Littérature de langue allemande

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La littérature de langue allemande regroupe l'ensemble des œuvres littéraires de langue allemande. Elle ne se limite pas à la littérature produite en Allemagne, mais englobe celle produite en Autriche ainsi que dans la partie alémanique de la Suisse. L'histoire littéraire, qui étudie tous les genres, retient différentes périodes aux contours souvent imprécis et discutés.

Née au Moyen Âge, la littérature de langue allemande a connu des périodes de grand rayonnement comme le Sturm und Drang (vers 1765-1785) avec Johann Wolfgang von Goethe et Friedrich von Schiller, le romantisme (vers 1796-1835) avec les frères Grimm et les poètes Hölderlin, Jean Paul Richter, Novalis, Eichendorff, et un peu plus tard Heinrich Heine, avant la période Klassische Moderne (vers 1900 - années 1920) marqué par Hermann Hesse et Thomas Mann et un grand apport autrichien avec les poètes Hugo von Hofmannsthal et Rainer Maria Rilke et les prosateurs Hermann Broch, Robert Musil, Arthur Schnitzler, Joseph Roth ou Stefan Zweig qui avec Franz Kafka à Prague, ouvrent la voie de la modernité, sur laquelle pèse le nazisme qui contraint de nombreux auteurs à l'exil.

Enfin le renouveau littéraire depuis 1945 a été notable et marqué par plusieurs attributions du prix Nobel de littérature à des écrivains de langue allemande : Nelly Sachs en 1966, Heinrich Böll en 1972, Elias Canetti en 1981, Günter Grass en 1999, Elfriede Jelinek en 2004 et Herta Müller en 2009.

Époques et courants littéraires[modifier | modifier le code]

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La naissance de la littérature allemande remonte au IXe siècle. Le chant de Hildebrand datant de 820 est considéré comme une œuvre fondatrice de la littérature en langue allemande. Seuls 68 vers subsistent aujourd'hui. Un autre texte très ancien (en althochdeutsch, « vieux haut allemand ») date du IXe ou Xe siècle : il s'agit des Formules magiques de Merseburg (Merseburger Zaubersprüche), deux formules en langue allemande qui représentent pour l'instant les seules contributions littéraires de la culture païenne dans les pays germaniques. Certaines chansons de héros (aussi en althochdeutsch) seraient cependant encore plus anciennes comme la Chanson d'Hildebrand (Hildebrandslied).

La seconde grande œuvre que le Moyen Âge a léguée est l'épopée héroïque de la Chanson des Nibelungen (Nibelungenlied), datant du XIIe siècle. Aux XIIe et XIIIe siècles, la littérature de cour sur le modèle de celle existant alors en France fait son apparition en mittelhochdeutsch (« moyen haut allemand », désigne l'allemand de la période 1050-1350). Les plus connus sont Erec (de Hartmann von Aue), Tristan et Iseult (Tristan und Isolde de Gottfried von Strassburg), Perceval (Parzival de Wolfram von Eschenbach) ainsi que la chanson de Walther von der Vogelweide Lanzelet, ou un roman du cycle arthurien en moyen haut-allemand. Il a été écrit vers 1200 par Ulrich von Zatzikhoven. Composé de 9 444 vers, le roman narre les aventures du chevalier Lanzelet. Il est le premier roman allemand de Lancelot[1]. Quelques autres grands auteurs voient le jour comme Walther von der Vogelweide, Hartmann von Aue. Au début du XIVe siècle, l'œuvre de Maître Eckhart fonde une importante littérature mystique, représentée également par Jean Tauler et Henri Suso.

