Alfred Döblin

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Alfred Döblin

Alfred Döblin (, Stettin, alors en Allemagne - , Emmendingen, Allemagne) était un médecin et écrivain allemand. Il a acquis la nationalité française en 1936. D'origine juive, il s'est converti au catholicisme en 1941. Il est l'auteur du roman Berlin Alexanderplatz.

Il est enterré à Housseras avec son fils Wolfgang Döblin[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

L'Allemagne[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille bourgeoise juive qui avait déménagé à Berlin en 1888 après que son père eut émigré en Amérique avec une femme plus jeune, le jeune Alfred Döblin est très tôt passionné par le progrès technique, qu'il côtoie quotidiennement. Médecin neurologue de 1905 à 1930 à Ratisbonne, Fribourg et Berlin, Alfred Döblin commence sa collaboration avec Herwarth Walden en 1910, et participe au journal expressionniste alors nouvellement fondé Der Sturm (La tempête).

Ayant pour modèles littéraires et philosophiques Heinrich von Kleist, Friedrich Hölderlin et Friedrich Nietzsche, Alfred Döblin appartenait à ces écrivains précurseurs qui utilisaient la radio comme média de diffusion.

En 1912, Döblin épouse Erna Reiss - de leur union naissent quatre enfants : Pierre, Wolfgang (dit Vincent), Claude et Stephan. Il passe la majeure partie de la Première Guerre mondiale dans un lazaret en Alsace-Lorraine, où il exerce les fonctions de médecin militaire. C'est pendant la guerre qu'il commence à écrire son roman Wallenstein, publié en 1920.

Établi dans le secteur de Berlin-Lichtenberg, il est le témoin oculaire des combats de mars 1919 à Berlin, dont il fera plus tard le sujet de son roman Novembre 1918. Au cours de sa période berlinoise, Döblin rédige de nombreux articles (par exemple à propos de pièces de théâtre ou de films, mais aussi sur la vie dans les rues de la capitale), entre autres pour le quotidien en langue allemande Prager Tagblatt. Ces articles offrent une image saisissante de la vie quotidienne dans le Berlin de la République de Weimar, et certaines de ces esquisses ont été intégrées par Döblin dans son roman Berlin Alexanderplatz.

Dans ses textes politiques de cette époque, Döblin critique le Parti socialiste allemand (le SPD) pour sa collaboration avec le président Paul von Hindenburg, se positionnant ainsi plus à gauche.

L'exil[modifier | modifier le code]

Le , après l'arrivée d'Adolf Hitler au pouvoir et au lendemain de l'incendie du Reichstag, Alfred Döblin accompagné de sa femme et de son plus jeune fils, Stephan (rejoint ultérieurement courant 1933 par les 3 autres enfants), fuit en Suisse puis en France. Alfred Döblin, son épouse ainsi que Wolfgang , Claude et Stephan obtiennent la nationalité française en octobre 1936. Pierre, l'aîné n'ayant pas obtenu de permis de travail en France, a dû aller aux USA, et obtiendra la nationalité américaine. En 1939, quand la guerre éclate, Döblin entre dans le ministère de la propagande français, où il rédige des tracts avec d'autres émigrants allemands. C'est avec les collaborateurs du ministère que Döblin fuit le 10 juin 1940 vers le sud de la France. Sa femme et le plus jeune fils quittent Paris le 23 mai 1940 en direction du Puy. Ils se retrouveront, après une recherche angoissante, à Toulouse le 10 juillet 1940. Après avoir obtenu l'autorisation de sortie du territoire ainsi qu'un visa provisoire du consulat américain à Marseille, ils quitteront Marseille le 30 juillet 1940 pour l'Espagne et le Portugal. Ils embarquent le 30 juillet 1940 vers les États-Unis. Le 9 octobre 1940 Döblin commence à Los Angeles une activité de scénariste qui prendra fin en octobre 1941.

