René Guénon

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René Guénon
Rene-guenon-1925.jpg

Photographie de 1925 (à 38 ans).

Naissance
Décès
(à 64 ans)
Le Caire, Égypte
Nationalité
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Unité fondamentale des formes traditionnelles (Tradition primordiale), réalisation métaphysique, signification universelle du symbolisme, unité et unicité de la métaphysique, initiation, science sacrée, critique de la modernité sous l'angle des traditions anciennes ; reconstruction de l'ésotérisme occidental en se basant sur la spiritualité orientale « toujours vivante »
Œuvres principales
Influencé par
A influencé
signature de René Guénon

signature

René Guénon, également connu sous le nom d’Abd al-Wâhid Yahyâ, né le à Blois, en France, et mort le au Caire, en Égypte, est un auteur français, « figure inclassable de l’histoire intellectuelle du XXe siècle »[1].

Il a publié dix-sept ouvrages de son vivant, auxquels s'ajoutent dix recueils d'articles publiés à titre posthume, soit au total vingt-sept titres régulièrement réédités. Ces livres ont trait, principalement, à la métaphysique, au symbolisme, à l'ésotérisme et à la critique du monde moderne.

Dans son œuvre, il se propose soit d'« exposer directement certains aspects des doctrines métaphysiques de l'Orient[2] », doctrines métaphysiques que René Guénon définissait comme étant « universelles[3] », soit d'« adapter ces mêmes doctrines [pour des lecteurs occidentaux] en restant toujours strictement fidèle à leur esprit[4] ». Il ne revendiqua que la fonction de « transmetteur » de ces doctrines[5], dont il déclarait qu'elles sont de nature essentiellement « non individuelle[6] », reliées à une connaissance supérieure, « directe et immédiate », qu'il nomme « intuition intellectuelle[7] ». Ses ouvrages, écrits en français (il contribua également en arabe pour la revue El Maarifâ), sont traduits en plus de vingt langues.

Son œuvre oppose les civilisations restées fidèles à l'« esprit traditionnel »[8] qui, selon lui, « n'a plus de représentant authentique qu'en Orient »[9] à l'ensemble de la civilisation moderne, considérée comme déviée. Elle a modifié en profondeur la réception de l'ésotérisme en Occident dans la seconde moitié du XXe siècle[10], et a eu une influence marquante sur des auteurs aussi divers que Mircea Eliade, Raymond Queneau ou encore André Breton.

Sommaire

Biographie[modifier | modifier le code]

La découverte d'une personnalité[modifier | modifier le code]

Les années de jeunesse[modifier | modifier le code]

René Guénon est né le à Blois, en France, dans une famille catholique[11]. Son père était architecte. De santé fragile, c'est un excellent élève, en sciences comme en lettres[PC 1]. Il entre en classe de mathématiques élémentaires en 1904 puis s'installe à Paris pour étudier les mathématiques (il s'inscrit à l'Association des candidats à l'École polytechnique et à l'École normale). Mais, à la suite de difficultés, dues entre autres à sa santé délicate, il ne persévère pas, et abandonne ses études en 1906. Installé rue Saint-Louis-en-l'Île, il pénètre alors les milieux occultistes papusiens sans les prendre au sérieux[12]. Papus lui ouvre également les portes de la revue L'Initiation, dans laquelle le jeune homme publie ses premiers articles début 1909. Il est initié au martinisme par Léon Champrenaud et il devient supérieur inconnu lors d'une cérémonie présidée par Georges Descormiers, il est nommé délégué général de l'Ordre martiniste pour le Loir-et-Cher[13]. En 1908, Papus organise le IIe Congrès spiritualiste et maçonnique, qui se déroula du 7 au 10 juin, et dont l'un des objectifs affichés était l'édification d'une Maçonnerie dont Teder (Charles Détré) souhaitait arracher la direction au Grand-Orient[14]. Guénon se désolidarise alors immédiatement du Congrès en raison des tendances « réincarnationnistes » affichées par Papus ; de nombreuses années plus tard, il propose une réfutation globale des thèses réincarnationnistes dans son ouvrage L'Erreur spirite. Cet événement, joint à un autre — la constitution de l'Ordre du Temple Rénové (voir infra) — parachèvent la rupture totale de René Guénon avec ce milieu.

Ce passage de René Guénon dans le milieu occultiste a donné lieu à plusieurs commentaires, à commencer par ceux de Guénon lui-même ; ainsi on apprendra beaucoup plus tard qu'il avait un temps nourri le projet d'écrire un ouvrage intitulé L'Erreur occultiste, pour faire pendant à son autre livre L'Erreur spirite, mais qu'il avait finalement renoncé à ce travail après avoir fait la constatation que ce mouvement ne représentait plus rien. Dans un chapitre de son ouvrage Le règne de la quantité et les signes des temps[15], écrit en 1945, René Guénon revient sur le mouvement occultiste français, qu'il met en comparaison avec un autre courant « néo-spiritualiste » (le mouvement théosophiste de H. P. Blavatsky) et il décrit le premier comme réduit à une somme d'individualités ayant fabriqué de toutes pièces une pseudo-théorie faite d'éléments disparates empruntés à diverses doctrines qu'ils n'ont pas comprises, ne reposant sur aucune filiation authentique et finalement infiltré par des individus aux intentions douteuses. D. Gattegno écrit que par quelque bout qu'on prenne les choses, le niveau intellectuel et culturel de cette vague occultiste « s'avère totalement affligeant »[16], et qu'elle fut surtout l'occasion pour René Guénon de pénétrer un milieu afin d'en attirer les individualités les plus remarquables. Par ailleurs, autour de Papus, écrit D. Gattegno, les orientations « néo-spiritualistes » vont emprunter des chemins très divers, notamment avec Émile Gary de Lacroze, Léonce de Larmandie, sans parler d'individualités jugées bien plus intéressantes par Guénon et qui ne feront que traverser l'occultisme papusien sans se confondre avec lui : Stanislas de Guaita, Joséphin Peladan, Paul Vulliaud, Albert de Pouvourville et bien d'autres encore qui défrayèrent la chronique de ce « Paris occultiste » dont l'histoire se confond avec la Belle Époque et la protéiforme effervescence du Symbolisme artistique et littéraire. Pour D. Gattegno cependant l'œuvre de Guénon ne procède à aucun degré de ce mouvement[17]. Paul Chacornac note que la présence de René Guénon dans ce milieu lui permit au moins de pénétrer une organisation d'un caractère à la fois plus sérieux et énigmatique : l'Hermetic Brotherhood of Luxor (H. B. of L.), héritée au moins en partie des multiples organisations de Paschal Beverly Randolph (dont la fraternité d'Eulis). René Guénon dira plus tard qu'il avait effectivement appartenu à la H. B. of L., dépositaire, selon Paul Chacornac, de certaines « connaissances effectives[PC 2]. »

Les biographes de René Guénon soulignent le caractère particulièrement désindividualisé de son œuvre, et s’intéressent très vite à ce qui en constitue les aspects les plus mystérieux : très tôt, dès sa collaboration à la revue La Gnose, c'est-à-dire entre 1909 et 1912, et sous la signature de T. Palingénius (voir infra), il publie un certain nombre d’articles sur le « néospiritualisme contemporain », « Le symbolisme de la Croix », les principes du calcul infinitésimal, « Les conditions de l’existence corporelle », le devenir de l’être humain selon le Vêdânta, les erreurs du spiritisme, qui contiennent, sous une forme résumée mais très reconnaissable, une grande partie de ce qui formera par la suite le cœur de son œuvre : « C’est donc entre 23 et 26 ans qu’on doit placer l’élaboration de plusieurs de ses livres essentiels »[PC 3]. Ce caractère remarquable de l’œuvre guénonienne relativise fortement, selon plusieurs de ses biographes, quelques hypothèses formulées à propos de rencontres qu’il fit au lycée, par exemple avec son professeur de philosophie, Albert Leclère, qui devait l'année suivante être nommé professeur à l'université de Fribourg, en Suisse. Albert Leclère était un spécialiste des philosophies présocratiques et évoquait des idées qui étaient déjà un peu en vogue au XIXe siècle, notamment dans les ouvrages d'auteurs tels Frédéric Portal, Jallabert, ou F. de Rougemont, sur l’existence d’un savoir métaphysique commun à toute l’humanité[18]. Mais d'autres auteurs insistent sur le fait que la doctrine plus tard exposée par René Guénon sur l'unité fondamentale de la Métaphysique est sans commune mesure à l'idée, développée par quelques écrivains du XIXe siècle, d'une transmission historique diffuse de certaines données traditionnelles communes à toute l'humanité, et qu'elle s'inscrit beaucoup plus dans la perspective métaphysique selon laquelle « la doctrine de l'Unité est unique »[19].

Les biographes s'accordent cependant pour voir en l'abbé Ferdinand Gombault (1858-1947), qui était docteur en philosophie, une origine possible de certaines informations que Guénon tenait sur le spiritisme. Guénon entretint d'ailleurs une relation avec lui jusqu'au jour de son départ pour l'Égypte, en 1930. Dès son adolescence, il rencontra le chanoine chez sa tante. L'abbé avait des préventions contre la philosophie allemande (voir ses Dialogues philosophico-théologiques sur la Providence, 1895), condamnait sévèrement le spiritisme (L'Imagination et les phénomènes préternaturels, 1899) et était convaincu de l'existence d'une langue hiéroglyphique originelle (Similitude des écritures figuratives, 1915)[20].

L'Ordre du Temple Rénové et l'Église gnostique[modifier | modifier le code]

Un événement précipite toutefois la rupture avec les groupes papusiens : la participation, centrale pourrait-on dire, de René Guénon à l'Ordre du Temple Rénové (OTR).

L'Hermetic Brotherhood of Luxor, ou H. B. of L., était une organisation possédant un caractère extrêmement secret auquel l'Ordre Martiniste d'alors servait, selon Paul Chacornac, de couverture extérieure. Or depuis le 19 janvier 1908 des séances se déroulaient à l'hôtel du 17 rue des Canettes, séances dont les participants étaient des membres de l'Ordre Martiniste et qui reçurent l'ordre de constituer un « Ordre du Temple Rénové », constitué de 21 membres, et dont René Guénon devait être le « Souverain Grand Commandeur ». Contacté par les martinistes, ce dernier répondit favorablement à l'appel. Les conditions dans lesquelles se déroulèrent ces séances furent diversement interprétées : Jean-Pierre Laurant, ainsi que D. Gattegno parlent d'« écriture automatique[21] » tandis que Michel Vâlsan mentionne des « moyens appropriés » pour la réactualisation d'une forme initiatique proprement occidentale[22]. En tous cas, la constitution de cet ordre entraîna les foudres de Teder et celui-ci rédigea, pour le compte du « Grand Maître Papus », un acte d'accusation comportant des fausses lettres de Guénon, selon une méthode qu'il avait déjà utilisée pour discréditer deux Grands Maîtres des débuts de la franc-maçonnerie française : le chevalier écossais James Hector MacLeane, et Charles Radcliffe, comte de Derwentwater, tous deux jacobites[23]. Teder avait commencé sa carrière avec un livre intitulé Les apologistes du crime, d'inspiration « taxilienne » habituelle dans certains milieux antimaçonniques de cette époque et dirigé contre la Maçonnerie écossaise, les jésuites et les catholiques, puis était passé en Belgique d'où il s'était fait expulser pour une affaire de chantage, avant de se réfugier en Angleterre, pays dans lequel il rencontra John Yarker qui lui conféra ses titres de Maçonnerie « irrégulière »[24],[25]. Dans son « rapport », il engagea Papus à prendre « des mesures énergiques » contre Guénon, qui fut donc radié de l'Ordre Martiniste, ainsi que des loges affiliées. L'OTR fut dissous par René Guénon en 1911.

Un autre événement commenté par les biographes de Guénon concerne l'Église gnostique bien que, selon Charles-André Gilis, il soit d'une moindre importance : en 1893, plus de quinze années avant la formation de l'OTR, dans l'hôtel de la duchesse de Pomar, Lady Caithness, il est décidé de procéder à la restauration de l'Église gnostique, faisant référence à Guilhabert de Castres. Aussitôt, Jules Doinel dit avoir retrouvé toute une documentation à la Bibliothèque départementale à Orléans où il était employé, attestant de la validité de cette restauration. Il est élu patriarche de l'Église gnostique de France et adopte le nom de Valentin II. Il consacre alors trois « évêques » : Tau Vincent (Papus), Tau Synésius (Léonce Fabre des Essarts) et Tau Bardesane (Chamuel) : la lettre grecque tau est une signature épiscopale. Après sa fondation, Rome excommunie l'Église gnostique. Jules Doinel, qui avait reçu une solide éducation religieuse, n'avait rompu aucune de ses amitiés catholiques. Saisi par l'angoisse, il retourne dans le giron de l'Église de Rome, puis revient à l'E. G. et, au terme de toute une suite de « revirements », quitte ce monde « tant et si bien que nul n'a pu établir dans quelles dispositions il put bien, au juste, se trouver à sa mort »[26]. Léonce Fabre des Essarts (1848-1917), ami personnel de Victor Hugo, admirateur de Saint-Yves d'Alveydre, fut un temps militant socialiste républicain et franc-maçon, teinté d'orientalisme par la fréquentation de Tau Simon (Albert de Pouvourville) et Tau Théophane (Léon Champrenaud). Ce fut aussi un acteur du fouriérisme finissant, comme d'autres « gnostiques » - la dernière revue fouriériste, La Rénovation, publiera en 1910 deux lettres de Guénon intervenant dans un conflit entre les Eglises gnostiques concurrentes[27]

René Guénon avait rencontré Léonce Fabre des Essarts au Congrès spiritualiste. Quand Guénon se fit exclure des groupements de Papus à la suite de l'affaire de l'OTR, Synésius éleva aussitôt Guénon au rang d'évêque, sous le nom de Tau Palingénius (Re-né). La collaboration avec Fabre des Essarts et Guénon conduit la la création d'une revue indépendante de Papus, La Gnose, « organe officiel de l'Église gnostique universelle » (nov. 1909- déc. 1911), dirigée par Guénon[PC 4] et dont Tau Marnès (Alexandre Thomas) était le rédacteur en chef et le gérant, et Tau Mercuranus (Patrice Genty) le secrétaire de rédaction[LE 1]. Mais cette revue perdit rapidement ce statut officiel pour se consacrer aux « études ésotériques et métaphysiques ». La Gnose, sous la direction éditoriale de Guénon, prit une tournure beaucoup plus traditionnelle inspirée par les doctrines orientales et se voulait la suite de la revue La Voie, « revue mensuelle de Haute Science » fondée par Matgioi (Albert de Pouvourville) et Léon Champrenaud, rattachés respectivement au taoïsme et à l'islam qui dura d'avril 1904 à mars 1907 et où Matgioï avait publié pour la première fois ses deux ouvrages sur les doctrines extrême-orientales : La Voie métaphysique (1905) et La Voie rationnelle (1907)[PC 4]. C'est Matgioi et Léon Champrenaud, tous deux membres de l'Église gnostique, qui appuyèrent Guénon pour donner à La Gnose cette nouvelle direction éditoriale[PC 5].

L'enseignement de l'Église gnostique, tel qu'il apparaissait par les numéros de cette revue, était, grâce aux contributions de certains de ses membres, loin d'être médiocre et tranchait avec les productions occultistes de l'époque : Matgioi (Albert de Pouvourville) et Léon Champrenaud exerçaient une influence intellectuelle majeure sur les autres membres, et Guénon se servit de cet appui : il comptait davantage sur eux que sur l'Église en elle-même et il écrivit ultérieurement que les « néo-gnostiques » n'avaient reçu aucune transmission réelle.

Les années de formation[modifier | modifier le code]

La Gnose et les contacts orientaux[modifier | modifier le code]

Peinture représentant Adi Shankara en train d'enseigner.

À partir de novembre 1909, Guénon, alors qu'il n'avait que vingt-trois ans, publia sous son pseudonyme de Palingénius une série d'articles intitulés Le Démiurge qui démontrait sa maîtrise de la métaphysique orientale et, en particulier, des textes d'Adi Shankara[PC 5],[LE 2],[PS 1]. Il publia en 1910-1912 sous forme d’articles, toujours dans la Gnose, une grande partie du Symbolisme de la Croix et de L'homme et son devenir selon le Vêdânta[PC 5]. D'autre part, on sait par sa correspondance, que Guénon réalisa une première rédaction (non publiée) des États multiples de l'être en 1915[PC 6],[RC 1]. L'homme et son devenir selon le Vêdânta, Le Symbolisme de la Croix et Les États multiples de l'être sont considérées comme les trois œuvres capitales de Guénon[VM 1] et donc ont été en grande partie rédigées alors qu'il avait moins de trente ans et bien avant leur publication sous la forme de livres. En outre, il publia d'autres articles, dans la Gnose, entre 1910 et 1912 sur le néospiritualisme contemporain, les principes du calcul infinitésimal, les erreurs du spiritisme et des articles sur Dante et la Franc-maçonnerie. C'est donc la plus grande partie de l'œuvre de Guénon qui transparaît alors qu'il est encore extrêmement jeune, sous une forme qui ne va quasiment pas évoluer par la suite[PC 3],[PS 2],[JR 1],[28]. Comme l'a demandé son premier biographe, Paul Charcornac: « que s'était-il donc passé? »[PC 3].

Guénon n'a rien écrit sur ceux qui l'ont formé. En revanche, il a assuré de façon catégorique à son entourage (par exemple à Paul Chacornac, Jean Reyor, André Préau et Frans Vreede) qu'il n'avait pas étudié les doctrines orientales et les langues orientales de façon livresque[PC 7] et leur affirma qu'il tenait sa connaissance des doctrines de l'Inde, du Soufisme et du Taoïsme directement de l'enseignement oral d'orientaux[PC 8],[PS 2]. La plupart des biographes reconnaissent que la rencontre qui marqua le plus sa vie et son œuvre est celle d'hindous dont l'un, au moins, a joué le rôle de maître spirituel. Cette rencontre eut lieu très tôt durant la période 1905-1909, probablement dès son arrivée dans le monde occultiste[LE 3],[PC 8],[CC 1],[JR 2],[QS 1],[LS 1]. En particulier, André Préau et Paul Chacornac se souvenaient d'avoir vu dans l'appartement de Guénon à Paris rue Saint-Louis-en-l'Île un tableau qualifié de médiocre figurant une femme de brahmane que Guénon leur dit être celle de la femme de son « Guru »[LE 4],[LS 2]. Guénon n'a jamais révélé le nom de ce « Guru » même dans sa correspondance avec son ami Ananda Coomaraswamy qui était pourtant hindou lui-même [AS 1]. Mais il s'agissait forcément d'un maître de l’Advaïta védanta dans la formulation d'Adi Shankara[LE 5]: Guénon considéra toujours l'Hindouisme comme la tradition la plus proche de la Tradition primordiale (identifiée explicitement par Guénon à la notion de Sanâtana Dharma de l'Hindouisme[EH 1]) et la doctrine d'Adi Shankara comme la formulation la plus pure de la métaphysique[IDH 1],[LS 3]. Selon Jean-Pierre Laurant, la présentation qu'il fit de la doctrine de Shankara dans L'homme et son devenir selon le Vêdânta « confirme la qualité du maître qui eut sur lui l'influence déterminante »[LE 6]. De l'importance donnée au Sâmkhya dans la présentation du Vêdânta par Guénon, les spécialistes ont reconnu une reformulation provenant d'une école tardive du Vêdânta de Shankara soit celle de Vallabha soit celle de Vijnanabhikshu[CH 1]. Le maître hindou appartenait donc probablement à l'une de ces branches. Plusieurs auteurs pensent que Guénon a traversé une transformation spirituelle très importante durant la période 1905-1909 sans faire nécessairement référence à l'individualité du maître hindou qui a été volontairement gardée secrète par Guénon[JR 3],[GI 1],[LE 7].

En ce qui concerne le Taoïsme, les informations sont un peu plus précises: Guénon prit connaissance de la métaphysique extrême-orientale grâce à Matgioi avec qui il fut en fort contact durant la période de La Gnose (1909-1912)[PC 9],[LS 4]. Guénon débuta son article La religion et les religions (La Gnose septembre-octobre 1910) par une citation de Matgioi qu'il appela « notre maître et collaborateur »[LE 2]. Matgioi, de son vrai nom Georges-Albert Puyou de Pouvourville, fut initié au Taoïsme au Tonkin (vers 1887-1891) par un chef de village : le Tong-Song-Luat (le Maître des Sentences). Matgioi publia La Voie métaphysique en 1905 et La Voie rationnelle en 1907 où il donna une traduction du Tao-të king de Lao Tseu[LE 2]. L'apport intellectuel de Matgioi est décrit par René Guénon en ces termes :

«  Avant [Matgioi], la métaphysique chinoise était entièrement inconnue en Europe, on pourrait même dire tout à fait insoupçonnée. [...] Il faut bien reconnaître que rien de vraiment sérieux n'avait été fait à ce point de vue jusqu'aux travaux de Matgioi[29]. »

Paul Chacornac émit l'hypothèse que Guénon aurait aussi reçu une transmission directe du Taoïsme via le fils cadet du Maître des Sentences, Nguyen Van Cang, qui vint en France avec Matgioi et demeura un moment à Paris (en particulier il collabora à La Voie)[PC 9],[LE 8],[QS 2].

La découverte du Soufisme[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne le Soufisme, Guénon fut en contact avec de nombreux maîtres orientaux mais probablement pas avant son arrivée au Caire en 1930. Même durant son séjour à Sétif en 1917 où il fut envoyé pour y enseigner, il ne parla pas de contact avec des orientaux[LE 9]. Guénon découvrit probablement des textes soufis par l'intermédiaire de Léon Champrenaud[DB 1] qui, comme Matgioi, s'était détaché des courants occultistes de Papus pour s'intéresser aux doctrines orientales et plus particulièrement, dans son cas, au Soufisme. Il se convertira à l'Islam comme Guénon[PC 10]. Plus important, en 1910, Guénon entra en contact avec le peintre suédois Ivan Aguéli (1869-1917), qualifié d'« aventurier hors du commun » par Jean-Pierre Laurant[LE 10],[PC 11]. Très doué pour apprendre les langues, Aguéli s'est consacré à l'étude des traditions orientales et a beaucoup voyagé jusqu'aux Indes[LE 11],[QS 3]. Au Caire où il passa plusieurs années à étudier à l'Université al-Azhar, le Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir de la tarîqa shâdhilite l'initia au soufisme sous le nom d'Abdul-Hâdi (au plus tard en 1907) et le fit moqqadem (c'est-à-dire habilité à recevoir des disciples et leur transmettre l'initiation). C'est donc très probablement Abdul-Hâdi (il travaillait à la Gnose dès 1910) qui donna l'initiation (« baraka ») soufie à René Guénon sous le nom d'Abdel Wâhed Yahia (« Le serviteur de l'Unique »)[CH 2].

