François Jaffrennou

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
François Jaffrennou au Celtic Congress, Caernarfon, 1904

François-Joseph-Claude Jaffrennou, né le 15 mars 1879 à Carnoët et mort le 23 mars 1956 à Bergerac, est un écrivain (poésie, théâtre, souvenirs…), imprimeur de ville, puis commerçant en vins et directeur de journaux en langue bretonne. Son nom bardique qui est aussi un de ses pseudonymes littéraires est Taldir. Il était régionaliste, puis nationaliste et barde du mouvement néodruidique. Il est titulaire des Palmes académiques en 1922 et fait chevalier de la Légion d'honneur en 1938.

Famille et formation[modifier | modifier le code]

Il est fils de Claude Jaffrennou, notaire à Carnoët (Côtes-d'Armor) et d'Anne-Marie Ropars, fille du maire de Bolazec. Tous les deux écrivaient des poèmes en breton et le fils a publié un choix des poèmes de sa mère.
Celle-ci avait connu Prosper Proux et l'œuvre de celui-ci, comme le recueil de poésie "Bepred Breizad" de François-Marie Luzel sont les premiers textes en breton qu'il lit vers l'âge de dix ans. Sa mère et sa nourrice connaissaient nombre de contes et de chansons bretons. La collection de chansons imprimée sur feuilles volantes d'Anne-Marie Ropars sera une source importante du catalogue de Joseph Ollivier. Il est donc très largement baigné de la culture orale en breton de sa région des Monts d'Arrée.
Il va faire ses études secondaires à l'École Saint-Charles à Saint-Brieuc il y suit les cours de breton facultatifs de François Vallée, les premiers du genre en Bretagne. Il obtient une licence en droit à l'Université de Rennes et reviendra en 1913 y soutenir une thèse de doctorat ès-lettres écrite en breton et consacrée au poète Prosper Proux.
Il est le père de Gildas Taldir-Jaffrennou.

Les premiers pas dans le régionalisme[modifier | modifier le code]

En août 1898, à Morlaix, à la suite de fêtes bretonnes, fut créée l’Union régionaliste bretonne sous la présidence d’Anatole Le Braz et Jaffrennou devient secrétaire de la section de langue et de littérature bretonnes. En 1898-1899, il travaille, à Morlaix, au journal La Résistance, dont Auguste Cavalier était le directeur. Il y publie une page bretonne. En octobre 1899, il part à Rennes faire des études de droit. Deux mois après son arrivée, il fait la connaissance du directeur de L’Ouest-Éclair, alors à ses débuts et il y publie deux colonnes en breton. Quelque temps après, il fonde la Fédération des étudiants bretons. Il accomplit son service militaire au 48ème de ligne à Guingamp et au Peloton des Dispensés.

Écrivain breton[modifier | modifier le code]