Son fils, Wolfgang Döblin (engagé dans l'armée française), se suicide le 21 juin 1940 à Housseras, pour ne pas tomber entre les mains des nazis, après avoir envoyé sous pli cacheté à l'Académie des Sciences à Paris ses recherches sur l'équation de Kolmogorov. Le , Döblin et sa femme se convertissent au catholicisme, ce qui sera vécu comme une trahison par la communauté juive en exil. La décision de cette conversion se fait après un vis-à-vis avec une statue du Christ crucifié en la basilique-cathédrale de Mende[2],[3].

Le retour[modifier | modifier le code]

Le , c'est un des premiers auteurs en exil à revenir en Europe. Il atteint Paris, où il devient inspecteur littéraire de l'administration militaire française, d'abord à Baden-Baden, puis à Mayence. Son travail consistait à censurer les manuscrits et les préparations d'un journal mensuel, qui finit par paraître sous le nom de Das goldene Tor (La Porte d'or).

Par ailleurs, Alfred Döblin travaille pour le Neue Zeitung (Nouveau Journal) et pour la radio Südwestfunk. Il s'entoure également d'un groupe de jeunes écrivains, parmi lesquels Günter Grass.

Tombe familiale

Rapidement déçu par la restauration politique de l'après-guerre, surtout après l'échec de son roman révolutionnaire Novembre 1918, Döblin se tourne un temps vers la RDA, où il se rapproche de Johannes R. Becher, et entre à l'académie de l'art, qu'il quitte rapidement à cause du dogmatisme socialiste. Il rédige néanmoins des articles pour des journaux de la RDA, et son roman Hamlet ou La Longue Nuit prend fin ne paraît qu'en Allemagne de l'Est.

Revenu en France le , Döblin atteint de la maladie de Parkinson est contraint à partir de 1954 pour des raisons économiques de retourner pour des séjours fréquents et de plus en plus long, en hospitalisation dans diverses cliniques de la Forêt-Noire en Allemagne. Il décède à Emmendingen, près de Fribourg-en-Brisgau le . Sa femme se suicide à Paris le , trois mois après sa mort. Suivant leur demande, Döblin et sa femme sont enterrés à Housseras, petite commune des Vosges, respectivement à la droite et à la gauche de leur fils.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Berlin Alexanderplatz[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Berlin Alexanderplatz.

L'œuvre la plus connue d'Alfred Döblin est Berlin Alexanderplatz, datée de 1929. Dans cette œuvre, Döblin décrit les bas-fonds du Berlin des années 1925-1930. Le personnage principal prend la figure de l'anti-héros : Franz Biberkopf est un criminel repenti que la fatalité rattrape et qui retombe dans la délinquance. Ce récit résolument moderne est composé de références bibliques et mythologiques, de collages d'extraits de journaux et mêle la tragédie à la drôlerie populaire, dans une cacophonie et un effrayant chaos. Les techniques du collage et de la simultanéité avaient déjà été expérimentées par Döblin en tant que collaborateur au journal La Tempête, en référence aux travaux des futuristes italiens, écrivains comme Filippo Tommaso Marinetti ou peintres comme Umberto Boccioni, Luigi Russolo et Carlo Carrà. Ces techniques, déjà présentes dans L'assassinat d'une renoncule trouvent leur apogée dans Berlin Alexanderplatz.

Ce roman est souvent comparé en France à Voyage au bout de la nuit de Céline (tous deux ont été écrits entre les deux Guerres mondiales)[4]. Ce chef-d'œuvre de la littérature allemande s'articule autour de la place Alexander à Berlin, dans les années 1925-1930, alors que le roman de Céline s'ouvre sur la place de Clichy à Paris.

Berlin Alexanderplatz a été adapté à l'écran à de nombreuses reprises, d'abord en 1931 par Piel Jutzi avec Heinrich George dans le rôle de Franz Biberkopf, puis en 1979 par Rainer Werner Fassbinder, qui en fit une série télévisée de 14 épisodes, longue de plus de 900 minutes.

Novembre 1918. Une révolution allemande[modifier | modifier le code]

Présentation[modifier | modifier le code]

Novembre 1918 est composé de quatre volumes – respectivement, Bourgeois & soldats, Peuple trahi, Retour du front et Karl & Rosa – dont la genèse mouvementée mérite une attention particulière. Écrit entre 1937 et 1943 pendant l’exil, le manuscrit des trois premiers a voyagé dans une serviette à travers la France avant que Döblin le confie à son ami germaniste Robert Minder, avant d'embarquer pour les États-Unis, contraint à fuir le nazisme ; il y écrira la dernière partie, Karl et Rosa.