Dessin représentant Ibn Arabi.

La date de 1912 qui apparaît dans de nombreux ouvrages depuis Chacornac comme étant l'année du rattachement initiatique de Guénon au soufisme est erronée[AS 2]. L'erreur est due au fait que Guénon a donné son année de naissance musulman dans la dédicace au texte du Symbolisme de la Croix en utilisant le calendrier hégirien: 1329 H. Mais cette année ne correspond pas à l'année 1912 comme le pensait Chacornac. Les auteurs musulmans comme Michel Vâlsan et Charles-André Gilis ont rectifié l'erreur puisque l'année 1329 H « correspond en effet à une période située toute entière en 1911 » (précisément du 2 janvier au 21 décembre 1911[MVI 1])[GI 2]. En fait, cette date doit être avancée de plusieurs mois car dans une lettre adressée à Tony Grangler (le médecin personnel de Guénon) publiée par Michel Chazottes, Guénon indique qu'il a été rattaché au soufisme dès 1910 (Guénon a souligné la date)[AS 2]. Guénon a donc été initié en 1910 au Soufisme par Ivan Aguéli, donc l'année même où ils se sont rencontrés. Guénon a d'ailleurs commencé à écrire les premiers articles qui formeront la base du Symbolisme de la Croix peu de temps après (début 1911), cet ouvrage étant en grande partie basée sur des enseignements soufis[MVS 1],[AS 3]. La date 1329 H indiquée dans la dédicace du Symbolisme de la Croix correspond donc à la première année (du calendrier musulman) complète que Guénon a passé en tant que musulman. Guénon était donc relié spirituellement au Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir. C'est d'ailleurs à lui que Guénon dédia en 1931, son Symbolisme de la Croix, en ces termes[MVI 1]:

«  À la mémoire vénérée de Esh-Sheikh Abder-Rahmân Elîsh El-Kebir, El-Alim, El-Malki, El-Maghribi à qui est due la première idée de ce livre. Meçr El-Qâhirah 1329-1349 H.  »

René Guénon expliqua à Michel Vâlsan que Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir fut un représentant très important de l'Islam, tant du point de vue ésotérique qu'exotérique[MVI 1]. Il fut le Cheikh d’une branche shâdhilite, une branche de l’organisation initiatique (tarîqa) fondée au XIIIe siècle (VIIe siècle de l'Hégire) par le sheikh Abû-l-Hasan ash-Shâdhilî, une des plus grandes figures spirituelles de l’Islam, qui fut, dans l'ordre ésotérique, le « pôle » (« Qutb ») de son temps, ce terme désignant une fonction initiatique d'un ordre très élevé[MVI 2]. Dans le domaine « exotérique » (« religieux » dans le cadre musulman), il fut le chef du madhhab mâleki à l'université al-Azhar. Les termes madhhab mâleki indiquent « une des quatre écoles juridiques sur lesquelles reposent l'ordre exotérique de l'Islam [MVI 2]», l'université al-Azhar étant qualifiée de « la plus grande Université de l'ordre islamique[MVI 2] » par Michel Vâlsan.

Ivan Aguéli comme le Sheikh Abder-Rahman Elish El-Kebir avait un intérêt majeur pour l'œuvre d'Ibn Arabi[LE 12] considéré comme « le plus grand maître » dans certaines branches du Soufisme et dont l'œuvre allait servir de principal fondement doctrinal (avec celle de Shankara) via une transmission spirituelle directe à celle de Guénon[MVI 1],[DB 2]. Ivan Aguéli fit connaître, par ses traductions, dès 1910, de nombreux textes de l'école d'Ibn Arabi à Guénon[LS 2],[AS 4]. René Guénon envisagea en 1911 avec Léon Champrenaud de se rendre en Égypte pour y trouver et traduire des textes soufis mais le projet n'eut pas de suite[30].

Par sa découverte des doctrines orientales et par les transmissions initiatiques correspondantes qu'il reçut, René Guénon prit conscience de l'abîme qui séparait ces traditions des groupements occultistes et gnostiques. Il en arriva à la certitude que l'esprit traditionnel était conservé essentiellement en Orient[CMM 1]. Le rejet fut « brutal »: d'après Jean-Pierre Laurant, « il ne soufflait mot à ceux qui le fréquentèrent ensuite » de son passage dans les milieux occultistes et gnostiques[LS 5]. Il écrivit, par exemple, plus tard à Nöelle Maurice-Denis Boulet n'être entré dans le mouvement gnostique que pour le détruire[QS 4].

Jean-Pierre Laurant a montré, néanmoins, dans Le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, que ce dernier a réutilisé beaucoup d'informations provenant d'auteurs de la tradition occultiste comme Frédéric de Rougemont, Frédéric Portal, Alexandre Saint-Yves d'Alveydre, Sédir, Eugène Aroux, Éliphas Lévi ou Antoine Fabre d'Olivet[LS 6] surtout pour y chercher des éléments de comparaison (en particulier dans le cadre du symbolisme) avec la tradition occidentale[JR 4] et en se basant sur des connaissances doctrinales que ces auteurs occultistes n’avaient pas[LS 7]. L'idée d'une tradition unique se retrouve chez certains auteurs depuis la Renaissance jusqu'à Antoine Fabre d’Olivet ou Alexandre Saint-Yves d'Alveydre[LS 8],[DB 3]. Mais, d’une part ces auteurs n’y voyaient souvent qu’une «religion primitive» préfigurant le Christianisme[AS 5], et d’autre part Guénon reformula cette notion à la lumière de traditions authentiques et toujours vivantes: La Tradition primordiale fait référence à la Sanâtana Dharma de l'Hindouisme[EH 1] ou à certains enseignements d'Ibn Arabi[MVI 3]. Plus précisément, de sa connaissance directe de l'Hindouisme, du Taoïsme et du Soufisme, Guénon en déduisit qu'il s'agit, en fait, de la même doctrine. Il y vit la preuve qu'il y a bien un fond identique à toutes les grandes traditions de l'humanité. Il écrivit, en effet, dès son premier ouvrage : « Tout ce que nous venons de dire [sur la métaphysique] est applicable, sans aucune restriction, à n'importe laquelle des doctrines traditionnelles de l'Orient, malgré de grandes différences de forme qui peuvent dissimuler l'identité du fond à un observateur superficiel : cette conception de la métaphysique est vraie à la fois du Taoïsme, de la doctrine hindoue, et aussi de l'aspect profond et extra-religieux de l'Islamisme [le Soufisme] »[IDH 2].

De son expérience des milieux occultistes, il va réaliser que les contrefaçons de la spiritualité sont très nombreuses et qu'il devait les dénoncer pour « que d'autres [...] évitent de s'engager dans des voies sans issues[PC 12] ». Sa dénonciation de toutes formes de néo-spiritualisme, qui n'avaient hérité (d'après lui) d'aucune influence spirituelle authentique[PC 13], avait débuté par certains articles publiés dans La Gnose et allait aboutir à la publication de livres tels que Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion ou L'Erreur spirite. Il avait eu comme projet d'écrire un livre contre l'occultisme lui-même mais jugea l'entreprise inutile constatant le fort déclin de ce mouvement après la Première Guerre mondiale[LE 13]. Les seules institutions traditionnelles occidentales qui allaient encore l'intéresser étaient la Franc-Maçonnerie (avec le Compagnonnage) et l'Église catholique[LS 9]. D'après lui, ce sont les deux seules institutions qui ont encore gardé une base traditionnelle (spirituelle) authentique en Occident bien que sous une forme amoindrie par rapport aux traditions orientales: base exotérique (ou religieuse) pour l'Église catholique[VD 1], base ésotérique (ou initiatique) pour la Franc-Maçonnerie[VD 2].

Les milieux maçonniques[modifier | modifier le code]

René Guénon considérait que la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage étaient les deux dernières organisations authentiquement initiatiques en Occident. Il fut lui-même Maçon. D'après lui, les symboles de l'équerre et du compas prouvent que la Maçonnerie dérivait d'une ancienne corporation[FMII 1]. Le « Maître » maçon est celui qui a atteint l'état entre l'équerre et le compas qui, d'après Guénon, correspond exactement à « l'homme véritable  » dans le Taoïsme situé entre le Ciel et la Terre (parfois symbolisés par l'équerre et le compas en Chine aussi)[GT 1]. Le G est l'initiale de Dieu (God) mais d'après Guénon a probablement remplacé, en Angleterre, la lettre iod hébraïque en vertu d'une association phonétique (qui n’en change rien sur le sens)[SSS 1]. Il s'agit d'un symbole « polaire » comme le swastika auquel il est lié dans les rituels maçonniques opératifs anciens[GT 2] et est l'expression de l'Unité principielle[GT 3].

Au début du XXe siècle, la Franc-maçonnerie officielle s'affairait en des tâches très étrangères aux buts traditionnels originels de l'Ordre: le Grand Orient de France avait supprimé au XIXe siècle toute référence au Grand Architecte de l'Univers et l'obligation de croire en Dieu. La Franc-maçonnerie faisait et défaisait les gouvernements et combattait l'Église catholique[CC 2]. Seul, Oswald Wirth essayait au sein de cette Franc-maçonnerie officielle de faire revivre la pratique du symbolisme[CC 3]. Papus se présentait alors comme le dirigeant de la Franc-maçonnerie « spiritualise » (souvent irrégulière) en opposition aux positions modernistes de la Franc-maçonnerie officielle[CC 3]. René Guénon avait été admis dans deux de ces loges maçonniques du milieu papusien dont la Loge symbolique Humanidad du Rite National Espagnol qui devait changer d'obédience et devenir une Loge du Rite égyptien de Memphis-Misraïm[LE 14],[PC 2],[CC 3].

Après son exclusion des milieux papusiens en 1909 et donc de la Loge Humanidad, Guénon avait rencontré Oswald Wirth qui essaya de le faire rentrer dans des loges « régulières » en particulier sa Loge « Travail et vrais amis fidèles » de la Grande Loge symbolique écossaise (entre février et juin 1911)[LE 15]. Ce fut un échec. Guénon fut finalement admis, probablement avec le soutien d'Oswald Wirth, à la Loge Thebah de la Grande Loge de France (Rite écossais ancien et accepté)[LE 16],[PC 14],[CC 4]. Les auteurs parlent souvent d'une admission en 1912[LE 16],[PC 14]. Mais des auteurs franc-maçons comme Jean Baylot[CC 4] et Jean Ursin[JU 1] parlent d'une admission dès 1910. Toujours est-il qu'il prit la parole dès le 4 avril 1912 ce « qui suppose un délai puisqu'un apprenti au premier grade n'a pas le droit de parole[LE 16] » (ce qui va peut-être dans le sens d'une admission avant 1912). Les premiers articles de Guénon sur la Franc-maçonnerie dans La Gnose datent de 1910 et s'inscrivent déjà dans le cadre du retour à l'étude du symbolisme d'Oswald Wirth[LE 16]. Une conférence du « Frère  » Guénon dans sa Loge fut publiée dès janvier 1913 dans le journal Le Symbolisme d'Oswald Wirth et contient « une remarquable mise au point sur la nature du symbole et le rapport entre les formes et l'objet du travail initiatique intérieur [LE 17] ». « Probablement déçu par l'atmosphère des Loges [LS 10]», il ne devait pas y rester longtemps en activité: il aurait été radié en 1914 et peut-être même 1913 par défaut de paiement de sa cotisation[LE 17]. Cependant, la Franc-maçonnerie devait toujours garder une bonne place dans ses préoccupations et il devait conserver des relations avec des membres de différentes obédiences toute sa vie[PC 15],[LE 17]. Alors qu'il avait rejeté les mouvements occultistes et gnostiques, Guénon devait maintenir toute sa vie que la Franc-maçonnerie est la seule organisation initiatique authentique qui demeure en Occident (avec le Compagnonnage):

«  si l’on met à part le cas de la survivance possible de quelques rares groupements d’hermétisme chrétien du Moyen Âge, d’ailleurs extrêmement restreints en tout état de cause, c’est un fait que, de toutes les organisations à prétentions initiatiques qui sont répandues actuellement dans le monde occidental, il n’en est que deux qui, si déchues qu’elles soient l’une et l’autre par suite de l’ignorance et de l’incompréhension de l’immense majorité de leurs membres, peuvent revendiquer une origine traditionnelle authentique et une transmission initiatique réelle ; ces deux organisations, qui d’ailleurs, à vrai dire, n’en furent primitivement qu’une seule, bien qu’à branches multiples, sont le Compagnonnage et la Maçonnerie. Tout le reste n’est que fantaisie ou charlatanisme, même quand il ne sert pas à dissimuler quelque chose de pire[AI 1].  »

Il s'agit, en fait, d'après Guénon, des organisations qui ont hérité des formes initiatiques basées essentiellement sur l’exercice d’un métier, formes provenant du Moyen-Âge européen (comme les constructeurs du Moyen Âge[FMI 1])[AI 2].

Guénon dissout l'Ordre du Temple rénové en 1911 (sous l'ordre « des Maîtres) » [LE 18] et en février 1912, La Gnose cessa de paraître[PC 3]: tous les ponts avec les milieux occultistes étaient coupés. Très proche de sa mère et de sa tante (Mme Duru), Guénon se rendait souvent dans sa famille. En juillet 1912 il se maria avec Berthe Loury, l'assistante de sa tante, institutrice à Montlivault proche de Blois. Un mariage religieux fut célébré, essentiel dans cette famille catholique très pratiquante[LE 19],[PC 16]. Le jeune couple s'installa au 51 rue Saint-Louis-en-L'Île. La tante vint habiter avec eux et une nièce, Françoise Bélile, les rejoignit bientôt. Le couple n'ayant pas d'enfants, ils élevèrent Françoise comme leur propre fille[LE 19]. Toute la période qui va suivre (jusqu'en 1927) va apparaître comme un retour de Guénon au Catholicisme[CC 5], toutes ces femmes étant très pratiquantes. « Ce retour de Guénon au Catholicisme » avait provoqué une rupture avec ses anciens amis Matgioi et Champrenaud très antireligieux[LE 20]. En fait, les rapports de Guénon avec l'église catholique furent très complexes et ont été étudiés en détail par Marie-France James dans Ésotérisme et christianisme autour de René Guénon. Si Guénon avait été très pratiquant durant sa jeunesse, il avait arrêté toute pratique catholique lorsqu’il était dans les milieux occultistes, milieux très anticléricaux[LE 21]. De plus, il était désormais franc-maçon et soufi[31], ce dont il ne dit rien à son entourage (y compris à sa femme)[LE 19]. D'autre part, si Guénon accompagnait bien sa femme régulièrement aux offices religieux, il s'abstenait des sacrements (d'après Marie-France James), ce qui provoqua les inquiétudes de sa tante[LE 19],[CC 5]. Ses lecteurs vont croire que Guénon est un auteur catholique qui est, par ailleurs, un très bon connaisseur des doctrines orientales et de la Franc-Maçonnerie : ce sera probablement le cas d'Abel Clarin de la Rive avec qui Guénon va travailler à la La France antimaçonnique [MFJ 1].

La participation à La France antimaçonnique[modifier | modifier le code]

À partir de 1912 et jusqu'en 1927, sa conduite d'après Jean-Pierre Laurant fut « dictée par l'opportunité d'autant plus que ses grands choix spirituels étaient faits [LE 22] ». Persuadé qu'il avait une « mission[LS 2] de « redressement [spirituel] de l'Occident [LS 11]», Guénon se tourna naturellement vers la principale institution (en espérant s'y appuyer) où se trouvent, en Occident, d'après lui, « les restes d'esprit traditionnel qui survivent encore[CMM 2] » : l'Église catholique [LS 11]. Cela explique une situation en apparence contradictoire : « la collaboration effective du maçon Guénon à La France antimaçonnique de juillet 1913 à juillet 1914 [MFJ 2] ».

Au début de la Troisième République, l'Église catholique était sur la défensive et affrontait la Franc-maçonnerie. C'est dans ce climat que l'une des plus extraordinaires impostures du XIXe siècle prit naissance : l'affaire Léo Taxil. De 1887 à 1895, Léo Taxil avait été le rédacteur en chef de La France chrétienne, organe du Conseil antimaçonnique de France et persuada nombre de catholiques que la Franc-maçonnerie était une secte satanique. Un autre adversaire de la maçonnerie Abel Clarin de La Rive avait tout d'abord cru à l'authenticité de la version de Léo Taxil pour, finalement, confondre Léo Taxil de mystification (Taxil préféra prendre les devants et avoua avoir tout inventer lors d'une conférence publique en avril 1897). Clarin de La Rive prit la direction de La France chrétienne (en 1896 [MFJ 3]) qui changea de nom et devint plus tard La France antimaçonnique. Les catholiques étant très échaudés par le dénouement de l'affaire Léo Taxil, des dissensions au sein du mouvement antimaçonnique étaient apparus [MFJ 4]. Certains, comme Ernest Jouin, qui fonda la revue internationale des sociétés secrètes, n'admirent jamais véritablement qu'il y ait eu mystification et continuèrent à croire en l'existence d'un complot (judéo-)maçonnique à caractère satanique. D'autres, comme Clarin de La Rive, ne voulaient plus entendre parler de version satanisante[MFJ 5] et considéraient « comme Guénon et dans la ligne de Joseph de Maistre, que la maçonnerie était une forme déviée et corrompue de la tradition éternelle[LE 23] ». Il fallait dénoncer la « déviation » de la maçonnerie avec plus de rigueur, étudier son symbolisme et son évolution, montrer ses incohérences actuelles[LE 24]. D'autre part, Clarin de La Rive s'intéressait aux traditions orientales (les « petites églises[LE 24] ») en particulier à l'Islam. Tout cela explique que Clarin de la Rive accorda un vif intérêt aux écrits de Guénon dans La Gnose. Clarin de la Rive reproduira intégralement dans son journal plusieurs articles de Guénon-Palingénius publiés dans La Gnose en 1910-1911[MFJ 6].

Lorsque La Gnose disparut en 1912, Guénon, sous le pseudonyme: Le Sphinx, devint un collaborateur régulier de La France antimaçonnique sur les questions du symbolisme et de hauts grades maçonniques en 1913 et 1914[LE 23]. Clarin de la Rive voulait utiliser la très grande érudition de Guénon sur la Franc-maçonnerie et son évolution[MFJ 1]. Les deux étaient d'accord pour combattre les franc-maçons politiciens et leurs idées modernistes au nom de l'authentique Franc-maçonnerie présentée comme originellement conforme au catholicisme[MFJ 1]. Pour Guénon, et bien que ce n'était probablement pas l'objectif de Clarin de la Rive, du moins d’après Marie-France James[MFJ 1] (David Bisson écrit, au contraire, que leur objectif commun était de créer un courant catholique favorable à la Franc-Maçonnerie « traditionnelle »[DB 4]), cela ouvrait une opportunité de premier plan pour réhabiliter la Franc-maçonnerie au près du public catholique[MFJ 1]. Dans son projet de redressement spirituel de l'Occident, une tradition occidentale complète se devait d'avoir une base « exotérique » pour tous (sous la forme de la religion catholique) et une dimension ésotérique (initiatique) pour son élite spirituelle, qu'elle pouvait retrouver en partie dans une Franc-maçonnerie retournée à sa vocation originelle. C'est ce qu'explique Chacornac pour justifier la collaboration de Guénon à La France antimaçonnique:

«  À cause de son caractère initiatique, il convenait de rendre à la Maçonnerie son vrai visage, défiguré par la mystification taxilienne ; à cause de leur politique et de leur modernisme, il fallait combattre les Maçons contemporains, infidèles à la vocation initiatique, pour que la Maçonnerie puisse redevenir effectivement ce qu'elle n'a jamais cessé d'être virtuellement[PC 17].  »

Guénon publia une série d'articles sur le rite écossais rectifié, la stricte observance templière[PC 18], etc... Il entreprit une polémique au sujet des « supérieurs inconnus » de la Franc-Maçonnerie avec Charles Nicoullaud et Gustave Bord, les rédacteurs de la Revue internationale des sociétés secrètes[LE 23]. Guénon devait être tout au long de sa vie un grand polémiste[LE 23]. Les supérieurs inconnus font référence aux chefs des différentes branches maçonniques du XVIIIe siècle qui auraient été à l'origine d'une entente continuelle entre ces différentes branches, l'identité précise de ces chefs étant inconnue[MFJ 7],[JR 5]. Gustave Bord en avait conclu que ces supérieurs inconnus n'existaient pas « en chair et en os » et n'étaient qu'un produit de l'imagination[MFJ 7]. Charles Nicoullaud avait abondé dans son sens mais avança que ces supérieurs inconnus vivaient dans l'«astral», c'est-à-dire qu'ils correspondaient à une force surnaturelle (psychique ou subtile au sens de Guénon)[MFJ 8]. Le Sphinx (Guénon) devait leur rétorquer qu'ils se trompaient et que la question des supérieurs inconnus se posait dans toutes les organisations initiatiques[MFJ 9]. Les rédacteurs de la Revue internationale des sociétés secrètes lui demandant des explications, Le Sphinx expliqua qu'il s'agissait bien d'êtres « en chair et en os » mais ayant transcendé leur individualité les comparant avec certains êtres délivrés que l'on rencontre en Inde et au comte de Saint-Germain[MFJ 10]. Il faisait, en fait, implicitement référence à la doctrine des états multiples de l'être, inspirée de Shankara, qu'il développera plus tard[MFJ 11].

La polémique portait sur des points techniques et était assez violente et, d'après Marie-France James, « le pauvre lecteur de La France antimaçonnique [...] ne savait plus ou donner de la tête [MFJ 12] ». Mais elle portait, en fait, sur un point essentiel: les rédacteurs de la revue internationale des sociétés secrètes pensaient que la Franc-Maçonnerie du XVIIIe siècle avait été inspirée par une force psychique surnaturelle d'ordre satanique alors que Guénon y voyait, au contraire, un « principe transcendant d'ordre métaphysique  » comme pour toute organisation réellement initiatique[MFJ 13]. Guénon cherchera toujours à convaincre une « certaine élite » à aspirer à atteindre ce « niveau des supérieurs inconnus[MFJ 14] ». La polémique s'arrêta, les deux camps se renvoyant l'accusation d'être des « anti-maçons fort étranges [MFJ 15],[32] ».