François Jaffrennou, dit Taldir, en costume bigouden de la maison Ravalec

Très jeune, François Jaffrennou obtient une gloire littéraire dans le petit monde de la Basse-Bretagne en publiant entre 1899 et 1911, sous le nom de Taldir, sept recueils de poèmes et chansons en breton.
Son "Levr kanaouennou brezonek" (Chansonnier breton) est d'autant mieux accueilli que les trois livrets sont accompagnés de leurs airs.
Ses œuvres se vendent très bien et il est célébré comme le grand poète que la langue bretonne attendait. Parmi les nombreux éloges publics et privés, celui de Charles Le Goffic, dans Les cahiers de la Quinzaine, en 1904, résume le mieux l'enthousiasme : "Avec le Barzaz Taldir qui vient de paraître et qui a été salué en Bretagne d'une acclamation universelle, Jafrennou a conquis la grande notoriété populaire. L'opinion bretonne veut reconnaître en lui son Mistral. L'assimilation n'est peut-être pas tout à fait juste, mais elle signifie, je pense, que sur le Parnasse armoricain Taldir occupe la même place éminente que l'auteur de Mireilho sur le Parnasse provençal"[1]. Le même Le Goffic a donné une préface au Barzaz Taldir en compagnie d'Anatole Le Braz, et, si ce dernier voit un renouveau dans l'expression en breton comparable à ce qu'ont fait les écrivains de la Pléiade pour le français, le premier précise que "(François Jaffrennou) chante et, depuis Taliesin et Gwic'hlan, la Bretagne n'avait pas entendu une telle voix… Jaffrennou est un barde dans l'acception primitive du mot. Il a conscience au même degré qu'eux de la mission sociale qu'il est appelé à remplir par le monde : chanter ne lui est pas une simple récréation de l'esprit, mais l'exercice d'un apostolat."[2] Sophie Souquet, qui a étudié l'écriture et les thèmes de l'œuvre poétique, pointe son extrême diversité, sa capacité de réunir toutes les époques des littératures celtiques, la synthèse qu'elle représente entre une littérature orale et des littératures écrites que l'on opposait jusqu'ici. Elle remarque que son livre d'histoire de Carhaix est découpé en veillées dont le conteur est un génie romain.
L'exaltation de la "nationalité", de la culture et de l'histoire bretonnes n'est la moindre de ses particularités.
Après 1914, il ne publiera plus beaucoup en breton, mais se tournera vers l'histoire locale de Carhaix en français.
Barde engagé dans la politique sans vouloir être un homme politique, tout comme Victor Hugo, demi-breton par sa mère, qui voyait dans les poètes des phares de l'Humanité, c'est ce que le druide Taldir voudra réaliser dans le Collège des Bardes et dans ses œuvres, tant poétiques que journalistiques.

Nouveau barde celtique de Bretagne[modifier | modifier le code]

Le Gorsedd des bardes de 1907 : le collège bardique chante le Bro'goz ma Zadou de Taldir sur le dolmen de Canac'h-Laëron entre Laniscat et Saint-Nicolas-du-Pélem

En 1901, avec Jean Le Fustec, il crée une Gorsedd des bardes, car, il a fait à l'été 1899 un voyage au Pays de Galles pour être agréé comme barde par le Grand druide de la Gorsedd des bardes de l'Île de Bretagne sous le nom de Taldir ab Herninn, car la Gorsedd de Bretagne sera inspirée par et placée sous l'autorité de celle du Pays de Galles.
Dès 1899, il avait publié des poèmes en gallois avec son professeur de breton, François Vallée, et la poésie galloise, riche de 900 ans d'histoire, est un modèle au sens littéral pour lui qui écrit parfois dans la langue cousine du breton. Certains de ses poèmes du Barzaz Taldir sont traduits en gallois par Thomas Gwynn-Jones.
Il s'enthousiasme pour le panceltisme et est délégué par l'Union régionaliste bretonne au Congrès panceltique de Dublin en août 1901. Dans ses journaux, il fera toujours une place importante aux actualités des pays celtiques et s'efforcera de toujours maintenir des liens avec la "frange celtique" des Îles britanniques grâce à sa maîtrise de l'anglais et du gallois.
Identifié comme une personnalité clé du mouvement culturel breton, il reçoit de nombreuses lettres de Britanniques et d'Irlandais passionnés par la Bretagne et les relations interceltiques.
Il sera l'un des pivots de la Gorsedd de Bretagne jusqu'à la guerre de 1914 (qui interrompt le fonctionnement, conformément aux statuts), puis de 1926 jusqu'à sa mort. En effet, avant de devenir le grand druide de Bretagne en 1933, il a "regroupé" et dirigé le collège bardique à la place d'Yves Berthou, empêché par la maladie.