On trouve aussi Der Ackermann aus Böhme de Johannes von Tepl (de), un dialogue entre un fermier et le diable consigné par écrit au XVe siècle. La Nef des Fous de Sébastien Brant, imprimée en 1498 et illustrée par Albrecht Dürer, est l'œuvre la plus populaire de son temps. C'est aussi l'époque des maîtres-chanteurs ou Meistersingern dont les poésies et les chansons sont très populaires. Le plus connu est certainement Hans Sachs dont Richard Wagner a fait un personnage central de son opéra Die Meistersinger von Nürnberg, utilisant même la mélodie de son chant Le Rossignol de Wittenburg (1523).

À la fin du XVIe siècle, l'éditeur Johan Spies publie Le Livre de Faust, dans lequel il dresse le portrait d'un homme dominé par la soif du savoir et s'éloignant de Dieu.

Après la Réforme protestante[modifier | modifier le code]

Le Baroque (vers 1600-1720)[modifier | modifier le code]

La littérature baroque est marquée par la Guerre de Trente Ans, dont le roman emblématique et truculent est Les Aventures de Simplicius Simplicissimus de Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen. Ce roman picaresque raconte l'histoire d'un héros à travers les affres de la guerre. Il finit par choisir une vie de retraite et de méditation[2]. Il traduit par une exacerbation des sentiments, les émotions montant jusqu'à l'extrême.

Les poètes sont alors des nobles ou de riches bourgeois, parfois des religieux ou des tuteurs qui se tournent vers la littérature dans leur temps libre. Il existait aussi des poètes employés à la cour qui avaient plus ou moins le même statut que le « fou du roi ». Martin Opitz von Boberfeld publie Aristarque ou Du mépris de la langue allemande. Il montre que l'allemand a toutes les qualités d'une langue littéraire. Il publie aussi en 1624 un Traité de la poésie allemande.

Les premières femmes apparaissent en littérature à cette époque, la plupart publiant cependant sous un pseudonyme. Elles font partie des nombreux cercles de poètes et de différentes académies littéraires comme par exemple la princesse de Saxe Maria Antonia Walpurgis.

La forme poétique la plus utilisée est alors le sonnet.

Parmi les poètes allemands baroques, Abraham a Santa Clara, Sigmund von Birken (en), Barthold Hinrich Brockes, Simon Dach, Paul Fleming, Andreas Gryphius, Johann Christian Günther, Friedrich von Logau, Johann Michael Moscherosch, Christian Weise.

Les Lumières (1720-1785)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Aufklärung.

Les Lumières sont un phénomène européen. En Allemagne, son représentant le plus important est le philosophe Emmanuel Kant qui écrit entre autres Réponse à la question : « qu'est-ce que les Lumières ? ». Moses Mendelssohn, Friedrich Heinrich Jacobi y ont aussi fait des contributions importantes. Christoph Martin Wieland cherche à introduire la culture gréco-latine. Il écrit Agathon, roman pseudo grec en plusieurs volumes, mettant en scène une Hellade déjà de teneur romantique. Il traduit aussi William Shakespeare en allemand[3].

Les philosophes de cette époque sont profondément convaincus que le progrès de l'humanité repose sur la formation et l'éducation de chacun. Deux courants philosophiques importants cohabitent pour former les « Lumières » : l'empirisme anglais d'après lequel la connaissance repose sur le perception des sens et le rationalisme français, d'après lequel la connaissance résulte de l'utilisation des capacités de réflexion de la raison. Toute la vie est perçue comme un processus d'apprentissage.

Une œuvre marquante est Nathan der Weise de Gotthold Ephraim Lessing.

Sturm und Drang (vers 1765-1785)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Sturm und Drang.

Sturm und Drang est un mouvement littéraire contestataire de la deuxième moitié du XVIIIe siècle, nommé ainsi d'après une pièce de Friedrich Maximilian Klinger. Le noyau de ce mouvement est une jeunesse qui se révolte contre la structure de la société dominée par la noblesse et la bourgeoisie et contre les principes moraux bourgeois qui y règnent.

Les héros des pièces et romans de ce mouvement essayent de rompre les conventions et les représentations morales. Ils créent leurs propres règles basées sur la justice et la liberté.