De l'époque taxilienne, Clarin de la Rive avait réuni une importante documentation qui lui avait permis de démasquer la mystification de Taxil. Il la communiqua à Guénon, et celui-ci s'en servit non seulement pour déterminer qui agissait dans l'entourage de Taxil, mais aussi pour dénoncer les origines « suspectes » des milieux qui prirent position progressivement pour la « défense de l'Occident » et contre « le complot judéo-maçonnique » [PC 17]. Des documents fournis par Clarin de la Rive, Guénon en retira la conviction qu'il existait bien des groupes satanistes, « mais que ce n'était pas dans la Maçonnerie [...] qu'il fallait les chercher »[PC 19]. Cela l'amènera à développer plus tard la notion de « contre-tradition ». Chacornac l'explique en ces termes:

«  Il acquit la certitude qu'il y avait, de par le monde, des groupes qui s'efforçaient consciemment de jeter le discrédit sur tout ce qui subsiste d'organisations traditionnelles qu'elles soient de caractère religieux [comme l'Église catholique ou le Judaisme] ou de caractère initiatique [comme la Franc-Maçonnerie ou la Kabbale juive] ; que ces groupes pouvaient avoir des agents dans la Maçonnerie, comme dans un autre milieu [comme l'église catholique], sans que l'on puisse pour autant assimiler la Maçonnerie à une organisation subversive[PC 17].  »

Guénon pensait que la revue internationale des sociétés secrètes, avec qui il eut de violentes polémiques, était infiltrée par ces groupes et que Charles Nicoullaud était un « contre-initié »[33],[PC 17],[JR 6].

Amitiés catholiques[modifier | modifier le code]

Guénon considérait l'Église catholique comme la principale institution traditionnelle en Occident. D'après lui, parmi différentes significations symboliques, la clef d'or représente l'autorité spirituelle et la clef d'argent le pouvoir temporel [ASPT 1]. Saint Pierre reçoit directement les deux pouvoirs et transfert la clef d'argent (symbolisée aussi par le sceptre[ASPT 2]) au roi par le sacre[ASPT 1]. C'est Saint Pierre qui a « le pouvoir des clefs » et peut délier les sujets de leur serment de fidélité envers leur souverain[ASPT 1]. La tiare à trois couronnes représente les « trois fonctions suprêmes  » que l'on retrouve, d'après Guénon, dans de nombreuses traditions : Roi, Prêtre et Prophète (ou Maître spirituel par excellence, détenteur de la connaissance intellectuelle intuitive ce qui le rend infaillible)[RM 1].

À La France antimaçonnique, Guénon rencontra un indien de religion Sikh, Hiran Singh, qui lui transmit une grande part de la documentation sur la Société théosophique qu'il utilisera dans Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion[LE 25]. La confiance entre Guénon et Clarin de la Rive était telle que ce dernier avait envisagé que Guénon soit son successeur à la tête de la revue à la rentrée 1914, mais Clarin de la Rive mourut prématurément et la guerre éclata[LE 23].

À l'automne 1914, en compagnie de Pierre Germain un ami de l’église Gnostique qui avait retrouvé la foi lors d’un pèlerinage à Lourdes, René Guénon, réformé pour ses problèmes de santé en 1906[DB 5], s’inscrivit en troisième année de licence de philosophie en Sorbonne[LE 26]. Sa licence obtenue, il entreprit un diplôme d'études supérieures de philosophie des sciences avec le professeur Gaston Milhaud à qui il présentera (en 1916) comme mémoire un travail qui sera à l'origine de son livre publié en 1946: Les principes du calcul infinitésimal[LE 26],[MFJ 16]. Les travaux pratiques amenèrent Guénon à faire un exposé sur la métaphysique orientale, une première version de sa conférence publique donnée à la Sorbonne en 1925 et publiée en 1939 (La Métaphysique orientale). Une jeune étudiante de la Sorbonne de 19 ans, Noëlle Maurice-Denis, la fille du peintre Maurice Denis. fut grandement impressionnée par l'exposé[LE 26],[QS 5]. Elle fréquentait aussi l'Institut catholique de Paris[MFJ 16]. Noëlle Maurice-Denis et Pierre Germain firent un exposé, à leur tour, basés sur les principes de la cosmologie thomiste. Très rapidement, les trois étudiants devinrent de grands amis, discutant métaphysique. En 1916, Noëlle Maurice-Denis introduisit Guénon auprès de Jacques Maritain et du Père Emile Peillaube, alors doyen de la Faculté de philosophie de l'Institut catholique de Paris et fondateur de la Revue de philosophie d'inspiration thomiste[MFJ 17]. À partir de 1919, René Guénon y donnera quelques « comptes rendus » et articles présentant sa critique du théosophisme[RC 2].

Dans les années qui vont suivre, comme l’a expliqué Jean-Pierre Laurant, « la pièce maîtresse de la stratégie guénonienne » pour dialoguer avec l'Église catholique va être son débat avec Jacques Maritain et ses amis néo-thomistes, les « identifiants » à l'institution romaine[LE 27].

Pierre Germain révéla le passé néognostique et maçon de Guénon à Noëlle Maurice-Denis au cours de l'été 1916 et lui transmit les articles de Palingénius dans la La Gnose[MFJ 17]. En revanche, les deux ignoraient tout de la confirmation de Guénon à la Grande Loge de France (à loge Thebah) ainsi que de son initiation soufie[MFJ 18]. Noëlle Maurice-Denis écrira en 1962 que « pour nous catholiques, c'est naturellement l'aspect maçon qui nous inquiétait le plus » et qu'à l'époque il ne jurait que par la métaphysique hindoue et qu'il était difficile de savoir dans quelle mesure il avait évolué[MFJ 19]. De plus, depuis son mariage, il apparaissait comme « un jeune bourgeois » dégagé de tout anticléricalisme et « réconcilié en partie avec un certain esprit religieux »[MFJ 19],[34].

À partir 1916, Guénon commença de longues correspondances avec Maritain, Noëlle Maurice-Denis et Pierre Germain qui l'aidèrent à préciser ses positions et son vocabulaire[LE 28]. Les questions de vocabulaire étaient très importantes pour lui, il cherchait dans la tradition occidentale des termes équivalents à ceux des langues sacrées orientales comme le sanskrit[LE 27]. Maritain lui proposa de publier son mémoire sur Les principes du calcul infinitésimal dans la revue Revue de philosophie ce qu'il refusa car il voulait le publier en volume[RC 2]. Guénon chercha, en décembre 1916, à faire publier dans cette revue un texte sur la notion d'Infini avec le soutien de Noëlle Maurice-Denis et du Père Émile Peillaube, mais cette fois-ci c'est Maritain qui s'y opposa. Moins d'un an s'était écoulé entre la première rencontre entre Guénon et Maritain et ce dernier s'était déjà forgé une opinion négative sur la pensée de Guénon (sans que ce dernier s'en rende tout de suite pleinement compte)[MFJ 20].

En 1916, Guénon enseigna au collège de Saint-Germain-en-Laye et, à l'automne 1917, il fut muté à Sétif puis à Blois, en 1918, d'où il envoya plusieurs lettres à Noëlle Maurice-Denis, exposant les imperfections inhérentes selon lui à la scholastique et au thomisme, doctrines qui, par leurs limitations à la seule ontologie s'interdisaient les conceptions véritablement illimitées de la pure Métaphysique orientale: c'est durant l'échange qu'il introduisit le concept de non-être (en fait repris du Taoïsme)[MFJ 21]. D'autre part, Guénon commença à expliquer que, selon lui, la mystique chrétienne, depuis la Renaissance, était une réalisation incomplète[MFJ 22], demeurant dans les limites de l'individuel, tandis que la réalisation des hindous lui apparaissait « absolue [MFJ 23],[LS 12] ». Il avait envisagé, dans une lettre à Pierre Germain de 1916, l'existence au Moyen Âge, d'« un enseignement plus complet et plus profond, et cela est assez vraisemblable si l'on considère que la Somme n'était dans l'esprit de son auteur qu'un traité à l'usage des étudiants[LE 29]  ». « Rien n'est inconcevable en soi » écrivit-il à Noëlle Maurice-Denis en 1917 s'opposant à toute vision limitée de la connaissance[LS 13]. En Orient, la connaissance est identique à l'infini, toute conception de l'intelligence comme une émanation limitée de l'Infini est une déformation typique des doctrines orientales par les grecs[LS 13].

Un écrivain engagé[modifier | modifier le code]

Premières publications et premières ruptures[modifier | modifier le code]

L'entrée sur la scène intellectuelle[modifier | modifier le code]

L'armistice du 11 novembre 1918 marqua la fin de la « Grande Guerre ». Comme l'a expliqué Xavier Accart,

«  après la Première Guerre mondiale, Guénon résolut d'entrer sur la scène intellectuelle. On aurait pu imaginer qu'il poursuivît son activité littéraire au sein de milieux occupés par des questions ésotériques et spirituelles [...] En entrant dans la scène intellectuelle parisienne, il chercha à investir les lieux qui étaient, selon sa vision, les résidus de l'intellectualité occidentale. Le modèle « traditionnel » de l'Occident étant selon lui le Moyen Âge, ces résidus étaient à trouver, d'un côté dans l'Université laïcisée, de l'autre dans les institutions qui dispensaient l'enseignement scolastique [Les milieux néo-thomistes alors proches de l’Action française[RC 3]]. Guénon qui les fréquentait depuis l'immédiat avant-guerre, chercha des appuis dans ces deux cadres[RC 4].  »

Cette attitude n'allait pas de soi, pourquoi Guénon décida-t-il de « s'exposer ainsi et à présenter à un large public un point de vue qui n'était, selon lui, accessible qu'à une « élite » [RC 5]»? C'est qu'il pensait probablement que le choc de la « la Grande Guerre » offrait un terrain favorable à la réception de ses idées[RC 5]. La guerre avait remis en doute très gravement les fondements de la civilisation occidentale et la foi dans le Progrès et la Raison[RC 5]. D'autre part, Guénon pensait qu'une des caractéristiques du monde moderne est le fait que les gens ne sont plus à la place correspondant à leur vocation[RC 4],[CMM 3]. Il écrivit : « la difficulté [...] est d'atteindre ceux qui peuvent le comprendre, car il y en a sûrement, et dans les milieux les plus divers[RC 6]  ». Il fallait donc publier des livres en les diffusant le plus possible[RC 4].

En 1919, Guénon échoua à l'oral de l'agrégation de philosophie sur un sujet qui ne « l'intéressait nullement[MFJ 24] » : une leçon de morale sur le sacrifice[LE 30],[QS 6]. Il se réinstalla sur Paris et, en décembre 1919, il fut mis au courant du projet de la Revue universelle autour de Jacques Bainville et Henri Massis. Jacques Maritain devait assumer la chronique de philosophie. Il s'agissait d'une revue royaliste et catholique dont la ligne éditoriale était proche de celle de l'Action française. Pierre Germain et Noëlle Maurice-Denis souhaitaient y collaborer et Guénon déclara qu'il le ferait aussi « très volontiers[MFJ 25] ». Toujours sur la défensive face à la troisième république, beaucoup de catholiques étaient proches de l'Action française (avant sa condamnation par la Papauté en 1926) sans pour autant adhérer à toutes les thèses de Charles Maurras qui était, à l'époque, agnostique[35],[QS 7]. Guénon ne devait rien publier dans la Revue universelle et le refus d'un de ses articles par Henri Massis en 1921 le mit en colère[LE 31].

L'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues[modifier | modifier le code]
Vishnou sous la forme de Varâha surgit de l'océan et relève la terre (Bhumidevi) au bout de ses défenses de sanglier, Grottes d'Udayagiri, époque Gupta (de la fin du IIIe siècle aux alentours du milieu du VIe siècle). Guénon considérait la tradition hindoue comme celle qui est la plus proche de la Tradition primordiale. Le sanglier est, d'après lui, un symbole provenant de cette tradition primordiale. La « terre sacrée » polaire, siège du centre primordial de ce cycle de l'humanité, est appelée la « terre du sanglier » (Vârâhi) dans la tradition hindoue[SSS 2].

Pendant la période 1919-1920, Guénon rédigea son premier ouvrage, Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues qu'il voulut présenter pour une thèse de doctorat. Il chercha d'abord à le faire éditer par Alcan qui publiait les grands universitaires de l'époque. Pour cela, il demanda l'avis à Lévy-Bruhl, l'un des plus éminents universitaires de l'époque et un ami de Jaurès, qui ne l'encouragea pas[RC 7]. Le livre fut accepté par la librairie Marcel-Rivière qui publiait des livres essentiellement sur le syndicalisme et les sciences sociales, en particulier les œuvres de Georges Sorel. Mais la librairie éditait aussi la Revue de philosophie du Père Peillaube et c'est grâce au soutien de ce dernier et de Jacques Maritain que le livre fut accepté[RC 2]. Il obtint l'accord écrit de l'indologue Sylvain Lévi pour l'enregistrer comme sujet de thèse mais le rapport de Lévi pour la soutenance, bien que se terminant par un accord de pure forme, fut assez dur: « Il entend exclure tous les éléments qui ne correspondent pas à sa conception [...] tout est dans le Védânta [...] il est tout prêt à croire à la transmission mystique d'une vérité première apparue au génie humain dès les premiers âges de l'humanité[LE 30],[MFJ 26] ». L'accord pour la soutenance fut donc refusé par le doyen. D'après Jean-Pierre Laurant, Guénon accepta très mal ce rejet de l'Université qui allait devenir, pour lui, le symbole de tous les travers de l'Occident moderne[LE 20] mais ce lien entre la dénonciation de l'Université par Guénon et la non-acceptation de sa thèse est contesté par d'autres auteurs[QS 8]. Il est à noter que Guénon chercha à se rendre en Inde durant la période où il rédigeait son livre mais son visa d'entrée fut refusé par les autorités britanniques[MFJ 27].

La publication de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues lui valut une reconnaissance rapide dans les milieux parisiens[RC 8],[RC 9]. René Grousset dans son Histoire de la philosophie orientale (1923) se référait déjà à l'œuvre de Guénon comme à un « classique »[RC 10]. L'ouvrage toucha de jeunes écrivains alors inconnus tels que Raymond Queneau, Henry Corbin ou André Malraux[RC 11]. Ce dernier dira beaucoup plus tard que l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues fut, « à sa date, un livre capital[RC 11] ». Son premier biographe Chacornac, écrivit que le titre n'était peut-être pas très heureux car la première partie du livre concernait la Tradition en général et pas seulement les doctrines hindoues: Guénon y précisait tous ses concepts les plus importants: la notion de Tradition, la métaphysique, la réalisation métaphysique, les différences entre religion et tradition, entre ésotérisme et exotérisme[PC 20],[DB 6]. La troisième partie du livre introduisait les six Darshanas présentés comme six points de vue des doctrines hindoues dont la teneur métaphysique augmentait progressivement pour culminer dans la sixième: le Vêdânta dont la formulation la plus élevée était celle de Shankara (au-dessus de celle de Ramanuja)[DB 7].

Guénon introduisit dans le livre la notion d'intuition intellectuelle nécessaire pour atteindre la connaissance métaphysique[VD 3]. Il expliqua, en effet,

«  En indiquant les caractères essentiels de la métaphysique, nous avons dit qu’elle constitue une connaissance intuitive, c’est-à-dire immédiate, s’opposant en cela à la connaissance discursive et médiate de l’ordre rationnel. L’intuition intellectuelle est même plus immédiate encore que l’intuition sensible, car elle est au-delà de la distinction du sujet et de l’objet que cette dernière laisse subsister ; elle est à la fois le moyen de la connaissance et la connaissance elle-même, et, en elle, le sujet et l’objet sont unifiés et identifiés. D’ailleurs, toute connaissance ne mérite vraiment ce nom que dans la mesure où elle a pour effet de produire une telle identification, mais qui, partout ailleurs, reste toujours incomplète et imparfaite ; en d’autres termes, il n’y a de connaissance vraie que celle qui participe plus ou moins à la nature de la connaissance intellectuelle pure, qui est la connaissance par excellence [IDH 3].  »

Les réactions des milieux néo-thomistes[modifier | modifier le code]

En revanche, Guénon fut très déçu par la réaction de ses amis néo-thomistes[LS 14],[LE 32]. En effet, Noëlle Maurice-Denis publia un compte rendu du livre dans Revue universelle (la nouvelle revue proche de l'Action française où Guénon avait voulu collaborer) le 15 juillet 1921, dans le cadre de la rubrique philosophique confiée à Jacques Maritain. Le compte rendu de dix pages avait fait l'objet d'une discussion entre Maurice-Denis et Maritain. Ce dernier voulut qu'apparaisse clairement que « la métaphysique de Guénon soit radicalement inconciliable avec la foi » et écrivit lui-même la dernière phrase, ce qu'ignora, semble-t-il, toujours Guénon[MFJ 28]: « R. Guénon voudrait que l'Occident dégénéré allât demander à l'Orient des leçons de métaphysique et d'intellectualité. C'est seulement au contraire dans sa propre tradition et dans la religion du Christ, que l'Occident trouvera la force de se réformer lui-même [...] Il faut bien avouer que le remède proposé par M. Guénon, - c'est-à-dire, à parler franc, une rénovation hindouiste de l'antique Gnose, mère des hérésies, - ne serait propre qu'à aggraver le mal[MFJ 28] ».

Saint Michel terrassant le dragon, Tenture de l'Apocalypse d'Angers. Le dragon représente Satan. Guénon voyait dans la descente du cycle de l'humanité, l'action de Satan, à la fois à travers les forces « anti-traditionnelles » qui cherchent à détruire toute forme de spiritualité et, a fortiori dans ce qu'il appelait la « contre-tradition[VD 4] » qui détourne les traditions et les parodie. Il consacra un chapitre au satanisme dans L'erreur spirite en 1923. Le concept de contre-tradition fut particulièrement développé dans Le Règne de la quantité et les signes des temps en 1945. Guénon identifia explicitement la fin du cycle de l'Humanité dans la doctrine des cycles des doctrines orientales[VD 5] avec l'apocalypse de Saint-Jean[VD 6],[EH 2].

Le compte rendu révéla les divergences de fond qui séparaient Guénon des néo-thomistes. Ces derniers ne pouvaient accepter (i) l'idée d'une tradition primordiale, dans laquelle le christianisme n'apparaissait que comme l'une des branches traditionnelles parmi d'autres ; (ii) la distinction entre ésotérisme et exotérisme qui faisait de la religion chrétienne que la partie extérieure d'une tradition occidentale dont l'ésotérisme chrétien constituait le cœur, ésotérisme qui semblait avoir complètement disparu ; (iii) le fait que le néo-thomisme ne dépassait pas l'ontologie et n'atteignait pas la métaphysique pure[RC 12]. D'après Guénon, ce compte rendu fit un tort immense à son œuvre. Il fut d'autant plus touché qu'il avait été écrit par son ancienne amie[RC 13]. Il fut particulièrement mécontent de la dernière phrase (en fait de Maritain) qui semblait assimiler la voie de sagesse préconisée par Guénon aux hérésies gnostiques et qui lui sembla être un contresens complet, ce qu'il reprocha vivement à Maurice-Denis et Maritain[LE 33].

Mais ces milieux qui réunissaient les tenants du néothomisme et de l'Action française étaient très divers[RC 14]. Si Henri Massis était encore plus fermé que Maritain (ce qui explique que Guénon ne réussit pas à publier l'article qu'il avait soumis à la Revue universelle la même année)[RC 13], Léon Daudet et Gonzague Truc accueillirent très favorablement ce premier ouvrage[RC 14],[RC 15].

Cependant, Maritain « voyant surtout l'intérêt de publier la critique guénonienne du néo-spiritualisme[RC 12]  » accepta de publier le second livre de Guénon: Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion dans la Nouvelle Librairie nationale la maison d'édition liée à l'Action française dont Maritain était le directeur. À ses amis qui s'étonnèrent qu'il acceptât d'éditer un livre de l'auteur de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues (et que certains considéraient comme encore plus dangereux que Mme Blavatsky, la fondatrice de la Société théosophique !), Maritain répliqua qu'il n'avait accepté le livre « non à cause de Guénon, mais à cause de la valeur de son livre » et qu'il avait pris garde qu'aucune idée de Guénon ne filtrât[RC 13],[36]. D'autre part, Maritain considérait avoir clairement condamné Guénon dans la Revue universelle (à travers le compte rendu de Noëlle Maurice-Denis)[RC 13]. Cet ouvrage était susceptible de plaire aux milieux catholiques conservateurs et cultivés : on y dénonçait, notamment, les antécédents révolutionnaires et anti-chrétiens d'Annie Besant[LE 34], présidente en exercice de la société théosophiste[TH 1], ainsi que, plus généralement, la prétention de l'organisation à renverser les religions établies, et notamment le christianisme[TH 2]. Cette fois-ci, après la publication, les « éloges pleuvent de tous les côtés[MFJ 29] » en particulier du côté catholique. Noëlle Maurice-Denis publia un nouveau compte rendu du livre dans Revue universelle très favorable. Guénon avait exigé qu'elle ajoute un rectificatif sur son compte rendu de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues ce qu'elle fit en se défendant d'avoir voulu assimiler la voie intellectuelle de Guénon (assimilable au terme occidental de Gnose, d'après Guénon) aux hérésies gnostiques[MFJ 30].

Dans la foulée, Guénon publia L'erreur spirite chez Marcel-Rivière en 1923 pour dénoncer le spiritisme. Moins contraint qu'à la Nouvelle Librairie nationale, Guénon put développer de nombreux points doctrinaux sur des questions à la fois métaphysiques et cosmologiques  : comme l'écrivit Cacornac: « les chapitres sur L'explication des phénomènes, Immortalité et survivance, Les représentations et la survie, La communication avec les morts, La réincarnation, La question du satanisme, sont à ranger parmi les pièces maîtresses de l'œuvre guénonienne[PC 21]  ». Là encore, les critiques furent très favorables[RC 16], les catholiques prenant cependant des distances avec certains points doctrinaux[MFJ 31].

