La Chute de la maison Usher (nouvelle)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir La Chute de la maison Usher.
La Chute de la maison Usher
Image illustrative de l'article La Chute de la maison Usher (nouvelle)
Illustration d'Aubrey Beardsley en 1894.
Publication
Auteur Edgar Allan Poe
Titre d'origine The Fall of the House of Usher
Langue Anglais
Parution 1839
Traduction française
Traduction Charles Baudelaire
Intrigue
Genre Fantastique

La Chute de la maison Usher (The Fall of the House of Usher) est une nouvelle fantastique écrite par Edgar Allan Poe. Elle fut publiée pour la première fois en septembre 1839 dans la revue littéraire Burton's Gentleman's Magazine. Cette nouvelle figure parmi les textes des Nouvelles histoires extraordinaires. Elle a été traduite en français, comme la plupart de ses contes, par Charles Baudelaire et est considérée comme sa nouvelle la plus célèbre[1].

Résumé[modifier | modifier le code]

Le narrateur (dont l'identité ne nous est pas connue) arrive à la maison de son ami Roderick Usher, ayant reçu de lui une lettre dans laquelle il se plaignait de maladie et réclamait sa présence. Cette maladie se manifeste par une hyper-acuité des sens et une grande anxiété. La sœur jumelle de Roderick, Madeline, est elle aussi malade, tombant dans des états de transes cataleptiques.

Après qu'il lui a récité le poème « le Palais hanté », Roderick soutient à son ami que la maison est dotée de sens, ce qui proviendrait de la façon dont la maçonnerie est entremêlée à la végétation entourant le bâtiment. Plus tard, il lui annonce que Madeline est décédée et qu'il a l'intention de conserver son corps durant 15 jours dans un caveau en attendant de procéder à l'enterrement définitif. Après avoir aidé son ami dans cette tâche, le narrateur constate une aggravation rapide de l'état de Roderick.

Une semaine plus tard environ, le narrateur reçoit, par une nuit de tempête, la visite de Roderick qui semble très agité. Il tente de le calmer en lui faisant la lecture mais entend divers sons provenant de la maison. Roderick devient finalement hystérique et clame que ces bruits sont causés par sa sœur qu'ils ont en fait enterrée vivante et qu'il le sait depuis plusieurs jours. La porte de la chambre s'ouvre alors violemment et laisse apparaître Madeline, en sang et dans son suaire. Elle avance vers son frère et lui tombe dessus comme elle rend le dernier soupir alors que lui-même succombe à sa frayeur. Le narrateur fuit alors la maison et, à la lueur d'un éclair, voit la fissure parcourant la maison s'élargir, causant l'écroulement du bâtiment tout entier.

Analyse[modifier | modifier le code]

Cette nouvelle démontre la capacité de Poe à introduire un ton émotionnel dans son travail, et spécifiquement les sentiments de peur, de fatalité et de culpabilité[2]. Ces émotions sont centrées sur Roderick Usher qui, comme nombre d'autres personnages de Poe, souffre d'une maladie inconnue qui se manifeste entre autres par une hyper-activité des sens. Cette maladie se manifeste physiquement mais principalement à travers l'état mental de Roderick, état duquel elle trouve son origine. Roderick est malade car il s'attend à être malade vu l'histoire de sa famille et est, pour l'essentiel, un hypocondriaque[3]. De la même manière, il agit suivant sa prophétie autoréalisatrice en enterrant sa sœur vivante.

La Maison Usher, le bâtiment comme la famille, joue un rôle primordial dans l'histoire. C'est le premier « personnage » que le narrateur présente en nous la décrivant comme une personne (« les fenêtres semblables à des yeux distraits »). Les fissures que la maison présente symbolisent la décadence de la famille et elle agonise en même temps que les jumeaux. Cette connexion entre la maison et la famille est mise en exergue quand Roderick récite le poème du « Palais hanté » qui semble être une référence directe au destin les attendant[2].