Les figures emblématiques de ce mouvement sont Johann Wolfgang von Goethe et Friedrich von Schiller. Les Souffrances du jeune Werther (Die Leiden des jungen Werthers) de Goethe est le roman clé de ce mouvement. On trouve aussi Jakob Michael Reinhold Lenz ainsi que d'autres auteurs réunis à Göttingen.

Les villes porteuses de ce mouvement étaient Göttingen, Strasbourg ainsi que Francfort-sur-le-Main.

Weimarer Klassik (classicisme de Weimar) (vers 1786-1805)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Classicisme de Weimar.

Ce terme désigne en littérature allemande l'époque commençant après le voyage de Goethe en Italie en 1786. Elle dure jusque vers 1805. Cette période recoupe la période de création de Goethe et Friedrich von Schiller alors amis (1794-1805). Les deux versions de Faust écrites par Goethe en 1806 et 1822, sont les apogées de son œuvre.

Au centre de ce concept d'art se trouve la volonté d'harmonie et d'aplanissement des contraires. On se réfère à l'art classique et à son idéal de beauté, on cherche l'adéquation entre le fonds et la forme. Goethe cherche dans la nature un modèle pour les interactions universelles de l'ensemble des choses existantes, Schiller fait de l'histoire le point central de toute chose. À la charnière entre le classicisme de Weimar et le romantisme, il faut citer deux auteurs, Friedrich Hölderlin auteur tragique et lyrique, passionné de la Grèce ancienne et Johann Paul Friedrich Richter, connu sous les pseudonyme de Jean Paul à l'imagination créatrice.

Le romantisme (vers 1796-1835)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Romantisme allemand.

Aux Herder, Gœthe et Schiller succède une seconde génération de romantiques qui compte de grands noms comme Hölderlin et Jean Paul et est divisée en deux écoles :

Biedermeier (vers 1815-1848)[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Biedermeier.

Le terme Biedermeier désigne la période de la restauration entre 1815 et 1848. Ce nom vient du poète Gottlieb Biedermeier. Le concept renvoie à un certain art de la petite-bourgeoisie. En littérature, cet art est considéré comme provincial, d'un esthétisme infantile et suant les bons sentiments.

Cette période littéraire autrichienne est faite d'un art de piètre qualité mais qui donnait, par son style sans originalité et ses histoires d'une platitude effarante, un divertissement apprécié aux petit-bourgeois de l'Empire. Quelques auteurs comme Johann Nestroy ont néanmoins su jouer sur les deux tableaux en présentant d'un côté des pièces populaires, mais aussi en y instillant une causticité nouvelle[réf. nécessaire].

Plusieurs auteurs qui ont connus leur heure de gloire à cette époque : Gottlieb Biedermeier, Annette von Droste-Hülshoff, Wilhelm Hauff, Karl Leberecht Immermann, Eduard Mörike, Ferdinand Raimund, Friedrich Rückert.

Pendant la même période d'autres écrivains se distinguent néanmoins et restent au Panthéon des lettres germaniques comme le poète Nikolaus Lenau, le dramaturge Franz Grillparzer ou l'écrivain Adalbert Stifter.

Vormärz (vers 1830-1850) et « Junges Deutschland »[modifier | modifier le code]

Georg Büchner

Cette époque est comprise entre le Congrès de Vienne de 1815 et la révolution de mars 1848. En littérature, cette période ne commence qu'à partir de 1830, et est influencée par les idées libérales que véhicule la Révolution de Juillet en France. Le mouvement Junges Deutschland (« Jeune-Allemagne »), entre en opposition à la restauration. Les principaux représentants de ce courant sont : Georg Büchner, Heinrich Heine, Christian Dietrich Grabbe, Ludwig Börne, August Heinrich Hoffmann von Fallersleben et Georg Herwegh. Écrivains engagés, ils combattent contre la politique très conservatrice de Metternich et des princes. Ils veulent obtenir la démocratie, la liberté, la justice sociale, et militent pour une Allemagne unie sous la forme d'une République. D'un point de vue littéraire, ils refusent l'idéalisme du romantisme et du classique, qu'ils considèrent comme apolitique et éloigné de la réalité. Leurs écrits prennent souvent des formes diverses, textes journalistiques ou récits de voyages, et témoignent d'une volonté de s'adresser au plus grand nombre, et non plus seulement aux intellectuels. Leurs œuvres sont interdites de publication par décret du Bundestag de Francfort pour toute l'Allemagne à partir de 1835/1836.

