Carême

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Le carême est une période de jeûne et d'abstinence de quarante jours que le christianisme a institué au IVe siècle en référence aux quarante jours de jeûne effectués par Jésus-Christ dans le désert. Voir l'article Religion et alimentation.

Le carême est un temps de préparation à la commémoration de la Passion et de la Résurrection du Christ qui sont deux mystères indissociables. Dans les Laures, la Sainte Quarantaine est une période de jeûne dans la réclusion au désert et la solitude tandis que la semaine sainte est un moment de jeûne tout différent dans la célébration communautaire des offices liturgiques[1].

Il s'agit de quarante jours consécutifs puisqu'on compte cinq dimanches de carême, jours durant lesquels l'abstinence est allégée mais non pas supprimée. Selon le décompte de l'Église latine, le carême dure 40 jours du mercredi des cendres au dimanche des Rameaux. Selon le décompte de l'Église byzantine, il dure 40 jours aussi du Lundi pur au vendredi précédant le samedi de Lazare et le dimanche des Rameaux.

L’Église orthodoxe connaît un second carême : le carême de Noël, du 15 novembre au 24 décembre (qui correspont chez les catholiques aux 24 jours de l'Avent) ainsi que d'autres périodes plus courtes de jeûne qu'on appelle parfois abusivement carêmes. Pour les distinguer, elle appelle Grand Carême celui de Pâques qui précède l'Entrée du Christ à Jérusalem.

L’Église catholique romaine appelle simplement Carême la période de préparation à la fête de Pâques qui est, dans le calendrier chrétien, la plus grande fête de l'année : elle commémore et célèbre la résurrection du Christ. Aux XVIIe et XVIIIe siècles pour l'Église catholique, le Grand Carême désigne les sermons extraordinaires du dimanche et des jours de la semaine, le Petit Carême ne comprenant que les instructions du dimanche.

Origines et histoire[modifier | modifier le code]

Le nom carême provient de la contraction du mot latin quadragesima, qui signifie « quarantième ». On appelle aussi le carême la Sainte Quarantaine. La durée de quarante jours commémore à la fois les quarante jours et quarante nuits du jeûne de Moïse avant la remise des Tables de la Loi et les quarante jours de la tentation du Christ dans le désert entre son baptême et le début de sa vie publique, lors desquels il fut tenté par Satan, d'après les Évangiles synoptiques.

La pratique du carême remonte au IVe siècle. Les jours qui ont précédé la pâque et la mort de Jésus, ni Jésus ni ses disciples n'ont jeûné. Les récits des Évangiles indiquent qu’à Béthanie, seulement quelques jours avant sa mort, ses disciples et lui se sont rendus chez des gens, où ils ont pris des repas. Jésus a en outre mangé le repas de la Pâque la nuit précédant sa mort. — Matthieu 26:6, 7 ; Luc 22:15 ; Jean 12:2. C'est durant le Concile de Laodicée (348? - 381?) que fut prescrite la xérophagie, c'est-à-dire l'usage exclusif du pain et des fruits secs pendant le temps qui correspondait au carême.

Au VIIe siècle, le carême fut établi dans son calendrier actuel. À cette époque, le jeûne consistait à ne prendre qu'un repas quotidien en fin de journée et à s'abstenir de toute nourriture les jours du Vendredi et du Samedi saints.

Une justification de l'intérêt du carême est de considérer qu'il donnait aux populations de l'époque une bonne raison d'endurer les derniers mois de l'hiver, où les réserves en nourriture étaient au plus bas. La privation collective permettait d'atteindre le printemps sans passer par une famine.

Dans le rite latin, les trois dimanches précédant le carême — la Septuagésime, la Sexagésime et la Quinquagésime — étaient eux-mêmes inclus dans la préparation de Pâques. Cependant, les prescriptions de jeûne se relâchèrent très vite et, dès le XIIIe siècle, le repas de midi était autorisé et complété d'une collation le soir.

Une présentation plus complexe sur les origines et l'histoire du carême se trouve sur la page Année liturgique du rite de Jérusalem.

Rites actuels dans l'Église catholique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Carême catholique.

