant de domaines donnant l'opportunité aux Hommes d'atteindre une prise de conscience de leur lien intrinsèque avec le divin, et de participer pleinement à l'intention de l'Esprit (divin).

La Fraternité universelle[modifier | modifier le code]

Si toute chose de l'Univers est reliée à la source divine unique (le Principe universel), chacune possède une forme et une nature qui est l'expression de son niveau de conscience actuel. Néanmoins, malgré la diversité des formes, l'idée est soutenue que, même si seuls les êtres humains possèdent une âme individualisée, toutes les choses vivantes sont unies dans un principe de fraternité par le lien commun au Principe universel.

Les Maîtres de Sagesse[modifier | modifier le code]

Selon les écrits théosophiques, il existerait des êtres humains évolués, parvenus à la connaissance du « Principe Universel » et à s'affranchir de la condition de l'Homme ordinaire. Ces individus, appelés Maîtres de Sagesse et supposés résider pour la plupart en Inde, sont considérés comme détenteurs d'une connaissance profonde et secrète de la Tradition primordiale, supposée être la base commune de toutes les religions. Les théosophes affirment que ces êtres sont l'extrémité d'une chaîne continue de tous les individus entre eux, qui permettraient à la connaissance ésotérique d'être dispensée aux disciples prêts à la recevoir ; c'est-à-dire à tout individu s'engageant dans une démarche spiritualiste. De ces maîtres émanerait notamment l'ouvrage de référence de la doctrine de la théosophie moderne : La Doctrine Secrète, ouvrage en 6 tomes, rédigé par Héléna Pétrovna Blavatsky.

Le Septénaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Septénaire (Théosophie).

Brève histoire de la théosophie[modifier | modifier le code]

Les théosophes lient l'origine de la théosophie aux efforts pour atteindre la divinité qui existent dans toutes les cultures anciennes. Ils soutiennent qu'on peut trouver la démarche théosophique au travers d'une chaîne ininterrompue de transmission d'enseignements en Inde[1] mais qu'elle a existé dans la Grèce antique dans différents écrits comme ceux de Platon (427-347 av. J.-C.), Plotin (204/5-270) et d'autres néoplatoniciens, jusqu'à Jacob Boehme (1575-1624), ainsi qu'en Iran[2].

L'ésotérisme de la théosophie moderne commence avec H. P. Blavatsky (1831-1891), plus connue sous le nom de Madame Blavatsky. Celle-ci était l'un des fondateurs de la Société théosophique (fondée en 1875, à New York) avec Henry Steel Olcott, qui était juriste et écrivain, et William Quan Judge. Grande voyageuse, Madame Blavatsky s'est ensuite installée en Inde où, à nouveau avec Olcott, elle établit le quartier général de la Société théosophique, près de Chennai. Elle revendiquait de nombreux pouvoirs psychiques et médiumniques, qu'elle incorpora dans la doctrine de la Société théosophique, au travers des interprétations ésotériques des religions orientales (hindouisme et bouddhisme). Elle affirmait en effet que la connaissance de certains enseignements ésotériques permettait de développer des pouvoirs latents en l'Homme. Ces composantes devinrent les piliers de base du mouvement théosophique. La théosophie a été popularisée par Annie Besant à partir de 1889, qui est ensuite allée s'installer en Inde, où elle a été la présidente de la Société théosophique de 1907 à sa mort en 1933.

Bien que la Société théosophique existe encore aujourd'hui dans de nombreux pays, la théosophie moderne a connu son âge d'or entre la fin du XIXe siècle et les années 1920 où, à titre d'exemple, la section américaine comptait plus de 7 000 membres. C'est aussi à cette période que la Société théosophique connaît de nombreux schismes et perd progressivement de son influence. Ces ruptures ont donné naissance à des mouvements et groupements divers tels que l'anthroposophie de Rudolf Steiner, une approche se voulant plus chrétienne que la théosophie et centrée sur l'Homme, l'École Arcane d'Alice Bailey qui se veut la continuation directe de la doctrine de Mme Blavatsky en y incorporant par ailleurs une dimension fortement chrétienne, l'Agni Yoga Society d'Helena et Nicholas Roerich ou tout simplement, plus récemment, le mouvement New Age, dont certains de ses acteurs se réclament des enseignements théosophiques. D'autres acteurs plus controversés s'inscrivent également dans cette lignée telle que l'école dite de la Nouvelle Acropole — encore très puissante en Amérique du Sud et considérée comme une secte dans certains pays — ou par exemple, au sein du mouvement New Age, dans les années 1970, le mouvement Share International (en France Partage International), fondé par Benjamin Creme, un Écossais se réclamant des écrits d'Helena Blavatsky et plus particulièrement de ceux d'Alice Bailey.