Le réalisme poétique (1848-1890)[modifier | modifier le code]

Dans le réalisme poétique, les auteurs évitent les grands problèmes socio-politiques et se tournent vers leur pays d'origine - leurs habitants et leurs paysages. Au centre des romans, pièces et poèmes se trouve l'individu. Une caractéristique de ces œuvres est l'emploi fréquent de l'humour qui crée une distance par rapport à une réalité insupportable. Il pointe les défauts et faiblesses d'un des maillons de la société sans pour autant s'attaquer au système. La forme littéraire préférée est la nouvelle, qui fleurit à l'époque.

Quelques œuvres marquantes : Frau Jenny Treibel de Theodor Fontane, Romeo und Julia auf dem Dorfe de Gottfried Keller, Das Amulett de Conrad Ferdinand Meyer, Der Schimmelreiter de Theodor Storm et Nachsommer d'Adalbert Stifter. La saga des Buddenbrook de Thomas Mann, qui dépend encore de cette école littéraire, et en constitue un des points d'aboutissement (l'influence de Theodor Fontane, notamment, est marquée).

Le naturalisme (1880-1900)[modifier | modifier le code]

Arno Holz théoricien et auteur du naturalisme

À partir de 1890, la vie littéraire allemande s'anime à nouveau grâce aux écrivains autrichiens. La littérature allemande compte cependant de grands noms. Le naturalisme était un art nouveau, une nouvelle direction en littérature, qui voulait découvrir sans ménagements les rapports dans tous les domaines de la société. Ce que les réalistes au milieu du siècle réprouvaient encore se trouve maintenant au centre des préoccupations. Sans égards pour les limites traditionnelles du bon goût et des conceptions bourgeoises artistiques, la réalité est rendue telle quelle, crue, sans embellissements. Une nouveauté artistique qui en découle est l'apparition du jargon, des dialectes ou de la langue de tous les jours dans les œuvres littéraires. Le héros individuel qui choisit librement n'est plus au centre des narrations, désormais, il y est présenté déterminé par son milieu, ses origines et les circonstances temporelles.

Quelques œuvres : Frühlings Erwachen de Frank Wedekind, Bahnwärter Thiel de Gerhart Hauptmann, Tristan et Der Tod in Venedig (La Mort à Venise) de Thomas Mann.

L'Impressionnisme (vers 1890-1910)[modifier | modifier le code]

Article général Pour un article plus général, voir Impressionnisme.

Étant un mouvement essentiellement franco-anglais, l'impressionnisme n'a pas eu beaucoup d'influence en Allemagne, en dehors de Keyserling.

Heimatkunst[modifier | modifier le code]

Le Heimatkunst (« art de la patrie ») est en relation étroite avec le naturalisme. Le propagandiste principal de ce nouveau mouvement est l'écrivain et historien de l'art Adolf Bartels qui utilise le concept de Heimatkunst pour la première fois en 1898 dans un article pour le magazine Der Kunstwart. Il répand les nouvelles idées et conceptions avec Friedrich Lienhard dans le magazine Heimat qui ne paraîtra à Berlin que très peu de temps.