L'Église catholique demande aux fidèles de jeûner au minimum les jours du mercredi des Cendres et du Vendredi saint. Mais la pratique réelle du jeûne est difficile à mesurer. En outre, la tradition de manger maigre — c'est-à-dire de s'abstenir de viande et de plat à base de graisse animale — le vendredi se perpétue[2]. Le début du Carême est le Mercredi des Cendres, précédé par le Mardi gras et le carnaval (du latin carnelevamen qui signifie « ôter la viande »). Les catholiques sont invités également à marquer le Carême en se privant d'une chose qu'ils aiment, pas nécessairement de la nourriture.

Carême protestant[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Carême protestant.

Les églises réformées n'imposent pas de pratiques de pénitence ou de jeûne, l'insistance porte durant cette période sur la prédication et la méditation. Si dans le luthéranisme on trouve parfois la recommandation de l'abstention de viande le Vendredi saint, le protestantisme n'est pas directif, aucune consigne particulière n'ayant été laissée par les Apôtres.

Cette absence d'ascèse particulière, de mortification ou de repentance, provient de la sotériologie différente entre le catholicisme et les spiritualités issues de la Réforme. Pour les protestants, le salut s'obtient par la foi seule sola fide en sorte qu'il n'est pas besoin d'accomplir des œuvres de pénitence en vue d'obtenir le salut.

Isabelle Fievet, aumônière à la prison pour femmes de Rennes et épouse de Didier Fievet, pasteur de l’Église réformée, lors d'une conférences de carême sur France Culture rappelle : « Le Carême ne se vit pas en général chez les protestants pour la bonne raison que, la grâce de Dieu étant gratuite, une préparation à Pâques qui passe par des privations ou autres pratiques méritoires ne se justifie pas. C’est même inconcevable pour nous. »

Forme du Carême et rites actuels dans l'Église orthodoxe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Carême orthodoxe.

Selon l'un des plus importants théologiens orthodoxes, Alexandre Schmemann : « avant tout le carême est un voyage spirituel et sa destination est Pâques[3] ». L'importance et la rigueur du carême dans l'Église orthodoxe est à la mesure de l'importance qu'elle porte à la fête de Pâques[4]. C'est en effet lors de la fête de Pâques que se rassemble le plus grand nombre de fidèles dans les pays de tradition orthodoxe ; c'est parfois, bien plus qu'à Noël (contrairement aux pays occidentaux de tradition catholique), le seul jour de fête où viennent même ceux qui ne pratiquent pas habituellement.

Carême-Prenant et Mi-Carême[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mardi Gras.

Les quelques jours qui précèdent le carême sont fêtés par des carnavals dans certaines traditions. Ces carnavals trouvent leur origine dans des célébrations païennes et sont perçus comme la dernière occasion de faire bombance avant la période de jeûne. Ils peuvent s'étaler sur une période de plusieurs jours, qu'on appelait Carême-Prenant, mais le mardi de Carême-Prenant, c'est-à-dire le Mardi Gras, est en général le jour où le carnaval bat son plein.

La Mi-Carême est fêtée le jeudi de la troisième semaine entière des quarante jours de pénitence.

Les jours marquants du carême[modifier | modifier le code]

Calendrier catholique occidental[modifier | modifier le code]

Calendrier byzantin (orthodoxes et catholiques orientaux)[modifier | modifier le code]

Grand Carême ou Sainte Quarantaine 
Rameaux et Grande semaine 

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hiéromoine Macaire Simonopétrite, Le Synaxaire, Vies des saints de l'Église orthodoxe, éd. Périvoli, Thessalonique 1990, ss. Sabas le Sanctifié, Euthime, Théodose le Cénobiarque.
  2. Les jours de pénitence Code de droit canonique. Site du Vatican
  3. Le Grand Carême, Alexandre Schemann, Abbaye de Bellefontaine,1974
  4. « Toute la liturgie de l'Église est ordonnée autour de Pâques, et, ainsi, l'année liturgique, c'est-à-dire la succession des saisons et des fêtes, devient un voyage, un pèlerinage vers Pâques, vers la Fin qui est en même temps le Commencement : fin de ce qui est vieux, commencement de la vie nouvelle, un passage constant de ce monde au Royaume déjà révélé en Christ » in Le Grand Carême, Alexandre Schemann, Abbaye de Bellefontaine,1974

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Source partielle[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Carême » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

En ce qui concerne l'Église orthodoxe[modifier | modifier le code]