Psaume 51 (50)

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David et Bethsabée, par Wolfgang Krodel, 1528.

Le Psaume 51 (50 dans la numérotation grecque) est également appelé Miserere (prends pitié), selon le premier mot de sa version latine. Il aurait été écrit par le roi David, qui demandait pardon auprès du prophète Nathan après qu’il eut séduit Bethsabée, la femme d’un de ses officiers, Urie le Hittite, en profitant d'une de ses absences ; Bethsabée par la suite tomba enceinte, et David fit revenir Urie afin qu'il eût des rapports avec sa femme, mais celui-ci préféra ne pas rentrer dormir chez lui. David le renvoya alors sur le champ de bataille, avec un message destiné à Joab, demandant que celui-ci s'arrangeât pour qu'Urie le Hittite fût frappé pendant la bataille et mourût, ce qui arriva. Nathan vint ensuite reprocher au roi David sa faute, que celui-ci reconnut[1].

Texte[modifier | modifier le code]

verset original hébreu[2] traduction française de Louis Segond[3] Vulgate[4] latine
1 לַמְנַצֵּחַ, מִזְמוֹר לְדָוִד [Au chef des chantres. Psaume de David.] [In finem psalmus David]
2 בְּבוֹא-אֵלָיו, נָתָן הַנָּבִיא-- כַּאֲשֶׁר-בָּא, אֶל-בַּת-שָׁבַע [Lorsque Nathan, le prophète, vint à lui, après que David fut allé vers Bath-Schéba.] [cum venit ad eum Nathan propheta quando intravit ad Bethsabee]
3 חָנֵּנִי אֱלֹהִים כְּחַסְדֶּךָ; כְּרֹב רַחֲמֶיךָ, מְחֵה פְשָׁעָי Ô Dieu ! aie pitié de moi dans ta bonté ; selon ta grande miséricorde, efface mes transgressions ; Miserere mei Deus secundum magnam; misericordiam tuam et ; secundum multitudinem miserationum tuarum dele iniquitatem meam
4 הרבה (הֶרֶב), כַּבְּסֵנִי מֵעֲו‍ֹנִי; וּמֵחַטָּאתִי טַהֲרֵנִי Lave-moi complètement de mon iniquité, et purifie-moi de mon péché. Amplius lava me ab iniquitate mea et a peccato meo munda me
5 כִּי-פְשָׁעַי, אֲנִי אֵדָע; וְחַטָּאתִי נֶגְדִּי תָמִיד Car je reconnais mes transgressions, et mon péché est constamment devant moi. Quoniam iniquitatem meam ego cognosco et peccatum meum contra me est semper
6 לְךָ לְבַדְּךָ, חָטָאתִי, וְהָרַע בְּעֵינֶיךָ, עָשִׂיתִי:לְמַעַן, תִּצְדַּק בְּדָבְרֶךָ-- תִּזְכֶּה בְשָׁפְטֶךָ J’ai péché contre toi seul, et j’ai fait ce qui est mal à tes yeux, en sorte que tu seras juste dans ta sentence, sans reproche dans ton jugement. Tibi soli peccavi et malum coram te feci ut iustificeris in sermonibus tuis et vincas cum iudicaris
7 הֵן-בְּעָווֹן חוֹלָלְתִּי; וּבְחֵטְא, יֶחֱמַתְנִי אִמִּי Voici, je suis né dans l’iniquité, et ma mère m’a conçu dans le péché. Ecce enim in iniquitatibus conceptus sum et in peccatis concepit me mater mea
8 הֵן-אֱמֶת, חָפַצְתָּ בַטֻּחוֹת; וּבְסָתֻם, חָכְמָה תוֹדִיעֵנִי Mais tu veux que la vérité soit au fond du cœur : Fais donc pénétrer la sagesse au dedans de moi ! Ecce enim veritatem dilexisti incerta et occulta sapientiae tuae manifestasti mihi
