Lon Chaney

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Lon Chaney

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Lon Chaney en 1923

Nom de naissance Leonidas Frank Chaney
Surnom L’homme aux mille visages
Naissance 1er avril 1883
Colorado Springs, Colorado, U.S.A.
Nationalité Drapeau des États-Unis Américain
Décès 26 août 1930 (à 47 ans)
Los Angeles, Californie, USA
Profession Acteur
Films notables L'Île au trésor
Notre-Dame de Paris
Le Fantôme de l’opéra
L'Inconnu
Ris donc paillasse

Lon Chaney (1er avril 188326 août 1930), surnommé « l’homme aux mille visages », est un acteur de cinéma américain du temps du muet. Il fut l’un des acteurs les plus polyvalents et les plus impressionnants de l’aube du cinéma. On se souvient de lui surtout pour ses compositions de personnages torturés, souvent grotesques et affectés, ainsi que pour son talent novateur en ce qui concerne le maquillage de cinéma[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Lon Chaney naquit Leonidas Frank Chaney à Colorado Springs (Colorado), le fils de Frank H. Chaney et d’Emma Alice Kennedy ; son père avait du sang français mais surtout anglais, tandis que sa mère avait des origines irlandaises[2]. Les parents de Chaney étaient sourds tous les deux et, dès l’enfance, Chaney montra quelque talent pour la pantomime. Il commença à monter sur les planches en 1902 et tourna avec des troupes de vaudeville et de théâtre. En 1905, il fit la connaissance de la chanteuse Cleva Creighton et l’épousa alors qu’elle n’avait que seize ans. L’année suivante naquit celui qui restera leur unique enfant, Creighton Chaney, qui fut mieux connu bien plus tard sous le nom de Lon Chaney, Jr.. La famille Chaney poursuivit les tournées, avant de se fixer en Californie en 1910.

Malheureusement, leur mariage commença à battre de l’aile et, en avril 1913, Cleva se rendit au Majestic Theatre, situé au centre de Los Angeles, où Lon travaillait à un spectacle, le Kolb and Dill show et, là, elle tenta de mettre fin à ses jours en avalant du bichlorure de mercure. Cette tentative de suicide échoua, mais ruina sa carrière de chanteuse ; le scandale et le divorce qui s’ensuivirent forcèrent Chaney à quitter le théâtre et à se lancer dans le cinéma.

Durant une période qui demeure imprécise, entre 1912 et 1917, Chaney travailla sans contrat pour les studios Universal ; il incarnait alors de petits rôles. C’est à son talent remarquable pour se grimer qu’il doit de remporter plusieurs rôles au bout d’auditions fort disputées. À cette époque, Chaney se lia avec le couple de réalisateurs Joe De Grasse et Ida May Park, qui lui donnèrent des rôles notables dans leurs films, et qui l’encouragèrent bientôt à jouer des personnages plus noirs.

Chaney épousa en secondes noces à nouveau l’une de ses anciennes collègues de la tournée Kolb and Dill, une danseuse de revue du nom de Hazel Hastings. On sait peu de choses de cette dernière, si ce n’est que son mariage avec Chaney fut solide. Du fait de leur mariage, le jeune couple obtint la garde du fils de Chaney, Creighton, qui avait alors dix ans ; jusque-là, depuis le divorce en 1913, l’enfant avait vécu dans différents foyers et pensionnats[3].

En 1917, Chaney était devenu un acteur de premier plan du studio, mais ce statut ne se reflétait pas dans son salaire. Quand il demanda une augmentation, un exécutif du studio, William Sistrom, lui répliqua : « Vous ne vaudrez jamais plus que cent dollars par semaine ».

Chaney quitta le studio, et durant l’année qui suivit, il dut se débrouiller avec des rôles mineurs. Il fallut attendre 1918, et un rôle important dans le film de William S. Hart, Riddle Gawne, pour que l’industrie cinématographique reconnaisse enfin à leur juste mesure les talents de l’acteur.

En 1919, Chaney perça en jouant "the Frog" dans The Miracle Man, un film réalisé par George Loane Tucker. Le film ne donna pas seulement à Chaney l’occasion de faire montre de ses dons d’acteur, mais aussi d’apparaître comme un maître du maquillage. Une critique élogieuse et une recette de plus de 2 millions de dollars propulsèrent Chaney au rang de l’acteur de genre le plus important des États-Unis.

Parmi les films d’horreur muets les plus mémorables auxquels Chaney participa, on peut citer Notre-Dame de Paris et surtout Le Fantôme de l’opéra. Son aptitude à se métamorphoser en utilisant des techniques de maquillage de son invention lui valurent le surnom d’homme aux mille visages. Dans un article autobiographique publié en 1925 dans la revue Movie, qui offre un rare aperçu de sa vie, Chaney qualifiait son art d’interprétation extrême[4].

