Jean Tauler

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Jean Tauler (Taulerus), né vers 1300 à Strasbourg et mort le dans la même ville, est un théologien, un mystique et un prédicateur alsacien influent, surnommé « le docteur illuminé »[1]. Il fut le disciple strasbourgeois de Maître Eckhart.

Éléments biographiques[modifier | modifier le code]

Tauler est né et mort à Strasbourg. Il fit partie de l'ordre des Dominicains, comme Maître Eckhart dont il fut l'élève. Son enseignement s'apparente à celui de Maître Eckhart, mais il fut aussi influencé par ses études approfondies des néo-platoniciens, tout particulièrement de Proclus et du Pseudo-Denys l'Aréopagite.

Ses prédications se placent dans la droite lignée de Maître Eckhart. Elles développent surtout le thème du détachement et prêchent une ascèse apparemment austère, mais qui, au XIVe siècle, est nettement moins doloriste que les autres : c'est lui qui demandera au banquier Rulman Merswin, fondateur de la commanderie Saint Jean à Strasbourg (aujourd'hui ENA) de largement modérer son ascèse. Il a probablement fait ses études au studium (couvent possédant un centre de formation) à Cologne et a séjourné à Bâle, lors du conflit entre le pape et l'empereur, où les dominicains, ayant pris le parti du pape, furent expulsés de la ville ; mais à part quelques voyages il passa toute sa vie à Strasbourg. Il conseillait les « Amis de Dieu » orthodoxes, dont des béguines connues (Marguerite Ebner) qui vivaient librement dans la pauvreté dans une communauté retirée afin de s'entraider dans leur quête d'une voie intérieure. Ce fut un remarquable prédicateur. Il mourut au couvent de dominicains de Saint Nicolas in Undis, où sa propre sœur était religieuse.

Il est cité parmi les réformateurs strasbourgeois de l'Ordre dominicain dans le manuscrit Liber reformationis ordinis praedicatorum in Germania[2], avec Maître Eckhart.

Outre ses sermons, dispersés en un grand nombre de manuscrits rédigés en moyen-haut allemand, nous ne possédons de lui qu'un billet sans doute autographe destiné à une béguine, où il remercie du don d'un fromage et lui souhaite de se bien porter.

Textes[modifier | modifier le code]

Les sermons[modifier | modifier le code]

Sermon de Tauler (édition bâloise de 1522, gravure de Hans Holbein)

On ne connaît de l'œuvre de Tauler, avec certitude, que quatre-vingt-quatre Sermons, qui sont en fait des notes d'auditeurs. L'édition princeps des œuvres de Tauler, en allemand (Leipzig, 1498), contenait 84 sermons - elles ont également été traduites en latin par Surius et furent données la même année en un volume in-folio chez Quentel. Les versions manuscrites dispersés dans les bibliothèques européennes témoignent de la qualité de la transmission, et de sa portée.

C'est surtout dans ces sermons que l'on peut étudier la doctrine mystique de Jean Tauler, très proche de la mystique Maître Eckhart, dont il donne ce témoignage : « il parlait depuis l'éternité, et vous l'avez compris depuis le temps ».

Par le détachement, la grâce divine toute puissante permet la naissance de Dieu dans l'âme. cette venue du Christ en soi est le chemin d'une imitation du Christ très différente de celle de Thomas a Kempis, car marqué par Maître Eckhart, là où la mystique flamande voit une suite du Maître qu'est le Christ, Tauler envisage à demi-mots la réalisation de soi par la divinisation du sujet, en insistant sur le fond (Grund) de l'âme, qui, incréé et étincelle de l'âme, accueille Dieu et où est restituée l'Image divine perdue par le péché.

Plus pratique que son maître Eckhart, Tauler insiste davantage sur l'importance d'un effort continu et patient : la croix prend plus d'importance dans ses écrits : c'est là un virage présent dans tous les textes, dans toute l'iconographie du XIVe siècle, que les pestes, les guerres, les schismes entre papes et antipapes, le tremblement de terre de Bâle en 1354 (8 sur l'échelle de Richter) et un épisode climatique quasi glaciaire ont amené à surnommer : le siècle de fer.

Les apocryphes[modifier | modifier le code]

On a attribué également à Jean Tauler un certain nombre d'autres ouvrages qui sont aujourd'hui reconnus comme apocryphes, en particulier :

  • les Institutions divines ;
  • des Cantiques spirituels ;
  • les Méditations sur la vie et la passion du Sauveur;
  • des lettres spirituelles, etc.

Ces textes ont été rassemblés et imprimés en allemand par les soins du jésuite saint Pierre Canisius. Traduits en latin par Laurent Surius, à la chartreuse de Cologne, en 1548, puis dans de nombreuses langues européennes, ils ont connu du XVI° au XIX° siècle une très large diffusion.

C'est ainsi que les Institutions, à travers d'innombrables traductions et publications[3], sont devenus un véritable « classique » de la littérature religieuse au même titre, par exemple, que l'Imitation de Jésus-Christ et ont joué un rôle déterminant sur l'histoire de la spiritualité chrétienne en permettant la transmission de la pensée de Maître Eckhart – dont l'œuvre se trouvait de fait privée de toute diffusion – et en étendant son influence sur les courants spirituels les plus divers en Espagne, en France ou en Allemagne.

