La Mort à Venise

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La Mort à Venise
Image illustrative de l'article La Mort à Venise
Der Tod in Venedig, édition de 1912.
Publication
Auteur Thomas Mann
Titre d'origine Der Tod in Venedig
Langue Allemand
Parution 1912
Nouvelle précédente/suivante
La Montagne magique Suivant

La Mort à Venise (en allemand Der Tod in Venedig) est une nouvelle de Thomas Mann publiée en 1912. Cette célèbre nouvelle a inspiré un film à Luchino Visconti, un opéra à Benjamin Britten et un ballet à John Neumeier.

Historique[modifier | modifier le code]

Thomas Mann, qui fit un voyage à Venise du 26 mai au 2 juin 1911, reconnaissait volontiers la part autobiographique de cette nouvelle. Il commence la rédaction de Der Tod in Venedig dès juillet 1911, mais l'achèvera seulement en juillet 1912.

Résumé[modifier | modifier le code]

Gustav von Aschenbach est un écrivain munichois reconnu (et anobli) dans la cinquantaine. Troublé par une mystérieuse rencontre lors d'une promenade, il part en voyage sur la côte adriatique et finit par aboutir à Venise, une ville dans laquelle il ne s'est jamais senti à l'aise. Dans son hôtel du Lido (le Grand Hôtel des Bains), Aschenbach découvre Tadzio, un jeune adolescent polonais qui le fascine par sa beauté. Il n'ose l'aborder et le suit dans la ville de Venise. Aschenbach, en proie à une sombre mélancolie et une sorte de fièvre dionysiaque, succombe à l'épidémie de choléra asiatique qui fait alors rage dans la ville. Il meurt sur la plage en contemplant une dernière fois l'objet de sa fascination.

Thèmes[modifier | modifier le code]

Admirablement servi par une langue très riche, truffé d'allusions à la Grèce antique et à la mythologie grecque, tout le récit est rythmé par les thèmes de la mort, de l'art et de la nostalgie.

Interview de Thomas Mann[modifier | modifier le code]

En 1951, Luchino Visconti rencontra Thomas Mann et l'interrogea à propos de sa nouvelle.

« Rien n’est inventé, le voyageur dans le cimetière de Munich, le sombre bateau pour venir de l’Île de Pola, le vieux dandy, le gondolier suspect, Tadzio et sa famille, le départ manqué à cause des bagages égarés, le choléra, l’employé du bureau de voyages qui avoua la vérité, le saltimbanque méchant, que sais-je… Tout était vrai..
L’histoire est essentiellement une histoire de mort, mort considérée comme une force de séduction et d’immortalité, une histoire sur le désir de la mort. Cependant le problème qui m’intéressait surtout était celui de l’ambiguïté de l’artiste, la tragédie de la maîtrise de son Art. La passion comme désordre et dégradation était le vrai sujet de ma fiction.
Ce que je voulais raconter à l’origine n’avait rien d’homosexuel ; c’était l’histoire du dernier amour de Goethe à soixante dix ans, pour Ulrike von Levetzow, une jeune fille de Marienbad : une histoire méchante, belle, grotesque, dérangeante qui est devenue La Mort à Venise. À cela s’est ajoutée l’expérience de ce voyage lyrique et personnel qui m’a décidé à pousser les choses à l’extrême en introduisant le thème de l’amour interdit. Le fait érotique est ici une aventure anti-bourgeoise, à la fois sensuelle et spirituelle.
Stefan George a dit que dans La Mort à Venise tout ce qu’il y a de plus haut est abaissé à devenir décadent et il a raison. »

— Thomas Mann[1].

L'ombre de Gustav Mahler[modifier | modifier le code]

On a beaucoup glosé sur le côté musical de La Mort à Venise. Pour beaucoup, le portrait de Gustav von Aschenbach, le personnage principal serait directement inspiré d'une photo de Gustav Mahler, le chef d'orchestre et compositeur mondialement célèbre, pour lequel Thomas Mann nourrissait une grande admiration. Or l'exigence absolue et très apollinienne qu'avait Gustav Mahler envers son art est bien connue ; tout comme le héros de la nouvelle. De plus, Mahler est mort le 18 mai 1911, une semaine seulement avant le voyage de Mann à Venise. La mort de Mahler l'avait beaucoup touché. Le prénom homonyme signerait la ressemblance.

D'aucuns ont risqué un rapprochement de Aschenbach avec Bach (le ruisseau, mais aussi le compositeur) et Asche (la cendre).

Fascination vénitienne[modifier | modifier le code]

La nouvelle de Thomas Mann exerce à son tour une sorte de fascination notamment sur :

Les similitudes entre Visconti et Britten sont intéressantes. Tous deux ont une vision très musicale de l'œuvre de Thomas Mann, une musique forcément mélancolique, ce qui peut être rapproché du fait que le musicien, comme le cinéaste, tous deux homosexuels, déjà âgés, meurent la même année, en 1976, peu de temps après avoir créé leur œuvre, comme s'ils s'étaient eux aussi identifiés au héros de la nouvelle.

Le vrai Tadzio[modifier | modifier le code]

Le vrai Tadzio, celui qui a inspiré l'adolescent de la nouvelle, se nommait Władysław Moes, mais on l'appelait en général par les diminutifs "Adzio" ou "Władzio". C'est un baron polonais né en 1900 et mort en 1986 (que Thomas Mann a effectivement rencontré et observé au cours du voyage à Venise du printemps 1911 mentionné plus tôt, ainsi que rapporté par sa femme Katia dans ses mémoires Thomas Mann - Souvenirs à bâtons rompus, cf. lien plus bas). Père de deux enfants (seule survivante après la mort en pleine jeunesse de son frère aîné Alexandre, la baronne Marie Moes-Tarchalska, amie intime de l'écrivain français Christian Morel de Sarcus, vivant en France en 2014), il a été retrouvé par le traducteur polonais des œuvres de Mann, Andrzej Dołęgowski vers 1964; des articles ont été publiés dans la presse allemande en 1965. Il a vécu bien plus longtemps que Mann n'avait estimé probable au regard de sa "délicatesse". Mann a aussi surestimé son âge, encore qu'il est possible que sa date de naissance soit antérieure: l'article allemand dit qu'il avait 68 ans en 1965. Contrairement à la rumeur qui veut qu'il soit enterré, auprès de sa femme et de son fils au cimetière de Powązki à Varsovie,le vrai Tadzio repose seul dans sa propriété familiale de la région de Poznań, à l'ouest du pays.

Dans un essai paru en 2001, The Real Tadzio, Gilbert Adair (en) présente ses recherches au sujet du « vrai » Tadzio, sa vie le long du siècle dernier et ses réactions par rapport au fait qu’il ait inspiré une véritable icône de la culture homosexuelle et pédérastique.

L'influence dionysiaque[modifier | modifier le code]

L'influence dionysiaque est palpable dans l'œuvre de Mann. Le héros est pris d'une véritable fièvre dionysiaque, extasiante qui va le mener à sa perte. Il rappelle ainsi la proche parution de La Naissance de la tragédie de Nietzsche, qui analyse les composantes dionysiaques de la tragédie, opposées à la part apollinienne de l'œuvre.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Source : Arte, à propos du film Mort à Venise

Bibliographie[modifier | modifier le code]