Faisant preuve d’une faculté d’adaptation dans la spécialité qui était la sienne, il utilisa également des maquillages dans des films plus conventionnels, d’aventures et policiers, tels que Satan (The Penalty), dans lequel il jouait un gangster amputé. Il apparaît dans pas moins de dix films de Tod Browning, dans lesquels il interprète le plus souvent des personnages déguisés et/ou mutilés, dont le lanceur de couteaux de foire Alonzo the Armless dans L’Inconnu (1927), où il joue au côté de Joan Crawford. En 1927, Chaney fut le partenaire de Conrad Nagel, Marceline Day, Henry B. Walthall et Polly Moran dans un film aujourd’hui perdu, pourtant un classique du cinéma d’horreur, le Londres après minuit de Tod Browning, sans doute le plus célèbre des films perdus. Son dernier film (1930) fut un remake sonore de son classique muet Le Club des trois ; il s’agit là de son unique film parlant, et le seul dans lequel il montre autant de talent à déguiser sa voix. Chaney signa même une déclaration sous serment selon laquelle cinq des voix principales que l’on entend dans le film (le ventriloque, la vieille femme, le perroquet, la poupée et la fille) lui appartenaient.

Bien que Chaney créa, avec ses interprétations de Quasimodo, le sonneur des cloches de Notre-Dame, et Erik, le fantôme de l’Opéra de Paris, deux des personnages les plus affreusement difformes de l’histoire du cinéma, il parvint à travers ces compositions à susciter un certain degré de sympathie et d’émotion de la part du public, pas complètement terrifié ou dégoûté par les malformations monstrueuses de ces personnages, qui ne sont tout compte fait que les victimes du destin.

"Je voulais rappeler aux gens que ceux qui se trouvent le plus bas de l’échelle de l’humanité peuvent avoir en eux la ressource pour l’abnégation suprême"[5], écrivit Chaney dans la revue Movie. "Le mendiant raccourci, difforme des rues peut avoir les idées les plus nobles. La plupart de mes rôles depuis Notre-Dame de Paris, Larmes de clown, Le Club des trois, etc. ont eu pour thème l’abnégation et le renoncement. Voilà les histoires que je souhaite faire."[6]

Ethel Grey Terry et Lon Chaney dans Satan

"C’était quelqu’un qui extériorisait notre psyché. D’une certaine façon il pénétrait à l’intérieur des ombres qui se trouvent en nous ; il était capable d’épingler certaines de nos peurs secrètes et de les restituer à l’écran.", expliqua un jour à son sujet l’écrivain Ray Bradbury. "L’histoire de Lon Chaney est celle des amours à sens unique. Il transporte cette partie de vous en plein jour, parce que vous avez peur de ne pas être aimé, de ne jamais être aimé, vous craignez que quelque chose en vous soit grotesque, que le monde va se détourner de vous."

Ses talents s’étendaient bien au-delà des films d’horreur et du maquillage. Il montrait aussi une grande habilité comme danseur, chanteur et humoriste. En fait, nombreux sont ceux qui ne le connaissaient pas qui furent surpris par sa riche voix de baryton et ses dons aiguisés d’humoriste.

Chaney et sa seconde épouse Hazel menèrent une vie privée discrète, loin des paillettes d’Hollywood. Chaney fit peu la promotion de ses films et des studios MGM, renforçant ainsi volontairement une image de mystère, et selon certaines sources, c’est volontairement aussi qu’il évitait la société hollywoodienne.

Durant les cinq dernières années de sa carrière cinématographique (1925-1930), Chaney travailla exclusivement sous contrat avec la MGM ; c’est pendant cette période qu’il offrit parmi ses interprétations les plus marquantes. Sa composition d’un instructeur des marines inflexible dans Tell It to the Marines (1926), l’un de ses films favoris, lui valut la sympathie du corps des marines US, dont il devint membre honoraire ; il fut le premier de toute l’industrie du cinéma à recevoir cet honneur. Il jouissait également du respect et de l’admiration de nombreux acteurs débutants, car il avait la réputation d’aider les nouveaux venus sur les plateaux, en leur montrant les ficelles du métier ; sur les tournages, il n’était jamais réticent à l’idée de partager, entre deux prises, ses expériences avec ses partenaires et l’équipe technique.

Pendant le tournage de Thunder en hiver de l'année 1929, Chaney contracta une pneumonie. À la fin de 1929, on décela un cancer des bronches. Malgré un traitement offensif, son état de santé empira et, sept semaines après la sortie du remake du Club des trois, il fut emporté par une hémorragie à la gorge. Sa mort fut durement ressentie par ses proches, l’industrie cinématographique et par ses admirateurs. Le corps des marines US fournit un aumônier et un garde d’honneur pour ses funérailles.

