Rainer Maria Rilke

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Rainer Maria Rilke

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Rainer Maria Rilke, 1900

Nom de naissance René Karl Wilhelm Johann Josef Maria Rilke
Activités Écrivain
Naissance 4 décembre 1875
Prague, Bohême,
Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Décès 30 décembre 1926 (à 51 ans)
Glion au dessus de Montreux, Drapeau de la Suisse Suisse
Langue d'écriture Allemand et, à la fin de sa vie, français
Genres Poésie, prose, correspondance

Œuvres principales

Lettres à un jeune poète (1903-1908)
Les Cahiers de Malte Laurids Brigge (1910)
Élégies de Duino (1922)

Signature

Signature de Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke, né René Karl Wilhelm Johann Josef Maria Rilke[1], est un écrivain autrichien, né le 4 décembre 1875 à Prague, mort le 30 décembre 1926 à Montreux, en Suisse. Il vécut à Veyras (Valais) de 1921 à sa mort. Il est surtout connu comme poète, bien qu'il ait également écrit un roman, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge, ainsi que des nouvelles et des pièces de théâtre.

Biographie[modifier | modifier le code]

Rainer Maria Rilke naît à Prague en 1875, alors en Autriche-Hongrie, dans une famille qui le destine très rapidement à la carrière des armes. Il est le fils d'un employé des chemins de fer, Josef Rilke, et de sa femme Phia[2]. Entre 1886 et 1891, sa famille le place comme pensionnaire dans les écoles militaires de St-Pölten, puis Mährisch-Weisskirchen[3], avant d'être renvoyé en 1891 pour inaptitude physique. Il étudie alors le commerce avant de revenir à Prague, où il exerce le métier de journaliste. Rilke écrit déjà des poèmes et des nouvelles essentiellement[4].

Il passe son baccalauréat en 1895 à Prague[3] et commence des études d'histoires de l'art et de littérature[5]. En 1896, il part pour Munich, entreprend aussi des études de philosophie[6]. Il rencontre Lou Andreas-Salomé en mai 1897, qui a alors trente-six ans[7]. Cet amour enflammé se transforme progressivement en amitié réciproque et en admiration mutuelle, jusqu'à la fin de leur vie. En 1897, il change de prénom  : de René Maria, il devient Rainer Maria. Il voyage en Italie puis en Russie avec Lou et son mari. Il rencontre à cette occasion en 1899 Léon Tolstoï. Il semblerait que, au contact de l'écrivain russe, Rilke devint végétarien[8].

Rilke passe l'été 1900 à la colonie de Worpswede, rencontre le peintre Paula Modershon-Becker et Clara Westhoff sculpteur et ancienne élève d' Auguste Rodin[6]. En 1901, il épouse Clara Westhoff, le couple s'installe à Westerwede, près de Worpswede. De cette union naît une fille unique, Ruth[6]. Le couple se sépare un an plus tard et Rilke se rend à Paris, où il devient en 1905 le secrétaire de Rodin (il écrit d'ailleurs à propos du sculpteur un essai intitulé Sur Rodin). Il se sépare de ce dernier et voyage dans toute l'Europe et au-delà, de 1907 à 1910  : Afrique du Nord, Égypte, Berlin, Espagne, Venise, Aix-en-Provence, Arles, Avignon[N 1]. Il abandonne peu à peu la prose pour se consacrer à la poésie, plus apte selon lui à restituer les « méandres de l'âme ».

Rilke et Baladine Klossowska au château de Muzot, Veyras (Valais), c 1923

« Son extraordinaire sensibilité ne supportait pas que rien ni personne l'approchât de trop prés, et tout particulièrement un caractère masculin très marqué excitait en lui une sorte de malaise physique. Il se donnait plus facilement aux femmes dans la conversation. Il leur écrivait souvent et volontiers, et il était plus libre en leur présence. »

— Le monde d'hier. Paris ville de l'éternelle jeunesse. Stefan Zweig

En 1910, il fait la rencontre décisive de la princesse Marie von Thurn und Taxis, née Hohenlohe-Waldenburg-Schillingsfürst, dans son château de Duino, alors en territoire autrichien, sur les bords de l'Adriatique. Elle l'héberge fréquemment et devient son mécène jusqu'en 1920. Pour elle, il compose son chef-d'œuvre, les Élégies de Duino, suite d'élégies empreintes d'une mélancolie lumineuse, passant du sentiment du terrible à l'apaisement le plus radieux.

