Max Thurian

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Le frère Max Thurian (Genève, 16 août 1921 - 15 août 1996) était un pasteur protestant suisse, proche du catholicisme auquel il se convertit finalement, membre de la communauté œcuménique de Taizé en France. Théologien de formation calviniste, il fut l'un des premiers frères de la communauté autour de frère Roger Schutz. Observateur protestant au concile Vatican II, il fut aussi l'un des artisans du dialogue théologique œcuménique (Foi et Constitution, Groupe des Dombes).

Itinéraire vers le catholicisme[modifier | modifier le code]

En 1969, il exprima sa satisfaction concernant les réformes du concile Vatican II. Il pensait que les protestants seraient autorisés à recevoir la communion dans l'Église catholique, mais les permissions attendues ne se généralisèrent pas. Le frère Roger et lui-même avaient des liens réguliers avec le pape Paul VI.

Proche du catholicisme depuis longtemps, et sans que l'on sache à quelle date il finit par se convertir au catholicisme, Max Thurian fut ordonné prêtre catholique à Naples le 3 mai 1987 par le cardinal Corrado Ursi, archevêque émérite de la ville, sans prévenir aucune instance protestante, et ne l'annonça au Groupe des Dombes qu'un an plus tard[1]. Il disait être néanmoins resté « positif à l’égard des traditions de la Réforme, dans ce qu’elles ont d’authentique, tout en soulignant la centralité devenue évidente pour lui de « la célébration quotidienne de la Parole et du Sacrement » »[2]. La révélation de ce secret, devenu l'affaire Max Thurian, sèmera le doute et provoquera de fortes tensions avec les milieux œcuméniques protestants français[3]. Elle « demeure une blessure, voire un traumatisme indépassable » pour certains protestants français qui « considèrent que Taizé s’est définitivement catholicisé » et ne peut plus être un « moteur de l’œcuménisme »[4].

La date de la conversion de Max Thurian (avec celle, hypothétique, de Frère Roger) a été sujette à controverse. En 1972, Roger Schutz et Max Thurian reçurent la communion de Mgr Armand Le Bourgeois, évêque d’Autun. En 2006, l’historien Yves Chiron, proche des catholiques traditionalistes, a affirmé que Roger Schutz et Max Thurian auraient alors fait profession de foi catholique, mais sans que cela soit annoncé publiquement[5]. En ce qui concerne frère Roger, cette affirmation sur sa conversion en 1972[6] fit l’objet de démentis par la communauté de Taizé[7], par le pasteur Gill Daudé, du service œcuménique de la Fédération protestante de France[8], et par Mgr Gérard Daucourt, membre du Conseil pontifical pour l'unité des chrétiens[9], sans qu'il y soit fait allusion à la date de celle de Max Thurian. Dans son dernier livre (2008), Yves Chiron ne parle plus de conversion en 1972 ni pour Roger Schutz ni pour Max Thurian[10] mais de [partage de] la foi catholique en l'eucharistie[11].


Le 30 septembre 1992, Max Thurian fut nommé membre de la Commission théologique internationale par le pape Jean-Paul II.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Principaux ouvrages
  • Joie du Ciel sur la Terre : Introduction a la vie liturgique, Delachaux et Niestlé, 1946
  • La Confession, Delachaux et Niestlé, 1953
  • La Confirmation - Consécration des laïcs, Delachaux et Niestlé, 1957
  • L'Unité visible des chrétiens et la tradition, Editions de l'Epi, 1961
  • L'Homme moderne et la vie spirituelle, Editions de l'Epi, 1961
  • Marie, mère du Seigneur, figure de l'Eglise, Presses de Taizé, 1962
  • L'Eucharistie. Mémorial du Seigneur. Sacrifice d'action de grâce et d'intercession, Delachaux et Niestlé, 1963
  • Mariage et célibat, Delachaux et Niestlé, 1964
  • Amour et vérité se rencontrent, Presses de Taizé, 1964
  • La Foi en crise, Presses de Taizé, 1968
  • Sacerdoce et ministère. Recherche œcuménique, Presses de Taizé, 1970
  • L'Essentiel de la foi, Seuil, 1973
  • Confession, sacrement et réconciliation, Presses de Taizé, 1977
  • Le Mystère de l'eucharistie, une approche œcuménique, Centurion, 1981
  • The Churches Respond to Baptism, Eucharist and Ministry Text, World Council of Churches, 1986
  • Le prêtre configuré au Christ, Mame, 1994
Éléments biographiques

