Olier Mordrel

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Olier Mordrel
Fonctions
directeur du parti national breton
juillet 19408 décembre 1940
Prédécesseur François Debeauvais
Successeur Raymond Delaporte
Biographie
Nom de naissance Olivier Marie Joseph Mordrelle
Date de naissance 29 avril 1901
Lieu de naissance Paris
Date de décès 25 octobre 1985 (à 84 ans)
Lieu de décès Léchiagat
Nationalité Française
Parti politique Parti autonomiste breton

Parti national breton

Profession Architecte, écrivain
Religion Néo-paganisme

Olier Mordrel, (né à Paris le 29 avril 1901, mort le 25 octobre 1985 à Léchiagat), Olivier Marie Joseph Mordrelle à l'état civil, est un militant nationaliste breton. Membre fondateur du journal Breiz Atao, du Parti autonomiste breton puis du Parti national breton, il s'engagea dans la collaboration avec l'Allemagne nazie avant d'être écarté de la direction du PNB par les Allemands dès l'automne 1940 puis placé en résidence surveillée. Il était favorable à l'autonomie de la Bretagne comme nation associée à la France. Il est aussi connu sous les pseudonymes de Jean de La Bénelais, Er Gédour, Calvez et Olivier Launay, noms avec lesquels il a signé ses nombreux ouvrages et articles.

Il a appris le breton à Paris. Après des études aux Beaux-Arts, il exerce pendant dix ans la profession d'architecte à Quimper[1].

Olier Mordrel est un des théoriciens du nationalisme breton et son influence marque encore aujourd'hui au moins la frange la plus à droite de l'Emsav.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Olivier Mordrelle naît en 1901 à Paris. Il est le fils de Joseph Mordrelle, général des troupes coloniales originaire de Plerguer dans le région malouine, et de sa femme d'origine corse[2].

Entre-deux guerres[modifier | modifier le code]

Engagements politiques[modifier | modifier le code]

Débuts politiques dans le mouvement breton[modifier | modifier le code]

Mordrel adhère au groupe régionaliste breton en 1919, parti classé à l'époque plutôt à droite créé en septembre 1918 dans le but de rompre avec l'Union régionaliste bretonne et son régionalisme aristocratique et conservateur[3]. Celui-ci évolue les années suivantes en parti autonomiste breton, au sein duquel deux lignes cohabites, l'une fédéralistes, et l'autre nationaliste ; Mordrel incarne alors avec François Debeauvais cette dernière ligne[4]. Mordrel entend alors incarner une figure d'intellectuel et de tête pensante d'une « bourgeoisie nationale » bretonne[5]. Il s'implique de façon grandissante dans les activités du groupe : il rejoint la revue Breiz Atao à 18 ans, est président de l'Unvaniez Yaouankiz Vreiz à 21 ans, et devient coprésident parti autonomiste breton à 26 ans[6]. Après un échec lors d'une élection en 1930, le PAB implose entre ces deux tendances, et sous l'influence de Mordrel et de Debeauvais les tenants du nationalisme fondent le Parti national breton[n 1],[7].

Prise de pouvoir chez les nationalistes bretons[modifier | modifier le code]

Après la destruction d'une statue symbolisant l'union de la Bretagne à la France en façade de la mairie de Rennes par le groupe Gwenn ha Du le août 1932[8], Mordel prend l'initiative de créer le groupe clandestin Kuzul Meur dont il devient secrétaire, dans le but affiché de faire la liaison entre les différents groupes politiques issus du nationalisme breton, mais aussi pour mieux contrôler le groupe Gwenn ha Du et son chef, Célestin Lainé[9].

Il structure sa pensée politique à l'époque en publiant en 1933 le « programme SAGA »[n 2], rompant avec le capitalisme et le marxisme et préconisant un capitalisme corporatif, et déclinant des mesures allant du rejet des étrangers jusqu'au contrôle des organisations de jeunesse. Celui-ci est raillé par les fédéralistes, le surnommant « salade armoricaine garanti authentique », et au sein de son parti ne parvient pas à gagner l'assentiment de Debeauvais. Plus globalement, le PNB évolue à cette époque et sous son influence vers un modèle fasciste, comme d'autres mouvements issus de minorités nationales en France[10], ou comme une partie de la classe politique et de l'intelligentsia française[11].