Les Appels de l'Orient[modifier | modifier le code]

La reconnaissance que lui valurent ses premiers livres lui permit de publier très facilement son quatrième livre chez Payot: Orient et Occident[RC 17]. Cet ouvrage toucha pour la première fois le grand public car il s'inscrivit dans une nouvelle controverse sur la valeur de la civilisation occidentale opposant les partisans de La défense de l'Occident et le courant des Appels de l'Orient[RC 18],[MFJ 31]. La Première Guerre mondiale donnait l'impression d'une décadence accélérée de l'Occident. Parmi les témoignages les plus représentatifs de cette inquiétude, on trouve Le stupide XIXe siècle siècle de Léon Daudet (1922) et Notre temps de Gonzague Truc (1925)[PC 22]. Pour redresser intellectuellement l'Occident, un premier courant, associant les néo-thomistes autour de Jacques Maritain, qui se proclama alors Antimoderne (1922), et une grande partie de l'Action française avec des figures comme Jacques Bainville qui publia L'avenir de la civilisation en 1922, prônait un retour au catholicisme via le Néothomisme[MFJ 32]. Un autre courant prônait un appel aux doctrines de l'Orient. Ce courant semble avoir pris naissance dans les milieux néo-spiritualistes français et touchait des figures telles que Maurice Maeterlinck, qui publia Le grand secret en 1921, ou Romain Rolland[MFJ 32],[RC 19]. Un débat public commença en 1924 dans différents journaux comme la revue du groupe Philosophies avec un article de Jean Caves (alias Jean Grenier) sur « Le nihilisme européen et les appels de l'orient » [RC 20] et les Cahiers du mois qui consacrèrent un fort volume aux Appels de l'Orient[PC 22]. René Grousset, qui venait de publier Réveil de l'Asie en 1923, observait dans un article du 21 juin 1924 dans Les Nouvelles littéraires avec enthousiasme la formation d'une humanité totale[RC 19]. C'est dans ce contexte que fut publié en juillet 1924 Orient et Occident qui eut tout de suite une réception de premier plan[RC 21],[MFJ 33].

Dans Orient et Occident, Guénon présenta la civilisation occidentale comme une véritable monstruosité qui ne s'était développée que dans un sens purement matériel[LS 15]. Elle s'opposait désormais aux civilisations orientales toujours dépositaires de la vraie « intellectualité » (c'est-à-dire de la connaissance spirituelle). Si rien n'était changé, l'Occident se dirigeait vers une catastrophe inévitable[LS 16]. Il n'y avait aucun clivage de nature entre l'Orient et l'Occident, c'était seulement cette dernière qui avait dévié de sa propre tradition (le christianisme) depuis la Renaissance et s'était séparée des autres civilisations traditionnelles[LS 15],[DB 8]. Guénon présentait les points d'entente possibles entre l'Orient et l'Occident car un rapprochement lui semblait toujours possible et souhaitable[PC 22]. Il fallait que les occidentaux abandonnent leurs nouveaux « idoles »: les illusions du progrès, de la science, de la vie[PC 22]. Il appela à la mise en place d'une élite spirituelle occidentale pour un redressement de l'Occident et qui s'appuierait sur les élites orientales toujours existantes en reconnaissant les principes métaphysiques communs des différentes civilisations traditionnelles[PC 23]. L'élite constituerait une « arche » d'entente entre les peuples[LS 17]. La solution la plus favorable restait que l'Occident retourne à sa forme traditionnelle originelle, le christianisme latin, plutôt qu'une conversion à des traditions orientales[LS 18],[PC 24],[DB 9].

Les réactions furent très diverses[PC 24]. Jean Grenier, qui avait lancé le débat sur les Appels de l'Orient livra un compte rendu positif[RC 22] et Guénon lui écrivit « qu'ils étaient d'accord sur l'essentiel[RC 23] ». Le livre marqua la rupture définitive de Guénon avec Jacques Maritain et Henri Massis[RC 24]. Ce dernier publia La défense de l'Occident en 1927 où il développa la thèse inverse [RC 25]: la nécessité de défendre l'Occident des influences orientales (associées paradoxalement à l'Allemagne « cette Inde de l'Europe » car le mythe indo-germain battait son plein outre-Rhin). En réponse, Guénon le prit « violemment[MFJ 34] » à partie dans le dernier chapitre de La crise de monde moderne qu'il publia peu de temps après[LE 35]. Mais, une nouvelle fois, des dissensions se révélèrent dans le camp conservateur: Léon Daudet publia, au contraire, en page de couverture du journal L'Action française un compte rendu dithyrambique le 14 juillet 1924[RC 21],[LE 36],[DB 8]: il fit un parallèle avec son stupide XIXe siècle siècle[PC 24], déclarant « il ressort [...] que l'Occident est menacé plus du dedans, je veux dire de sa débilité mentale, que du dehors[PC 25] », concluant « retenez le nom de Guénon [RC 21]». La critique littéraire de Léon Daudet dans L'Action française avait un impact très important dans la vie littéraire de l'époque qui dépassait largement l'audience des milieux conservateurs et était très lue par « beaucoup de jeunes révolutionnaires[RC 21] ». Daudet fut le découvreur de Proust et devait reconnaître plus tard Bernanos et Céline[RC 21]. Gonzague Truc fut de nouveau très enthousiaste et devint son principal « conseiller en matière éditoriale » dans les années suivantes[LE 37].

Orient et Occident toucha des publics très différents, parfois situés très à gauche. Ce furent les grandes tendances de la réception de l'ensemble de l'œuvre de Guénon qui commencèrent à se révéler : ces tendances ont été décrites en détail par Xavier Accart dans René Guénon ou le renversement des clartés. Si les conservateurs comme Léon Daudet retinrent surtout la critique du monde moderne et de la démocratie, la vision de l'Universalité de Guénon présentant les différentes traditions spirituelles comme les formes d'une même vérité intéressa ceux qui cherchaient une entente supranationale entre les peuples (en particulier au niveau européen) et qui voulaient reconsidérer la colonisation sous la forme d'une association et pas seulement sous la forme d'une domination. Entre autres, l'œuvre de Guénon commença à intéresser dans l'entourage de Romain Rolland et de la revue Europe, phénomène qui allait s'accentuer par la suite[RC 26]. Enfin, l'idée d'une connaissance supra-rationnelle, omniprésente chez Guénon, inspira les milieux artistiques d'avant-garde qui cherchaient à aller au-delà de la pensée rationnelle, en particulier, le mouvement surréaliste: ainsi Antonin Artaud « fut passionné par Orient et Occident[RC 27] ».

Les milieux parisiens[modifier | modifier le code]

Guénon faisait désormais partie des milieux intellectuels parisiens. Bien qu'il n'ait probablement peu de goût pour la vie mondaine (il allait vivre très isolé à partir de 1930)[RC 28], il se rendait souvent dans les divers lieux de la vie intellectuelle de la capitale et recevait régulièrement chez lui[RC 29],[PC 26],[DB 10]. Xavier Accart écrivit que son « action de présence » joua un rôle important dans la réception de son œuvre[RC 28]. Ses interlocuteurs étaient frappés par sa « culture générale, philosophique et métaphysique [RC 28]». Guénon était, en outre, polyglotte: en plus des langues orientales, il parlait le latin, le grec, l'hébreu, l'anglais, l'allemand, l'italien, l'espagnol, le russe et le polonais[PC 27]. Il réexpliquait, dans leur propre langue, à de jeunes Chrétiens, Musulmans, Hindous et Israélites la tradition de leurs ancêtres dont ils n'avaient qu'une faible connaissance[PC 28]. Plus important, beaucoup étaient frappés par sa manière d'être. Gonzague Truc déclara: « Il a été, dans l'espèce douée de la parole, un de ces êtres infiniment rares qui ne disent jamais je[RC 28] ». Il semblait toujours calme, d'humeur égale, toujours bienveillant sans jamais un mot blessant avec ceux qui le contredisaient[RC 30]. Pierre Naville décrivit « un ton si paisible, proche et lointain tout ensemble, de cet homme qui vivait dans cet ailleurs [RC 31]  ». Pour ses lecteurs, il semblait déjà incarner cette « élite » qu'il appelait de ses vœux et décrite à la fin d'Orient et Occident: désindividualisée face à la Vérité, détachée des émotions. Ses interlocuteurs virent la différence avec la force de conviction beaucoup plus passionnée des auteurs catholiques et l'exaltation des surréalistes[RC 30]

En 1924 parut aussi en France Bêtes, Hommes et Dieux de Ferdynand Ossendowski. ce dernier y décrivait son périple à travers une grande partie de l'Asie en particulier la Sibérie, la Mongolie et le Tibet. En Mongolie, il avait rencontré le troisième « Bouddha vivant  », le Bogdo Khan (dans l'ordre hiérarchique du Bouddhisme vajrayāna de l'époque, le premier était le dalaï-lama et le deuxième le tashi-lama). Ossendowski parlait dans son livre d'un mystérieux « Roi du monde » qui dirigeait les affaires spirituelles de l'humanité depuis une contrée inaccessible pour les hommes ordinaires: l'Agarttha[PC 29]. Le livre fut un énorme succès[DB 11] et accentua les débats sur les Appels de l'Orient[RC 32]. Le critique littéraire Frédéric Lefèvre organisa une table ronde radiodiffusée[DB 11] à ce sujet avec Ossendowski et les trois personnes jugées les plus compétentes pour discuter de ce récit mêlant Asie et spiritualité: Jacques Maritain, René Grousset et René Guénon. La discussion n'apporta rien de nouveau à part que l'on apprit que le Bogdo Khan était un ivrogne ce qui ne choqua pas du tout Guénon qui déclara que « cela n'avait aucune importance [MFJ 35] ». Le débat se résuma en « une passe d'armes » entre Guénon et Maritain[LS 19]. Le premier défendit les doctrines intellectuelles de l'Orient détachées de toute sentimentalité, le deuxième lui opposa la voie chrétienne fondée sur la charité[RC 24]. La discussion fut publiée dans Les Nouvelles littéraires qui avait alors un grand tirage et où, pour la première fois, le grand public put découvrir le visage de Guénon pris en photo[RC 32].

L'homme et son devenir selon le Vêdânta[modifier | modifier le code]

Certains commençaient à reprocher à Guénon d'avoir parlé longuement de la décadence de la civilisation occidentale, de principes métaphysiques conservés intégralement en Orient mais d’avoir omis d’exposer « ces formidables secrets dont il [était] question dans tous ses livres [...] [ces] doctrines traditionnelles de l'Inde qui illumineraient [leur] entendement  » comme l'écrivit Jean Ballard en 1925[RC 33]. Guénon publia donc sa première œuvre capitale la même année: L'homme et son devenir selon le Vêdânta chez Bossard dont le directeur littéraire était son ami Gonzague Truc.

Guénon y décrivit une partie de la doctrine du Vêdânta selon la formulation d'Adi Shankara se concentrant sur l'être humain: sa constitution, ses états, son avenir posthume. Le livre fut très bien accueilli et fit l'objet de nombreux comptes rendus élogieux dans la presse parfois dans des journaux à très grand tirage [RC 34],[DB 2]. Il fut présenté comme « notre seul métaphysicien indianiste » et le livre comme faisant « date dans notre connaissance de l'Orient [RC 34] ».

Les surréalistes s'intéressent à l'œuvre de Guénon[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Guénon touchait des milieux de plus en plus variés parfois opposés à sa première base éditoriale[RC 35]. Les surréalistes furent très intéressés par L'homme et son devenir selon le Vêdânta surtout pas le Chapitre XIII sur « l'état de rêve »[RC 36]. Guénon avait écrit que les perceptions à l'état de veille avaient un caractère illusoire et que celles de l'état de rêve étaient plus étendues et permettaient de s'affranchir de certaines conditions limitatives de la modalité corporelle ce qui touchait au cœur des préoccupations des surréalistes[RC 36]. Guénon écrivit que le monde n'était que le symbole d'une réalité supérieur: d'après Xavier Accart, les surréalistes se demandèrent si la Tradition dont parlait Guénon ne pouvait pas les conduire « au surréel postulé, espéré, entrevu, mieux que toutes les révolutions tournées vers un avenir encore assez imprévisibles [RC 37] ». André Breton, Antonin Artaud, Michel Leiris et Pierre Naville décidèrent de proposer à Guénon de rejoindre leur mouvement et c'est Naville qui fut envoyé en « émissaire » [RC 38].

Il fut reçu par Guénon dans son appartement. Naville, à l'époque un jeune insurgé provocateur et anticlérical, fut très impressionné[RC 36], « ébranlé », par ce professeur de philosophie décrit pas tous comme vieille France [RC 39]. Naville écrivit bien plus tard : « [il] me fit aussitôt mesurer tout ce qui subsistait de factice et d'artificiel, autant que d'exalté, dans nos aspirations surréalistes ; n'était-il pas déjà, quant à lui, en possession de quelque chose que nous désespérions de pouvoir atteindre ?[RC 36] ». Naville lui parla de leurs expériences d'écriture automatique, de leur travail sur les rêves, et de leur intérêt pour l'inconscient de Freud[RC 39]. Tout cela rappelait à Guénon sa période occultiste (en particulier l'écriture automatique) et le néo-spiritualisme. D'autre part, il devait identifier, plus tard, dans ses livres l'inconscient freudien au subconscient et rejeter toute interprétation psychanalytique des données traditionnelles comme une interprétation du supérieur par l'inférieur[RC 39],[SSS 3]. Il déclina l'offre de participer au mouvement surréaliste tout en laissant la porte entr'ouverte[RC 40].

Les surréalistes furent très déçus et Breton devait écrire bien plus tard que l'évolution du surréalisme aurait été différente si Guénon avait accepté[RC 40]. Beaucoup se tournèrent peu après vers le communisme que Guénon avait déjà condamné dans Orient et Occident[OO 1] mais le rapport à la Tradition allait devenir une ligne de fracture dans les milieux surréalistes ou proches du surréalisme[RC 41],[RC 42]: l'œuvre de Guénon allait avoir un impact durable sur Raymond Queneau, René Daumal et Antonin Artaud[RC 37] ainsi que sur les membres de la revue Le Grand jeu[RC 43]. En Italie, l'œuvre de Guénon allait avoir une influence majeure sur Julius Evola et le détourner de son ancienne période dadaïste et de son intérêt pour le surréalisme[RC 44], même si Evola allait finalement suivre une voie très différente de Guénon[RC 45],[DB 12].

L'ésotérisme chrétien[modifier | modifier le code]

Dante et la Fede Santa[modifier | modifier le code]

Guénon avait commencé à exposer la Métaphysique telle qu'il la concevait mais pas encore les moyens pour arriver à la réalisation spirituelle correspondante. Il développa donc progressivement une théorie de l'initiation et du symbolisme. La première étape fut la publication d'un petit livre L'Ésotérisme de Dante en 1925. L'ouvrage eut moins d'impact car publié à un tirage limité chez Ch. Bosse[LE 38],[DB 13].

Article détaillé : L'Ésotérisme de Dante.

Guénon y décrivit une signification initiatique dans l'œuvre de Dante, en particulier dans la Divine comédie. Il y esquissa aussi une histoire de l'ésotérisme chrétien depuis la fin du Moyen-Âge telle qu'il la concevait.

Guénon s'était vu fermer les portes des deux milieux qui représentaient, pour lui, les résidus de l'intellectualité occidentale du Moyen Âge : l'Université et les néo-thomistes qui dispensaient encore l'enseignement scolastique[RC 46]. En ce qui concerne le néo-thomisme, il s'était fait une raison et avait statué que de toute façon le Thomisme n'était qu'un courant, parmi d'autres, dans le Catholicisme[RC 47]. D'autre part, il déclara que le néo-thomisme n'est, en plus, qu'une interprétation limitée de la pensée de Saint Thomas d'Aquin se focalisant sur la somme théologique alors que Saint Thomas l'avait présenté comme un manuel pour débutants[RC 47]. Guénon ne s'était pas privé de l'écrire à Jacques Maritain et Noëlle Maurice-Denis[LE 39]. Il reprit ces arguments dans d'autres publications pour critiquer les néo-thomistes[RC 48],[RC 47]. Mais son œuvre touchait de plus en plus de gens et il disposait d'autres relais y compris au sein de l'Église catholique[RC 49]: cela l'amena à collaborer, par exemple, à un recueil de vies de saints en 1926 où participèrent Étienne Gilson, Jacques Maritain et Georges Bernanos. Guénon fut en charge de l'article sur Saint Bernard de Clairvaux (l'article sera publié sous forme de plaquette indépendante en 1929)[RC 50]. La vie de ce dernier avait beaucoup d'aspects qui intéressaient Guénon: il fonda de l'ordre du temple, il fut un pur contemplatif plaçant la contemplation au-dessus de la raison et il soutint la primauté de l'autorité pontificale sur celles des rois et des empereurs[DB 14].

La collaboration à Regnabit[modifier | modifier le code]
Copie romaine de l'omphalos de Delphes, musée archéologique de Delphes. Lorsqu'il collabora à la revue Regnabit, Guénon écrivit toute une série d'articles sur le symbolisme du centre dont un article sur l'omphalos[SSS 4]. Il expliqua que le centre est sans forme, sans dimensions donc indivisible. Il est le symbole de l'Unité primordiale[SSS 5]. L'omphalos signifie proprement « ombilic » et désigne, en effet, tout ce qui est centre, en particulier le moyeu d'une roue. L'omphalos était généralement une pierre sacrée (bétyle) qui symbolisait l'« habitacle divin (Beth-el en hébreu) ». En Grèce, le principal omphalos était à Delphes qui était le centre du monde grecque, siège de l'amphictyonie et était placé dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon où l'oracle communiquait avec les Dieux[SSS 4].

Plus important, les études du symbolisme dans L'Ésotérisme de Dante et les références au symbolisme du cœur dans L'homme et son devenir selon le Vêdânta avaient intéressé le père Felix Anizan qui avait fondé la revue catholique Regnabit organe de la « Société du rayonnement intellectuel du Sacré-Cœur »[LS 20]. Cette dernière se focalisait sur le sens intellectuel de la dévotion au Sacré-Cœur qui s'était beaucoup développé depuis le XIXe siècle[LE 40],[MFJ 36],[DB 15],[QS 9] et était patronnée par quinze cardinaux, archevêques ou évêques [RC 49],[AS 6]. Malgré ces soutiens, le projet du père Anizan était suspect dans certains milieux ecclésiastiques, y compris dans l'ordre monastique (la congrégation missionnaire « Marie-Immaculée[AS 6] ») dont il était oblat[LE 41]. Toujours est-il que le père Anizan était représentatif de courants catholiques, très différents des néothomistes, qui étaient intéressés par une étude approfondie de la signification des symboles chrétiens, y compris dans leur dimension ésotérique[LE 42]. Il proposa à Guénon de participer à sa Société et d'écrire des articles pour Regnabit ce que Guénon accepta. Il prit l'affaire très au sérieux: non seulement il publia de nombreux articles entre 1925 et 1927 mais il participa aux journées de la Société des 6 et 7 Mai 1926 où il donna une conférence sur « la Réforme de la mentalité moderne » et cosigna un appel « Aux écrivains et aux artistes »[RC 49] : les signataires appelaient à replacer la religion au centre de l'ordre social[RC 51] (c'était l'époque de la politique anticléricale d'Édouard Herriot[RC 49]).

Un tel investissement pouvait apparaître surprenant: pourquoi Guénon, qui évoluait alors au cœur du monde intellectuel parisien, se concentra-t-il sur une revue beaucoup plus confidentielle [RC 52]? C'est que, comme l'a expliqué Xavier Accart, Guénon ne se considérait justement pas comme un intellectuel mais comme un « clerc »[RC 53], au sens d'un membre du clergé, comme un brahmane tout en haut dans le système des castes hindou, système qui lui servit toujours de référence[VD 7]. Il se situait à contre-courant de la tendance de l'époque où les intellectuels s'engageaient, au contraire, de plus en plus dans l'action politique, en particulier dans les courants communistes et fascistes. Cette tendance fut dénoncée par Julien Benda, que Guénon connaissait personnellement[RC 53], dans La trahison des clercs, dont la publication fut « l'évènement littéraire de l'hiver 1927-1928[RC 53] ». Guénon fit référence à cet ouvrage au début d'Autorité spirituelle et pouvoir temporel publié en 1929 déclarant qu'il y avait « des considérations fort intéressantes et justes à bien des égards[RC 54] ». Benda y défendit la supériorité de la connaissance sur l'action et la trahison des intellectuels modernes qui avilissaient leur fonction en s'engageant dans la politique et en « cherchant des triomphes immédiats et terrestres [RC 55] ». La position de Benda, l'amena, comme Guénon[RC 55], à frapper à droite comme à gauche les intellectuels qui s'engageaient dans l'action[RC 55] . Le refus de tout engagement politique et de toute interprétation politique de son œuvre fut toujours un leitmotive de Guénon[RC 56],[DB 16]. Toutefois Guénon critiqua Benda qu'il jugea trop rationaliste[RC 57].

Pour Guénon, la fonction du clerc n'était pas seulement de détenir une connaissance rationnelle pure de tout utilitarisme et dépassionnée (comme Benda le pensait) mais, surtout et avant tout, de conserver et de transmettre la connaissance supra-rationnelle qui permettait d'atteindre la réalisation spirituelle[RC 58]. Dans ce contexte, le projet de la « Société du rayonnement intellectuel du Sacré-Cœur » intéressa Guénon au plus haut point: il s'agissait de revenir au symbolisme traditionnel, le symbolisme étant, pour Guénon, le moyen permettant d'aborder et d'enseigner les vérités d'ordre supérieur, celles relevant de la métaphysique[VD 8]. Le cœur (et a fortiori le cœur du Christ dans le Christianisme) est, de plus, symboliquement, le siège de cette connaissance supra-rationnelle[HDV 1]. La participation de Guénon à Regnabit fut donc naturelle. En outre, elle révéla que, selon Guénon, le redressement spirituel de l'Occident devait toujours prendre appui sur l'Église catholique: il y vit une occasion d'y reformer, de l'intérieur, une « élite  » spirituelle[RC 59],[AS 7],[PC 25].

Dans Regnabit, Guénon se concentra, non sur le langage métaphysique comme dans ses correspondances avec Jacques Maritain et Noëlle Maurice Denis, mais sur le langage symbolique[RC 51]. Il commença à écrire toute un série d'articles qu'il continuera dans les revues Le Voile d'Isis et Études traditionnelles sur l'universalité dans les différentes traditions spirituelles de certains symboles[AS 8]: le cœur, le centre, l'axe, mais aussi le vase, la coupe, le livre, la fleur, etc... S'il fit souvent référence au Christianisme, ses comparaisons avec les autres traditions visaient à justifier l'existence d'une Tradition primordiale depuis l'origine de l'humanité précédant le Christianisme[AS 9]. Toutes ces études sur le symbolisme eurent un impact majeur sur l'historien des religions Mircea Eliade[RC 60],[LS 21],[DB 17] qui déclara en 1932 que Guénon était « l'homme le plus intelligent du XXe siècle [RC 61]  ». Eliade approfondit l’œuvre de Guénon, en particulier "L’introduction aux doctrines hindoues" et "L’homme et son devenir selon le Vêdânta", durant son séjour en Inde en 1929-1931[DB 18]. Après-guerre, Guénon se félicitera qu'Eliade reprenne la thèse de l'universalité de ces symboles qu'il développera plus particulièrement dans son Traité d'histoire des religions publié en 1949 et préfacé par Georges Dumézil[MFJ 37],[DB 19],[DB 20].