9 תְּחַטְּאֵנִי בְאֵזוֹב וְאֶטְהָר; תְּכַבְּסֵנִי, וּמִשֶּׁלֶג אַלְבִּין. י תַּשְׁמִיעֵנִי, שָׂשׂוֹן וְשִׂמְחָה; תָּגֵלְנָה, עֲצָמוֹת דִּכִּיתָ Purifie-moi avec l’hysope, et je serai pur ; lave-moi, et je serai plus blanc que la neige. Asparges me hysopo et mundabor lavabis me et super nivem dealbabor
10 הַסְתֵּר פָּנֶיךָ, מֵחֲטָאָי; וְכָל-עֲו‍ֹנֹתַי מְחֵה Annonce-moi l’allégresse et la joie, et les os que tu as brisés se réjouiront. Auditui meo dabis gaudium et laetitiam exultabunt ossa humiliata
11 הַסְתֵּר פָּנֶיךָ, מֵחֲטָאָי; וְכָל-עֲו‍ֹנֹתַי מְחֵה Détourne ton regard de mes péchés, efface toutes mes iniquités. Averte faciem tuam a peccatis meis et omnes iniquitates meas dele
12 לֵב טָהוֹר, בְּרָא-לִי אֱלֹהִים; וְרוּחַ נָכוֹן, חַדֵּשׁ בְּקִרְבִּי Ô Dieu ! crée en moi un cœur pur, renouvelle en moi un esprit bien disposé. Cor mundum crea in me Deus et spiritum rectum innova in visceribus meis
13 אַל-תַּשְׁלִיכֵנִי מִלְּפָנֶיךָ; וְרוּחַ קָדְשְׁךָ, אַל-תִּקַּח מִמֶּנִּי Ne me rejette pas loin de ta face, ne me retire pas ton esprit saint. Ne proicias me a facie tua et spiritum sanctum tuum ne auferas a me
14 הָשִׁיבָה לִּי, שְׂשׂוֹן יִשְׁעֶךָ; וְרוּחַ נְדִיבָה תִסְמְכֵנִי Rends-moi la joie de ton salut, et qu’un esprit de bonne volonté me soutienne ! Redde mihi laetitiam salutaris tui et spiritu principali confirma me
15 אֲלַמְּדָה פֹשְׁעִים דְּרָכֶיךָ; וְחַטָּאִים, אֵלֶיךָ יָשׁוּבוּ J’enseignerai tes voies à ceux qui les transgressent, et les pécheurs reviendront à toi. Docebo iniquos vias tuas et impii ad te convertentur
16 הַצִּילֵנִי מִדָּמִים, אֱלֹהִים-- אֱלֹהֵי תְּשׁוּעָתִי:תְּרַנֵּן לְשׁוֹנִי, צִדְקָתֶךָ Ô Dieu, Dieu de mon salut ! délivre-moi du sang versé, et ma langue célébrera ta miséricorde. Libera me de sanguinibus Deus Deus salutis meae exultabit lingua mea iustitiam tuam
17 אֲדֹנָי, שְׂפָתַי תִּפְתָּח; וּפִי, יַגִּיד תְּהִלָּתֶךָ Seigneur ! ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera ta louange. Domine labia mea aperies et os meum adnuntiabit laudem tuam
18 כִּי, לֹא-תַחְפֹּץ זֶבַח וְאֶתֵּנָה; עוֹלָה, לֹא תִרְצֶה Si tu eusses voulu des sacrifices, je t’en aurais offert ; mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes. Quoniam si voluisses sacrificium dedissem utique holocaustis non delectaberis
19 זִבְחֵי אֱלֹהִים, רוּחַ נִשְׁבָּרָה:לֵב-נִשְׁבָּר וְנִדְכֶּה-- אֱלֹהִים, לֹא תִבְזֶה Les sacrifices qui sont agréables à Dieu, c’est un esprit brisé : Ô Dieu ! tu ne dédaignes pas un cœur brisé et contrit. Sacrificium Deo spiritus contribulatus cor contritum et humiliatum Deus non spernet
20 הֵיטִיבָה בִרְצוֹנְךָ, אֶת-צִיּוֹן; תִּבְנֶה, חוֹמוֹת יְרוּשָׁלִָם Répands par ta grâce tes bienfaits sur Sion, bâtis les murs de Jérusalem ! Benigne fac Domine in bona voluntate tua Sion et aedificentur muri Hierusalem
21 אָז תַּחְפֹּץ זִבְחֵי-צֶדֶק, עוֹלָה וְכָלִיל;אָז יַעֲלוּ עַל-מִזְבַּחֲךָ פָרִים Alors tu agréeras des sacrifices de justice, des holocaustes et des victimes tout entières ; alors on offrira des taureaux sur ton autel. Tunc acceptabis sacrificium iustitiae oblationes et holocausta tunc inponent super altare tuum vitulos