Il est mobilisé dans l'infanterie lors de la Première Guerre mondiale, mais revient rapidement à la vie civile. De 1914 à 1916, Rilke entretient une liaison tumultueuse avec la femme peintre Lou Albert-Lasard.

À partir de 1919, il s'installe en Suisse et compose plusieurs recueils de poésies en français. Sitôt arrivé, il y retrouve Baladine Klossowska qu'il avait connue en 1907 à Paris, avec son époux, Erich Klossowski. Elle vit à présent seule à Berlin, avec ses deux fils, Pierre Klossowski et Balthazar dit Balthus (le futur artiste peintre). Elle a onze ans de moins que lui, ils deviennent amants. Elle s'installe en Suisse, non loin de chez lui. Rilke se prend d'affection pour les deux enfants et encourage le talent qu'ils affirmeront l'un et l'autre, en effet, à l'âge adulte. C'est par son intervention auprès d'André Gide qu'est publiée la première plaquette de dessins intitulée Mitsou réalisée par Balthus à quatorze ans illustrant les étapes de sa recherche désespérée de son chat qu'il croyait perdu. Rilke préface et suit de près la fabrication de cette courte bande dessinée. La liaison de Rilke avec Baladine dure environ six ans.

En 1921, un industriel et mécène de Winterthour, Werner Reinhart, lui achète la tour isolée de Muzot, à Veyras, dont il fait sa résidence.

Après sa mort d'une leucémie en 1926 dans la clinique Valmont à Glion, il est inhumé à Rarogne dans le canton du Valais.

Œuvre[modifier | modifier le code]

  • Vie et chanson (1894) ;
  • Dans l'attente du chemin de la vie (1896) ;
  • Maintenant et à l'heure de notre mort... (1896), théâtre ;
  • Offrandes aux lares (1895), poésie ;
  • Couronné de rêve (1896), poésie ;
  • Pour le gel matinal (1897) ;
  • Avent (1898) ;
  • Sans présent (1898) ;
Portrait de Rainer Maria Rilke (1906), par Paula Modersohn-Becker
Relief de Rilke (2014), par Ludek Bari

Éditions françaises des œuvres[modifier | modifier le code]

  • Œuvres I, Prose, édition établie et présentée par Paul de Man, Paris, éd. du Seuil, 1966 (nombreuses rééditions).
  • Œuvres II, Poésie, édition établie et présentée par Paul de Man, Paris, éd. du Seuil, 1972 (nombreuses rééditions).
  • Œuvres III, Correspondance, édition établie par Philippe Jaccottet, traduction de Blaise Briod, Philippe Jaccottet et Pierre Klossowski, Paris, éd. du Seuil, 1976 (nombreuses rééditions).
  • Œuvres en prose (Récits et essais), édition sous la dir. de Claude David avec la coll. de Rémy Colombat, Bernard Lortholary et Claude Porcell, Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1993 (rééd. 2002).
  • Œuvres poétiques et théâtrales, édition sous la dir. de Gerald Stieg (avec la participation de Claude David pour les "Œuvres théâtrales"), traductions de Rémy Colombat, Jean-Claude Crespy, Dominique Iehl, Marc de Launay, etc. Paris, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1997.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Bibliographie en langue française[modifier | modifier le code]