Iconographie[modifier | modifier le code]

La dalle funéraire à l'église du Temple Neuf de Strasbourg[modifier | modifier le code]

Dalle funéraire au Temple Neuf de Strasbourg

La dalle funéraire de Jean Tauler était située dans le cloître du couvent des Dominicains de Strasbourg. Quand celui-ci est sécularisé au XVIe siècle pour devenir la Haute Ecole fondée par Jean Sturm, lorsque la république de Strasbourg adopte le protestantisme, la dalle y est conservée. En 1860, un incendie ravage le cloître : la dalle funéraire de Jean Tauler échappe aux dégâts. Elle est alors transférée dans l'ancienne Eglise des Dominicains, devenue "Neue Kirche" (Temple Neuf) de la paroisse protestante de la Cathédrale en 1681. Le , lors du siège de la ville, un violent bombardement allemand frappe le Temple Neuf qui est presque intégralement détruit, ainsi que la Bibliothèque municipale installée dans son chœur, comprenant de précieux manuscrits (dont certains de Tauler, Eckhart et Suso). La dalle funéraire de Jean Tauler sort presque indemne de la catastrophe. Elle est aujourd'hui dressée dans le fond du nouveau Temple Neuf, construit à la place de l'ancien.

Cette dalle funéraire, qui constitue à la fois son portrait physique et le résumé de sa doctrine spirituelle, a été étudiée par Jean Devriendt et Denis Delattre[4].

La statue de l'église Saint-Pierre-le-Jeune protestante de Strasbourg [modifier | modifier le code]

L'église Saint-Pierre-le-Jeune protestante de Strasbourg abrite dans une niche de sa façade sud une statue de Jean Tauler[5]. Détruites pendant la Révolution, les statues de l'église ont été reconstituées en 1898 par le sculpteur en chef de l'Œuvre Notre-Dame, Ferdinand Riedel (1863-1912). Aucune statue de Jean Tauler cependant n'existait auparavant. Le sculpteur a pris modèle sur la pierre tombale de Jean Tauler.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Sermons, traduits par E. Hugueny, G. Théry, M.A.L. Corin, édités et présentés par Jean-Pierre Jossua, avec une notice d'Édouard-Henri Wéber sur Jean Tauler et Maître Eckhart, Éditions du Cerf, Paris, 1991.
  • Les Cantiques spirituels et autres textes apocryphes, traduits du latin de Laurent Surius par Edmond-Pierre Noël, Éditions Arfuyen, 2002.
  • Le Livre des Amis de Dieu, ou les Institutions divines, traduit du latin de Laurent Surius par Edmond-Pierre Noël, préface de Rémy Vallejo, Éditions Arfuyen, 2011.

Études[modifier | modifier le code]

  • (de) Christine Büchner, Die Transformation des Einheitsdenkens Meister Eckharts bei Heinrich Seuse und Johannes Tauler, Kohlhammer, Stuttgart, 2006, 128 p. (ISBN 978-3-17-019378-9)
  • (it) Jole D'Anna, Johannes Tauler : dottore illuminato e sublime, Simmetria, Rome, 2006, 89 p (ISBN 978-88-87615-41-8)
  • Denis Delattre et Jean Devriendt, « Un portrait de Jean Tauler selon Rulman Merswin ? », in Revue des sciences religieuses, t. 70, n° 1, janvier 1996, p. 135-153
  • Suzanne Eck, Initiation à Jean Tauler, Cerf, Paris, 1994, 198 p. (ISBN 2-204-04975-1)
  • Gérard Eschbach, Jean Tauler, la naissance de Dieu en toi, OEIL, Paris, 1986, 308 p. (ISBN 0-286-83907-9)
  • (es) Brian Farrelly, Eckhart, Tauler y Seuze : vida y doctrina del Maestro y de sus dos mejores discípulos, Edibesa, Madrid, 2000, 358 p. (ISBN 84-8407-189-8)
  • (de) Henrik Otto, Vor- und frühreformatorische Tauler-Rezeption : Annotationen in Drucken des späten 15. und frühen 16. Jahrhunderts, Gütersloher Verlagshaus, Heidelberg, 2003, 358 p. (ISBN 3-579-01648-2)
  • André Pinet, Prier 15 jours avec Jean Tauler, Nouv. Cité, Paris, 1990, 126 p. (ISBN 2-85313-234-X)
  • Marie-Anne Vannier, « Jean Tauler », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 36, p. 3836
  • Marie-Anne Vannier (et al.), 700e anniversaire de la naissance de Jean Tauler (Colloque Tauler, 29 janvier 2001), Cerf, Paris, 2001 (ISBN 2-204-06887-X) (numéro de la Revue des sciences religieuses, 290, n°4, octobre 2001, p. 401-576)
  • Jean-Marie Gueullette, Eckhart en France. La lecture des Institutions spirituelles attribuées à Jean Tauler (1548-1699), J. Millon, Grenoble, 2012, 363 p., (ISBN 978-2-84137-273-7)

Source partielle[modifier | modifier le code]

Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Jean Tauler » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie,‎ 1878 (Wikisource)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Sermons de Jean Tauler, le docteur illuminé : dimanches et fêtes de l'année, 1855, 1 038 pages
  2. (consultable en ligne sur le site de la Bibliothèque Nationale Universitaire de Strasbourg, ms 2934 : [1]
  3. J.M. Gueullette, Eckhart en France, la lecture des Institutions spirituelles attribuées à Jean Tauler (1548-1699), J. Millon, Genoble, 2012.
  4. Denis Delattre et Jean Devriendt, « Un portrait de Jean Tauler selon Rulmann Merswin », Revue des Sciences Religieuses, 70e année, 267, 1, 1996, 136-153 ; voir extraits en ligne [2]
  5. Serge Dufour, Les Statues de Strasbourg, Coprur, Strasbourg, 1992, p. 16

Liens externes[modifier | modifier le code]

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