La rencontre de Louis Charbonneau-Lassay[modifier | modifier le code]

La collaboration à Regnabit permit surtout à Guénon de devenir plus proche de Louis Charbonneau-Lassay un symboliste chrétien, déjà célèbre à l'époque[AS 10], et dont l'œuvre principale Le Bestiaire du Christ publié en 1940 est une référence en matière d'emblématique christique[AS 11]. Guénon l'avait rencontré en 1924[RC 49] et c'est probablement lui qui avait introduit Guénon au père Anizan[AS 12],[DB 21]. La pensée de Guénon s'était cristallisée très tôt mais Charbonneau-Lassay fut l'une des deux seules personnes avec Ananda Coomaraswamy qui allait avoir encore une influence intellectuelle sur Guénon après sa jeunesse. Les travaux de Charbonneau-Lassay sur l'iconographie chrétienne antique et médiévale allaient, en effet, avoir une influence profonde et durable sur Guénon[LS 20],[AS 5],[DB 22]: Il fournit à Guénon, jusqu'à sa mort en 1946, la plupart de ses références en matière de symbolisme chrétien[LE 43].

Charbonneau Lassay naquit à Loudun en 1871, y vécut et y mourut en décembre 1946. Il fut professeur dans l'enseignement libre, il devint l'un des meilleurs spécialistes en archéologie du Bas-Poitou[LS 20]. Guénon cherchait les restes de l'enseignement ésotérique chrétien du Moyen Âge. Il avait écrit dans Orient et Occident: « s'il y avait encore, en Occident, des individualités mêmes isolées, ayant conservé intact le dépôt de la tradition purement intellectuelle qui a dû exister au Moyen Âge, tout serait grandement simplifié; mais c'est à ces individualités d'affirmer leur existence et de produire leurs titres [OO 2],[DB 9] ». Or, justement, Charbonneau Lassay réussit à retrouver et à faire renaître deux groupes ésotériques Chrétiens du Moyen Âge[DB 23],[LE 44]. D'après Georges Tamos, l'un des collaborateurs de Guénon au Voile d'Isis:

«  [Charbonneau Lassay eut] la rare fortune de retrouver ce qu'il cherchait depuis si longtemps, la descendance vivante et légitime de deux de ces anciennes confréries hermétiques qui avaient fleuri et fructifié dans son cher Moyen Âge, l'une presque spécifiquement ascétique, l'autre chevaleresque (il s'agit de l'Estoile Internelle et [de la Fraternité] des Chevaliers et des Dames du Divin Paraclet). Pour subsister et résister aux assauts dissolvants des époques postérieures elles avaient dû unir leur destin et réduire le nombre de leurs membres au strict nécessaire pour assurer leur continuité et leur transmission sans brisure. Elles avaient pu conserver leurs symboles et leurs rituels[LS 20]. »

Charbonneau-Lassay en reçut l'investiture (vers 1926) du chanoine de la cathédrale de Poitiers, Théophile Barbot[DB 23],[LE 44]. Les actes constitutifs remontaient au XVe siècle[LE 44]. Charbonneau-Lassay ne révéla l'existence de ces deux organisations que très progressivement. Sous l'influence de Jean Reyor, le plus fidèle collaborateur de Guénon aux Études traditionnelles, il finit par restaurer ces organisations en 1938[LE 45],[DB 23]. Guénon, mis au courant, reconnut l'orthodoxie de ces organisations[LE 45],[DB 23] et cela donna l'espoir, dans les milieux proches de Guénon, qu'une élite spirituelle au sein du Catholicisme pouvait se recréer. Mais le caractère très fermé et surtout l'aspect apparemment lacunaire de ce qui avait été transmis amenèrent à la « mise en sommeil » des organisations en 1951[DB 23],[LE 46].

Quoi qu'il en soit, la collaboration de Guénon à Regnabit se termina très mal[LE 42]. L'entreprise du père Anizan était de toute façon mal vue dans certains milieux ecclésiastiques et cette situation ne s'améliora pas avec la participation de Guénon. La collaboration de ce dernier avec les Catholiques reposait sur un malentendu, comme l'a expliqué Marie-France James: ces derniers le présentaient encore comme « un catholique pratiquant » dans leurs comptes rendus[MFJ 38]. Mais ce qu'il proposait n'était pas seulement une entente entre l'Orient et l'Occident. Il ne s'agissait plus d'apporter la Révélation judéo-chrétienne aux « gentils » des colonies, c'étaient ces derniers qui devaient redresser et compléter la tradition spirituelle occidentale[MFJ 39]. D'autre part, il ne s'agissait pas de donner un sens transcendant à la « tradition primitive » à la lumière de Révélation chrétienne, c'était, au contraire, la Tradition primordiale transmise à l'humanité dès son origine qui justifiait l'orthodoxie du judéo-christianisme[MFJ 40]. Tout cela était déjà présent, au moins implicitement, dès l'Introduction aux doctrines hindoues, mais cela devenait de plus en plus évident.

En 1927, le père Anizan poussé par sa hiérarchie exigea que Guénon reconnaisse la primauté de Jésus-Christ et qu'il prouve l'existence de ces centres spirituels orientaux qui semblaient concurrencer le centre romain[LE 47],[DB 24]. Guénon qui ne dissimula jamais sa perspective[RC 62] refusa catégoriquement[LE 48],[QS 10]. Guénon y vit une fermeture de Rome définitive à tout ésotérisme et la fin de tout espoir d'un redressement spirituel de l'Occident sur une base catholique car seule la perspective ésotérique permettait de dépasser les contradictions apparentes entre les différentes traditions spirituelles[LE 42],[LS 22]. Guénon pensa toujours que c'était le groupe des néo-thomistes guidé par Maritain qui était intervenu pour l'évincer de Regnabit[DB 24],[RC 63]. Il écrivit amèrement à Charbonneau-Lassay: « le Catholicisme est la seule chose, dans le monde occidental actuel, à laquelle j'ai témoigné de la sympathie et que j'ai déclarée respectable, et les catholiques sont aussi, jusqu'ici, les seuls qui m'ont adressé des injures et des menaces[QS 11] ». Il resta, néanmoins, en contact avec certains catholiques, non seulement Charbonneau-Lassay mais aussi le père Anizan qui dut arrêter Regnabit en 1929 sous la pression de sa hiérarchie[DB 24].

La « période charnière »[modifier | modifier le code]

Le Roi du monde[modifier | modifier le code]

Avec 1927 débuta ce que Xavier Accart a appelé la « période charnière» (1927-1931) dans la vie de Guénon[RC 64]. Ses nouvelles publications, Le Roi du monde et La Crise du monde moderne firent l'objet de nombreuses critiques. D'autre part, Guénon dut surmonter de graves problèmes dans sa vie personnelle, en particulier la maladie de sa femme qui conduisit au décès de cette dernière en janvier 1928. Tout cela affecta Guénon profondément[RC 64]. Il quitta progressivement le monde intellectuel parisien pour vivre une vie spirituelle isolée au Caire. Le retour de Raymond Poincaré au pouvoir en 1926, la stabilité financière et économique qui devait culminer en 1930, le contexte international plus détendu (depuis les accords de Locarno) redonnèrent confiance aux Français[RC 64],[RC 65]. Les milieux conservateurs nationalistes se détournèrent de son œuvre[RC 66], ce qui explique les nombreuses critiques qu'il allait essuyer durant cette période[RC 65],[RC 25]. En revanche, paradoxalement[RC 64], plusieurs personnalités internationalistes, en particulier dans l'entourage de Romain Rolland, qui souhaitaient une union européenne et un un dialogue avec l'Orient se rapprochèrent de lui[RC 65],[RC 25]. Sa première publication en 1927 fut Le Roi du monde, son ouvrage « le plus intrigant[DB 25] ».

Article détaillé : Le Roi du monde.

Le point de départ était le livre Bêtes, Hommes et Dieux de Ferdynand Ossendowski qui parlait de ce mystérieux « Roi du monde » qui dirigeait les affaires spirituelles de l'humanité depuis une contrée inaccessible (souterraine) pour les hommes ordinaires: l'Agarttha. Guénon exposa dans le Roi du monde la notion de Tradition primordiale: la Vérité unique qui sous-tend, d'après lui, toutes les traditions spirituelles du cycle de l'humanité[VD 9],[DB 26],[PR 1]. Il écrivit que le titre de Roi du monde s'applique, en fait, au Manu de l'Hindouisme, le principe qui est le « Législateur primordial et universel  » qui formule la loi (Dharma) « propre aux conditions de notre monde ou de notre cycle d'existence » [RM 2],[LE 49]. D'après Guénon, le Roi du monde se retrouve dans de nombreuses traditions sous différents noms[VD 10],[RM 2]. D'autre part, il déclara que toutes les traditions parlent de « Terre saintes » et toutes ces Terres sont des images d'une « Terre sacrée » par excellence prototype des autres[RM 3]. L'Agarttha est l'un des noms de cette Terre sacrée. Le livre fut l'objet d'un grand nombre de critiques. Il fut surtout l'un des facteurs qui contribuèrent au rejet de Guénon par les universitaires[RC 67].

La crise du monde moderne[modifier | modifier le code]

Les critiques s'amplifièrent avec la publication de La crise du monde moderne quelques mois plus tard. L'audience de ce livre fut bien plus grande que pour les ouvrages précédents[RC 68]. L'ouvrage fut commandé par Gonzague Truc pour la maison d'édition dont il était le directeur, Bossard[PC 30],[MFJ 41] et fut écrit très vite[RC 69].

Article détaillé : La crise du monde moderne.

Guénon reprit et approfondit dans l'ouvrage sa critique du monde occidental. Guénon émit une critique virulente contre Henri Massis[DB 27]. À travers Massis, c'est le nationalisme que Guénon rejeta complètement. Le nationalisme apparaissait comme un pur produit de la modernité. La thèse déplut aux nationalistes et même Charles Maurras critiqua publiquement Guénon[RC 70]. D'autre part, le livre déplut aussi à l'Église que Guénon interpellait dans son livre. Le père Anizan devait avouer à Guénon en 1928 que c'est bien la publication de La crise du monde moderne qui précipita son éviction de Regnabit[RC 63].

À cela s'ajoutèrent plusieurs drames familiaux. Tout d'abord la maladie de sa femme en 1927 qui mourut en Janvier en 1928 et qui le laissa en état de « loque » d'après son médecin et ami, le Dr Grangier[LE 48]. Sa tante, Mme Duru, dont il était très proche et qui vivait toujours avec lui, mourut quelques mois plus tard. Il restait seul avec sa nièce, Françoise Bélile, qu'il avait élevé comme sa fille. Mais le cours Saint-Louis-en-l'Île, où elle était scolarisée et où Guénon enseignait, jugea la situation inconvenante (une adolescente vivante seule avec son oncle): ils renvoyèrent la fille. La direction du Lycée catholique en profita pour se débarrasser de cet enseignant peu orthodoxe[LE 48]. La Mère de Françoise exigea son retour et comme Guénon refusa, ce fut par la force qu'elle vint la récupérer. Guénon prétendit qu'elle avait monté Françoise contre lui en jouant sur les sentiments religieux de la fille (en présentant l'oncle comme un homme hérétique). Françoise devint, en effet, plus tard religieuse[LE 50]. Entre le renvoi de Regnabit et du cours Saint-Louis-en-l'Île, le départ forcé de sa nièce et les nombreuses critiques sur ses dernières publications, Guénon se persuada que les Catholiques avaient ourdi un complot contre lui pour l'empêcher d'exposer ce qu'il considérait comme « la Vérité [LE 51] ».

À cela s'ajoutèrent des problèmes de santé. Guénon fut plus convaincu que jamais qu'il était l'objet d'« attaques psychiques » de ses ennemis néo-spiritualistes: ceux de la Revue internationale des sociétés secrètes qu'il considérait comme « un nid de sorciers » et de certains milieux occultistes[37]. Il prétendit à son entourage (vers 1928-1929) avoir été attaqué par des animaux noirs dont un ours dont il portait au cou la trace de morsure[38]. Jusqu'à présent, il avait été toujours très entouré par des femmes: sa mère (morte en 1917), sa tante, sa femme, sa nièce. Il déclara ne pouvoir vivre sans une compagne. Il transmit par le Dr Grangier une demande de mariage qui fut refusée. La situation ne se calma qu'avec la rencontre de Mary Shillito une très riche veuve qui se prit de passion pour l'œuvre de Guénon et décida de devenir son mécène. Ils séjournèrent ensemble en Alsace et en Savoie en 1929 ce qui l'apaisa. C'est avec elle que Guénon partit au Caire en 1930 [LE 51].

L'Union Intellectuelle pour l'Entente entre les Peuples[modifier | modifier le code]

Si les nationalistes se détournèrent de l'œuvre de Guénon, celle-ci intéressa de plus en plus les internationalistes de droite comme de gauche. En effet, le concept d'universalité que l'on trouvait chez Guénon en particulier dans La crise du monde moderne dépendait, comme l'a expliqué Xavier Accart, « d'une idée de l'unité entre les peuples[RC 71]  ». Or, depuis la fin de la Première Guerre mondiale, de nombreuses revues et associations s'étaient développées surtout en Suisse et plus particulièrement à Genève pour promouvoir une union européenne sous l'égide de la Société des Nations[RC 71].

Guénon expliqua de façon récurrente qu'une union ne pouvait se baser que sur une restauration de la vraie « Intellectualité » qui, seule, pouvait transcender les différences entre les cultures. Cette idée intéressa le Docteur René Allendy, un psychanalyste qui fonda en 1922 un « Groupe d'Études Philosophiques et scientifiques pour l'Examen des Idées Nouvelles ». Il cherchait à faire des ponts entre des domaines très divers de la connaissance (comme la psychanalyse et la pensée orientale)[RC 72]. L'initiative prit de l'importance et le groupe tenait séance à la Sorbonne[RC 73]. Le groupe était lié à la revue Vers l'Unité fondée à Genève par Mme Théodore Darel suite à la création de la Société des Nations pour faire tomber les barrières entre les peuples. En 1925, le siège de la revue fut transféré à Paris et avait pour objectif affiché de promouvoir au rapprochement entre l'Orient et l'Occident[RC 73],[RC 74]. Dans ce contexte, Guénon participa aux séances du groupe du Docteur Allendy et c'est ainsi qu'il donna sa conférence publique sur « la Métaphysique orientale » en décembre 1925 à la Sorbonne[RC 75]. il publia aussi plusieurs articles dans Vers l'Unité. La participation de Guénon s'articula entièrement sur la recherche d'une unité spirituelle de l'Europe dont le point d'orgue fut la publication en 1929 d'Autorité spirituelle et pouvoir temporel[RC 76]. Il écrivit dans ce livre

«  Au moyen âge, il y avait, pour tout l’Occident, une unité réelle, fondée sur des bases d’ordre proprement traditionnel, qui était celle de la « Chrétienté » ; lorsque furent formées ces unités secondaires, d’ordre purement politique, c’est-à-dire temporel et non plus spirituel, que sont les nations, cette grande unité de l’Occident fut irrémédiablement brisée, et l’existence effective de la « Chrétienté » prit fin. Les nations, qui ne sont que les fragments dispersés de l’ancienne « Chrétienté », les fausses unités substituées à l’unité véritable par la volonté de domination du pouvoir temporel, ne pouvaient vivre, par les conditions mêmes de leur constitution, qu’en s’opposant les unes aux autres, en luttant sans cesse entre elles sur tous les terrains ; l’esprit est unité, la matière est multiplicité et division, et plus on s’éloigne de la spiritualité, plus les antagonismes s’accentuent et s’amplifient [...] C’est pourquoi l’idée d’une « société des nations » ne peut être qu’une utopie sans portée réelle ; la forme nationale répugne essentiellement à la connaissance d’une unité quelconque supérieure à la sienne propre ; d’ailleurs, dans les conceptions qui se font jour actuellement, il ne s’agirait évidemment que d’une unité d’ordre exclusivement temporel, donc d’autant plus inefficace, et qui ne pourrait jamais être qu’une parodie de la véritable unité [ASPT 3].  »

Durant sa conférence à la Sorbonne du 17 décembre 1925, Guénon précisa ce qu'il appelait par vraie « Intellectualité » et par « métaphysique ». Ces points étaient essentiels pour la constitution d'une élite spirituelle qui avait pour but de reconstituer une union entre les peuples. Il expliqua que la métaphysique « signifie littéralement ce qui est « au-delà de la physique » [MO 1] », c'est-à-dire ce qui est au-delà de la nature[MO 2],[VM 2]. Il insista sur le fait que cela nécessite le dépassement du monde manifesté et donc de tous phénomènes[MO 3]. La métaphysique n'a donc rien à voir avec les phénomènes même extraordinaires[VM 3]. La métaphysique doit dépasser le domaine de l'être et doit donc dépasser l'ontologie[MO 4]. Il ajouta: « la métaphysique est la connaissance supra-rationnelle, intuitive [au-delà-de la dualité sujet objet] et immédiate  » (alors que la connaissance rationnelle est indirecte). La voie vers cette connaissance nécessite « une seule préparation indispensable, et c'est la connaissance théorique [sous-entendu des doctrines traditionnelles] ». Mais précisa-t-il, tout cela ne peut aller loin sans le moyen le plus important qui est « la concentration [MO 5] ». Guénon décrivit alors les différentes étapes du chemin spirituel: (i) tout d'abord, dépassement de la condition temporelle pour atteindre « l'état primordial » qui correspond au « sens de l'éternité ». Dans cet état, on « est dès lors affranchi du temps, la succession apparente des choses est transmuée en [...] en simultanéité [MO 6],[VM 4] »; (ii) atteinte des états supra-individuels (non-humains) au-delà de la forme (qui peuvent être obtenues par la connaissance intuitive qui va au-delà du découpage entre sujet et objet[VM 5])[MO 7]; (iii) atteinte de « l'état absolument inconditionné affranchi de toute limitation » au-delà même de la séparation entre être et non-être. Il écrivit, en effet, « c'est au-delà de l'être que réside ce but [MO 7],[VM 6] ». La conférence fut publiée en plusieurs parties dans le journal Vers l'Unité en 1926[RC 77].

Dans l'histoire des idées, Guénon se situe dans la lignée de Joseph de Maistre[RC 76],[DB 28]. Figure majeure de la contre-révolution, de Maistre plaçait l'autorité spirituelle au dessus de tout (ultramontanisme). Il chercha à consituer une élite spirituelle dépositaire de la connaissance sacrée sur les bases de la franc-maçonnerie chrétienne. Cependant la perspective du savoyard était théologique et celle de Guénon plus métaphysique. Guénon écrivit, d'autre part, que les connaissances de de Maistre sur les moyens de transmissions initiatiques dans la Maçonnerie étaient limitées[FMI 2].

Ensuite, Guénon présenta, en 1927-28, dans deux articles de Vers l'Unité, sa conception de l'union européenne, et, plus généralement, de l'union entre les peuples à construire. Il renvoya dos à dos les nationalistes et les internationalises. Il parla d'unité supranationale[RC 78] qui devait avoir « des bases proprement traditionnelles [ASPT 3] ». Face aux nationalismes des pays démocratiques et à la montée des régimes totalitaires, il opposa l'autorité spirituelle représentée par la Papauté en Occident[RC 79]. Il cita le traité de Dante De Monarchia pour affirmer la primauté du Pape sur l'Empereur[RC 78], [ASPT 2] (ce rapprochement fut souvent critiqué car Dante était justement gibelin et donc partisan de l'empereur[LE 52]). Dans l'histoire des idées européennes, il se situa dans la lignée de Joseph de Maistre avec qui il avait de nombreux points communs[RC 76],[DB 28]: (i) une vision décadentielle[DB 29] de l'histoire, cette dernière étant guidée par des forces spirituelles; (ii) la suprématie de l'autorité spirituelle sur le pouvoir temporel et donc de la Papauté en Europe sur tout pouvoir politique (ultramontanisme). Ce qui impliquait une condamnation du nationalisme et du protestantisme; (iii) enfin la nécessité, au cœur de l'autorité spirituelle, d'une élite spirituelle dépositaire de la connaissance sacrée: de Maistre avait été Franc-Maçon comme Guénon[DB 28]. Il n'est donc pas étonnant que son premier article dans Vers l'Unité concernât « Un projet de Joseph de Maistre pour l'union entre les peuples » qui avait eu pour but de reconstituer une élite spirituelle en Europe sur les bases de la franc-maçonnerie chrétienne. Jean Reyor émit l'hypothèse qu'il y avait peut-être eu un lien initiatique entre Guénon et de Maistre via la Franc-Maçonnerie[CH 3].

Guénon s'inspira, en effet, de ce projet pour fonder une véritable association qui fut nommée « Union intellectuelle pour l'entente entre les peuples », dirigée par un comité de douze membres[RC 80]. L'existence de cette association resta très secrète. Ce n'est que beaucoup plus tard que son ami Frans Vreede, le directeur du Centre d'Études néerlandaises à la Sorbonne qui obtint un poste de bibliothécaire pour Guénon dans son centre, qui en révéla l'existence[RC 80]. D'après Vreede, l'association fut dissoute après le départ de Guénon au Caire mais les membres continuèrent à rester en fort contact par « correspondance mondiale  » [RC 81]. D'autre part, Guénon ne voulut pas s'arrêter aux niveaux européen et chrétien: une fois réalisée l'unité de la Chrétienté en Europe, il fallait s'élever « au niveau du Catholicisme, au vrai sens de ce mot [FMI 2] » c'est-à-dire une unité universelle fondée sur la vérité spirituelle qui faisait le fond commun de toutes les traditions[RC 82].

L'initiative de Guénon n'était pas isolée. Le groupe des Veilleurs, incluant les poètes Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz et Nicolas Beauduin et le peintre Albert Gleizes, qui avaient ressenti le besoin de se tourner vers la spiritualité pendant la Première Guerre mondiale[RC 83], constitua un groupe ésotérique en 1928-29 sous les conseils de Guénon[RC 84]. L'objectif était aussi de retrouver une unité européenne sur la base du Christianisme[RC 84]. L'œuvre de Guénon exerça une grande influence sur Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz[RC 84] et encore plus sur la peinture d'Albert Gleizes à partir de 1930[RC 85].