Usages liturgiques[modifier | modifier le code]

Dans le judaïsme[modifier | modifier le code]

Le psaume 51 est récité en entier selon le rite Arizal du shema de lever et de coucher en semaine, et fait aussi partie des prières chatzot du ticcoun régulier. Le verset 13 est la partie centrale de l’office de selichot. Le verset 17 est récité en préface de la amidah, la prière centrale de l’office juif. Enfin, le verset 20 est récité dans la liturgie ashkénaze avant la lecture de la Torah le shabbat et à l’occasion des fêtes[5].

Dans le christianisme[modifier | modifier le code]

Chez les catholiques[modifier | modifier le code]

Article connexe : Kyrie.

La tradition liturgique aux laudes était assez ancienne. Dans la règle de saint Benoît fixée vers 530, l'auteur Benoît de Nursie demandait de chanter ce psaume lors de l'office solennel aux laudes du dimanche, en suivant du psaume 67 (66). De plus, le dimanche, il fallait que ce psaume 50 soit terminé avec l'Alléluia en raison d'une solennité particulière (chapitre XII). Selon cette règle, ce psaume distingué doit également être chanté chaque jour, aux laudes (chapitre XIII)[6]. De nombreuses abbayes bénédictines conservent et exécutent encore cette tradition tous les jours[7].

Dans la liturgie des Heures, le psaume 50 - les catholiques utilisent traditionnellement la numérotation grecque - est récité le vendredi aux laudes chaque semaine. Le verset 17 de ce psaume est aussi utilisé dans le bréviaire des moines pour commencer le premier office de la journée, à savoir celui de matines, que ce soit sous la forme latine : Domine, labia mea aperies et os meum annuntiabit laudem tuam (règle de saint Benoît, chapitre IX)[8], ou sa forme française: Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche publiera (ou annoncera) ta louange.

Dans la liturgie de la messe, le début du psaume est repris au début de chaque messe dans la prière ou le chant du Kyrie, selon son antique forme grecque « Κύριε ἐλέησον » (Kyrie eléison), ou en français « Seigneur, prends pitié »[9]. Cette forme grecque date des premiers temps de l'Église, lorsque le grec était la langue liturgique dans les premiers trois siècles, avant l’adoption du latin.

Ce psaume est également utilisé lors des célébrations pénitentielles, comportant le sacrement de pénitence et de réconciliation. Il est lu régulièrement dans l'année, et plus particulièrement dans la période du carême, notamment le mercredi des cendres.

Deux versets de ce psaume sont utilisés lors de la forme extraordinaire du rite romain de l'Église catholique romaine, les huitième et premier ; ils sont chantés avant le début de chaque messe (sauf lors du temps pascal), tandis que le prêtre asperge les fidèles avec de l’eau bénite.

Mise en musique[modifier | modifier le code]

  • En France, c'est Michel-Richard de Lalande qui donna la musique à ce psaume, en tant que grand motet (S.27) ainsi que petit motet à voix seule et chœur grégorien (S.87).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'histoire de David et Bethsabée est racontée aux chapitres 11 et 12 du deuxième livre de Samuel
  2. L’original hébreu provient du site Sefarim, du grand rabbinat de France.
  3. La traduction de Louis Segond est disponible sur Wikisource, de même que d'autres traductions de la Bible en français.
  4. La traduction de la Vulgate est disponible sur le Wikisource latin.
  5. D’après le Complete Artscroll Siddur, compilation des prières juives.
  6. Traduction par Dom Prosper Guéranger, Abbaye Saint-Pierre de Solesmes, p. 40 - 41, réimpression 2007
  7. Psautier latin-français du bréviaire monastique, p. 109, 1938/2003
  8. Ibid traduction, p. 37 ; d'après cette règle, il fallait dire ce verset trois fois.
  9. Cette période constitue la première partie liturgique de la messe, la liturgie pénitentielle

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Nathan montre à David son péché, par Julius Schnorr von Carolsfeld.

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Nombreux sont les auteurs qui ont commenté les psaumes. Voici quelques ouvrages parmi les plus connus, classés par ordre chronologique :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]