Journaliste local, puis régional[modifier | modifier le code]

Ayant fini sa licence en droit, il travaille dans l’étude de notaire de son père. Il fait la connaissance de l’imprimeur morlaisien Alexandre Le Goaziou et crée avec lui la revue mensuelle en breton Ar Vro (le Pays) dont le premier numéro paraît le 1er mars 1904.
Ils décident alors de s’associer pour créer une imprimerie à Carhaix. Elle publie Ar Vro, ainsi qu’un journal bilingue Ar Bobl (le Peuple), qui paraît jusqu'en 1914.
Il participe à la vie politique locale en éprouvant l'hostilité des radicaux et des militants laïcs, au pouvoir avec la municipalité de Carhaix, qui voient en lui un homme inféodé à la droite et au cléricalisme. Il doit faire face à des procès en diffamation.
Après avoir été mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, il cède son imprimerie et ouvre un commerce de boissons, toujours à Carhaix.
Il poursuit ses activités militantes à la Fédération régionaliste de Bretagne. Il participe à la revue La Bretagne libertaire en 1923. Il crée en 1926, An Oaled (Le Foyer), bulletin trimestriel de régionalisme et de bardisme en français et en breton, qu'il dirige avec Léon Le Berre et le Dr Célestin Menguy. Il publie, jusqu'à sa mort en 1956, de nombreux articles, des pièces de théâtre et divers ouvrages, dont Buhez Sant Erwan, An Hirvoudou (1899), An Delen Dir (1900), Breiziz (1911).

Hymne[modifier | modifier le code]

En 1897, il publie une version en breton de l'hymne national gallois, "Hen Wlad fy Nhadau, sous le titre identique, Bro goz ma zadoù (Vieux pays de mes pères), qui est l'hymne national de la Bretagne. Cet hymne, qui est aussi inspiré d'un cantique du pasteur William Jenkyn Jones, a été fort critiqué pour sa teneur et ses fautes de langue, mais est à présent considéré comme hymne national breton, accepté par toutes les tendances politiques et culturelles de la Bretagne démocratique, partis bretons comme français.
Le texte est inspiré de l’hymne gallois composé en 1846 (paroles d'Evan James et musique de son fils James James). Il est publié pour la première fois en1898 dans La Résistance de Morlaix et est tiré sur feuilles volantes avec en sous-titre Henvelidigez (Adaptation).
Il est établi depuis longtemps (Raoul, 1992, par exemple) que la première traduction est due à un pasteur baptiste gallois établi en Bretagne, William Jenkyn Jones, qui l'a publié sous la forme d'un cantique, intitulé "Doue ha va Bro" (Dieu et mon Pays) en 1895. Jaffrennou s'en est inspiré, mais il est aussi remonté au texte gallois.

Érudit et mondain[modifier | modifier le code]

Taldir Jaffrennou est réputé pour être un homme cultivé et humaniste, il a connu et fréquenté Ange M. Mosher, l'Américaine bretonnante. Taldir Jaffrennou est également apprécié par Sir et Lady Mond, qui le recevaient souvent dans leur Villa Castel-Mond de Dinard ou dans leur château de Coat-an-Noz en Belle-Isle-en-Terre. Il est sociétaire élu du Félibrige de Provence et Languedoc.

Engagement[modifier | modifier le code]

Son engagement breton et notamment pour la langue bretonne écrite avec son journal, ses revues, ses maisons d'édition, sa culture, sa position sociale, ses relations internationales notamment dans le monde anglo-celtique ainsi que ses fréquentations assidues des autorités britanniques et françaises et des personnalités qui comptaient dans la Bretagne de son temps en ont fait un personnage en vue et critiqué. Dans le cadre des activités du Gorsedd il avait des relations anciennes, nombreuses et suivies avec la Grande-Bretagne, pays dans lequel il s'était souvent rendu depuis 1899 en délégation officielle. Il avait souvent, en Bretagne, reçu les délégations et représentants de l'Écosse, du Pays de Galles, de la Cornouaille et de l'Irlande qui venaient assister ou participer aux différentes cérémonies du Gorsedd. Le 18 juillet 1899, il est à Cardiff à l’Eisteddfod avec 21 autres bretons. Il est reçu au Gorsedd sous le nom de Taldir ab Hernin.

