Guillaume Tell (opéra)

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Adamo Didur dans Guillaume Tell
Ouverture de Guillaume Tell

Guillaume Tell est un opéra en quatre actes de Gioachino Rossini, sur un livret d'Étienne de Jouy et Hippolyte Bis, et aidés d'Armand Marrast et d'Adolphe Crémieux, d'après la pièce de Friedrich von Schiller[1]. Il fut créé le 3 août 1829 à l'Opéra de Paris. Traduit en italien sous le titre de Guglielmo Tell, sa première est donnée à Lucques en 1831, les quatre actes furent réduits à trois. Première à Londres à Drury Lane en 1830 (en anglais).

Cet opéra, malgré une musique de grande qualité, dure près de quatre heures en version originale et même près de cinq heures d'après Kobbé[2] est donc aujourd'hui rarement représenté, même en Italie (lors du Rossini Opera Festival en 1995 la dernière fois). Comme toujours chez Rossini, la partition abonde en airs de bravoure et un baryton ou un ténor y peut briller de tout son éclat.

Seule l'ouverture, pièce de choix dans un concert, est fréquemment exécutée de nos jours. Avec celle du Barbier de Séville, de Semiramide, ou encore de La Pie Voleuse c'est en effet une des meilleures ouvertures du compositeur grâce à ces moments de calme et de douceur contrastant avec des instants violents ou de fougue impétueuse. L'Allegro vivace final de l'ouverture est extrêmement célèbre (utilisé par exemple dans Orange mécanique ou dans des publicités).

Argument[modifier | modifier le code]

L'opéra se déroule au XVIIIe siècle et raconte la fameuse histoire de Guillaume Tell qui rassemble les Suisses contre les Autrichiens. Une intrigue secondaire évoque l'amour du patriote Arnold pour l'Autrichienne Mathilde.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Guillaume Tell (Baryton)
  • Hedwige, son épouse (Soprano)
  • Jemmy, leur fils (Soprano)
  • Gesler, gouverneur (Basse)
  • Mathilde, sœur de Gessler (Soprano)
  • Arnold, prétendant de Mathilde (Ténor)
  • Melchthal, père d'Arnold (Basse)
  • Rodolphe, capitaine dans la garde de Gessler (Ténor)
  • Walter Furst (Basse)
  • Leuthold, un berger (Basse)
  • Ruodi, un pêcheur (Ténor)

Analyse de l'ouverture[modifier | modifier le code]

Dès 1834, dans la Gazette Musicale de Paris d'octobre et novembre, Hector Berlioz « rend compte sur Guillaume Tell de Rossini », particulièrement de son Ouverture qui, selon lui, « est une œuvre d’un immense talent qui ressemble au génie à s’y méprendre »[3].

L'ouverture est en 4 parties. Une forme sonate y apparaît dans le début, démontrant un grand classicisme mozartien. Toutefois, Rossini y instaure son propre style, perceptible dès les premiers arpèges mêlés aux trémolos des cordes.

La première partie Andante, en mi mineur, dure trois minutes et est jouée uniquement par un quintette de violoncelles (excepté deux petits roulements de timbales (prémices de l'orage?) et quelques pizzicatos de cordes). Elle exprime le calme alpin des montagnes suisses. Ce très beau morceau en arpèges, plein de lyrisme, est un exemple parfait de maîtrise du contrepoint. Le choix des violoncelles n'est pas surprenant car dans sa jeunesse, Rossini en jouait ; cela pourrait donc être un hommage.