Une rupture intervient après la crise du 6 février 1934, après laquelle Mordrel déclare « laissons les français se débrouiller entre eux », et celui-ci évolue du fascisme italien ver le national-socialisme allemand, plus dynamique à l'époque. Il lance alors avec l'accord implicite de Debeauvais la revue doctrinale Stur ; celle-ci ne cache pas sa sympathie pour les thèses nazies, mais suscite des réserves parmi les plus modérés du PNB regroupés autour de Raymond Delaporte. Après une crise dans le parti en 1937 autour de ces idées, et le départ de Delaporte, Mordrel n'a plus d'opposition pour imposer ses thèses au parti à partir du congrès de Carhaix d'août 1937. Dès lors, le parti le cache plus son soutien au Reich, notamment en se positionnant favorablement à la suite de l'Anschluss, ou en s'opposant à une intervention en faveur des Tchèques[12].

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, Mordrel s'enfuit avec Debeauvais et arrivent en Allemagne le 19 août 1939, où ils sont pris en charge par des membres des services secrets allemands, et le 10 octobre, le PNB est interdit en France[13]. Il est dans le même temps condamné par contumace en France pour « atteinte à l'unité nationale »[6].

Évolutions idéologiques[modifier | modifier le code]

Les évènements irlandais, comme l'insurrection de Pâques 1916 et la guerre d'indépendance de 1919 à 1921, marque Mordrel au début des années 1920 comme le reste du mouvement breton. Ils tendent à légitimer la violence politique, tout en permettant de rompre avec la modération du régionalisme[n 3],[14]. Cette utilisation du cas irlandais lui permet d'aller chercher à l'étranger des idées et de les transplanter en Bretagne[15]. Mordrel se rend ainsi à Dublin en 1925 et y visite les haut-lieux de l'insurrection ; par la suite il écrit rêver de reproduire cet exemple à Rennes en prenant d'assaut le palais du commerce[16]. Il lit aussi les écrits d'Arthur Griffith, le fondateur du Sinn Féin, « non pour suivre incontinent ses traces, mais plutôt pour nous imprégner de cette sorte d'esprit qui mène à la victoire »[17].

Il théorise pour la première fois sa conception de l'interceltisme en 1923, en première page de la revue Breiz Atao. Selon lui, les échanges avec les autres pays celtiques permettent aux bretons de réfléchir hors du cadre français[18], mais aussi de « distinguer ce qui, dans leur pays, est à eux de ce qu'il y a été apporté du dehors (...) [pour] éliminer de leur esprit, de leur culture, de leurs mœurs, les scories latines qui en rompent l'harmonie et en amoindrissent la force. »[19]. Celle-ci présente dès son origine une dimension raciale et ethnique très forte[20], plus idéologique et plus utilitaire que celle qu'avaient promu les régionalistes avant lui[21].

Avec les années 1930 une évolution idéologique vers l'Allemagne nazi apparait chez Mordrel, et son interceltisme permet de faire le liens entre Celtes et Germains, par des « solidarités raciales nordiques »[22]. Il se radicalise pendant cette décennie et s'oriente vers le nazisme[23]. Son lancement de la revue Stur en 1935 va structurer idéologiquement l'extrême-droite bretonne autour d'un racisme qui définit le celtisme comme une opposition au latinisme et au cosmopolitisme, et en définissant une communauté raciale et culturelle entre Germains et Celtes[24]. Dans le même temps il s'éloigne de l'interceltisme prôné par les congrès celtiques qu'il critique, et il cesse de s'y rendre à partir de 1930[25]. Il continue de se référer à l'Irlande ou à l'interceltisme à la fin de cette décennie, mais pour en faire des analyses pro-allemandes[26],[27],[28].

Maturation artistique[modifier | modifier le code]

Maison Kodak de Quimper.JPG
 
L'immeuble Ty Kodak de Quimper construit en 1933 par Mordrel et classé depuis 2006 aux Monuments historiques[29].
L'immeuble Ty Kodak de Quimper construit en 1933 par Mordrel et classé depuis 2006 aux Monuments historiques[29].

