La Maison de la sorcière

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La Maison de la sorcière
Publication
Auteur H. P. Lovecraft
Titre d'origine The Dreams in the Witch House
Langue Anglais américain
Parution Drapeau : États-Unis Juin 1933
Weird Tales
Recueil Dans l'abîme du temps
(édition française)
Traduction française
Traduction Jacques Papy
Parution
française
Denoël
Juin 1954
Intrigue
Genre Fantastique, horreur
Personnages Walter Gilman

La Maison de la sorcière (titre original : The Dreams in the Witch-House) est l'un des grands textes de l'écrivain américain H. P. Lovecraft. Il s'agit d'une nouvelle d'horreur fantastique d'une quarantaine de pages rédigée entre janvier et février 1932 et publiée dans le Weird Tales de juillet 1933. Elle est éditée en français dans le recueil de nouvelles Dans l'abîme du temps et s'inscrit dans le cycle du mythe de Cthulhu.

Résumé[modifier | modifier le code]

Walter Gilman est étudiant en mathématique et en folklore à l'université Miskatonic de la petite ville d'Arkham. Exceptionnellement doué dans des matières relevant de la physique quantique et des lois dimensionnelles, il est également fiévreux et souffrant depuis plusieurs semaines. Il vit en effet dans une vieille maison du quartier pauvre de la ville, aux côtés de colocataires divers. La chambre qu'il occupe est particulièrement réputée pour avoir servi de foyer à Keziah Mason, une vieille sorcière s'étant échappée in extremis et par des moyens inconnus de la prison de Salem en 1692.

Toutes les nuits, Gilman fait des rêves de plus en plus réalistes dans lesquels Keziah et son horrible serviteur Brown Jenkins, un rat particulièrement développé doté d'une face et de membres humains, viennent le visiter. Pensant devenir fou, influencé par ses cours de folklore, un voisin de palier particulièrement superstitieux et la lectures d'ouvrages anciens et interdits (parmi lesquels, le fameux Necronomicon), il se confie à son ami Frank Elwood. Gilman est en effet persuadé d'être somnambule : dans ses rêves, la sorcière et son rat l'emmènent dans divers endroits étranges et inconnus, probablement dans d'autres dimensions ou dans d'autres temps, et il se réveille aux côtés de preuves tangibles de ses aventures nocturnes (par exemple, un élément architectural prélevé sur une construction extra-terrestre).

Les rêves tournent au cauchemar à l'approche de Walpurgis, la fameuse nuit de sabbat fin avril. On comprend que la sorcière et son familier se servent des connaissances et capacités exceptionnelles de Gilman pour voyager à travers l'espace et le temps, semblant donner raison aux théories révolutionnaires du jeune étudiant sur la géométrie non-terrestre de sa propre chambre. Un enfant est alors enlevé, comme c'est le cas depuis mémoire d'homme chaque année dans la région d'Arkham, enfant que Gilman retrouve dans ses pérégrinations nocturnes alors que la vieille Keziah invoque par des formules secrètes toutes droit sorties du Necronomicon, l’Homme Noir, incarnation diabolique de Nyarlathotep

Critique de la nouvelle[modifier | modifier le code]

La Maison de la sorcière ne connut pas un accueil très chaleureux tant à l'époque de sa rédaction que dans les écrits postérieurs des spécialistes de Lovecraft. Dans sa correspondance avec l'auteur, August Derleth fera part de ses doutes sur la nouvelle. Lovecraft en parle dans une lettre à destination d'un autre correspondant : « Derleth n'a pas dit qu'elle ne se vendrait pas ; en fait, il pensait davantage qu'elle se vendrait. Il en dit que c'est une 'pauvre histoire', ce qui est tout à fait différent et bien plus lamentable »[1]. Lovecraft répondit également directement à Derleth : « [V]otre réaction à mon pauvre La Maison de la sorcière est, à peu de choses près, ce à quoi je m'attendais — bien que je ne pense pas que ce torchon soit aussi mauvais que vous ne le pensiez... Toute cette affaire me montre que ma carrière fictionnelle est probablement terminée[2]. »

Découragé par cet échange, Lovecraft refusa de soumettre son histoire à la publication ; sans mettre Lovecraft au courant, Derleth la soumettra plus tard à Weird Tales qui l'accepta[3].