Les années 1930[modifier | modifier le code]

Il devient Grand Druide du Gorsedd de Bretagne en 1933. Il crée en 1935 le syndicat d'initiative de Carhaix-Plouguer et sa région. Dans les années 1930, il était en guerre ouverte avec les nationalistes bretons du PNB dirigé par Mordrel et François Debauvais principalement sur la question du drapeau Gwenn-ha-Du, de l'orthographe KLTG qu'il n'acceptait pas et surtout sur la question du séparatisme qu'il rejetait également entrainant à sa suite toute la mouvance folklorique et régionaliste de l'URB du Marquis de l'Estourbeillon, Léon Le Berre, Camille Le Mercier d'Erm, le comte René de Laigue, et des cercles celtiques.

Ces deux sujets ont été l'objet d'une longue polémique et de nombreux articles publiés dans sa revue An Oaled-Le Foyer breton dans lesquels Taldir-Jaffennou se montre comme un ennemi déclaré du PNB lequel, dans son journal Breiz Atao, ne lui ménage pas ses sarcasmes lui reprochant son loyalisme envers la France[3], sa Légion d'honneur et ses trop bonnes relations avec l'Establishment de la France officielle, la culture bretonne traditionnelle, régionaliste et folklorique mise en valeur par sa revue An Oaled-Le Foyer breton, l'Union régionaliste bretonne, les cercles celtiques et les groupes de danse, ainsi que le Gorsedd des bardes.

Dans l'article « Que veut l'Allemagne », page 344 du n°70 d'An Oaled4° trimestre 1939, il est très clairement anti-allemand, pro-français et de tout cœur breton très pro-britannique :

« Vaincue (l'Allemagne) par les coalisés de 1918 ceux-ci ont témoigné vis-à-vis d'elle de la plus coupable faiblesse… »,
« … les envahisseurs germains dont Tacite disait il y a deux mille ans : “Qu'ils ont su faire de la guerre une industrie” »
« À notre avis il n'y a que deux moyens de sauvegarder notre liberté et notre tranquillité  : renforcer la frontière de l'Est de défenses infranchissables et consolider l'alliance avec les Britanniques »,
« L'Allemagne après s'être assuré la complicité de la Russie, a cru l'heure venue de démembrer la Pologne une fois de plus. La Grande-Bretagne et la France, engagées envers ce brave pays, ont mobilisé leurs forces terrestres, maritimes et aériennes. »

À l'annonce de l'interdiction du journal Breiz Atao et de l'Humanité en juin 1939, dans une note non signée, il l'approuve implicitement en ciblant Mordrel, mentionnant le fait qu'il est lieutenant de réserve, sous-entendu un traître à son pays[4].

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

En 1939, il suspend la parution de sa revue régionaliste An Oaled-Le Foyer breton et proclame la Gorsedd en congé pour la durée des hostilités suivant la règle de la Gorsedd.

Séparation de la Bretagne ?[modifier | modifier le code]

Le 29 septembre 1940, l’Heure Bretonne, organe du Parti national breton, faisait paraître, sous le titre : Taldir veut écarteler la Bretagne, l’article suivant:

« Taldir-Jaffrennou vient de commettre un rapport qui est un véritable assassinat de la Bretagne. Ce rapport contient comme caractéristique principale le sectionnement de la Bretagne en trois parties : L’Ille-et-Vilaine est rattachée à la Manche pour former une région économique. La Loire-Inférieure est rattachée à la Vendée pour la même raison. Les trois départements, Finistère, Côtes-du-Nord et Morbihan, sont destinés à former un « tout culturel ». Ce rapport a été porté à Vichy et M. Pierre Laval l’a trouvé « très intelligent ». Eh bien, nous ne marchons pas, nous ne laisserons pas dépecer la Bretagne. Halte ! La Bretagne est une dans ses cinq départements. C’est en vertu de cette unité que son sort doit être considéré. Nous publierons dans notre prochain numéro les protestations de nos Comités et de nos lecteurs de la Loire-Inférieure et de l’Ille-et-Vilaine. D’ores et déjà, nous prenons position contre le monstrueux projet de Taldir-Jaffrennou qui corrobore singulièrement les données que nous avions reçues de Vichy.»