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. article Taizé : un autre œcuménisme ? par le pasteur Michel Leplay sur le site Fédération protestante de France, Service œcuménique, 10 juin 2006.
  2. Lettre du 24 juin 1988 à ses amis du Groupe des Dombes, citée par le pasteur Michel Leplay, Ibid.
  3. Cf. Un amour déçu par David Veldhuizen avec Pierre Desorgues, in Réforme, 01/09/2005, cité par Michel Leplay, Ibid.
  4. Cf. Un héritage riche mais ambigu par Bernadette Sauvaget, in Réforme, n° 3140, 11/09/2005.
  5. Yves Chiron parle de « conversions des pasteurs Max Thurian et Roger Schutz, les deux fondateurs de la Communauté de Taizé ». « Ces conversions se sont accomplies dans une telle discrétion qu’elles ont été connues non au moment où elles se sont produites mais à l’occasion d’autres événements. ». Il se réfère à Mgr Séguy et écrit : « Ce « passage », cette conversion, se firent en 1972, dans la chapelle de l’évêché d’Autun, diocèse où se trouve Taizé. Il y eut profession de la foi catholique puis communion des mains de Mgr Le Bourgeois. », puis ajoute : « Aucun acte écrit ne reste, semble-t-il, de cet événement mais frère Roger a donné le témoignage oral de cette adhésion à la Foi catholique au successeur de Mgr Le Bourgeois, Mgr Séguy. » Cf. L’abjuration du Pasteur Sten Sandmarket la conversion du Pasteur Roger Schutz par Yves Chiron, in Aletheia n° 95, 01/08/2006.
    La nouvelle d'une conversion éventuelle de frère Roger fut largement reprise dans la presse et notamment dans Le Monde du 6/09/2006 qui rapportait : « Mon prédécesseur, Mgr Armand Le Bourgeois, m'a affirmé qu'il avait bien reçu sa profession de foi catholique, en 1972, dans la chapelle de l'évêché d'Autun, et qu'il lui avait ensuite donné la communion, a répété au Monde Mgr Séguy. » Mgr Séguy, refusant le terme de « conversion », ajoutera ensuite à l’AFP : « Je n’ai pas dit que frère Roger avait abjuré le protestantisme, mais il a manifesté qu’il adhérait pleinement à la foi catholique. » Cf. La communauté de Taizé explique la démarche de frère Roger.
  6. À l'occasion d'une messe en 1972 où frère Roger et Max Thurian reçurent la communion de Mgr Le Bourgeois pour la première fois. Cette communion est attestée par frère Alois et Mgr Séguy. Seul Y. Chiron, semble-t-il, parle de conversion de frère Roger et Max Thurian en 1972.
  7. Frère Alois, successeur de frère Roger à la tête de la communauté de Taizé, explique qu'il n'y a pas eu de conversion à proprement parler de la part de frère Roger ni de rupture avec ses origines mais une volonté de rapprochement. Cf. Les catholiques revendiquent frère Roger, in Le Figaro, 6/09/2006 : d'après frère Alois, frère Roger « a accompli en 1972 une démarche qui n'a pas de précédent depuis la Réforme : entrer en « communion » avec l'Église catholique sans une « conversion » impliquant une rupture avec ses origines ».
    Dans le journal La Croix du 6/09/2006, frère Alois répond à la question : « Que s’est-il exactement passé en 1972 dans la chapelle de l’évêché d’Autun ? » par : « En 1972, l’évêque d’Autun de l’époque, Mgr Armand Le Bourgeois, lui a donné la communion pour la première fois tout simplement, sans lui demander d’autre profession de foi que le Credo récité lors de l’eucharistie, et qui est commun à tous les chrétiens. Plusieurs témoins étaient présents, trois de mes frères, un couple ami, ils peuvent l’attester. » Cf. Frère Roger a fait une démarche œcuménique tout à fait nouvelle, interview par Jean-Marie Guénois.
  8. Le pasteur Gill Daudé parle d'une démarche de dépassement des clivages confessionnels. Cf. Henrik Lindell, dans Quand Le Monde « convertit » frère Roger, sur le site témoin.com, 21/09/2006.
  9. Mgr Gérard Daucourt indique pour sa part que frère Roger n'a pas triché « en cachant une conversion au catholicisme au sens où on l’entend habituellement ». Il « partageait la foi catholique dans le ministère et dans l’Eucharistie », « il vénérait la Vierge Marie » et espérait « une proche restauration de l’unité visible entre tous les chrétiens », mais en voulant « vivre cela sans rupture avec quiconque », in La démarche œcuménique de Frère Roger.
    Mgr Daucourt précise de plus : « Dans ses documents officiels, pour les personnes déjà baptisées, l’Église catholique ne parle pas de conversion au catholicisme mais d’admission à la pleine communion dans l’Église catholique. Plusieurs formes sont possibles pour accomplir cette démarche, mais dans tous les cas, elle comporte un document écrit et signé. Aucun document de ce genre n’existe concernant frère Roger. »
  10. Cf. Yves Chiron, Frère Roger, fondateur de Taizé, Perrin, (2008), pp. 269 à 271 et 342 à 344.
  11. [réf. nécessaire]

Voir aussi[modifier | modifier le code]