La deuxième partie Allegro, toujours en mi mineur, dure environ deux minutes et demie et est joué par tout l'orchestre, il décrit l'orage qui s'abat sur le navire de Tell au troisième acte. Il commence piano par un grondement pressé de violons soutenu par un cor qui reçoit pour réponse trois notes piquées aux bois, trémolo aigu des violons, de nouveau les trois notes piquées. Cet épisode se répète deux fois. À la quatrième fois, l'orchestre se lance dans un oppressant crescendo qui éclate avec force: l'orage, déchaîné, s'abat sur le navire. Suit une descente chromatique des violons libérant les cuivres qui se déchaînent, les trombones (avec les bassons) jouant notamment une courte mais terrible fanfare. Au milieu, l'orage redouble de violence avec des trémolos suraigus, des cuivres en fureur et des bois vifs. Mais comme dans la Symphonie Pastorale de Beethoven, le déchaînement des éléments finit par s'atténuer dans un diminuendo tout aussi inquiétant et l'orchestre s'immobilise peu à peu, les grondements de l'orage s'évanouissent alors. Un passage tel que l'orage est courant chez Rossini qui dans beaucoup de ses opéras introduit des musiques d'orage (Le Barbier de Séville, la Cenerentola...)

La troisième partie Andantino (environ deux minutes trente) dans la relative de mi mineur, c'est-à-dire sol majeur, exprime la douceur campagnarde. Après un épisode tel que l'orage, il fallait bien un morceau plus serein pour équilibrer. C'est le cor anglais, instrument « pastoral » par excellence qui domine ici. Il interprète et répète un doux ranz des vaches qu'enlacent les arabesques de la flûte. Vers la fin, le tempo se ralentit et le ranz semble tourner sur lui-même. La parenté avec la Pastorale est encore plus évidente car dans la symphonie de Beethoven, un chant paysan sous forme de ranz succède à l'orage du quatrième mouvement comme ici.

La quatrième partie Allegro vivace (trois à quatre minutes) en mi majeur, est très célèbre et symbolise la révolte des Suisses contre leur envahisseur autrichien, cette partie peut être jouée de telle manière que l'auditeur en ait le souffle coupé. Un appel de trompettes interrompt brusquement la rêverie du cor anglais. Aussitôt un grand passage Music dynamic pianissimo.svg, presque en crescendo tout à fait style Rossini, construit sur une figure dactylique s'annonce, il commence dans le grave et est fortement interrompu deux fois par un brusque fortissimo. Il s'apparente à merveille à une charge de cavalerie. Enfin, pleine de puissance, éclate la fanfare triomphale ponctuée par la batterie, inarrêtable même quand des fragments en sont repris piano. Le galop (des chevaux ?) des dactyles recommence et tutta forza un nouvel épisode étincelant de brio joué deux fois porte l'orchestre dans un sommet victorieux où les violons jouent avec frénésie. Puis tout se calme soudainement, mais l'ardeur ne s'éteint pas car les violons, accompagnés discrètement par les vents, se lancent dans un perpetuum mobile absolument vertigineux construit à partir des motifs précédents. Le tutta forza revient alors, toujours aussi fougueux. La fanfare triomphale reprend de plus belle et de nouveau la transition piano apparaît. Pour la troisième fois, les galops s'élèvent, et se jettent dans l'étourdissante coda.

Stringendo, le tempo s'accélère encore plus, la victoire des Suisses est consommée et l'orchestre s'emballe dans une véritable explosion de joie dionysiaque. Un rappel de la fanfare mène à un déluge d'accords cadentiels, et à une péroraison éclatante qui se termine par une bribe de la fanfare et deux puissants accords syncopés, victorieux, du tutti.

À noter[modifier | modifier le code]

  • L'œuvre, lorsqu'elle est donnée intégralement, dure plus de six heures comme les représentations programmées lors du Festival de Pesaro dans les années 1990.
  • Dirigeant lui-même l'intégralité se son opéra, Rossini s'est adressé aux musiciens en leur disant : « Il n'y a pas une minute à perdre ! »

Utilisation dans d'autres œuvres[modifier | modifier le code]

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche sur le site de la Bibliothèque nationale de France.
  2. Tout l'opéra, article Rossini, p. 740 : « Joué intégralement, Guillaume Tell dure près de cinq heures »
  3. Article transcrit et présenté par Liliane Lascoux sur le Site Hector Berlioz

Liens externes[modifier | modifier le code]