Le point d'orgue de la collaboration de Guénon avec ces milieux fut la publication d'Autorité spirituelle et pouvoir temporel en 1929 chez J. Vrin[RC 76]. Là encore, le livre était d'actualité. En effet l'« entente cordiale [QS 12]  » entre les néo-thomistes et l'Action française s'était brisée. Déjà, des tensions entre l'universalisme catholique de Maritain et la défense de l'Occident et de la latinité de Massis étaient apparues dès 1924. Ce qui explique, en partie, pourquoi La défense de l'Occident, qui se présentait comme une réponse à Orient et Occident de Guénon, fut publiée trois années plus tard : Maritain avait retardé sa publication[RC 86]. Mais l'agnosticisme affiché par certains leadeurs de l'Action française et surtout de Charles Maurras conduisit à la condamnation de l'Action française par la Papauté en 1926[PC 31]. La tension augmenta, l'Église cherchant à obliger tous les catholiques français à quitter ce mouvement auxquel certains étaient très attachés même dans le haut clergé, pour atteindre son paroxysme au moment de la publication du livre[LE 52]. Malgré ses nombreuses déceptions avec les catholiques, Guénon prit nettement position pour l'Église catholique.

D'après Guénon, les doctrines hindoues prétendent qu'à l'origine de l'humanité il n'y avait qu'une caste (Hamsa [EH 3]représentant aussi le cygne[SSS 6])[LS 23]. Les différentes castes apparurent avec la descente du cycle: tout en haut les Brahmanes (le clergé), puis les Kshatriyas (les guerriers ou la noblesse), en dessous les Vaishyas (les artisans, les commerçants: le tiers état ou la bourgeoisie en Occident), enfin les Shudras c'est-à-dire le peuple[LE 53]. Guénon appliqua cette structure aux différentes cultures et établit un parallèle avec la société médiévale européenne[DB 30]. Pour lui, dans une civilisation «normale», tout tourne autour des membres du clergé qui assurent le lien avec le monde supra-humain et la transmission de l'influence spirituelle[DB 31]. Les autres ne sont là que pour rendre leur fonction sacerdotale possible[LE 52],[DB 31],[ASPT 4]. D'après lui, toutes les déviations, en particulier celle menant au monde moderne, prennent leur origine dans la révolte tes Kshatriyas contre l'autorité spirituelle des prêtres:[LS 24]: il y voit une « clef essentielle à la compréhension de l'histoire [DB 30] ».

Dans l'Europe médiévale, d'après Guénon, les rois ne tenaient leur pouvoir que par délégation, à travers le sacre[LS 25]. En Occident, le début du monde moderne commença au début du XIVe siècle lorsque Philippe le Bel contesta l'autorité de Boniface VIII et sa doctrine des deux glaives[DB 30]. Il détruisit l'ordre du temple qui assurait, d'après Guénon, la transmission initiatique de la connaissance[DB 32],[LE 53]. Ici, Guénon fait porter toute la responsabilité sur le Roi qui aurait imposé cette destruction au nouveau Pape, Clément V[ASPT 3]. Le renversement de la hiérarchie fut renforcé par des rois « centralisateurs » tels que Louis XI et Louis XIV qui s'entourèrent de membres de la Bourgeoisie pour gouverner et pour affaiblir le système féodal[LS 26]. En se révoltant contre l'autorité spirituelle, la classe guerrière perd toute légitimité, d'après lui, car toute légitimité ne peut avoir qu'une source spirituelle[ASPT 5]: en voie de conséquence, le pouvoir des rois ne pouvait qu'être progressivement remis en cause par les classes plus basses. Ce qui conduisit inévitablement au renversement de la noblesse par la bourgeoisie lors de la Révolution française conduisant à un monde dominé par l'économie et les sentiments nationaux[DB 33]. À son tour, la bourgeoisie se voit contestée par la classe en dessous ce qui correspond à l'arrivée du communisme et la négation pure et simple de l'autorité spirituelle[DB 33]. Guénon déclara que le communisme ne peut avoir qu'une durée de vie très courte[ASPT 3],[LE 54]. Guénon conclut de la façon suivante:

«  tant qu’il subsistera une autorité spirituelle régulièrement constituée, fût-elle méconnue de presque tout le monde et même de ses propres représentants, fût-elle réduite à n’être plus que l’ombre d’elle-même, cette autorité aura toujours la meilleure part, et cette part ne saurait lui être enlevée, parce qu’il y a en elle quelque chose de plus haut que les possibilités purement humaines, parce que, même affaiblie ou endormie, elle incarne encore « la seule chose nécessaire », la seule qui ne passe point. « Patiens quia œterna », dit-on parfois de l’autorité spirituelle, et très justement, non pas, certes, qu’aucune des formes extérieures qu’elle peut revêtir soit éternelle, car toute forme n’est que contingente et transitoire, mais parce que, en elle-même, dans sa véritable essence, elle participe de l’éternité et de l’immutabilité des principes ; et c’est pourquoi, dans tous les conflits qui mettent le pouvoir temporel aux prises avec l’autorité spirituelle, on peut être assuré que, quelles que puissent être les apparences, c’est toujours celle-ci qui aura le dernier mot[ASPT 6].  »

David Bisson écrivit en guise d'analyse de ce livre que « le point de vue adopté se situe exclusivement du côté des Brahmanes [...] Il en résulte un déni certain de la chose politique, comprise comme l'art de guider la vie humaine sur le plan temporel, au profit d'une métaphysique du politique. En effet, la politique n'a de sens qu'au regard des principes qui la fondent [DB 31] ». Il ajouta que l'inversion des castes de Guénon rappelle la lutte des classes et se présente, par certains aspects, « comme le paradigme inversé de l'historiographie marxiste [DB 33] ». Un parallèle systématique entre Karl Marx et Guénon a été formulé par René Alleau car les deux hommes, par « des logiques radicalement opposées », se croisent sur de nombreux points: dénonciation de la fabrication de l'opinion par les classes dirigeantes, aliénation des hommes par le travail, l'argent et la morale[DB 34]. Mais Marx prend la défense des classes inférieures et Guénon celle des peuples colonisés[DB 34]. Réné Alleau écrivit: « à travers eux, deux grandes voix peuvent être entendues : celle d'un prolétariat encore opprimé [...]; celle d'un Tiers-Monde culturellement dévasté et économiquement asservi par la société industrielle moderne [DB 35] ».

En ce qui concerne le contexte de l'époque, la conclusion était claire : l'Action française, en refusant de se soumettre à la Papauté, prouvait qu'elle n'avait aucune conscience des rapports hiérarchiques normaux dans une civilisation traditionnelle telle que l'entendait Guénon. Ce dernier attaquait, en fait, de façon plus générale les courants « traditionalistes », point qu'il allait approfondir dans Le Règne de la quantité et les signes des temps. Les traditionalistes sont ceux qui se réclament du passé sans une base doctrinale sérieuse. En particulier, ils méconnaissent les rapports hiérarchiques « normaux » entre la religion et la politique, d’une part, et l'ésotérisme et la religion, d’autre part[PC 32]. L'ouvrage ne réconcilia pas les catholiques avec Guénon et le brouilla définitivement avec les membres de l'Action française, même avec Léon Daudet bien que ce dernier ne critiqua jamais publiquement Guénon[RC 87]. D'autre part, la présentation « idéalisée » du Moyen-Âge fut critiquée par les historiens: même avant Philippe le Bel, les rois de France prétendaient parfois ne tenir leur pouvoir que d'eux et de Dieu directement, les empereurs avaient contesté sans arrêt la primauté du Pape (la lutte du sacerdoce et de l'Empire), Philippe le Bel avait été aussi un roi très chrétien et Dante un gibelin[LS 27],[DB 32],[LE 54].

De nouvelles collaborations[modifier | modifier le code]

Rejeté par les leadeurs de l'Action française à cause de sa critique du nationalisme et par les milieux conservateurs catholiques pour sa défense de l'Orient, Guénon devenait l'allié objectif de milieux inattendus: les milieux progressistes autour de la revue Europe et de Romain Rolland[RC 88]. Ce dernier était, depuis ses prises de positions pacifistes pendant la Première Guerre mondiale, en effet, l'« ennemi juré [RC 88] » d'Henri Massis que Guénon avait violemment pris à partie dans La crise du monde moderne. Ces milieux souhaitaient surmonter les oppositions entre les nations en Europe sur une base culturelle (une « Europe des artistes et des penseurs »). De plus, ils étaient pour un rapprochement culturel avec l'Orient en particulier avec l'Inde[RC 89]. Romain Rolland s'intéressa à Tagore, Gandhi, Râmakrishna et Vivekananda[RC 89]. Jean Herbert expliqua, plus tard, que la connaissance de l'Inde jusqu'en 1920 se limitait aux « déformations  » de la société théosophique et aux travaux des orientalistes, comme Sylvain Lévi, qui se concentraient surtout sur la linguistique: il déclara ce sont «  ces deux hommes de génie » (Guénon et Rolland) qui permirent de sortir de cette impasse et firent connaître « l'esprit de l'Inde » aux Français entre 1920 et 1925 par des voies en apparence contradictoires[RC 90]. Cependant, de grandes différences demeuraient: Romain Rolland et ses amis affichaient des sympathies marxistes[RC 91]. Ceci conduisit Guénon à refuser de publier chez la maison d'édition Rieder proche de ces milieux. D'autre part, il considérait que Tagore (tout en reconnaissant que c'était un grand poète) et Gandhi étaient des indiens occidentalisés[RC 90]. Il se méfiait aussi de Vivekananda qui avait essayé de vulgariser et d'adapter à la mentalité occidentale le message de Ramakrishna[IDH 4]. Seul ce dernier était considéré par Guénon comme un « illustre »[IDH 4] maître spirituel dans la pure tradition hindoue[RC 90].

Kirtimukha (littéralement « visage glorieux », sous la forme de monstres la bouche grande ouverte) au temple Kasivisvesvara à Lakkundi dans le Karnataka, dynastie des Chalukya occidentaux, XIe siècle. Suite à une publication d'Ananda Coomaraswamy de 1939, Guénon publia un article sur le symbolisme des Kâla-mukha ou Kîrtu-mukha[SSS 7]. D'après lui, ces têtes de monstres se trouvent dans de très nombreuses cultures (par exemple les Taotie en Chine en particulier sur les bronzes de l'époque Shang)[SSS 7]. Ils apparaissent dans de nombreux éléments architecturaux, en particulier sur le linteau d'une porte (Inde) ou comme heurtoir de porte (Tibet). Ils symbolisent « la tête de la Mort » dont Kâla, le temps, est l'un des noms car le temps dévore les êtres et ses « mâchoires de la Mort » amènent l'homme ordinaire dans un autre état de manifestation. En revanche, il a aussi une signification bénéfique: pour les êtres initiés, il symbolise la « porte de la Délivrance » ou « porte des Dieux » (symbolisée par les Makaras qui sortent de sa bouche) qu'il doit franchir pour être libéré de ses conditions limitatives[SSS 7]. À partir de 1935, Ananda Coomaraswamy fournit une documentation iconographique considérable à Guénon qui lui permit d'aborder la signification de nombreux symboles.

L'intérêt des milieux « rollandistes » pour l'oeuvre de Guénon ne fut donc pas massif[RC 64]. Nénanmoins, plusieurs collaborateurs de la revue Europe étudièrent les livres de Guénon (c'est ce que Xavier Accart a appelé la « réception paradoxale de l'œuvre de Guénon »): François Bonjean[RC 92], Émile Dermenghem[RC 93], qui chercha à concilier ses préoccupations sociales avec la pensée traditionnelle de Guénon, et plus encore Luc Benoist dont la vie fut transformée par ce dernier[RC 94]. De façon inattendue, c'est dans ce milieu que Guénon allait réaliser son plus important « ralliement »: Ananda Coomaraswamy, un proche de Tagore et de Rolland.

Coomaraswamy naquit à Colombo d'un notable local de l'ethnie tamoule et d'une mère anglaise[DB 36]. Après de brillantes études scientifiques en Grande-Bretagne, il devient directeur des recherches minéralogiques de l'île de Ceylan[DB 36]. Il fut fortement influencé par les idées socialistes de William Morris et s'intéressa à la philosophie occidentale en particulier à Nietzsche[DB 37]. Mais il ressentit, de plus en plus, un besoin de se tourner vers la culture hindoue de ses ancêtres. Sa connaissance des arts traditionnels devint encyclopédique[QS 13] et on lui proposa le poste de conservateur du département des arts de l'Islam et du Moyen-Orient du prestigieux Musée des Beaux-arts de Boston, poste qu'il accepta. Il multiplia les publications sur les arts traditionnels (iconographie bouddhiste, histoire de l'art indonésien, l'art des Indiens d'Amérique, etc...), les exégèses des textes anciens (il maîtrisait une trentaine de langues et dialectes). Il devint rapidement une véritable autorité sur le plan universitaire[DB 37]. Il resta cependant profondément insatisfait car il n'arrivait pas à trouver l'unité derrière toutes ses cultures, unité qu'il pressentait. Pour trouver une réponse, il étudia de nombreux auteurs du transcendantalisme américain: Ralph Waldo Emerson, Henry David Thoreau ou Walt Whitman[DB 37]. Mais c'est la découverte de l'œuvre de Guénon en 1930 qui lui donna la solution et transforma toute sa vie[RC 95]. Il prit contact avec Guénon le 24 Juin 1935 et adopta sa perspective traditionnelle tout en retournant sur le plan personnel à l'Hindouisme[RC 96],[LS 28]. La proximité, marquée par un profond respect réciproque[DB 38], entre les deux auteurs fut telle que Coomaraswamy est parfois décrit comme le « frère spirituel » de Guénon. C'est la seule personne, avec Charbonneau Lassay, que Guénon appelait « notre illustre collaborateur »[RC 97],[QS 13].

Il fournit, dès lors, à travers ses publications, une documentation considérable à Guénon sur le symbolisme de nombreuses traditions ainsi que sur les doctrines et le termes hindous[DB 38],[RC 97]. Il s'intéressa beaucoup, suivant en cela Guénon, au folklore qu'il voyait comme un moyen de transmettre des connaissances traditionnelles sur des temps très longs[DB 39]. Très respecté sur le plan académique, ses travaux se présentant sous un aspect plus « scientifique » que ceux de Guénon, il joua un rôle majeur dans la diffusion des idées de ce dernier dans le monde anglo-saxon tout particulièrement dans les milieux universitaires[DB 39]. D'autre part, son intérêt pour l'art (qui n'inspirait pas beaucoup Guénon) attira des auteurs tels que Mircea Eliade ou Jacques Masui[RC 97]. La confiance de Guénon en son ami hindou fut telle que ce dernier réussit, par ses nombreuses études, à faire changer d'avis Guénon sur la doctrine du Bouddha Shakyamuni. Bien que Guénon affichait depuis sa jeunesse un grand respect pour certaines traditions qui se réclament du Bouddhisme, surtout pour la tradition tibétaine, il était persuadé, influencé par les interprétations occidentales du Bouddhisme[LS 28], que Shakyamuni avait développé une pensée hétérodoxe en opposition à l'Hindouisme. Certaines branches avaient été réformées tardivement et étaient redevenues orthodoxes par l'influence d'autres traditions (le Shivaïsme hindou pour la bouddhisme tibétain ou le Taoïsme en Chine)[PC 33]. Suite aux études de Coomaraswamy (poussé par Marco Pallis qui voulait traduire les livres de Guénon en Anglais mais n'était pas d'accord sur son rejet du Bouddhisme[LE 55])[PC 33], Guénon reconnut que le Bouddhisme était, dès son origine, une tradition spirituelle orthodoxe et reconnut ouvertement s'être trompé[RC 97],[LE 56]. Il changea, en conséquence, de nombreux passages de ses livres dans les rééditions après la seconde guerre mondiale, en particulier le chapitre concernant le Bouddhisme dans l'Introduction générale aux doctrines hindoues[LE 56].

Ces exemples n'étaient pas isolés. Bien que son essai de créer un sursaut spirituel en Occident tournât à l'échec et qu'il se sentît rejeté par les milieux catholiques[DB 40], il faisait des émules partout: le Dr Grangier nota en décembre 1927 que Guénon avait « une correspondance invraisemblable de quantité, des disciples v[enaient] à lui, sans qu'il les quémande, sa notoriété augmentait [RC 98] ». Guénon refusa toujours d'être un maître spirituel et d'avoir des disciples. Cependant, nombreux allaient être les lecteurs chez qui son œuvre provoqua « à un moment de la vie, [...] un choc salutaire[DB 41] » (l'expression est d'Henry Corbin). Ils n'adhéraient pas nécessairement à l'ensemble de son œuvre et parfois s'en détournèrent, mais ils retournèrent à leur tradition d'origine ou s'engagèrent dans une autre pour consacrer le reste de leur vie à une quête spirituelle[RC 99] :dans le monde occultiste ou le l'église gnostique qu'il avait traversé, chez les conservateurs catholiques ou de l'Action française, dans les cercles artistiques d'avant-garde proches du surréalisme ou du cubisme, dans les milieux internationalistes de droite comme de gauche, puis en terre d'Islam et même parmi ses élèves dans les lycées catholiques où il enseigna.

Guénon enseigna, par exemple, en 1918 au Lycée de Blois où il avait fait sa scolarité[MFJ 42]. Très mauvais enseignant, il se contentait de dicter ses notes : c'est probablement à partir de ces dernières que fut rédigé vers 1917-1918 le livre Psychologie attribué à Guénon et publié en 2001 chez Archè[RC 100]. Au lycée de Blois, les élèves s'ennuyant à mourir, le relançaient continuellement sur « ses marottes orientales » écoutant avec grand intérêt les mystères de l'Orient et des civilisations traditionnelles[MFJ 42]. Jean Collin, l'un des élèves, rapporta plus tard qu'il affichait ouvertement « un souverain mépris pour l'histoire et la philosophie officielle » mais ne critiquait jamais l'Église catholique et éludait toute question sur l'antisémitisme (ces milieux catholiques étaient souvent antijudaïques à l'époque)[MFJ 42]. En 1922, il reprit l'enseignement de la philosophie à Paris au lycée des Francs-Bourgeois tenu les frères des écoles chrétiennes[MFJ 43]. Son cours à nouveau entièrement dicté suscita la contestation de la vingtaine d'élèves. Il leur rétorqua qu'il n'y avait rien de valable dans les manuels et qu'il avait des œuvres en chantier « d'un intérêt bien supérieur ». Le cours se transforma alors en une description de la vie spirituelle du Moyen-Âge[MFJ 43]. Les élèves fascinés par cet enseignant « aux petits travers physiques » et « aux bizarreries de langage  » écoutèrent avec passion la description du compagnonnage, la signification symbolique de la quête du Graal et de la chevalerie, l'histoire des templiers, etc... Le programme officiel fut d'autant plus sabré (tout particulièrement le cours de morale). Le directeur, s'en rendant compte, fut effrayé surtout lorsqu'il réalisa que l'enseignant expliquait aux élèves que la Franc-Maçonnerie n'était pas une « assemblée de suppôts de Satan  » mais une branche plus ou moins déviée des congrégations médiévales. Convoqué par le directeur pour s'expliquer sur ses convictions religieuses, Guénon qui ne cacha jamais ses idées, fut renvoyé sur le champ avec interdiction de revoir ses élèves[MFJ 43]. La classe, presque au complet, vint, néanmoins, écouter avec fierté leur ancien enseignant lors de sa conférence à la Sorbonne en 1925. Certains, comme Marcel Colas, qui rapporta ces anecdotes, allaient suivre Guénon le reste de leur vie[MFJ 43].

À partir de 1929, Guénon put disposer d'une tribune indépendante dévouée à sa cause. En effet, le libraire Paul Chacornac, que Guénon avait déjà rencontré en 1922, et son frère avaient récupéré la revue Le voile d'Isis, une revue fondée par Papus en 1890[RC 101] qui avait eu beaucoup de succès dans le milieu occultiste de la Belle époque[DB 42]. Les frères Chacornac avaient réussi à faire de leur librairie et de la revue un centre regroupant de nombreuses personnalités intéressées par l'ésotérisme (au sens large)[DB 42]: Albert Gleizes, Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz, Jean Marquès-Rivière, Victor-Émile Michelet etc... Mais la revue périclitait progressivement. Jean Reyor et Georges Tamos, proches de Chacornac, furent chargés de proposer la direction à Guénon[DB 14]. Celui-ci accepta de collaborer, à condition que les articles à caractère occultiste disparaissent, mais refusa toute fonction et c'est Georges Tamos qui devint rédacteur en chef. Guénon rencontra ainsi Jean Reyor (de son vrai nom Marcel Clavelle) qui allait devenir son plus fidèle collaborateur jusqu'à sa mort[RC 102]. Progressivement, et à la suite de crises dues à des questions doctrinales pendant la période 1929-1931, les rédacteurs qui ne suivaient pas la ligne de pensée de Guénon quittèrent la revue[DB 43]: par exemple, Jean Marquès-Rivière qui attaqua la Franc-Maçonnerie, ce qui déplut fortement à Guénon[RC 102], ou Georges Tamos qui reprocha à Guénon sa trop grande proximité avec l'Orient[DB 43]. C'est Jean Reyor qui reprit la direction de la revue en 1931, cette dernière fut rebaptisée en 1936 les Études traditionnelles pour couper tout lien avec l'occultisme et indiquer que la revue ne se concentrait que sur l'étude des doctrines traditionnelle. La revue devint ainsi une tribune permanente entièrement dédiée à la diffusion de la pensée de Guénon[DB 44]. D'autres collaborateurs comme André Préau, dont la maîtrise parfaite de l'Allemand lui permit de diffuser la pensée de Martin Heidegger après guerre[RC 103] et René Allar rejoignirent l'équipe. Ils faisaient partie des « premiers « guénoniens » de stricte observance » d'après Reyor[RC 103].