Alors étudiant en architecture à Paris, Mordrel rencontre en 1919 Morvan Marchal étudiant lui à Rennes. Tous deux sont partisans d'une architecture bretonne en rupture avec le traditionalisme prôné par les régionalistes du premier Emsav, et ancré dans la modernité. Ils se rapprochent à l'époque du mouvement des Seiz Breur de Jeanne Malivel qui sont sur une ligne artistique proche[30]. Contrairement à ses prédécesseurs qui se tournaient vers les maisons paysannes comme source d'inspiration, Mordrel compte alors mettre l'architecture bretonne dans la dynamiques des grands courant internationaux, et se tourne vers les villes, et dès 1922 parle de « gratte-ciels [qui] bretonneront du rez-de-chaussée au cinquantième étage. »[31].

Il voyage pendant les années 1920 pour prendre connaissance des créations artistiques dans d'autres pays : à Kendal pour y voir les travaux de Voysset, rencontre Huibrecht Hoste à Louvain en 1925, et en 1931 va visiter les création de Martin Elsaesser à Frankfort. Avec Marchal, il est de plus en plus influencé par des styles étrangers comme le De Stijl hollandais ou le Bauhaus allemand. Avec Morvan, ils publient pendant cette période la synthèse de leurs réflexions dans pas moins de neuf revues pour convaincre les militants bretons du bien-fondé de leurs démarche[31].

Il signe au début des années 1930 ses deux principales réalisations. Dans le style « paquebot », un courant art déco, l'immeuble Kodak, dit Ty Kodak, est construit à Quimper pour le photographe Joseph Villard, bâtiment blanc de deux étages aux fenêtres reliées par un bandeau de briques bleues vernissées[29]. L'année suivante, il dessine un garage Renault aux étages portés par des poutres en béton armé[30].

Ses lectures de Oswald Spengler à partir du milieu des années 1930 le convainquent cependant que le modernisme qu'il voyait comme un source de ressourcement pour la Bretagne n'est qu'une source de décadence pour celle-ci[32].

Seconde guerre mondiale[modifier | modifier le code]

L'exil en Allemagne, et la tentative de coup d'état[modifier | modifier le code]

Mordrel et Debeauvais sont pris en charge en gare de Cologne le 30 août 1939 par le docteur Otto Wagner, membre de l'abwehr et abonné de longue date de Breiz Atao[33], puis installés à Berlin en septembre par deux autres membres des services secrets allemand[34]. Là, ils obtiennent quelques soutiens de la part de certains officiers aristocrates, comme la création symbolique d'une radio émettant en breton depuis un poste militaire allemand, en jouant la carte d'un prétendu gouvernement breton en exil, ou Bretonische Regierung. Ils rencontrent aussi en mai 1940 le futur ambassadeur nazi en France Otto Abetz, mais celui-ci se montre moins disposé à les aider que les militaires ; politiquement ils sont plus tolérés que soutenus[35].

Avec la débâcle de mai 1940, Mordrel veut profiter du vide institutionnel laisser pour tenter de mettre en place un état breton. Coupé de ses contacts du Parti national breton sur place après près d'un an d'exil, il imagine de recruter parmi les prisonniers de guerre faits par les allemands des bretons disposés à les aider[36]. Toujours avec l'aide des services secrets allemand, lui et Debeauvais parviennent à faire libérer plusieurs bretons et à les regrouper dans un camps à Luckenwalde[37], mais la plupart des recrues sont avant tout motivées par la perspective d'une libération[38]. Au total 600 prisonniers vont être libérés de cette façon entre juillet et décembre 1940. Le premier contingent quitte le camps de Luckenwalde pour la Bretagne le 14 juin 1940 avec l'idée de précéder l'arriver des troupes allemandes en de prendre le contrôle du principal journal de la région, Ouest-Éclair, ainsi que de la préfecture et de la mairie de Rennes. Mais alors que les troupes allemandes entrent dans Rennes le 18 juin, Debeauvais n'y arrive que le 22 juin sans troupe, alors que Mordrel est lui toujours à Berlin[39], et ne rentre en Bretagne que courant juillet[40], signant ainsi l'échec de l'opération.

Prise de pouvoir du PNB et chute[modifier | modifier le code]

Après la tentative ratée de mise en place d'un comité national breton en juillet 1940 dans le but de rallier de nouveaux membres, Mordrel relance le parti national breton dissout avant guerre et en prend la direction, laissant la présidence symbolique à un Debeauvais malade et incapable de s'en occuper. Il nome lui-même des responsables départementaux et met en place un conseil politique. Il oriente alors le parti dans une direction davantage séparatiste, germanophile et anglophobe, alors que Debeauvais favorisait un accord avec le régime de Vichy[41].