Son corps est inhumé au cimetière du Forest Lawn Memorial Park à Glendale, Californie, près de la crypte de son père. C’est également là que fut enterrée sa femme, Hazel, dont la mort survint en 1933. Pour des raisons inconnues, la crypte de Chaney ne porte aucune inscription.

Héritage[modifier | modifier le code]

Lon Chaney dans le rôle de "Mr. Wu", dirigeant un orchestre féminin.

En 1957, Chaney fit l’objet d’une biographie filmée portant le titre The Man of a Thousand Faces, dans lequel son rôle était campé par James Cagney. Bien que l’intrigue était en grande partie fictive, le film constituait un hommage émouvant à Chaney et il permit à ce dernier de retrouver à titre posthume un regain de notoriété. De son vivant, Chaney s’était vanté qu’il rendrait la tâche difficile à ceux qui voudraient s’atteler à sa biographie, disant qu’« entre les images, il n’y a pas de Lon Chaney ». C’était bien en phase avec le mystère dont il entourait son maquillage et ses interprétations.

Lon Chaney a son étoile sur le Walk of Fame à Hollywood. En 1994, il eut l’honneur d’avoir un timbre de la poste américaine illustré à son effigie, un dessin du caricaturiste Al Hirschfeld.

Le théâtre du Colorado Springs Civic Auditorium porte le nom de Lon Chaney.

La maison de Lon Chaney dans la Sierra Nevada

En 1929, Chaney fit construire une impressionnante cabane en pierre dans un endroit écarté de l’est de la Sierra Nevada, près de Big Pine, en Californie ; elle servit de retraite à l’acteur. La cabane, dessinée par l’architecte Paul Williams, existe toujours, et est préservée par l’Inyo National Forest Service.

Le fils de Chaney, Lon Chaney, Jr., devint à son tour acteur de cinéma après la mort de son père, et se fit surtout remarquer dans des films d’horreur, et spécialement dans Le Loup-garou. Chaney père et fils apparaissent sur des timbres de la poste américaine chacun représenté sous les traits de son personnage fétiche — le fantôme de l’opéra pour l’un et le loup-garou pour l’autre — dans une série où l’on trouve également Bela Lugosi en Dracula et Boris Karloff en monstre de Frankenstein et en momie.

Il est mentionné avec son fils dans la chanson de Warren Zevon : Werewolves of London.

Il est cité dans la chanson des Mountain Goats : Letter From Belgium, qui apparaît sur l’album We Shall All Be Healed.

Ses pairs le tenaient en haute estime et il lui arrivait souvent de conseiller et d’aider des acteurs débutants. Du reste, il était respecté de tous ceux qui eurent l’occasion de travailler avec lui, que ce soient les techniciens ou les employés de studio.

Après sa mort, la célèbre trousse de maquillage de Chaney fut léguée par sa femme Hazel au Los Angeles County Museum, où elle est quelquefois montrée au public. Le maquilleur et biographe de Chaney, Michael Blake, considère la trousse de maquillage de Chaney comme la pièce centrale de l’histoire du maquillage de cinéma.

En 1978, Gene Simmons du groupe de rock Kiss écrivit une chanson au sujet de Lon Chaney appelée Man of 1,000 Faces ; cette chanson apparaît sur son premier album solo. Ayant grandi à New York, Simmons fut influencé par les vieux classiques en noir et blanc du cinéma d’horreur.

Filmographie[modifier | modifier le code]

comme acteur[modifier | modifier le code]


comme réalisateur[modifier | modifier le code]

comme scénariste[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « Lon Chaney Dies After Brave Fight. On Road to Recovery, Screen Actor Is Stricken by Hemorrhage of the Throat. Was a Master of Makeup. Son of Deaf and Dumb Parents, He Began Career as Property Boy. Excelled in Vivid Personations. Acted as Pike's Peak Guide. Made Stage Debut at 17. Appeared in Slap-Stick Comedy. Wore Straitjacket as "Hunchback." New Disguise for Each Film. », New York Times,‎ 27 août 1930 — Although he was believed to be on the road to recovery, Lon Chaney, screen actor, who had been making a valiant fight against anemia and bronchial congestion, died at 12:55
  2. Ancestry of Lon Chaney
  3. (en) « Mrs. Lon Chaney Dies. Before Her Husband Entered the Movies She Was Well Known In Vaudeville », New York Times,‎ 1933
  4. "extreme characterization"
  5. "I wanted to remind people that the lowest types of humanity may have within them the capacity for supreme self-sacrifice"
  6. "The dwarfed, misshapen beggar of the streets may have the noblest ideals. Most of my roles since The Hunchback, such as The Phantom of the Opera, He Who Gets Slapped, The Unholy Three, etc., have carried the theme of self-sacrifice or renunciation. These are the stories which I wish to do."
  • traduction de l'article consacré à Chaney sr. dans la version en anglais de Wikipédia.

Liens externes[modifier | modifier le code]