Influences et personnalités - opposants à la théosophie moderne[modifier | modifier le code]

Les artistes qui ont été inspirés par les doctrines de la théosophie sont nombreux. À titre d'exemple, on peut citer au niveau musical les compositeurs Ruth Crawford-Seeger, Dane Rudhyar, Cyril Scott ou encore, plus célèbre, Alexandre Scriabine. Mais c'est particulièrement dans le domaine des arts picturaux et de la littérature que les théories théosophiques connurent beaucoup de succès, comme auprès de James Ensor, Wassily Kandinsky, Piet Mondrian, Adolf Robbi, Jackson Pollock, Franz Kafka ou encore William Butler Yeats. Par ailleurs, la théosophie aurait touché dans sa jeunesse londonienne l'exploratrice et tibétologue Alexandra David-Néel et l'aurait incitée à explorer l'Asie. Elle aurait même vécu un certain temps dans une maison au siège international de la Société théosophique à Adyar en Inde, dont elle décrit les adeptes avec une certaine ironie dans un livre posthume, Le sortilège du mystère[3].

Certains auteurs comme Nicholas Goodrick-Clarke pensent qu'Adolf Hitler aurait été inspiré par le livre Doctrine Secrète de Madame Blavatsky[4], et qu'il en aurait tiré une interprétation erronée du concept de race Aryenne et de sa suprématie [1], notamment à partir du chapitre IV du volume 3, Création des premières races[5]. Or les « vagues de vie » auxquelles elle fait référence dans la Doctrine Secrète s'étendent sur des dizaines de millions d'années[6], et elle condamna fermement, au nom de la théosophie, toute forme de racisme quel qu'il soit[7]. Il faut aussi citer les écrits de deux émules de Blavatsky : Guido von List (1848-1919) et Jörg Lanz von Liebenfels, occultistes autrichiens.

René Guénon et la Société théosophique[modifier | modifier le code]

Parmi les opposants à la théosophie moderne, René Guénon est un des plus virulents. Dans la seconde édition de 1928 du livre Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion (1921), il déclare en note additionnelle : « ...voyant dans le théosophisme une erreur des plus dangereuses pour la mentalité contemporaine, nous avons estimé qu'il convenait de dénoncer cette erreur au moment où, par suite du déséquilibre causé par la guerre, elle prenait une extension qu'elle n'avait jamais eue jusque là... »[8]. Il y établit également une distinction entre « théosophie » et « théosophisme ». Dans l'avant-propos, il écrit : « Nous devons avant tout justifier le mot usité qui sert de titre à cette étude : pourquoi "théosophisme" et non "théosophie" ? C'est que, pour nous, ces deux mots désignent deux choses très différentes, et qu'il importe de dissiper, même au prix d'un néologisme ou de ce qui peut paraître tel, la confusion que doit naturellement produire la similitude d'appellation. (...) En effet, bien antérieurement à la création de la Société dite théosophique, le vocable de théosophie servait de dénomination commune à des doctrines assez diverses, mais appartenant cependant toutes à un même type, ou du moins procédant d'un même ensemble de tendances ; il convient donc de lui garder la signification qu'il a historiquement. (...) Telles sont par exemple, des doctrines comme celles de Jacob Bœhme, de Gichtel, de Wiliam Law, de Jane Lead, de Swedenborg, de Louis-Claude de Saint-Martin, d'Eckartsausen ; nous ne prétendons pas en donner une liste complète, nous nous bornons à citer quelques noms parmi les plus connus. (...) Or, l'organisation qui s'intitule actuellement "Société théosophique", dont nous entendons nous occuper ici exclusivement, ne relève d'aucune école qui se rattache, même indirectement, à quelque doctrine de ce genre ; sa fondatrice, Mme Blavatsky, a pu avoir une connaissance plus ou moins complète des écrits de certains théosophes, notamment de Jacob Bœhme, et y puiser des idées qu'elle incorpora à ses propres ouvrages avec une foule d'autres éléments des provenances les plus diverses, mais c'est tout ce qu'il est possible d'admettre à cet égard (...). »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Oltramare (Paul), L'histoire des idées théosophiques dans l'Inde, Éditions Ernest Leroux, Paris 1906.
  2. Panoussi (Estiphan), La théosophie iranienne source d'Avicenne ?, in Revue Philosophique de Louvain, Tome 66 (troisième série, numéro 90), p. 239-266, éditions de l'Institut supérieur de philosophie, Louvain 1978.
  3. David-Néel (Alexandra), Le sortilège du mystère, Faits étranges et gens bizarres rencontrés au long de mes routes d'Orient et d'Occident, Pocket 2196, Paris 1983. (Recueil de notes publié à titre posthume) (ISBN 2266038265)
  4. Goodrick-Clarke (Nicholas), Les racines occultistes du nazisme, les aryosophistes en Autriche et en Allemagne 1890-1935, éditions Pardes, 1998. (ISBN 2867140692)
  5. Blavatsky (Helena Petrovna), La Doctrine Secrète, volume 3, éditions Adyar, 2000. (ISBN 2850002151)
  6. - en tous les cas, après vérification : le mot « racisme » n'est pas écrit une seule fois dans la totalité de la DS (Doctrine Secrète - "les 6 tomes").
  7. Blavatsky (Helena Petrovna), La clef de la théosophie, éditions Adyar, 2000. (ISBN 2850001449)
  8. Guénon (René), Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion', éditions Traditionnelles (reproduction en fac-simile), Paris 1996. (ISBN 2713800609)
    Voir aussi l'édition de 1978, augmentée de textes et annotations (ASIN : B0014VGYI6).