Ce nouveau mouvement voulait s'écarter du sujet de la grande ville pour se tourner vers le pays, la patrie et le peuple. L'emploi du terme Heimat permet cependant de ne pas se cantonner à la vie de campagne, la vie citadine peut être aussi abordée puisque la ville peut être aussi un lieu d'origine. Comme le naturalisme à qui il emprunte diverses techniques, le Heimatkunst ne se contente pas d'exprimer son amour du pays, il critique aussi ses manques, ses défauts. Les recherches actuelles sur ce mouvement tendent à montrer que certaines des idées de base de ce mouvement sont les mêmes que celles des mouvements écologiques actuels.

Quelques œuvres :

Jugendstil[modifier | modifier le code]

Klassische Moderne (vers 1900 - années 1920)[modifier | modifier le code]

Pour le Klassische Moderne (« modernité classique »), le concept d'Avant-garde est particulièrement important. Cette époque commence à la fin du XIXe siècle avec le symbolisme français et des poètes comme Stéphane Mallarmé, Charles Baudelaire et Arthur Rimbaud. Les représentants les plus importants du symbolisme en langue allemande sont Stefan George, Hugo von Hofmannsthal et Rainer Maria Rilke.

Ce mouvement englobe aussi bien le surréalisme, le dadaïsme, l'expressionnisme que le futurisme. En Allemagne, le nazisme puis la Seconde Guerre mondiale provoquent une césure dans ces mouvements le plus souvent désignés sous le terme d'avant-garde.

La littérature d'avant-garde se veut être une littérature orientée vers la nouveauté et très portée sur la théorie. Les dadaïstes s'essayent ainsi à brusquer leur public à formation bourgeoise en leur proposant une littérature de non-sens. Le Wiener Aktionismus avait choisi comme point d'attaque le « bon goût » et provoquait à travers des performances extrêmes.

Parallèlement à ces courants dirigés contre la tradition, des œuvres reprennent les anciennes formes et les développent comme Rainer Maria Rilke avec son roman Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge (1910), Heinrich Mann (dont les débuts ont préparé la voie aux expressionnistes), Thomas Mann, Hermann Broch, Robert Musil et Franz Kafka.

La forme des œuvres de Thomas Mann s'inscrit dans la continuité d'un mouvement romantique hérité des Lumières, un romantisme de première époque en quelque sorte, considérant avec autant d'importance tous les aspects différents du savoir ; ainsi, La Montagne magique nous apprend tout sur la médecine pulmonaire, tandis que dans Le Docteur Faustus, c'est de la musique sérielle ou dodécaphonique qu'il est question. En parallèle de la trame de l'histoire qu'il nous conte, et quand cette dernière effleure une des facettes du savoir, surgissent alors çà et là des digressions ne laissant rien au hasard et qui satisferait tout spécialiste, aussi pointilleux soit-il.

Christian Morgenstern (1871-1914) peut difficilement se ranger dans une catégorie : à la fois précurseur du surréalisme et du lettrisme (die grosse Lullabi), il voit monter le désastre de la Première Guerre mondiale, pressent le cataclysme de la Seconde et suggère, en réaction aux barbaries émergentes, un retour aux valeurs de l'esprit dont il se fait le chantre. (Wir fanden einen Pfad). Le début du XXe siècle voit aussi l'éclosion de grands poètes comme Stefan George, qui publie des poèmes proches du symbolisme français[4]. La littérature allemande, très riche et reconnue pendant la République de Weimar, est décimée par l'arrivée du nazisme. Des écrivains de renommée internationale comme Walter Benjamin, Lion Feuchtwanger, Alfred Döblin, Thomas Mann choisissent l'exil.

Expressionnisme (vers 1910-1925)[modifier | modifier le code]

On rattache par exemple les romans de Franz Kafka à l'expressionnisme, ainsi que plusieurs auteurs dramatiques allemands du début du XXe siècle, tels que Georg Kaiser ou Ernst Toller.

Article détaillé : Expressionnisme.