La dimension psychologique du conte a poussé plusieurs critiques à l'analyser comme une description de la psyché humaine en comparant la maison à l'inconscient et sa large fissure à un trouble dissociatif de l'identité. La maladie mentale est aussi évoquée à travers les thèmes de la mélancolie, d'un possible inceste et du vampirisme. Une relation incestueuse entre Roderick et Madeline n'est pas clairement établie mais semble être insinuée par l'étrange attachement qui les unit[4].

L'histoire est probablement basée sur le fait divers s'étant déroulé à la maison Usher, à Boston, dans laquelle on trouva, lorsqu'elle fut détruite en 1800, les corps d'un marin et d'une jeune femme, qui avaient été emmurés dans le cellier par le mari de la jeune femme[5] John McAleer, auteur d'un ouvrage sur Poe, pense que le personnage du capitaine Achab, du roman Moby Dick, a été inspiré par la Chute de la maison Usher. La maison Usher et Achab ont tous les deux un aspect de grande solidité qui est visiblement démenti par la cicatrice blême d'Achab et par la fissure dans la maçonnerie de la maison[6].

Thèmes[modifier | modifier le code]

  • Le double (Poe mentionne la ressemblance frappante entre le frère et la sœur) que l'écrivain abordera plus en détail dans William Wilson.
  • La mort et la résurrection d'une femme (traité également dans Ligeia et Morella).
  • La maladie mentale (explorée aussi dans Bérénice).
  • L'enterrement vivant (que l'on retrouve dans la Barrique d'amontillado).

Cette répétition des mêmes thèmes et du même genre de situations à plusieurs reprises par l'écrivain a d'ailleurs été la cible de critiques[7].

Adaptations[modifier | modifier le code]

  • Un opéra inachevé de Claude Debussy s'inspire également de la nouvelle.
  • La première symphonie de Joseph Holbrooke intitulée A Dramatic Choral Symphony, Homage to Edgar Allan Poe, avec chœur, opus 48, datant de 1906, reprend le Palais hanté.
  • Une célèbre pièce pour guitare classique intitulée Usher Waltz (1984) de Nikita Koshkin (en) s'inspire de la nouvelle.
  • À la fin du film Detachment, le professeur, Henry Barthes, lit les premières lignes de la nouvelle tandis que des images du lycée, laissé à l'abandon, apparaissent à l'écran et coïncident avec sa lecture. Le professeur s'arrête à la phrase « Une glace au cœur » et est vu seul à faire cours dans une salle vide. Par ailleurs, un professeur dit que ce lycée « a une âme » tout comme la maison Usher.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J. Gerald Kennedy, A Historical Guide to Edgar Allan Poe, Oxford University Press,‎ 2001 (ISBN 0195121503), « Introduction: Poe in Our Time », p. 9
  2. a et b Jeffrey Meyers, Edgar Allan Poe: His Life and Legacy, New York, Cooper Square Press,‎ 1992 (ISBN 978-0684193700), p. 111
  3. David Butler, On Poe: The Best from "American Literature", Durham, Caroline du Nord, Duke University Press,‎ 1993 (ISBN 0822313111), « Usher's Hypochondriasis: Mental Alienation and Romantic Idealism in Poe's Gothic Tales », p. 189–90
  4. Daniel Hoffman, Poe Poe Poe Poe Poe Poe Poe, Baton Rouge, Louisiana State University Press,‎ 1972 (ISBN 0807123218), p. 297
  5. A.I.A. Guide to Boston, Susan et Michael Southworth, p. 59.
  6. John J. McAleer, Poe and Gothic Elements in Moby-Dick dans Emerson Society Quarterly, No. 27, 1962.
  7. Joseph Wood Krutch, Edgar Allan Poe: A Study in Genius, New York, Alfred A. Knopf,‎ 1926, p. 77

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]