Il semble douteux, en dépit des volte-face dont il était coutumier, qu'il ait pu souscrire à un tel projet alors même qu'il allait être, quelques mois plus tard, l'un des défenseurs officiels de l'intégrité bretonne auprès du maréchal Pétain.

Régime de Vichy[modifier | modifier le code]

Il signe un placet au Maréchal (décembre 1940) et participe au Comité Consultatif de Bretagne (1942). Il pensait agir ainsi pour le bien de la Bretagne afin de promouvoir et défendre ses intérêts politiques, économiques et culturels dans ces années de guerre mondiale particulièrement difficiles.

En 1941 à l'occasion du trentième anniversaire du Parti nationaliste breton, le PNB rend un vibrant hommage à son pionnier Camille Le Mercier d'Erm, créateur du parti en 1911. À ce moment, le Grand druide au "front d'acier" qui n'a cessé auparavant de prôner la prudente politique du régionalisme, répudie un système qu'il juge désormais "caduc et périmé" et engage ouvertement ses compatriotes à embrasser la cause du "nationalisme" intégral.
Bien qu'ayant décidé de cesser toute édition de presse pour son compte, il écrit dans la presse bretonne (dont L'Heure Bretonne) sur des thèmes nationalistes en rupture complète avec ses opinions antérieures.

Libération[modifier | modifier le code]

Arrestation[modifier | modifier le code]

Le 7 août 1944, Taldir est arrêté par « un groupe de patriotes » (des FTP de la région de Carhaix qui constituent un tribunal de quatre membres pour le juger) sous l’accusation d’avoir servi l’ennemi au côté du Maréchal Pétain et d’avoir voulu faire de la Bretagne un pays indépendant dans une Europe hitlérienne. Il est acquitté et reconduit à son domicile. Le 10 août 1944, Taldir est arrêté de nouveau. Après un bref séjour au Château Lancien à Carhaix, il est emmené à la prison Saint-Charles à Quimper. Au début de juin 1945, il est transféré à Mesgloaguen, autre prison de Quimper. Il est inculpé d’actes ayant pu nuire à la défense nationale, en fait de relations avec les Allemands et de dénonciation de patriotes. Il passe en jugement devant la Cour de Justice que préside le Président Chauvin.

Procès[modifier | modifier le code]

À la Libération, la police française a retrouvé à la préfecture de Quimper la liste des dénonciations de ce secteur. Les Allemands exigeaient en effet des dénonciations écrites. Aucun document manuscrit ou dactylographié accusant Jaffrennou ne s'y trouvait. L'accusateur en chef de Jaffrennou, Baudet-Germain (fonctionnaire de l'État français de Vichy, secrétaire général de la préfecture régionale de Rennes), affirma qu'il avait reçu une lettre dénonçant le libraire-éditeur Adolphe Le Goaziou de Quimper comme résistant (qui fut relâché par les Allemands faute de preuves). Lors du procès, Baudet-Germain affirma qu'il avait recopié l'original avant de détruire celui-ci en le brûlant. À la demande du Président de produire une copie de l'original de la dénonciation M. Baudet-Germain répondit qu'il avait détruit la copie également. Il n'y avait donc aucune preuve matérielle contre Jaffrennou. Ce témoignage, non corroboré par des preuves matérielles, fit condamner Jaffrennou à 5 ans de prison, à la confiscation du quart de ses biens et à l'indignité nationale.