Le dadaïsme (vers 1916 - Seconde Guerre mondiale)[modifier | modifier le code]

Dada est né le 5 février 1916 à Zurich (Suisse) par la grâce des poètes Hugo Ball, Richard Huelsenbeck, Tristan Tzara et des peintres Jean Arp, Marcel Janco, Sophie Taeuber. Ils investissent une taverne de la Spiegelstrasse, la transforment en café littéraire et artistique et la rebaptisent « Cabaret Voltaire ».

Article détaillé : Dadaïsme.

Le nazisme et ses conséquences en littérature[modifier | modifier le code]

La littérature dans l'Allemagne nazie[modifier | modifier le code]

Le 30 janvier 1933, Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne. Toute forme de littérature critique à l'égard du pouvoir est interdite, ainsi que les écrivains de gauche, communistes ou juifs. Des milliers de livres sont alors brûlés sur de grands bûchers. À partir de 1938, à la suite de l'Anschluss de l'Autriche au Troisième Reich, la même politique va être appliquée dans la province autrichienne. Le gouvernement exige alors des poèmes exaltant la patrie et le peuple allemand (Blut-und-Boden-Dichtung : La poésie du sang et de la terre, l'idéologie officielle étant appelée Blut und Boden ou BluBo), la seule littérature non-idéologique alors tolérée est une littérature de divertissement. Les opposants au régime sont menacés de mort, quand ils ne sont pas partis en exil. Ainsi meurent Jakob van Hoddis et Carl von Ossietzky. De nombreux écrivains restent dans leur pays, bien qu'ils s'opposent au national-socialisme. Ils sont condamnés au silence, laissent leur écrits dans leur tiroir ou se cantonnent à des thèmes non-politiques. Parmi les plus célèbres, Erich Kästner, Gerhart Hauptmann ou Wolfgang Koeppen restent en Allemagne.

Très rares sont les écrivains qui prennent parti pour le nazisme ; parmi eux, Josef Weinheber et Erwin Guido Kolbenheyer. La littérature pro-hitlérienne n'a qu'un intérêt historique car présentant un caractère de grande médiocrité.[non neutre]

Autodafé de livres en 1933 à Berlin

La littérature d'exil[modifier | modifier le code]

La littérature d'exil allemande (1933-1945) est apparue en réaction contre le nazisme. Deux événements majeurs la marquèrent : les autodafés à Berlin le et l'attaque de l'Allemagne sur les pays voisins en 1938-1939. Des centres d'émigrés se développèrent à Paris, Amsterdam, Stockholm, Zürich, Prague, Moscou, New York ou encore Mexico. Des maisons d'édition s'y montèrent.

Parmi les auteurs allemands en exil : Bertolt Brecht, Alfred Döblin, Ernst Bloch, Lion Feuchtwanger, Bruno Frank, Leonhard Frank, Oskar Maria Graf, Hermann Kesten, Annette Kolb, Emil Ludwig, Heinrich Mann, Klaus Mann, Thomas Mann, Erich Maria Remarque, Anna Seghers ou encore Arnold Zweig. Il y eut aussi Ernst Toller, Walter Hasenclever, Walter Benjamin et Kurt Tucholsky qui se suicidèrent en exil.

Parmi les écrivains qui restèrent en Allemagne, certains se retirèrent en émigration intérieure (innere Emigration). Ce terme s'applique à ceux qui étaient en opposition au gouvernement nazi mais qui ne quittèrent pas l'Allemagne pour autant. Parmi ceux-ci, on compte : Stefan Andres, Reinhold Schneider, Werner Bergengruen, Erich Kästner, Ernst Kreuder, Gertrud von Le Fort et Ehm Welk.

L'Holocauste et la littérature des survivants[modifier | modifier le code]

L'écrivain qui semble être le plus important dans cette partie de l'histoire de la littérature est sans doute Marcel Reich-Ranicki, surtout par le témoignage qu'il nous donne concernant les atrocités que l'on faisait subir aux juifs notamment dans le ghetto de Varsovie dans son autobiographie intitulée Mein Leben.