Seul le premier tome, Bourgeois et soldats, paraît pendant l’exil en octobre 1939, à Amsterdam, chez l’une des principales maisons d’édition de la littérature allemande en exil. Le deuxième tome, que Döblin sépare en deux volumes, Peuple trahi et Retour du front, n’est éditée qu’après guerre, en automne 1948 et au printemps 1949, à Munich. Bourgeois et soldats, qui a fait l’objet de censure de la part des autorités françaises auxquelles déplaisaient les pages alsaciennes du roman, est édité sous forme de « prélude » d’une cinquantaine de pages. Enfin Karl et Rosa paraît, sous un tirage confidentiel, chez le même éditeur, en 1950. Il faut attendre 1978 pour que paraissent les trois tomes en RFA et 1981 en RDA. Les raisons de ce retard sont d’ordre politique : il n’est pas dans l’intérêt de l’Allemagne de l’Ouest d’après-guerre de remuer le passé et de revenir sur la Révolution allemande de 1918. Ce qui est à l’ordre du jour, à l’époque du boom économique que connaît l’Allemagne des années 1950, c’est l’oubli. Quant à la RDA, elle ne voyait pas d’un bon œil le retour du polémique Döblin, contempteur de la bureaucratie de parti ; où ce n’est pas avec un Karl Liebknecht irresponsable et une Rosa Luxembourg hystérique qu’on éduque le peuple.

Döblin, qui dépeint dans cette tétralogie un peuple allemand plutôt passif dans la Révolution de novembre, veut montrer que ce n’est pas dans la léthargie qu’on fait l’histoire.

Tome 1, Bourgeois et soldats[modifier | modifier le code]

L’histoire est inspirée par l’expérience personnelle de Döblin en Alsace. De cette expérience Döblin d’abord tire un récit, Jours de révolution en Alsace, qui paraît dans la revue Die neue Rundschau (de) en février 1919. Döblin y dépeint la Révolution comme une joyeuse blague, un carnaval.

Ce premier tome traite des relations entre l’Allemagne et la Révolution, en confrontant plusieurs personnages de différentes positions sociales afin d’atteindre le plus d’objectivité possible ; une démarche qui sera poursuivie par Döblin dans les tomes suivants.

Tome 2, Peuple trahi[modifier | modifier le code]

Ce deuxième tome couvre la période du 22 novembre au lendemain du 26 décembre 1918. L’action se déroule autant à Berlin, au sein de la rédaction de Die Rote Fahne (Le Drapeau rouge), chez les prolétaires, dans les beaux quartiers, à Kassel, à Strasbourg et même à Paris.

Tome 3, Retour du front[modifier | modifier le code]

Le troisième volume de Novembre 1918 couvre la période qui va des « alentours du 8 décembre » 1918 jusqu’autour du 14 décembre, et qui, du point de vue événementiel comprend l’opération de « nettoyage » de la capitale et la formation des « corps francs » à l’initiative du général Maercker (de). La Contre-révolution tombe cependant à l’eau, mais ce n’est que partie remise.

Tome 4, Karl et Rosa[modifier | modifier le code]

Karl et Rosa, rédigé en Amérique entre 1942 et 1943, est la dernière partie de la tétralogie: derniers mois de captivité de Rosa Luxembourg, proclamation de la République le 9 novembre 1918, enfin déclenchement et écrasement de la révolution spartakiste et assassinat de ses deux chefs, Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg.

Ætheria[modifier | modifier le code]

Ce roman daté de 1949 occupe une place particulière[interprétation personnelle] dans l'œuvre de Döblin car il met en valeur une dimension mystique de la personnalité de l'auteur. Converti au catholicisme en 1941, Döblin trouve avec cette œuvre, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, une voix d’apaisement et de réconciliation.[interprétation personnelle]

Le roman s’inspire librement de la figure à demi légendaire d’Éthérie ou Égérie, auteur supposé d’un journal de voyage à Jérusalem ; il n’a pourtant rien d’historique. Le monde méditerranéen des premiers siècles de l’ère chrétienne sert ici de toile de fond à une narration d’une liberté totale qui fait de ce voyage, avec ses multiples rebondissements, une aventure initiatique où l’imaginaire mène aux portes de la mystique.