Baudet-Germain avait, comme secrétaire général de la préfecture de région, dirigé la Commission aux affaires juives et reçut les ordres de René Bousquet, secrétaire général de la police, organisateur notamment de la rafle du vélodrome d'hiver. Baudet-Germain, accusateur de Taldir Jaffrennou, avait donc, au titre de directeur de la Commission aux affaires juives de Rennes (préfecture de Rennes), dirigé la répression contre les Juifs en Bretagne et les commissaires et inspecteurs des Renseignements généraux, tels que Riant, avaient été ses exécutants.
D'autre part, le fait qu'Adolphe Le Goaziou soit un gaulliste était connu bien avant la supposée dénonciation de Taldir de décembre 1943 puisque le 12 avril 1942, dans son rapport général sur le préfet de la région de Rennes, François Ripert, adressé par le professeur allemand et Sonderführer Leo Weisgerber, celui-ci mentionnait déjà comme « de gaulliste » connu Adolphe Le Goaziou, libraire à Quimper. En conséquence, la supposée dénonciation de Taldir n'aurait pu avoir une responsabilité dans l'arrestation d'Adolphe Le Goaziou.

À l'audience du tribunal lors du procès de Jaffrennou, Adolphe Le Goaziou qui était, à la Libération, président du Comité départemental de Libération du Finistère, interrogé sur ce qu'il pense de Jaffrennou, dit qu'il a toujours entretenu de bons rapports avec lui, qu'il ne doute pas de sa sincérité, qu'il partage ses idées régionalistes, mais qu'il a regretté de le voir compromettre son ancienne réputation en pactisant avec Vichy. Il affirme que son arrestation a été antérieure à la dénonciation faite par Jaffrennou aux inspecteurs de police Riand et le Goff, dénonciation attestée par un rapport des inspecteurs daté du 5 décembre 1943 et adressé au commissaire de la police nationale de Quimper. Rapport sans doute non transmis, d'après Adolphe Le Goaziou, aux autorités allemandes.

C'est ce que pensait également le célèbre écrivain autrichien de confession juive Leo Perutz, membre de la Gorsedd de Bretagne qui écrivit deux lettres, adressée l'une au procureur général de la Cour d'appel de Rennes le 16 juillet 1945,(N°430) l'autre au général de Gaulle, (N°431) de Tel Aviv (Israël), le 1er octobre 1945, pour la défense de Taldir. À la suite des interventions internationales en provenance notamment de Grande-Bretagne et aussi d'Israël, François Taldir Jaffrennou a été gracié, en deux temps, en 1945 et en 1946 par décision de Georges Bidault, président du Gouvernement provisoire de la République française.

Exil[modifier | modifier le code]