La Trümmerliteratur[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale et jusqu'en 1950 environ apparaît la « littérature des ruines », la Trümmerliteratur, qui décrit l'Allemagne en ruines et la littérature allemande détruites.

Les principaux auteurs de ce courant littéraire sont :

Particularités nationales[modifier | modifier le code]

La littérature autrichienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature autrichienne.

Felix Salten, auteur de Bambi adapté par Disney, faisait partie des cercles littéraires et artistiques de Vienne et fréquentait Thomas Mann, Arthur Schnitzler, Hugo von Hofmannsthal et Gustav Klimt, les Strauss ainsi que Sigmund Freud. Salten a été président du Pen club autrichien de 1925 à 1934, d'où il fut chassé par les nazis pour « manque de caractère ».

Plusieurs écrivains autrichiens émigrent dans les années 1930, particulièrement après l'Anschluss, dont Stefan Zweig, Hermann Broch, Carl Zuckmayer et Franz Werfel.

La littérature de la RDA[modifier | modifier le code]

La RDA se définissait elle-même comme Literaturgesellschaft (« société de littérature ») (le concept vient de Johannes R. Becher), elle se battait contre la non-poésie de l'ouest et la « ghettoïsation » de la culture élevée.

Une démocratisation devait être mise en place aux niveaux de la production, de la distribution et de la réception. Néanmoins, le concept de démocratisation devint absurde du fait de la censure et des tentatives de l'État de contrôler la création, de fonctionnaliser la littérature et de l'utiliser à ses fins pour la propagande du Realsozialismus.

La littérature de la RFA[modifier | modifier le code]

La littérature suisse alémanique[modifier | modifier le code]

Littérature contemporaine[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, le groupe 47 est fondé avec comme objectifs de refondre la scène littéraire et la langue allemande et de redonner à l'Allemagne sa place dans la littérature mondiale. À la fois forum de lecture, lieu de débat et de critique littéraire, il exerce une influence majeure en Allemagne jusqu'en 1967. Parmi ses membres, on trouve Paul Celan, Heinrich Böll qui dans ses romans interroge sur les conséquences du nazisme et de la guerre dans la société allemande, Peter Weiss[5]… La littérature contemporaine en Allemagne est abondante : Bernhard Schlink, par exemple a écrit un roman très célèbre, Le Liseur et un recueil de nouvelles, Amours en fuite.

Günter Grass, prix Nobel de littérature, introduit l’histoire de l'Allemagne nazie en littérature, par exemple avec son roman Le Tambour. Il est le chef de file d'une génération en quête de réponses à ses interrogations morales. Hans Magnus Enzensberger, Siegfried Lenz et Christa Wolf font partie de la même mouvance. Une nouvelle génération d'écrivains revient à la tradition du récit. Sten Nadolny, Uwe Timm, F. C. Delius, Brigitte Kronauer et Ralf Roth, qui ont débuté dans les années 1980, en sont les représentants emblématiques.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • M. Pines, Histoire de la littérature judéo-allemande, Paris, Jouve & Cie, Éditeurs, 1911, 582 p.
  • Béatrice Gonzalés-Vangell, Kaddish et Renaissance - La Shoah dans les romans viennois (1991-2001) De Robert Schindel, Robert Menasse et Doron Rabinovici, Presses universitaires du Septentrion, 2005, 328 pages.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Wolfgang Spiewok/Danielle Buschinger, Histoire de la littérature allemande du Moyen Âge, Nathan, 1992, p. 163.
  2. Sous la direction de David Brabis, Allemagne, Le Guide vert Michelin, 2004, p 84
  3. Manuel de Diéguez, Langue, culture et civilisation, Le Monde, 2 août 2003
  4. Sous la direction de David Brabis, p 86
  5. Sous la direction de David Brabis, p 87

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]