Après l'entrevue de Montoire du 24 octobre 1940, les espoirs de mise en place d'un gouvernement breton sont complètement écartés, et donc les ambitions politiques de Mordrel. Celui-ci critique ouvertement ces accords dans L'Heure bretonne, le nouveau journal du parti, ce qui indispose l'occupant comme Vichy. Au sein du parti national breton même, cette prise de position créer des divisions[42]. Le 7 novembre 1940, il est informé par une personne de la Feldkommandantur de Vannes qu'une répression contre le parti est envisagée dans les cinq préfectures bretonnes et que lui et Debeauvais font partie des cibles prioritaires[43]. Après s'être mis à l'abri le temps que les risques soient écartés, il présente sa démission du parti le 8 décembre 1940, et doit laisser la place à un Raymond Delaporte plus favorable à une entente avec le régime de Vichy[42].

Lutte d'influence jusqu'à la fin de la guerre[modifier | modifier le code]

Malgré l'arrivé de Raymond Delaporte à la tête du parti national breton, celui-ci reste l'objet d'une lutte d'influence entre le courant séparatiste et germanophile de Mordrel et la tendance plus modérée de Delaporte. Bien que n'occupant plus de poste officiel, Mordrel conserve un réseau influent parmi les militant et en profite pour lancer des opérations de déstabilisation[44]. Fin 1941, une vingtaine de membres de Nantes et de Lorient sont exclus après avoir publié sous son influence des tracts appelant à une scission du parti[45]. En mars 1942, Mordrel obtient l'accord de l'occupant allemand de relancer la revue Stur et s'en sert pour diffuser ses idées[46] ; celle-ci bien que confidentielle exerce une influence sur les membres les plus extrémistes du PNB, et un fossé de plus en plus grand se creuse avec la position pro-Vichy de Delaporte[47]. La crise intervient en novembre-décembre 1943, et plusieurs cadres proches de Mordrel sont exclus ou démissionnent[48].

Fuite, retour, et fin[modifier | modifier le code]

Il fuit en Allemagne vers la fin de la guerre[réf. nécessaire], et rencontre Jacques Doriot le 15 février 1945 sur le lac de Constance. Celui-ci, autoproclamé chef de l'État français, le désigne comme gouverneur d'une Bretagne reconnu comme état associé à la France[49]. Par la suite, il se rend au services de renseignement britanniques à Rome en août, et leur avoue avoir été un agent du services de renseignement de la SS[6].

Il est condamné à mort par contumace en 1946 en France[6], et fuit en Argentine en juin 1948 où il rachète à un ancien nazi un hôtel à Córdoba. Il y reste en exil 23 ans, et poursuit ses études linguistiques tout en entretenant une correspondance avec d'autres bretons. Il rentre en Europe en 1969, d'abord en Espagne, puis en Bretagne en 1971 à la faveur d'une mesure de grâce[49].

Il publie ses mémoires en 1973[21] alors que d'autres acteurs de l'histoire en ont fait de même lors de la décennie précédente[n 4], mais ces témoignages sont dès les années 1970 contredits par les premiers travaux universitaires sur la question[50]. Il publie par ailleurs une douzaine d'autres livres[6], et se rapproche des militants du GRECE et de la Nouvelle Droite[6] ; il tente de renouer avec le mouvement breton, mais ses orientations politiques font que les militants d'alors l'évitent. Il s'occupe un temps d'une crêperie avant de mourir en 1985[49]. A sa mort, un hommage lui est rendu par Alain Guel, ou encore par Yann Fouéré dont il rapproche l'action de celles de Pearse, Masaryk, ou Piłsudski[51].

On croyait qu’il avait été arrêté par les alliés en Italie durant sa fuite et s’était échappé, le 11 mars 1945. On découvre qu’il s'est constitué prisonnier le 25 mai 1945 près de Rome. Il fut interrogé par le MI5 à Florence.[réf. insuffisante] Olier Mordrel révéla avoir participé en avril 1945 dans la banlieue de Munich, à la réunion de représentants d'une quinzaine de pays ouest européens. L'organisation secrète était chargée de planifier des sabotages en Europe ainsi que la formation de partis nationalistes, clairement anticommunistes afin de préparer l’avènement d’un quatrième Reich. La direction allemande se trouvait en Argentine et financerait les opérations via la Suisse. Olier Mordrel devait se rendre à Madrid pour y rencontrer un contact et y créer une cellule bretonne. Expliquant l'absence de réseaux germano-irlandais passant par les réseaux nationalistes bretons, il est relâché en mars 1946 au regard des renseignements fournis au sujet du SD. Cela lui permet de partir pour l'Amérique du Sud et éviter ainsi d'être jugé en France[52].