La vie d'un musulman en Égypte[modifier | modifier le code]

le départ pour Le Caire[modifier | modifier le code]

René Guénon découvrit très jeune les doctrines orientales par des transmissions directes. Il considéra qu'il avait pour mission d'essayer de redresser spirituellement l'Occident. Pour cela il développa deux stratégies[DB 45]: constituer une élite intellectuelle s'appuyant sur des groupes restreints[DB 45],[DB 46] à travers, par exemple, sa collaboration à Regnabit et la création de L'Union Intellectuelle pour l'Entente entre les Peuples; et transformer la mentalité générale, en décrivant, par des publications touchant un large public, les principes de la métaphysique et la situation de dégénérescence spirituelle du monde moderne[DB 45],[DB 46]. Il chercha à s'appuyer sur l'Église catholique, considérée comme la dernière institution traditionnelle en Occident, interpellant directement sa hiérarchie dans Orient et Occident et La crise du monde moderne[DB 40]. À la fin des années vingt, il ne pouvait constater que son un échec: les catholiques refusèrent que leur tradition n'apparaisse plus que comme une branche de la grande Tradition primordiale et ne voulurent pas être mis « sous tutelle » orientale[DB 40]. C'est dans ces conditions qu'il quitta la France le 5 mars 1930 pour se rendre au Caire avec Mary Shillito. Cette dernière voulait utiliser sa fortune pour soutenir l'œuvre de Guénon: un accord fut passé et la maison Didier et Richard de Grenoble[RC 104] qui devait abriter dans une nouvelle collection L'Anneau d'or (c'est Guénon qui avait choisi ce nom et y tenait beaucoup[RC 105]) la plupart de ses publications ainsi que des traductions de textes ésotériques de différentes traditions[PC 34]. Le voyage au Caire devait durer trois mois et avait pour but de trouver des textes ésotériques soufis[LE 51],[PC 34].

Les trois mois écoulés, Mary Shillito, décrite par Jean-Pierre Laurant comme « assez primesautière et portant à l'ésotérisme un intérêt bien superficiel »[LE 57], partit seule et coupa les ponts avec Guénon. Elle épousa en secondes noces un compositeur ésotérisant, Ernest Britt, peu de temps après[LE 57]. Elle décida de fonder une maison d'édition qu'elle confia à un ami de son nouveau mari: le Dr Rouhier.[RC 104] Ce dernier créa donc la Librairie Véga qui hérita des droits sur la plupart des livres de Guénon. Le Dr Rouhier comme Ernest Britt appartenaient à un groupe occultiste, le Très Grand Lunaire, hostile à Guénon[RC 106]. Ce dernier se retrouva donc seul au Caire avec ses livres, temporairement, dans les mains de ses ennemis. Il annonça à plusieurs reprises à ses amis qu'il allait rentrer mais il ne rentrait jamais jusqu'à ce qu'il annonce à Chacornac que son retour était reporté sine die[LE 57],[PC 34].

Il reste au Caire, subsistant dans des conditions très précaires, et déclinant les propositions de retour en France provenant de ses amis européens, jusqu'à sa rencontre avec le cheik Mohammad Ibrahim, dont il épouse la fille, en 1934[39].

René Guénon vit au Caire sous le nom qui lui avait été donné lors de son initiation en 1912 à l'ésotérisme islamique : Abdel Wahid Yahia, adoptant le costume égyptien traditionnel, parlant arabe et évitant la communauté française d'Égypte. Il est naturalisé Égyptien en 1949. Il passe le plus clair de son temps à écrire dans sa maison[LE 58] du faubourg de Dokki, face aux pyramides : ses articles et ses ouvrages, tout d'abord, mais également une volumineuse correspondance avec ses lecteurs[40], grâce à laquelle il suit l'évolution des idées en Occident, et qui lui permet de recueillir suffisamment d'informations pour soutenir plusieurs controverses, notamment avec le directeur de la revue Atlantis, Paul Le Cour[41], et surtout avec la revue « antijudéomaçonnique » de Monseigneur Jouin : la Revue internationale des sociétés secrètes, dont Guénon fut l'adversaire le plus actif : 1929 à 1933, il écrit plusieurs comptes rendus et articles dénonçant les tentatives de la RISS pour exhumer et tenter de faire passer pour authentique un document dévoilant les prétendus dessous secrets de la Franc-maçonnerie (dans la lignée de l'affaire Léo Taxil)[LE 59].

Ces polémiques n'empêchent pas Guénon de poursuivre la rédaction de ses ouvrages, dont l'intérêt qu'ils éveillent chez Jean Paulhan permet à certains d'entre eux d'être publiés aux éditions Gallimard, dans une collection dont le nom, « Tradition », renvoie directement au lexique guénonien[42].

Les proches[modifier | modifier le code]

Au fil des années et des publications, un groupe de proches se constitue autour de René Guénon. Outre l'iconographe chrétien Louis Charbonneau-Lassay et l'éditeur Paul Chacornac, déjà mentionnés, on peut citer le Sri Lankais Ananda K. Coomaraswamy (1877-1947), spécialiste de l'art bouddhique, qui entretient une correspondance régulière avec Guénon entre 1935 et 1947.

On y rencontre également des Européens islamisés vivant au Caire : l'Anglais Martin Lings (1909-2005), qui y enseigne la littérature anglaise à l'Université, et surtout le diplomate roumain Michel Vâlsan (1907-1974), qui devient de 1960 à sa mort le directeur des Études traditionnelles (succédant à un autre fidèle de la première heure : Jean Reyor, qui avait connu Guénon alors que ce dernier vivait encore à Paris).

Frithjof Schuon (1907-1998) a lui aussi vu sa destinée bouleversée par la rencontre avec l'œuvre de Guénon (découverte dès 1924, avec Orient et Occident), qui le pousse à se rendre en Algérie recevoir l'initiation à l'ésotérisme islamique dans la tariqa du cheikh Ahmed Al-Alawi. Il devient par la suite le moqaddem (représentant) du cheikh Ahmed al-Alawi qui l'a initié [43] , et fonde une nouvelle branche de la tariqa (confrérie) en Europe : c'est vers elle que Guénon envoie une centaine de lecteurs (ainsi que Michel Vâlsan) qui entrent ainsi dans l'ésotérisme islamique[44].

Les relations entre Schuon et Guénon se détériorent à la suite d'une controverse d'ordre doctrinal : Schuon estime en effet (et il l'écrit dans les Études traditionnelles) que les sacrements chrétiens peuvent être considérés comme des sacrements initiatiques. Guénon écrit en réponse plusieurs articles sur l'initiation, dont une partie est recueillie en volume en 1946 sous le titre Aperçus sur l'initiation. Un dernier article de Schuon dans les Études traditionnelles, en juillet 1948[45], consomme la rupture entre les deux hommes[46]. Michel Vâlsan restant fidèle à Guénon, la tariqa européenne se divise alors en deux branches.

Il faut enfin citer le penseur italien Julius Evola, avec lequel Guénon entretient une correspondance cordiale et personnelle, malgré les divergences théoriques qui séparent le chantre de l'action[47] et le défenseur de la contemplation[48].

Mort et survivances de René Guénon[modifier | modifier le code]

René Guénon meurt le , après avoir prononcé le nom d'Allah [LE 60]. Il en est largement rendu compte dans la presse de la communauté francophone du Caire (une cinquantaine d'articles publiés), et dans la presse française : il en est fait mention dans Le Figaro, Combat, Rivarol, etc. La Radio nationale commente également l'événement[49].

Après la mort de Guénon, ses fidèles poursuivent la publication de son œuvre (un peu plus d'une dizaine d'ouvrages posthumes - essentiellement des recueils d'articles et de comptes rendus - voient le jour) et se consacrent à l'exégèse des différentes traditions religieuses et initiatiques, au sein des Études traditionnelles (essentiellement, à partir de 1959 et sous l'impulsion de Michel Vâlsan, à l'étude des doctrines ésotériques de l'islam[50]) et ailleurs. La revue trimestrielle Vers la tradition reprend aujourd'hui la suite de cette lignée, et organise des colloques annuels. On peut également citer la revue Science sacrée, fondée par Muhammad Vâlsan, fils de Michel Vâlsan.

Les principaux ouvrages de René Guénon ont été traduits dans toutes les langues européennes et l'influence de sa pensée n'a, depuis sa disparition, cessé de s'étendre[51].

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Guénon est présenté par Antoine Compagnon dans la préface de Guénon ou le renversement des clartés de Xavier Accart comme

«  le penseur de la Tradition et assurément un des intellectuels les plus influents du XXe siècle [RC 107]  »

Guénon n'a pas fondé d'école car il n'a jamais voulu jouer le rôle d'un maître spirituel et avoir des disciples. Il s'est toujours présenté comme un simple transmetteur des doctrines traditionnelles, en particulier des doctrines orientales. Son œuvre cherche à présenter une vision globale de ce qu'il considère être le monde traditionnel, entièrement tourné vers le sacré.

L'œuvre de René Guénon peut être divisée en quatre grands axes [DB 47] :

  • Les exposés de principes métaphysiques (L'Introduction Générale à l'Étude des Doctrines Hindoues, L'homme et son Devenir selon le Vêdânta, Le Symbolisme de la Croix et Les États multiples de l'être, Les Principes du Calcul infinitésimal) ;
  • Les études sur le symbolisme (notamment les nombreux articles qu'il écrivit pour les « Études traditionnelles », plus tard compilés par Michel Vâlsan sous le titre Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée ; ou encore La Grande Triade) ;
  • Les études relatives à l'initiation (L'Ésotérisme de Dante, Aperçus sur l'Initiation, Initiation et Réalisation spirituelle, etc.)
  • La critique du monde moderne (Orient et Occident, La Crise du Monde moderne, Autorité spirituelle et Pouvoir temporel, Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, etc.).

Réception de l'œuvre de René Guénon[modifier | modifier le code]

Continuateurs et exégètes[modifier | modifier le code]

La « boussole infaillible » et la « cuirasse impénétrable »[modifier | modifier le code]

René Guénon avait écrit dans Orient et Occident, que la doctrine traditionnelle pouvait être qualifiée de « boussole infaillible » et de « cuirasse impénétrable ». Ces qualificatifs seront repris, à propos de son œuvre, par Michel Vâlsan, dans le numéro spécial des Études traditionnelles paru en novembre 1951 à l'occasion de la mort de Guénon ; dans son article intitulé « La fonction de René Guénon et le sort de l'Occident. », il indiquait que, selon lui, ces qualitatifs pouvaient s'appliquer à l'œuvre de Guénon elle-même dans la mesure où celle-ci représentait fidèlement la doctrine traditionnelle.

Devenu à partir de 1960 directeur des Études traditionnelles, Michel Vâlsan contribuera à développer le thème d'une fonction providentielle de l'œuvre guénonienne, parallèlement à la publication d'articles consacrés essentiellement à l'approfondissement des doctrines du tasawwuf telles qu'elles sont présentées dans l'œuvre d'Ibn Arabî. Il invitera les chercheurs à travailler à partir de l'œuvre plutôt que sur l'œuvre[52].

Cette direction sera poursuivie par Charles-André Gilis qui, dans le premier chapitre de son ouvrage Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon précise :

«  L'enseignement de René Guénon est l'expression particulière, révélée à l'Occident contemporain, d'une doctrine métaphysique et initiatique qui est celle de la Vérité unique et universelle. Il est inséparable d'une fonction sacrée, d'origine supra-individuelle, que Michel Vâlsan a définie comme un « rappel suprême » des vérités détenues, de nos jours encore, par l'Orient immuable, et comme une « convocation » ultime comportant, pour le monde occidental, un avertissement et une promesse ainsi que l'annonce de son « jugement ». »

Pour Charles-André Gilis, cette façon de comprendre l'œuvre guénonnienne est « généralement méconnue ou négligée dans les présentations qui en sont données »[53], en particulier par celles de Robert Amadou ou Jean-Pierre Laurant. René Guénon avait par ailleurs écrit : « Nous n'avons point à informer le public de nos « sources » et [...] d'ailleurs celles-ci ne comportent point de « références » » (réponse à un article qui lui était consacré dans la revue Les Études de juillet 1932 et reprise dans le recueil « Comptes Rendus », p. 130), ce qui conduit certains exégètes, dont Luc Benoist, à mettre en doute l'utilisation de méthodes de critique historique appliquées à l'œuvre de René Guénon[54].

Jean-Pierre Laurant, dans son approche critique des écrits de René Guénon, utilisera cependant ces méthodes qui font usage des sources historiques pour expliquer l'œuvre.

Les catholiques guénoniens[modifier | modifier le code]

Mircea Eliade pensait que la plupart des continuateurs de l'œuvre de Guénon sont des convertis à l'Islam ou se livrent à l'étude de la tradition indo-tibétaine[CH 4]. Ils ont été moins nombreux en revanche à tenter de concilier l'étude de l'œuvre guénonienne et la pratique du Christianisme, notamment en raison des réserves importantes exprimées par les milieux catholiques sur cette œuvre, déjà du vivant de Guénon (Jacques Maritain qui écrivit que « l'hyperintellectualisation ésotérique [de la Connaissance] n'est qu'un spécieux mirage [qui] mène la raison à l'absurde, l'âme à la seconde mort[CH 5] »), mais également après sa mort, qu'il s'agisse des catholiques « intégristes » ou progressistes[CH 6].

Quelques tentatives ont été faites pourtant, à l'intérieur même de l'Église catholique, pour concilier le Christianisme et la « doctrine traditionnelle » : on peut citer notamment un ouvrage intitulé Doctrine de la non-dualité (Advaita-vada) et Christianisme[55] et publié en 1982 « avec la permission des supérieurs » par un « moine d'Occident » anonyme, qui représente une tentative de conciliation entre le Vêdânta (en reprenant les analyses de L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, publié par Guénon en 1925) et la théologie chrétienne.

Mais l'on retiendra surtout les travaux de l'abbé Henri Stéphane qui, ayant découvert les ouvrages de Guénon semble-t-il en 1942[CH 7], écrivit de nombreux textes recueillis en deux volumes publiés sous le titre très guénonien de : Aperçus sur l'ésotérisme chrétien[56].

Le cas de l'abbé Stéphane reste néanmoins isolé, comme le fut celui-ci, qui n'exerça officiellement aucun ministère, si ce n'est, après le Concile Vatican II, mais « de façon presque clandestine », à destination d'un « groupe de chrétiens soucieux de conserver la tradition latine dans l'Église [qui] avait demandé à l'abbé de dire chaque semaine une messe du rite ancien et de prononcer l'homélie[57] ».

Un continuateur critique : Frithjof Schuon[modifier | modifier le code]

Le même numéro spécial des Études traditionnelles dans lequel Michel Vâlsan analysait la fonction providentielle de l'œuvre de René Guénon accueillait une autre contribution, beaucoup plus nuancée dans l'éloge : celle de Frithjof Schuon. Cet article, intitulé « L'Esprit d'une œuvre », commençait par rappeler le caractère « universel » et surtout « traditionnel » de cette œuvre « en ce sens que les données fondamentales qu’elle transmet sont strictement conformes à l'enseignement des grandes traditions, ou de l'une d’elles quand il s'agit d'une forme particulière[58]. » Néanmoins, il tenait à marquer ses distances avec la position défendue par Michel Vâlsan : « l'unicité » de l'œuvre guénonienne ne saurait être tenue pour « prophétique[59]. » De plus,

«  c'est dans l'énonciation des principes que son génie intellectuel s'exerce avec une maîtrise incontestable ; mais qu’on admette sans réserve tous les exemples et toutes les déductions que l'auteur nous propose au cours de ses nombreux écrits, cela nous paraît être une question d’opinion, voire de foi, d'autant plus que la connaissance des faits dépend de contingences qui ne sauraient intervenir dans la connaissance principielle (Études traditionnelles, numéro spécial René Guénon, 1951, p. 256) »

De fait, Frithjof Schuon relèvera par la suite dans l'œuvre de Guénon plusieurs points de détails qui lui semblent erronés, qu'il s'agisse de l'affirmation selon laquelle l'Hindouisme n'est pas une religion, de la définition guénonienne des modalités de l'existence corporelle, ou encore de sa présentation de la doctrine hindoue des « cycles cosmiques[60]. » Plus fondamentalement, sur plusieurs points doctrinaux importants, Frithjof Schuon s'est écarté de Guénon, affirmant notamment que le baptême chrétien pouvait conférer l'initiation[61]. Pour Jean-Pierre Laurant, cette interprétation « ruin[e] l'édifice guénonien bâti sur la séparation stricte de l'ésotérisme et de l'exotérisme[LE 61] ».

Enfin, une « Note » consacrée à René Guénon, parue dans le « Cahier de l'Herne », précise la position de Schuon vis-à-vis de l'individualité de l'auteur des États multiples de l'Être : Guénon aurait selon lui été un « « pneumatique » du type « gnostique » », autrement dit qu'il serait né « avec un état de connaissance qui, pour d'autres, serait précisément le but et non le point de départ[CH 8] ». C'est ainsi que Guénon, « personnification, non de la spiritualité tout court, mais de la seule certitude intellectuelle », aurait été conduit, « en partie [en raison de] traumatismes, renforcés par l'absence de facteurs compensatoires dans l'âme et dans l'ambiance », à sous-estimer « et les valeurs esthétiques et les valeurs morales, surtout sous le rapport de leurs fonctions spirituelles[62]. »

René Guénon est considéré comme une figure fondamentale du pérennialisme au XXe siècle[63] ; d'autres chercheurs ont cependant mis en question la validité de cette désignation de « pérennialisme », et les multiples sens qu'elle recouvre : « perennialist school » (le terme introduit par M. Sedgewick, « Philosophia perennis », terme qui provient de la Renaissance), « Religio perennis » (terme provenant de Schuon et désignant la « religion du cœur »), « traditionalisme » (une réaction décrite comme purement moderne par R. Guénon[64]) et « political perennialism »[65].

Universitaires[modifier | modifier le code]

À plusieurs reprises dans ses ouvrages, René Guénon a raillé les prétentions de l'Occident moderne à posséder un ensemble de sciences qui le mettrait à l'avant-garde de la connaissance du monde : ces sciences « profanes », affirme l'auteur de La Crise du monde moderne, ne sont que les « résidus » des sciences sacrées dont le sens s'est perdu[66], résidus incapables de faire accéder celui qui les étudie à quelque certitude que ce soit concernant le monde qui l'entoure[67]. La totalité du savoir enseigné dans les universités, depuis la philosophie jusqu'à la sociologie, en passant par l'histoire, la géographie, l'ethnologie ou encore la psychologie est ainsi disqualifiée au profit des « savoirs traditionnels », seuls aptes à transmettre la connaissance véritable[CH 9].

Ces critiques radicales n'empêcheront pas les universitaires de s'occuper de l'œuvre et de la démarche de Guénon, de manière plus ou moins critique.

Umberto Eco[modifier | modifier le code]

Selon le philosophe Umberto Eco, Guénon est un des principaux représentants de la pensée hermétique contemporaine, dont il critique la méthode argumentative fondée sur l'analogie et la ressemblance plutôt que sur le discernement de la rationalité occidentale (avec les principes de non-contradiction et de tiers exclu). Il explique son propos dans Les Limites de l'interprétation :

«  Presque toutes les caractéristiques de la pensée hermétique sont réunies dans les procédés d'argumentation d'un de ses épigones contemporains : René Guénon[68] »

Eco appuie son propos par une étude critique de Le Roi du monde, un ouvrage de Guénon qu'il étudie selon l'approche de la sémiotique et dans lequel il relève en particulier l'usage très fréquent, et selon lui abusif, d'affirmations sans sources, de « on dit », d'étymologies présumées souvent fondées sur de simples proximités phonétiques et d'analogies vagues qui forment finalement un discours visant davantage à conforter le lecteur dans ses convictions qu'à démontrer rationnellement ses affirmations :

«  En somme, Guénon suggère un système, mais un système qui n'autorise aucune exclusion [...] à travers un entrelacs d'associations, certaines fondées sur la similitude phonétique, d'autres sur une étymologie présumée, en un relais incessant entre synonymies, homonymies et polysémies, en un continuel glissement de sens où toute nouvelle association délaisse ce qui l'a provoquée pour pointer vers de nouveaux rivages, et où la pensée coupe en permanence les ponts derrière elle[69]. »

Par ailleurs, selon Eco, René Guénon fait preuve d'« un mépris souverain pour tout critère historique et philologique »[70]. Ces analyses d'Umberto Eco ont été contestées par l'auteur guénonien Patrick Geay qui, dans sa thèse de doctorat publiée sous le titre de Hermès trahi (1996), reproche au sémioticien italien d'avoir « manqué de rigueur dans sa démarche et de prudence dans ses conclusions »[71].

Mircea Eliade[modifier | modifier le code]

En revanche, l'historien des religions Mircea Eliade s'est montré plutôt réceptif aux thèses guénoniennes, considérant « que cette doctrine est considérablement plus rigoureuse et valable que celle des occultistes et hermétiques des XIXe siècle et XXe siècle[CH 10]. » Il remarque par ailleurs l'antithèse radicale et paradoxale à laquelle l'historien des religions est confronté, entre, d'un côté :

« une explosion d'occultisme, sorte de religion « pop » caractéristique surtout de la contre-culture de la jeunesse américaine, qui proclame le grand renouveau consécutif à l'âge du Verseau  »

et de l'autre :

« la découverte et [l']acceptation de l'ésotérisme traditionnel, tel que l'a reformulé René Guénon par exemple, un ésotérisme qui rejette l'espoir optimiste d'un renouveau cosmique et historique sans la préalable désagrégation catastrophique du monde moderne (Mircea Eliade, Occultisme, Sorcellerie et Modes culturelles, cité dans le « Cahier de l'Herne » consacré à René Guénon, p. 240) »

Cette dernière tendance étant encore modeste mais « progressivement croissante[CH 11] ».

Il est à noter que Mircea Eliade a été en contact avec Guénon, à qui il envoya un exemplaire de son ouvrage Techniques du yoga. Guénon écrivit à cette occasion qu'Eliade était « en réalité beaucoup plus près des idées traditionnelles que ses écrits n'en donnent parfois l'impression », mais que son « grand défaut » était « de ne pas oser se mettre trop nettement en opposition avec les idées officiellement admises »[72].

Artistes et écrivains[modifier | modifier le code]

L'œuvre atypique de René Guénon, développement polysémique d'une pensée critique du monde moderne, a marqué plusieurs artistes et écrivains[73], qu'ils aient été en guerre contre leur époque et les valeurs de l'Occident, ou bien attirés par une exposition de la spiritualité distincte de la morale chrétienne en même temps qu'opposée à toutes les formes d'occultisme en vogue au début du XXe siècle : on ne s'étonnera pas d'y retrouver plusieurs auteurs qui ont participé, ou ont été des « compagnons de route », du mouvement surréaliste.