Extrait :

« Ætheria avait connu le bonheur lors de sa traversée. Ici, elle se remit à aider les autres comme si elle était chez elle et non en pèlerinage. Elle apportait son soutien aux personnes faibles et les conduisait dans la chapelle d’Eusebius. Pour ne pas se trahir, il lui fallut, bon gré mal gré, prendre part aux prières. Et bien qu’elle les suivît sans enthousiasme et avec distraction, elle fut rapidement entraînée dans l’extase, comme par violence, contre sa décision de tenir bon et de simplement veiller aux femmes qu’elle avait amenées ici. Voilà qu’elle était étendue sur le sol et entraînait les autres qui priaient avec ferveur et balbutiaient. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Notices d’autorité : Fichier d’autorité international virtuel • International Standard Name Identifier • Bibliothèque nationale de France • Système universitaire de documentation • Bibliothèque du Congrès • Gemeinsame Normdatei • Bibliothèque nationale de la Diète • WorldCat
  • 1913 - Die Ermordung einer Butterblume
    • L'Assassinat d'une renoncule
  • 1915 - Die drei Sprünge des Wang-Lun
    • Les Trois Bonds de Wang Lun. Roman chinois, trad. E.P. Isler, révisée par Lucie Roignant, Marseille, Agone, 2011
  • 1918 - Wadzeks Kampf mit der Dampfturbine
  • Der Schwarze Vorhang
  • 1920 - Wallenstein
    • Wallenstein, trad. Michel Vanoosthuyse, Marseille, Agone, 2012
  • 1924 - Berge, Meere und Giganten
  • Die beiden Freundinnen und ihr Giftmord
    • L'Empoisonnement
  • 1925 - Reise in Polen
    • Traduction française (extraits) Nicole Casanova, Revue de littérature Théodore Balmoral, no 56/57, 58, Orléans, 2008
  • 1927 - Manas
  • 1929 - Berlin Alexanderplatz. Die Geschichte vom Franz Biberkopf
  • Die Ehe
  • Unser Dasein
  • 1934 - Babylonische Wandrung
  • 1935 - Pardon wird nicht gegeben
    • Pas de pardon
  • Das Land ohne Tod
  • November 1918. Eine deutsche Revolution (publication intégrale 1949-1950)
    • 1939 - t. 1 : Bürger und Soldaten
      • Bourgeois et soldats, trad. Yasmin Hoffmann & Maryvonne Litaize, Marseille, Agone, 2009
    • t. 2 : Verratenes Volk
      • Peuple trahi, trad. Yasmin Hoffmann & Maryvonne Litaize, Marseille, Agone, 2009
    • t. 3 : Heimkehr der Fronttruppen
      • Retour du front, trad. Yasmin Hoffmann & Maryvonne Litaize, Marseille, Agone, 2009
    • t. 4 : Karl und Rosa
      • Karl & Rosa, trad. Yasmin Hoffmann & Maryvonne Litaize, Marseille, Agone, 2008
  • Der unsterbliche Mensch
  • Der Oberst und der Dichter
  • Schicksalsreise
  • 1956 - Hamlet, oder die lange Nacht nimmt ein Ende
    • Hamlet, ou La longue nuit prend fin
  • Die Zeitlupe
  • Aufsätze zur Literatur, 1963
    • traduction en français par Michel Vanoosthuyse sous le titre L'art n'est pas libre, il agit. Écrits sur la littérature (1913-1948), Agone, coll. « Banc d'essais », 2013

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Le Cherche midi,‎ 2011, 385 p. (ISBN 9782749121697, lire en ligne), p. 272.
  2. (fr) g.bude.orleans.free.fr
  3. (fr) [PDF] « Un monument unique », p. 198
  4. Notamment par Pierre Mac-Orlan, dans la préface à l'édition française de 1970

Liens externes[modifier | modifier le code]