Ingeborg Bachmann

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Ingeborg Bachmann

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Graffiti de Jef Aérosol au musée Robert Musil de Klagenfurt

Naissance 25 juin 1926
Klagenfurt
Décès 17 octobre 1973
Rome
Adjectifs dérivés bachmannien

Ingeborg Bachmann est une poétesse et novelliste autrichienne née à Klagenfurt en Carinthie le 25 juin 1926, et morte à Rome le 17 octobre 1973.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maison natale d'Ingeborg Bachmann à Klagenfurt.

Ingeborg Bachmann était la fille d'un directeur d'école protestant, Mathias Bachmann, qui avait adhéré au NSDAP, alors encore interdit en Autriche, dès 1932, et qui s'est engagé comme volontaire dès la déclaration de guerre à la Pologne en 1939[1].

Après avoir commencé des études de droit, elle se consacre aux lettres et à la philosophie et obtient son doctorat de philosophie en 1950 avec une thèse intitulée : La réception critique de la philosophie existentielle de Martin Heidegger.

Comme beaucoup d'écrivains germanophones de l'immédiat après-guerre, elle commence sa carrière de poétesse à l'intérieur du Groupe 47. Elle reçoit du reste le prix du Groupe 47 pour son premier recueil de poèmes, Le délai consenti (Die Gestundete Zeit), en 1953.

Ses poèmes et pièces radiophoniques reçoivent à la fois un succès critique et un engouement du public, et lui assurent une grande renommée dans le monde germanophone.

La session du Groupe 47 de 1958, dite Grossholzleute, voit l'émergence d'une frange féminine menée par Ingeborg Bachmann, Ilse Aichinger et d'autres auteures. Le Groupe 47 veut libérer les Hommes des mots salis par les Nazis, et les aider à écrire un nouveau monde. Il va servir aussi, se disent-elles, à nettoyer le langage des mots dont se servent les hommes pour parler des femmes en leur nom, et donc, usurper leur place - et taire leurs passions. C'est le début d'une tentative littéraire originale et révolutionnaire d'écrire l'Amour, que les femmes ressentent avec leurs mots à elles - non ceux fabriqués par des siècles d'auteurs masculins (voir sur ce thème la nouvelle de Bachmann, « Ondine », dans le recueil La trentième année : Das dreißigste Jahr).

Ce changement d'objectif « politique », de thématique littéraire, ainsi que le passage du poème à la nouvelle, vont briser le lien entre Bachmann et le public.

De 1958 à 1962, Ingeborg Bachmann partage sa vie avec l'écrivain suisse allemand Max Frisch, rencontré à Francfort. Ils vivent entre Rome et Francfort.

En 1959, elle inaugure, comme premier professeur invité, la chaire de poétique de l'université de Francfort-sur-le-Main, créée par cette université pour permettre à un écrivain de langue allemande d'y exposer son « art poétique ». Des six conférences initialement prévues (de novembre 1959 à février 1960), Ingeborg Bachmann n'en donnera que cinq. Leur titre : « Questions de poésie contemporaine.»

Elle reçoit en 1964 le prestigieux prix Georg-Büchner pour ses poèmes, et compose pour la réception de celui-ci son texte : Berlin, un lieu de hasards.

Malina (premier tome de la tétralogie Genres de mort : Todesarten), publié en 1971, sera aussi son dernier ouvrage publié de son vivant : la mort soudaine de Bachmann va laisser son travail en chantier. Ce roman se veut le premier volet dans l'aboutissement d'un effort de rénovation « féminin » de la langue - tel que, depuis longtemps, l'envisage Bachmann. Le roman est adapté à l'écran en 1991 par le cinéaste allemand Werner Schroeter, Isabelle Huppert jouant le rôle de l'héroïne du roman, qui meurt brûlée dans sa maison de Vienne, comme la romancière.