De nombreux critiques ont partagé l'avis de Derleth depuis lors. Lin Carter traita l'histoire d'« effort mineur » qui « reste singulièrement unidimensionnel, bizarrement peu satisfaisant »[4]. Peter Cannon dit que « la plupart des critiques sont d'accord » sur le fait que cette nouvelle, avec The Thing on the Doorstep, est « la plus mauvaise des histoires tardives de Lovecraft »[5].

Joshi et Schultz eux-mêmes se plaignent du fait qu'« alors que l'histoire contient des descriptions formidablement cosmiques de l'hyper-espace, HPL ne semble pas avoir pensé aux détails de l'intrigue de manière satisfaisante… C'est comme si HPL visait simplement une succession d'images incroyables sans s'ennuyer à les rassembler dans une suite logique »[6].

Éléments du mythe de Cthulhu[modifier | modifier le code]

Nouvelle tardive dans la carrière de Lovecraft, La Maison de la sorcière fait référence à de nombreux éléments de la mythologie personnelle inventée par l'auteur et déjà exploité dans ses écrits précédents. Nous les citons ici à but anecdotique, les références de page se rapportant à la version française de poche éditée chez Denoël, collection Présence du Futur, en 1991 (ISBN 2-207-30005-6) :

  • Lieu : la ville d'Arkham, p. 85.
  • Lieu : l'université Miskatonic, p. 86.
  • Livre : le Necronomicon, d'Abbul Alhazred, p. 86.
  • Livre : fragments du Livre d'Ebon, p. 86.
  • Livre : Unaussprechlichen Kulten, de von Junzt, p. 86.
  • Dieu : L'Homme Noir, plus tard connu sous le nom de Nyarlathotep, p. 87.
  • Dieu : Azathoth, p. 96.
  • Entité : la Grand-Race de Yith, pas cité nommément ici, mais décrit clairement, p. 97.
  • Entité : la race semi-végétale, ailée, à la tête en étoile, de l'Antarctique paléogène, p. 101.
  • Dieu : Shub-Niggurath, le Bouc aux Milles Chevreaux, p. 118.

Trivia[modifier | modifier le code]

  • D'après Joshi et Shultz, la nouvelle est en grande partie inspirée du roman inachevé Septimius Felton, de l'auteur Nathaniel Hawthorne[7].
  • H. P. Lovecraft fait une nouvelle fois preuve de son attrait pour les sciences exactes en citant dans ce texte plusieurs grands noms des mathématiques et de la physique : Max Planck, Werner Heisenberg, Albert Einstein et Willem de Sitter[8].
  • La Maison de la sorcière a été adapté en téléfilm dans la saga Master of Horror dans lequel on peut voir apparaître le Necronomicon un court instant.
  • Plusieurs éléments de l'intrigue (la vieille maison habitée par un monstre dans le passé, l'animal à tête humaine, l'étudiant en mathématiques, les rêves) figurent aussi dans la nouvelle La maison du juge, de Bram Stoker.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) H. P. Lovecraft, Selected Letters, vol. 4, p. 91 ; cité dans S. T. Joshi et David E. Schultz, An H. P. Lovecraft Encyclopedia, p. 76.
  2. (en) H. P. Lovecraft, Letter to August Derleth, 6 juin 1932 ; cité dans Joshi et Schultz, op. cit., p. 76.
  3. Joshi et Schultz, ibid.
  4. (en) Lin Carter, Lovecraft: A Look Behind the Cthulhu Mythos, p. 92.
  5. (en) Peter Cannon, « Introduction », More Annotated Lovecraft, p. 9.
  6. Joshi et Schultz, op. cit., p. 76.
  7. Joshi et Schultz, op. cit., p. 107.
  8. H. P. Lovecraft, Dans l'abîme du temps, éd. Denoël, coll. « Présence du Futur », 1991, p. 87.