Il écrit dans la revue Ar Vro, sous le pseudonyme de Brython. Il revient en France, en 1972, collabore à La Bretagne réelle, sous le pseudonyme d'Otto Mohr (son pseudonyme de 1940) et édite divers livres, dont Waffen SS d'Occident. Il a cofondé dans les années 1980 un cercle nationaliste, le Kelc'h Maksen Wledig avec, entre autres, Yann-Ber Tillenon et Georges Pinault, alias Goulven Pennaod.

L'écrivain[modifier | modifier le code]

Il présente le roman Le Loup blanc de Paul Féval comme l'une des origines de sa vocation[53].

Il fonde la revue littéraire Gwalarn avec Roparz Hemon en 1925[54]

Il rencontre Louis-Ferdinand Céline en 1943 avec qui il a quelques échanges à Rennes[55]

Indépendamment de ses engagements politiques, Olier Mordrel est considéré comme un écrivain doté d'un talent de plume certain, tant en langue bretonne qu'en langue française. Dès les années 1920, il commence à formuler une vision de la Bretagne propre, reposant sur une recherche de la pérennité d'une certaine sensibilité celtique. C'est avec "L'essence de la Bretagne" que débute son œuvre littéraire. Il y aborde l'effondrement de la société traditionnelle, la perte des repères, la quête à mener pour revivifier la Bretagne et son être.

Après son retour d'exil, Olier Mordrel s'attache à produire une œuvre complète qui traite à la fois de son engagement passé, de doctrine politique nationaliste, de poésie celtique et d'histoire de l'art. Dans son livre majeur "Breiz Atao", Olier Mordrel fait le bilan de 25 ans de militantisme, non sans écarter les critiques que lui adressent dans leurs propres ouvrages des militants nationalistes, dont Anna Youennou, épouse de François Debeauvais, dans son œuvre en 6 volumes "Breiz Atao et les siens, mémoire du chef breton". L'auteur présente Olier Mordrel comme volontiers hautain, autoritaire, méprisant et opportuniste. Le portrait des relations entre Mordrel et Debeauvais laissant entrevoir des rapports de plus en plus exécrables à mesure que la possibilité de réaliser l'indépendance avec l'aide allemande se concrétise. Reste que Olier Mordrel explique dans le détail son parcours et fournit son propre point de vue sur son engagement. Olier Mordrel cependant se garde d'expliquer les raisons plus intimes de ses sympathies pour l'idéologie nationale socialiste. Il avance au demeurant des motivations comme l'opportunisme, les circonstances exceptionnelles, une certaine communauté d'esprit. Il prend soin de démarquer la démarche du PNB de celle des fascismes par une sensibilité bretonne originale éloignée des stato-nationalismes allemand et italien et rejette l'idée d'une "copie bretonne" de modèles étrangers.

Il continuera à participer de loin à la vie de l'Emsav en adressant via des essais des conseils à la jeune génération. Il délivre notamment des propositions d'ordre politique, comme dans la "Voie Bretonne" ou il dénonce les incohérences idéologiques de la "gauche bretonne". Il approfondit en outre la doctrine nationaliste née dans les années 1920 avec "Breiz Atao" avec "Le Mythe de l'Hexagone" et "L'idée bretonne". Son amour certain de la langue bretonne et de la littérature le pousse à rédiger des poèmes, des traductions mais aussi à saisir et comprendre cette "âme bretonne" qui l'intrigue depuis tant d'années en cherchant chez les écrivains bretons l'expression de cette sensibilité celtique qu'il essaie de cerner et décrire. Ce seront les ouvrages "La littérature en Bretagne" et "Les hommes dieux". Il réalise un atlas de la Bretagne où il livre son propre regard sur la péninsule tant d'un point de vue humain que géographique et dont le titre est "La Bretagne".