Ingeborg Bachmann meurt brûlée vive dans sa chambre d'hôtel à Rome, le 17 octobre 1973. S'agit-il d'un accident, ou de ce que Stig Dagerman appelait l'« accident de travail » de l'écrivain : le suicide ? La thèse la plus probable reste celle de l'accident, mais certains éléments seraient mystérieux.

Elle a par ailleurs été la « femme aimée » de Paul Celan. En août 2008, leur très importante correspondance est publiée par l'éditeur Suhrkamp sous le titre Herzzeit (Le temps du cœur).

Ingeborg Bachmann a écrit les livrets de deux opéras de son ami le compositeur Hans Werner Henze : Der junge Lord (Le jeune Lord), Der Prinz von Homburg (Le Prince de Hombourg) et le texte de la symphonie chorale pour soprano et orchestre Nachtstücke und Arien (1957).

Depuis 1977, le prix Ingeborg Bachmann est décerné à Klagenfurt.

Tombe d'Ingeborg Bachmann.

Thèmes[modifier | modifier le code]

À travers ses poèmes, elle cherche, conformément à l'objectif du Groupe 47, à renouveler le langage : on ne construit pas « un monde nouveau sans un langage nouveau ».

Une autre thématique purement bachmannienne se dégage lentement : l'Amour et sa violence relationnelle inhérente, l'incommunicabilité dans le couple ; mais aussi, le tragique de l'existence féminine.

L'œuvre d'Ingeborg Bachmann est divisée en deux parts : celle du succès poétique du début (1953-1958), dans des formes originales ; à sa suite (de 1958 jusqu'à sa mort), celle du travail romanesque, plus personnel, plus irréductiblement féminin, du ravalement de l'allemand et de sa littérature - ce second travail étant laissé inachevé par sa mort tragique.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Le délai consenti (Die gestundete Zeit, 1953), recueil de poèmes
  • Les Cigales (Die Zikaden, 1955), pièce radiophonique
  • Invocation à la Grande Ourse (Anrufung des Großen Bären, 1956), recueil de poèmes
  • Le Bon Dieu de Manhattan (Der Gute Gott von Manhattan, 1958), pièce radiophonique
  • La Trentième Année (Das dreißigste Jahr, 1961), 2010, recueil de nouvelles
  • Berlin, un lieu de hasards (Ein Ort für Zufälle, 1965), 1987 (avec des dessins de Günter Grass), texte court
  • Malina (1971), 1973, roman
  • Trois sentiers vers le lac (Simultan, 1972), 1982, recueil de nouvelles
  • Franza (Der Fall Franza, 1979), roman
  • Requiem pour Fanny Goldmann (Requiem für Fanny Goldmann, 1979), roman
  • Le Passeur (nouvelles)
  • Leçons de Francfort (Frankfurter Vorlesungen, 1980), recueil de cinq textes de conférences
  • Lettres à Felician (Briefe an Felician, 1945-46, publiées en 1991)
  • Œuvres (Thesaurus, Actes Sud, 2009)
  • Journal de guerre, suivi des Lettres de Jack Hamesh à Ingeborg Bachmann (Kriegstagebuch. Mit Briefen von Jack Hamesh an Ingeborg Bachmann, 2010), (Actes Sud, 2011)
  • Paul Celan / Ingeborg Bachmann, Le Temps du cœur. Correspondance, traduite par Bertrand Badiou, Paris, Seuil, 2011.

Critique[modifier | modifier le code]

  • Ingeborg Bachmann par Françoise Rétif, Belin, « Voix allemandes », Paris 2008, 183 pages (ISBN 978-2-7011-4509-9)
  • Ingeborg Bachmann, le signe et la convention par Miguel Couffon, L'Harmattan, Espaces littéraires, Paris 2009, 118 pages (ISBN 978-2-296-10588-1)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christine Lecerf, « Ingeborg Bachmann », La Quinzaine littéraire, no 864, 1er novembre 2003

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]