La maison de Rilke à Veyras (Valais) (1967)
La tombe de Rilke à Rarogne
  • Lou Albert-Lasard, Une image de Rilke, Paris, Mercure de France, 1953.
  • Lou Andreas-Salomé, Rainer Maria Rilke, trad. J. Le Rider, Paris, Maren Sell, 1989.
  • Lou Andreas-Salomé, En Russie avec Rilke, trad. S. Michaud, Paris, éd. du Seuil, 1992.
  • Joseph-François Angelloz, Rainer Maria Rilke, l'évolution spirituelle du poète Paris, Hartmann, 1936 (thèse de doctorat).
  • Joseph-François Angelloz, Rilke, Paris, Mercure de France, 1952.
  • Maurice Betz, Rilke vivant. Souvenirs, lettres, entretiens, Paris, Emile-Paul, 1937.
  • Maurice Betz, Rilke à Paris, Paris, Emile-Paul, 1941 ; rééd. Paris, Obsidiane, 1990.
  • Bianquis, Geneviève: La Poésie autrichienne de Hofmannsthal à Rilke, Paris, P.U.F., 1926 (thèse de doctorat).
  • Maurice Blanchot, L'Espace littéraire, Paris, Gallimard, 1955 ("Rilke et l'expérience de la mort, p. 121-166).
  • Martine Carré, Les "Elégies de Duino", essai de lecture, Berne-Berlin-Bruxelles, Peter Lang, 2 vol., 1994 (thèse de doctorat).
  • Jean Cassou, Trois poètes (Rilke, Milosz, Machado), Paris, Plon, 1954.
  • Charles Dédéyan, Rilke et la France, Paris, SEDES, 4 vol., 1961-1963.
  • Lieselott Delfiner, Rilke, cet incompris, Paris, L. Soulanges, 1960.
  • Pierre Desgraupes, Rainer Maria Rilke, une étude, Paris, Seghers, coll. "Poètes d'aujourd'hui", 1949.
  • Ralph Freedman, Rilke, la vie d'un poète (biographie), trad. de l'anglais par P. Furlan, Arles, Solin / Actes Sud, 1998.
  • Romano Guardini, Le Sens de l'existence chez Rilke. Une interprétation des Elégies de Duino, trad. Cl. Lucques, Troyes, Cahiers Bleus / Librairie bleue, 1999.
  • Gilles Guigues, Rainer Maria Rilke, l'existence en figures. Étude philosophique du poétique, Paris, L'Harmattan, coll. "Critiques littéraires", 2012.
  • Bernard Halda, Rilke, Paris, Éditions Universitaires, coll. "Classiques du XXe siècle" no 38, 1961.
  • Victor Hell, Rilke : existence humaine et poésie orphique, Paris, Plon, 1965.
  • Martin Heidegger, Chemins qui ne mènent nulle part, trad. W. Brockmeier, Paris, Gallimard, 1962 (p. 220-261 : conférence de Heidegger en hommage à Rilke à l'occasion du 10e anniversaire de sa mort [1936]).
  • Sébastien Hubier, Le Roman des quêtes de l'écrivain 1890-1925 (Rilke, t. Mann, Joyce, Gide, D'Annunzio), Dijon, éditions Universitaires, 2004 (thèse de doctorat remaniée).
  • Philippe Jaccottet, Rilke, Paris, éd. du Seuil, coll. "Ecrivains de toujours", 1970.
  • Edmond Jaloux, Rilke, Paris, Emile-Paul, 1927.
  • Béatrice Jongy, L'invention de soi (Rilke, Kafka, Pessoa), préf. de R. Bréchon, Bruxelles-Berne-Berlin, Peter Lang, coll. "Comparatisme et société", 2011 (thèse de doctorat remaniée).
  • Rudolf Kassner, Le Livre du souvenir, trad. R. Pitrou, Paris, Stock, 1942.
  • Katharina Kippenberg, Rainer Maria Rilke, un témoignage, trad. Blaise Briod, Paris, Plon, 1942 (éd. revue, 1944).
  • Jean Kobs, Au château de la solitude : re-créations poétiques de textes de Rainer Maria Rilke, édition établie et présentée par Marie-Thérèse Boulanger et Ferdinand Stoll, Namur, Bellalui/La Corniche, 1993.
  • Wolfgang Leppmann, Rainer Maria Rilke, sa vie, son œuvre (biographie), trad. N. Casanova, Paris, Seghers, 1984.
  • Christine Lombez, Transactions secrètes : Philippe Jaccottet traducteur de Rilke et de Hölderlin, Arras, Artois Presses Université, 2003.
  • Claire Lucques, Le Choix de Rilke, Madura (Inde), De Nobili Press, 1948.
  • Claire Lucques, L'Angoisse de l'option pour Rainer Maria Rilke, d'après sa correspondance, Madura (Inde), De Nobili Press, 1948.
  • Claire Lucques, Le Poids du monde : Rilke et Sorge, Paris, Beauchesne, 1962.
  • Claire Lucques, L'Absence ardente. Visages de Rilke, Paris, La Renaissance du livre, 1977.
  • Elya Maria Nevar, Une amitié de Rainer Maria Rilke, trad. M. Pobé, Paris, Albin Michel, 1964.
  • Christiane Osann, Rilke, destinée d'un poète, trad. Génia Tchernoswitov, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1942.
  • Robert Pitrou, Rainer Maria Rilke, les thèmes principaux de son oeuvre Paris, Albin Michel, 1938.
  • Adrien Robinet de Cléry, Rilke traducteur, Genève, Librairie de l'Université (Georg SA), 1956.
  • Rilke en France, études et documents réunis par Jean-Yves Masson. Marseille, revue Sud, 26e année, no 113/114, 1996.
  • Adrien Robinet de Cléry, Rilke, sa vie, son oeuvre, sa pensée, Paris, P.U.F., 1958.
  • Charlotte de Sugar, Baudelaire et Rilke, étude d'influences et d'affinités spirituelles, Paris, Nouvelles Éditions Latines, 1954 (thèse de doctorat).
  • Jürgen Siess, Rilke : images de la ville, figures de l'artiste, Paris, H. Champion, 2000.
  • Marita Tatari, Heidegger et Rilke. Interprétation et partage de poésie, Paris, L'Harmattan, 2013.
  • Tzvetan Todorov, Les aventuriers de l'absolu, Paris, Robert Laffont, 2005.
  • Princesse Marie de Tour et Taxis, Souvenirs sur Rainer Maria Rilke, préf. de M. Betz, Paris, 1936.
  • Karine Winkelvoss, Rainer Maria Rilke, Paris, Belin, 2006.
  • Janine Wolfrom, Essai sur le silence dans les poèmes français de R. M. Rilke, Paris, Revue des lettres modernes, no 6, 1959.
  • Maurice Zermatten, Les Années valaisanes de Rilke, Lausanne, 1941 ; rééd. Paris, éd. de la Différence, 1993.
  • Maurice Zermatten, Rilke en Valais, Lausanne, 1946.
  • Maurice Zermatten, Les dernières années de Rilke, Fribourg, 1975.