Libéré en 1946, il est interdit de séjour en Bretagne, mais en 1947, il reprend, à distance, la direction de la Gorsedd. Il se retire au Mans, puis à Bergerac où il meurt le 23 mars 1956. Il est enterré à Carhaix le 26 mars.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Bue sant Ervoan ha Sant Briek, Bue Sant Briek-Saint-Brieuc : Impr. Saint-Guillaume, 1896.
  • Gwerziou gant Abhervé ha taldir. Saint-Brieuc : Guyon, 1899. Poèmes gallois et bretons. 20 p.
  • "An hirvoudou : gwerziou ha soniou dibabet". Saint-Brieuc : Librairie Prud'homme, 1899. 126 p.
  • "Levr kanaouennou brezhonek. Vannes : Lafolye, 1900-1902. 3 vol. 24, 30 et 20 p. Airs notés.
  • An delen dir : gwerziou ha soniou. Saint-Brieuc : Librairie Prud'homme, 1900. 146 p.
  • Barzaz Taldir. Les poèmes de Taldir. Texte breton et traduction française. 3 volumes. Tome I : Paris, Champion, 1903. 428 p. Tome II : Carhaix, Imprimerie-librairie du Peuple, 1911 310 p. Tome III : Rennes, Ed. Ouest-Eclair, 1923, 224 p.
  • Breiziz. 1911
  • Anna Roparz. En envor eus Anna Roparz : un dibab eus he gwerziou. Carhaix : Imprimerie Ar Bobl, 1913. Poèmes de la mère de Taldir.
  • Choix de poèmes. Paris : Eugène Figuière : 1933. 190 p.
  • Consortium Breton (Le) (Ar c'hevre Breizek) kelaouen-gelc'h evid ober gant hon bro unan binvidik. Carhaix 1927-1939. Du numéro 1 (Février 1927) au numéro 70 et dernier (4e trim. 1939), revue créée par François Taldir-Jaffrennou, barde, qui l'administre jusqu'à la fin, la revue baptisée Le Consortium Breton, ar C'hevre breizek" deviendra An Oaled, le foyer breton à partir du n° 19 et s'affirme comme la revue du régionalisme et du bardisme
  • La véritable histoire de Théophile-Malo Corret de la Tour d'Auvergne (1743-1800. Paris : Eugène Figuière, 1928.
  • Histoire d'Émeriau de Carhaix, le mousse qui devint amiral. Rennes : La Presse de Bretagne, 1929.
  • 20 chansons populaires pour les Écoles de Bretagne sur les airs du Folklore celtique. Chant Breton et Chant Français, Paris ; Bruxelles : H. Lemoine, 1936.
  • Carhaisiens célèbres. In : Armorica, n° 22, 1940.
  • Histoire anecdotique de Carhaix (Ancienne Vorganium), en sept veillées, contée par un Génie romain, Quimper, ATR, 1984, réimpression de l'édition originale Rennes : Ouest-Éclair, 1924;
  • Eur Wech e oa "Il était une fois", souvenirs héroïques et cocasses. Eur c'hrennard, eun diskard, eur soudard (Envorennou Yaouankiz) Carhaix, Ed. Armorica N°24 -1944. Autobiographie sur sa jeunesse. 2ème éd. Lesneven : Mouladurioù Hor Yezh, 1985. 285 p. Rédigé vers 1902.
  • Trois Orphées aux enfers, ouvrage composé avec Ronan Pichery-Abroc'hell et Auguste Boncors, 1952.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cité par Sophie Souquet. Taldir, barde de Cornouaille. In : Bulletin de l'Association bretonne, T. CX, 2002 Comptes-rendus du 128ème congrès. Carhaix, 21-24 juin 2001.
  2. Cité par Sophie Souquet dans l'article "Taldir, barde de Cornouaille."
  3. Jaffrennou déclare que les Bretons doivent être fiers de se déclarer Bretons en France et Français à l'étranger.
  4. An Oaled-Le Foyer breton, n° 70, 4e trimestre 1939.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sophie Souquet. Taldir, barde de la Cornouaille. In : Bulletin de l'Association bretonne, T. CX, 2002 Comptes-rendus du 128ème congrès. Carhaix, 21-24 juin 2001. p.p. 353-374. Rennes : Association bretonne, 2002.
  • L'Affaire Taldir. Le Grand Druide était innocent. S.l., Beltan. 2001. de Gwenc'hlan Le Scouëzec.
  • Arthur et David, Bretons et Juifs sous l'Occupation. S.l., Yoran Embanner. 2011. de Yves Mervin.
  • Le Néodruidisme en Bretagne de Philippe Le Stum (Éditions Ouest-France).
  • Raoul, Lukian. Geriadur ar skrivagnerien hag ar yezhourien aet da anaon a-raok 1991. Brest : Al Liamm, 1992. Article François Jaffrennou, p. p. 153-156.
  • Lucien Raoul. Un siècle de journalisme en Bretagne… Guilvinec : Le Signor, 1981.
  • A la cour de justice. l'épilogue de l'affaire Jaffrennou, La Voix de l'Ouest, N°129, juin 1945.

Jean-Yves Michel. Religion et politique en Bretagne (1850-1960). Le cas du Poher. Keltia Graphic, Gourin, 2000, 235 pages, ISBN 2-913953-13-1