Héritage[modifier | modifier le code]

L'héritage d'Olier Mordrel a été longtemps ignoré ou rejeté depuis la fin de la guerre en raison de son parcours clairement marqué par une tentative de conciliation du fascisme, du national-socialisme et du celtisme breton avant et durant le conflit. Ses ouvrages d'après guerre, qui n'abordent pas ces thématiques, sont cependant des références du nationalisme breton d'un point de vue intellectuel, qu'on y adhère ou non. Avec l'apparition d'Adsav en 2000, Olier Mordrel et son héritage ont été réhabilités et parfois glorifiés. Une rupture après 55 ans de dénonciations des nationalistes bretons durant la guerre. En 2005, Adsav organisera une cérémonie sur la tombe de Mordrel pour les 20 ans de sa disparition.

Plus généralement on peut dire qu'avec Adsav, les conceptions mordrelliennes du nationalisme breton que l'on trouvait déjà dans Breiz Atao à l'état embryonnaire, sont devenues les éléments constitutifs d'un nouveau courant à part entière de l'Emsav. Un courant d'extrême-droite ou très proche de l'extrême-droite mais doté d'une perspective propre et différente de l'extrême-droite française.

Une réalité qu'a dénoncée Mona Bras, porte-parole de l'UDB à la suite d'une interview du président d'Adsav où ce dernier souligne les apports d'Olier Mordrel au nationalisme breton. La porte-parole y dénonçait la dérive « mordrellienne » d'une frange de l'Emsav.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Pensées d'un Nationaliste breton, (parues dans Breiz Atao entre 1921 et 1927) ; Rennes, Nouvelles éditions bretonnes, 1933 (sous son pseud. de J. La Bénelais).
  • Celtisme et christianisme ; Merdrignac, Cahiers de la Bretagne réelle, 1969.
  • La subversion chrétienne (Celtisme et christianisme, II) ; Merdrignac, Cahiers de la Bretagne réelle, 1972.
  • Le terrorisme religieux : la grande substitution ou l'inversion des valeurs (Celtisme et christianisme, III) ; Merdrignac, Cahiers de la Bretagne réelle, 1978.
  • Certaine religion étrangère avec une étrange et malfaisante doctrine (Celtisme et christianisme, IV) ; Merdrignac, Cahiers de la Bretagne réelle, 1979.
  • Breiz Atao, histoire et actualité du nationalisme breton, P., éd. Alain Moreau, 1973.
  • La voie Bretonne, Nature et Bretagne, Quimper, 1975.
  • L'essence de la Bretagne, Essai. Guipavas, éd. Kelenn, 1977
  • Les hommes-dieux, récits de mythologie celtique, Paris, Copernic, 1979.
  • L'Idée Bretonne, Éditions Albatros, 1981.
  • Le mythe de l'hexagone, Picollec, 1981.
  • La Bretagne, Nathan 1983.
  • La Galerie bretonne
  • traduction des Chants de l'amour et de la mort du cornette de Rainer Maria Rilke. kanenn hini Langenau, Kenwerzel Breiz, Rennes