Bibliographie en anglais[modifier | modifier le code]

  • Nicholas Fox Weber, Balthus, A biography, Knopf, 1999

Iconographie[modifier | modifier le code]

  • Mela Muter: Portrait de Rainer Maria Rilke; Huile sur toile d'une artiste qui fut également un temps, sa maîtresse.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. De tous ceux-là, aucun n'a peut-être mené une existence plus silencieuse, plus mystérieuse et invisible que Rilke [...] Rilke était difficile à atteindre. Il n'avait pas de maison, pas d'adresse où on eût pu l'aller quérir, pas de foyer, pas de demeure permanente, pas d'emploi. Toujours il était en route à travers le monde, et personne, pas même lui, ne savait d'avance de quel côté il tournerait ses pas. Par son âme sensible et impressionnable à l'excès, toute décision arrêtée, tout projet et toute annonce était déjà une charge. (Le monde d'hier - Paris, la ville de l'éternelle jeunesse, Stefan Zweig)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Horst Nalewski, in : Horst Haase/Antal Mádl, Österreichische Literatur des 20. Jahrhunderts, Berlin, 1990, p. 133.
  2. Notes biographiques,Fondation Rilke.
  3. a et b Rilke par Philippe Jaccottet.
  4. Notes biographiques, exposition Le valais vu par Rilke, Fondation Rilke.
  5. Notes bibliographiques, Fondation Rilke, exposition permanente: Le valais vu par Rilke.
  6. a, b et c Notes biographiques, Fondation Rilke.
  7. Rainer Maria Rilke, Journaux de jeunesse, Seuil, (ISBN 2-02-010941-7).
  8. http://www.ivu.org/history/europe20a/rilke.html.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]