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Les fédéralistes structurés autour de Marchal, Mazéas, et Duhamel fondent eux la Ligue fédéraliste de Bretagne.
  2. Strollad ar Gelted Adsavet, ou « Réunion des celtes relevés »
  3. La tendance régionaliste trouve son origine dans le premier Emsav, et est davantage influencée par la situation du pays de Galles, notamment par la création du Gorsedd de Bretagne sur le modèle du Gorsedd des bardes de l'île de Bretagne ou par la création d'un hymne de la Bretagne, le Bro gozh ma zadoù basé sur la musique de l'hymne gallois, le Hen Wlad fy Nhadau.
  4. Yann Fouéré en 1962, Ronan Caouissin en 1967.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (fr) « Hommage à Olier Mordrel par Yann-Ber TILLENON, paru dans la revue “Diaspad”, n°13. », sur euro-synergies.hautetfort.com (consulté le 3 décembre 2010)
  2. Cadiou 2013, p. 294
  3. Hamon 2001, p. 21
  4. Hamon 2001, p. 22
  5. Chartier 2010, p. 314
  6. a, b, c, d, e et f Didier Le Core, « Le pari fou des nationalistes », Bretons, hors série « histoire », no 10,‎ janvier 2012, p. 43
  7. Hamon 2001, p. 23
  8. Hamon 2001, p. 25
  9. Hamon 2001, p. 26
  10. Hamon 2001, p. 27
  11. Hamon 2001, p. 28
  12. Hamon 2001, p. 29
  13. Hamon 2001, p. 31
  14. Chartier 2010, p. 297
  15. Chartier 2010, p. 321
  16. Chartier 2010, p. 298
  17. Chartier 2010, p. 322
  18. Chartier 2010, p. 323
  19. Chartier 2010, p. 324
  20. Chartier 2010, p. 326
  21. a et b Chartier 2010, p. 330
  22. Chartier 2010, p. 379
  23. Chartier 2010, p. 439
  24. Chartier 2010, p. 431
  25. Chartier 2010, p. 404
  26. Chartier 2010, p. 427
  27. Chartier 2010, p. 434
  28. Chartier 2010, p. 437
  29. a et b « Notice no PA29000053 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  30. a et b Xavier de Jarcy, « Un été made in France : en Bretagne, contre les biniouseries, l'épure… et le pire », Télérama, no 3315,‎ 27 juillet 2013 (lire en ligne)
  31. a et b Le Couëdic 1989, p. 18
  32. Le Couëdic 1989, p. 22
  33. Hamon 2001, p. 35
  34. Hamon 2001, p. 36
  35. Hamon 2001, p. 37
  36. Hamon 2001, p. 38
  37. Hamon 2001, p. 41
  38. Hamon 2001, p. 42
  39. Hamon 2001, p. 45
  40. Hamon 2001, p. 47
  41. Hamon 2001, p. 56.
  42. a et b Hamon 2001, p. 57.
  43. Hamon 2001, p. 58.
  44. Hamon 2001, p. 167
  45. Hamon 2001, p. 168
  46. Hamon 2001, p. 169
  47. Hamon 2001, p. 170
  48. Hamon 2001, p. 173
  49. a, b et c Eric Conan, « La cavale des maudits », dans l'Express, 12 août 1993, consulté sur www.lexpress.fr le 27 octobre 2013
  50. Marc Bergère, « Les usages politiques de la Seconde Guerre mondiales en Bretagne : Histoire, mémoire et identité régionale », colloque "Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre mondiale",‎ 15-17 novembre 2001, p. 10 (lire en ligne)
  51. Michel Nicolas, Breizh - La Bretagne revendiquée : des années 1980 à nos jours, Morlaix, Skol Vreizh,‎ janvier 2012, 446 p. (ISBN 978-2-915623-81-9), p. 144-145
  52. Olivier Marie Joseph MORDRELLE (KV2/3410) 20/11/1944 - 02/05/1946 (National Archives)
  53. Chartier 2010, p. 192
  54. Monnier et Cassard 2012, p. 700
  55. .Maïwenn Raynaudon-Kerzerho, « Céline, Breton par choix », Bretons, no 67,‎ juillet 2011, p. 40-45

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kristian Hamon, Les nationalistes bretons sous l'Occupation, Le Relecq-Kerhuon, An Here,‎ 2001, 272 p. (ISBN 2-86843-2247) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article
  • Erwan Chartier, La construction de l'interceltisme en Bretagne, des origines à nos jours : mise en perspective historique et idéologique, Rennes, thèse de l'université Rennes 2,‎ 2010, 722 p. (lire en ligne)
  • Jean-Jacques Monnier (dir.) et Jean-Christophe Cassard (dir.), Toute l'Histoire de Bretagne : Des origines à nos jours, Morlaix, Skol Vreizh,‎ 2012, 864 p. (ISBN 978-2-915623-79-6, présentation en ligne)
  • Alain Deniel, Le mouvement breton ; P., éd. Maspéro, 1976, (ISBN 270710826X).
  • Daniel Le Couëdic, Les architectes et l'idée bretonne, 1904-1945. D'un renouveau des arts à la renaissance d'une identité (thèse d'État) ; Rennes, Shab & Saint-Brieuc, Amab, 1995, 911pp (préface d'Yves Le Gallo).
  • Daniel Le Couëdic, « le salut au drapeau des architectes bretons », Les cahiers de la recherche architecturale, no 24-25,‎ 1989, p. 15-23 (ISBN 2-86364-824-1, lire en ligne)
  • Georges Cadiou, « Mordrel, Olier (1901-1985) », dans EMSAV : Dictionnaire critique, historique et biographique : Le mouvement breton de A à Z du XIXe à nos jours, Spézet, Coop Breizh,‎ 2013, 439 p. (ISBN 978-2-84346-587-1), p. 293-298