Albert Gleizes[modifier | modifier le code]

René Guénon fréquenta dans les années 1920 le salon parisien qu'Albert Gleizes tenait avec sa femme, et suivit avec sympathie les tentatives du peintre cubiste de retrouver la « tradition dans le métier[LE 62] » et commenta avec bienveillance les essais théoriques de ce dernier, qui tentaient de concilier les approches artistiques de l'avant-garde avec l'art sacré en se libérant des contraintes perspectivistes et mimétiques héritées de la Renaissance[74].

Il se montra toutefois plus réservé dans sa correspondance privée, estimant que les travaux de Gleizes, s'ils étaient plein de bonnes idées, restaient désordonnés[LE 63]. Il semble en effet que Gleizes, au moment où il rencontre Guénon, a déjà achevé sa formation intellectuelle (il a quarante-six ans en 1927) et que si ses théories concernant l'art et l'artisanat rejoignent souvent celles défendues par René Guénon, il n'en reste pas moins que cet accord s'est fait en suivant « des voies radicalement différentes[CH 12] », bien que dans une certaine mesure parallèles.

André Breton[modifier | modifier le code]

André Breton a manifesté à plusieurs reprises l'intérêt que lui inspirait l'œuvre de René Guénon, en particulier Les États multiples de l'Être, dont un long passage est cité à la fin du texte Du Surréalisme en ses œuvres vives, daté de 1953[75]. La même année, dans un article intitulé « René Guénon jugé par le surréalisme[CH 13] », l'auteur d'Arcane 17 précisait la position du mouvement à l'égard de l'auteur de La Crise du monde moderne :

«  Sollicitant toujours l'esprit, jamais le cœur, René Guénon emporte notre très grande déférence et rien d'autre. Le surréalisme, tout en s'associant à ce qu'il y a d'essentiel dans sa critique du monde moderne, en faisant fond comme lui sur l'intuition supra-rationnelle (retrouvée par d'autres voies), voire en subissant fortement l'attrait de cette pensée dite traditionnelle que, de main de maître, il a débarrassée de ses parasites, s'écarte autant du réactionnaire qu'il fut sur le plan social que de l'aveugle contempteur de Freud, par exemple, qu'il se montra. Il n'en honore pas moins le grand aventurier solitaire qui repoussa la foi par la connaissance, opposa la délivrance au SALUT et dégagea la métaphysique des ruines de la religion qui la recouvraient. »

En revanche, dans les quelques occasions où il s'exprima sur le sujet, Guénon devait fermement condamner l'entreprise surréaliste fondée sur une forme d'intuition qui, faisant largement appel aux théories alors récentes de la psychanalyse, ne pouvait que s'appuyer sur « le domaine psychique inférieur », c'est-à-dire sur « ce qu'il y a de plus éloigné de toute spiritualité[76]. »

Aussi Guénon jugea-t-il que les surréalistes étaient partie-prenante du plan général de subversion de l'authentique spiritualité traditionnelle, autrement dit qu'ils étaient « des agents d'exécution du plan luciférien. » Même si, à ses yeux, ils constituaient avant tout un « petit groupe de jeunes gens qui s'amusent à des facéties d'un goût douteux[77] ».

Antonin Artaud[modifier | modifier le code]

Guénon se montra toutefois plus réceptif aux thèses exposées par Antonin Artaud sur le théâtre oriental et sur la distance qui le sépare du théâtre occidental. Rendant compte d'un article publié dans la NRF sous le titre « La mise en scène et la métaphysique[78] », dans lequel il était d'ailleurs cité[79] Guénon, bien que déplorant que les propos d'Artaud soient parfois confus, y voit « en quelque sorte comme une illustration de ce [que lui-même disait] sur la dégénérescence qui a fait du théâtre occidental quelque chose de purement « profane », tandis que le théâtre oriental a toujours conservé sa valeur spirituelle[80]. »

S'il faisait « grand cas des ouvrages de René Guénon », « Orient et Occident et Les États multiples de l'Être [ayant] plus particulièrement attiré son attention[81] », il est difficile de savoir précisément quel impact a eu cette œuvre dans le cheminement d'Antonin Artaud, qui expliquera quelques années plus tard avoir voulu « fuir la civilisation européenne, issue de sept à huit siècles de culture bourgeoise[82] » afin de se rendre au Mexique, « le seul endroit de la terre qui nous propose une vie occulte, et la propose à la surface de la vie »[83].

René Daumal[modifier | modifier le code]

Le poète René Daumal, que sa quête spirituelle amena à apprendre le Sanskrit et à traduire des textes sacrés hindous, ne pouvait passer à côté de l'œuvre de René Guénon : non seulement ils partagent un même intérêt pour la métaphysique orientale, mais on trouve dans les essais de Daumal un vocabulaire proche de celui utilisé par Guénon (l'adjectif « traditionnel » est ainsi utilisé dans un sens proche, sinon identique, par l'un et l'autre[84]. On s'étonne même de ne pas trouver chez le premier des références plus nombreuses aux travaux du second.

Le poète du Grand Jeu écrivit tout de même un article en forme d'hommage en 1928 (« Encore sur les livres de René Guénon »[85]), dans lequel sont précisés les points de convergence et les limites de son adhésion. Après avoir constaté que « les mains occidentales changent l'or en plomb », et qu'entre ces mains la métaphysique hindoue « s'émiette [...] en curiosités de mythologie et d'exotisme, en recherches bien consolantes de paradis précis, en conseils salutaires que ne désavouerait pas un clergyman[86]... », Daumal loue en Guénon celui qui « ne trahit jamais la pensée hindoue au profit de besoins particuliers de la philosophie occidentale » :

«  S'il parle du Véda, il pense le Véda, il est le Véda[87]. »

Cette justice rendue à la « pensée hindoue » a toutefois selon Daumal comme corollaire l'incompréhension de la philosophie occidentale :

«  Ce qu'il y a de plus profond dans des penseurs d'Europe comme Spinoza, Hegel ou les post-kantiens allemands, lui échappe tout à fait[87]. »

Cette incompréhension, néanmoins, est dans le fond de peu d'importance, Daumal avouant préférer voir Guénon « garder cette dure loi, palpable dans le ton de ses phrases, qui le défend de tout compromis[87] ». Là où en revanche l'auteur du Mont Analogue se détache du métaphysicien, c'est dans le refus de ce dernier de se mêler aux luttes de son époque contre l'ordre établi et dans son choix de se placer exclusivement sur le plan des principes doctrinaux :

« René Guénon, je ne sais rien de votre vie proprement humaine ; je sais seulement que vous espérez peu convaincre des multitudes. Mais je crains que le bonheur de penser ne vous détourne de cette loi - historique au sens le plus large - qui pousse nécessairement ce qu'il y a d'homme en nous vers la révolte ; révolte que nous considérons non comme une tâche que nous sommes chargés d'exécuter, mais comme une œuvre que nous laissons s'accomplir par le moyen des enveloppes humaines qu'abusivement nous nommons « nôtres »[LE 64]. »

Raymond Queneau[modifier | modifier le code]

Raymond Queneau fut un lecteur attentif et assidu de l'œuvre de René Guénon, qu'il découvre avec étonnement[88] dès la parution de l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, en 1921. À partir de cette date et jusqu'à la fin des années 1920, Queneau se procure les ouvrages de Guénon dès leur parution[89], et n'omet pas de lire les articles publiés dans la revue Le Voile d'Isis, se disant qu'il devrait chercher à faire la connaissance de leur auteur[90], et échangera même une brève correspondance avec lui en 1936[91].

Cette influence de la pensée « traditionnelle », telle que l'expose Guénon, sur l'œuvre de Raymond Queneau, est nettement perceptible dans un curieux essai inachevé écrit vers 1936-1937, et qui ne sera publié qu'à titre posthume en 1993 : Le Traité des vertus démocratiques, dans lequel est proposé « un autre monde, une autre civilisation », dont la fin dernière est « la Paix sur terre - et ailleurs - pour tous les Hommes de bonne Volonté et tout homme sera de bonne volonté[92]. » Cette société, qui aurait pris acte de la « trahison » de la social-démocratie, qui se défierait du fascisme comme du communisme, sans pour autant verser dans l'anarchisme, devra aller voir du côté de l'Orient ou de l'Occident médiéval, dont il décrit ainsi la « démocratie » : « égalité de tous les hommes devant Dieu, liberté de la Grâce ; fraternité : société fondée sur l'amour. Discipline, hiérarchie, rigueur[93]. »

L'évolution personnelle et intellectuelle de Raymond Queneau lui fera abandonner ce projet de traité, qui restera à l'état de brouillon, et il relativise également la portée de l'œuvre de Guénon[94], continuant toutefois à s'intéresser aux conceptions mathématiques de l'auteur des Principes du calcul infinitésimal[95]

Queneau retournera à la lecture des ouvrages de Guénon à partir de 1969 et ce jusqu'à la fin de sa vie, reprenant dans Morale Élémentaire (1975) des développements issus de L'Homme et son devenir selon le Vêdânta[96]. Il aurait vers cette époque confié à son fils Jean-Marie : « J'ai trop lu René Guénon[97]. »

Paul Ackerman[modifier | modifier le code]

Le peintre Paul Ackerman relie sa suite de tableaux classée sous le thème de l'Agartha (1966-1970), évocation de l'invisible monde souterrain, à sa lecture du livre Le Roi du Monde de René Guénon[98].

Steve Bannon[modifier | modifier le code]

Steve Bannon, le directeur du site d'information d'extrême droite américain Breitbart News et ancien conseiller du Président Donald Trump et dernier directeur de sa campagne en 2016 évoque Guénon comme étant la personne qui a le plus influencé sa réflexion et nourri son idéologie, c'est ce qu'il a confié à Joshua Green qui le rapporte dans son livre "Devil’s Bargain" publié en juillet 2017.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Livres de René Guénon[modifier | modifier le code]

  • René Guénon, Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, Paris, Marcel Rivière, , 326 p. (ISBN 978-2857078838)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1952 (Éditions Véga)[HR 1]: en particulier, suppression du chap.  II de la quatrième partie (L'influence allemande) et refonte complète du chap.  IV de la troisième partie (À propos du Bouddhisme), depuis nombreuses rééditions[HR 1]. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1997.
  • René Guénon, Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, Paris, Nouvelle Librairie Nationale (dirigée par Jacques Maritain en 1921[LE 31]), , 314 p. (ISBN 978-1528162135)
    Édition définitive avec notes additionnelles de Guénon publiée en 1928 (Librairie Valois appartenant à Georges Valois)[HR 2], depuis nombreuses rééditions[HR 2].
  • René Guénon, L'Erreur spirite, Paris, Marcel Rivière, , 406 p. (ISBN 2-7138-0059-5)
    Nombreuses rééditions, dont Éditions Traditionnelles
  • René Guénon, Orient et Occident, Paris, Payot, , 232 p. (ISBN 2-85829-449-6)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1948 (Éditions Véga)[HR 3]: en particulier refonte de certains passages du chap.  IV de la première partie (Terreurs chimériques et dangers réels) et ajout d'un addendum[HR 3], depuis nombreuses rééditions, dont Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1993.
  • René Guénon, L’Ésotérisme de Dante, Paris, Ch. Bosse, , 96 p. (ISBN 978-2070177639)
    Édition définitive avec ajout d'un titre à chaque paragraphe et certains paragraphes remaniés publiée en 1949 aux Éditions Traditionnelles[HR 4], depuis nombreuses rééditions.
  • René Guénon, L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, Paris, Bossard, , 214 p. (ISBN 2-7138-0065-X)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1947 aux Éditions Traditionnelles: suppression des chapitres XI (La constitution de l'être humain selon les Bouddhistes) et XXV (La Délivrance selon les Jainas)[HR 4]. Depuis nombreuses rééditions, dont Éditions Traditionnelles. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1991.
  • René Guénon, Le Roi du monde, Paris, Ch. Bosse, , 104 p. (ISBN 2-07-023008-2)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1950 aux Éditions Traditionnelles: ajout d"un titre à chaque chapitre, certains paragraphes ont été modifiés[HR 5]. Depuis nombreuses rééditions, dont Gallimard. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1993.
  • René Guénon, La Crise du monde moderne, Paris, Bossard, , 201 p. (ISBN 2-07-023005-8)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1946 aux Éditions Gallimard: quelques paragraphes ont été remaniés[HR 5]. Depuis nombreuses rééditions, dont Gallimard. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1973.
  • Saint Bernard, Publiroc,
    réédition Éditions Traditionnelles. Sans ISBN
  • René Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Paris, Vrin, , 118 p. (ISBN 2-85-707-142-6)
    Édition définitive remaniée par Guénon publiée en 1947 Éditions Véga): ajout d'un titre à chaque chapitre, paragraphes modifiés, notamment pour le chapitre VI[HR 5]. Depuis nombreuses rééditions, dont (1952) Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1984.
  • Le Symbolisme de la Croix, Véga, (ISBN 2-85-707-146-9)
    multiples rééditions dont Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris
  • Les États multiples de l'être, Véga, (ISBN 2-85-707-143-4)
    multiples rééditions dont Guy Trédaniel/Éditions de la Maisnie, Paris
  • René Guénon, La Métaphysique orientale, Paris, Éditions traditionnelles, , 30 p. (ISBN 978-2713800566)
    Deuxième édition (identique à la première): Éditions traditionnelles, 1945. Depuis multiples rééditions, il s'agit de la transcription d'une conférence donnée à la Sorbonne le 17 décembre 1925. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1997.
  • Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, Gallimard,
    multiples rééditions
  • Les Principes du Calcul infinitésimal, Gallimard,
    multiples rééditions
  • René Guénon, Aperçus sur l'Initiation, Paris, Éditions Traditionnelles, , 303 p. (ISBN 2-7138-0064-1)
    multiples rééditions. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1996 (Éditions traditionnelles).
  • René Guénon, La Grande Triade, Paris, Gallimard, , 214 p. (ISBN 978-2070230075)
    multiples rééditions. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1957 (Gallimard).

Recueils posthumes d'articles de René Guénon[modifier | modifier le code]

  • Initiation et Réalisation spirituelle, Éditions Traditionnelles, (1952). (ISBN 978-2-7138-0058-0).
  • Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, Éditions Traditionnelles (1954). ISBN (?).
  • René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Paris, Gallimard, , 437 p. (ISBN 2-07-029752-7)
    Première édition 1964[HR 6], depuis multiples rééditions.
  • René Guénon, Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 1, Paris, Éditions Traditionnelles, , 314 p. (ISBN 2-7138-0066-8)
    Première édition 1964[HR 6], depuis multiples rééditions.
  • René Guénon, Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 2, Paris, Éditions Traditionnelles, , 320 p. (ISBN 978-2713800672)
    Première édition 1964[HR 6], depuis multiples rééditions.
  • Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 2, (1965) Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0067-6).
  • René Guénon, Études sur l'Hindouisme, Paris, Éditions Traditionnelles, , 288 p. (ISBN 978-2741380207)
    Première édition 1968[HR 6], depuis multiples rééditions. Les numéros de pages renvoient à l'édition de 1989 (Éditions traditionnelles).
  • Formes traditionnelles et cycles cosmiques, Gallimard, Paris (1970). (ISBN 2-07-027053-X).
  • Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme, Gallimard, Paris, (1973). (ISBN 2-07-028547-2).
  • Mélanges, Gallimard, Paris, (1976). (ISBN 2-07-072062-4).
  • Comptes rendus, Éditions traditionnelles (1986). (ISBN 2-7138-0061-7).
  • Écrits pour REGNABIT, Archè Edizioni (1999). (ISBN 887252-216-1).
  • Psychologie, Archè Edizioni (2001). (ISBN 8872522315).
  • Articles et Comptes Rendus, Tome 1, Éditions Traditionnelles (2002). (ISBN 2-7138-0183-4).
  • Recueil, Rose-Cross Books, Toronto (2013). (ISBN 978-0-9865872-1-4).

Liste de revues ayant publié des articles de René Guénon de son vivant[modifier | modifier le code]

  • En langue française : L’initiation (1909). L’Acacia (1909). La Gnose (1909-1912) rééditée en fac-simile en 2010 par les éditions de l'homme libre. La France Chrétienne (1909), devenant La France chrétienne antimaçonnique (1910) puis La France antimaçonnique (1911-1914). Le Symbolisme (1913). Bulletin municipal de Saint-Germain-en-Laye (1917). La Revue philosophique (1919-1920). Revue de philosophie (1921-1924). Revue bleue (1924-1926). Les Nouvelles Littéraires (1924). Le Radeau (1925). Les Cahiers du mois (1925). Europe (1925). Voile d’Isis (1925-1936) devenant Études Traditionnelles (1936-1951). Regnabit (1925-1927) Bulletin paroissial de Saint-François-Xavier (1925). Les Cahiers du mois (1926). Vers l’Unité (1926-1929). Vient de paraître (1927-1929). Vers l’Unité (1927). La Revue Hebdomadaire (1927). Le Monde nouveau (1930). Bulletin des Polaires (1931). Cahiers du Sud (1935-1945). La Revue de la Table Ronde (1946-1950).
  • Revues italiennes : Atanor. Rivista di studi iniziatici (1924). Ignis (1925). Krur (1929). Diorama filosofico (1934).
  • En langue anglaise : Speculative Mason (1935-1944). The Visva-Bharati Quarterly (1936-1938). The Journal of the Indian Society of Oriental Art (1937-1941).
  • En langue arabe : Al-Maarifah (1931).

Correspondance de René Guénon[modifier | modifier le code]

  • La corrispondenza fra Alain Daniélou e René Guénon, 1947-1950, (éd. Alessandro Grossato), Florence, Leo Olschki, 2002.
  • Paris-Le Caire, Correspondance entre Louis Cattiaux et René Guénon, éditions du Miroir d'Isis, février 2012.
  • Fragments doctrinaux, éléments de doctrine extraits de 600 lettres de Guénon avec 30 correspondants au cours de sa vie, éditions Rose-Cross Books, Toronto (novembre 2013). (ISBN 978-0-9865872-2-1).

Biblliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages collectifs au sujet de René Guénon et de la doctrine traditionnelle[modifier | modifier le code]

  • René Alleau, Colloque dirigé par René Alleau et Marina Scriabine: René Guénon et l'actualité de la pensée traditionnelle : Actes du colloque international de Cerisy-la-Salle: 13-20 Juillet 1973, Milano, Archè, , 333 p. (ISBN 8872521114)
  • Philippe Faure, Recueil d'articles sous la direction de Philippe Faure: René Guénon : L'appel de la sagesse primordiale, Paris, Cerf-Patrimoines, , 523 p. (ISBN 2204109991)
  • Études Traditionnelles n. 293-295 : Numéro spécial consacré à René Guénon. Sans ISSN.
  • Science sacrée, Numéro Spécial René Guénon : R. G. de la Saulaye, juin 2003. (ISBN 2915059020).
  • La Lettre G - Revue maçonnique en langue française et italienne. Sans ISSN.
  • Sigaud, Pierre-Marie (éd.) : Dossier H René Guénon, L'Âge d'Homme, Lausanne. (ISBN 2-8251-3044-3).
  • (Collectif), René Guénon. Colloque du Centenaire Domus Medica, Le Cercle de lumière, 1996, 293 p., (ISBN 2-909972-00-3).
  • (Collectif), René Guénon et l'actualité de la pensée traditionnelle", Actes du colloque international de Cerisy-La-Salle: 13-20 Juillet 1973, sous la direction de René Alleau et Marina Scriabine Archè Milano, 1979. (ISBN 2801900060).
  • Jean-Pierre Laurant, « Cahiers de l'Herne » : René Guénon : sous la direction de Jean-Pierre Laurant avec la collaboration de Paul Barba-Negra (ed.), Paris, Éditions de l'Herne, , 457 p. (ISBN 978-2851970558)
  • (Collectif), Quelle humanité ? demain…, Vers la Tradition, Châlons-sur-Marne (France). Sans ISSN.
  • (Collectif), Il y a cinquante ans, René Guénon…, Éditions Traditionnelles, Paris. (ISBN 2-7138-0180-X). (Notes.)
  • (Collectif), Que vous a apporté René Guénon?, Dualpha, Paris, 2002. (ISBN 2-912476-61-5)
  • Narthex n° trimestriel 21-22-23 de mars-août 1978 (et semble-t-il dernier), Numéro spécial René Guénon constitué de deux contributions de Jean Hani et de Bernard Dubant (cette revue tirée à seulement 600 exemplaires est introuvable et ne peut être consultée qu'à la BN).

Autres ouvrages au sujet de René Guénon[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Références aux livres de Guénon[modifier | modifier le code]

  • René Guénon Introduction générale à l'étude des Doctrines Hindoues, 1921
  1. Chap. XIV: Le Vêdânta, « Avec le Vêdânta, nous sommes [...] dans le domaine de la métaphysique pure », R. Guénon: Introduction aux doctrines hindoues
  2. Chap. V: Caractères essentiels de la métaphysique, R. Guénon: Introduction aux doctrines hindoues
  3. Chap. X: La réalisation métaphysique, R. Guénon: Introduction aux doctrines hindoues
  4. a et b Chap. IV: Le Vêdânta occidentalisé, R. Guénon: Introduction aux doctrines hindoues
  1. Ce néologisme, emprunté à l'anglais, est forgé par Guénon afin de différencier la Théosophie telle que l'entendent les membres de la société fondée par Héléna Blavatsky des doctrines d'un Jacob Boehme, d'un Eckartshausen ou d'un Louis-Claude de Saint-Martin, qui, au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, revendiquaient déjà cette appellation : « L'organisation qui s'intitule actuellement « Société théosophique » [...] ne relève d'aucune école qui se rattache, même indirectement, à quelque doctrine de ce genre. », p. 8.
  2. Voir les chapitres XIII (« Le Théosophisme et les religions ») et XVIII (« Le Christianisme ésotérique ») du Théosophisme.
  1. Chap. IV: Terreurs chimériques et dangers réels, p. 112.
  2. Chap. III, Constitution et rôle de l'élite.
  1. Chap. III: Le centre vital de l'être humain, séjour de Brahma, p. 42.
  1. Chap. IV: Les trois fonctions suprêmes.
  2. a et b Chap. II: Royauté et pontificat
  3. Chap. XII: Quelques conclusions.
  • René Guénon La crise du monde moderne, 1927
  1. Chap. II: L'opposition de l'Orient et de l'Occident, « Dans l'état présent du monde, nous avons donc, d'un côté, toutes les civilisations qui sont demeurées fidèles à l'esprit traditionnel, et qui sont les civilisations orientales, et, de l'autre, une civilisation proprement antitraditionnelle, qui est la civilisation occidentale moderne. », R. Guénon: La crise du monde moderne, p. 44
  2. Chap. II: L'opposition de l'Orient et de l'Occident, R. Guénon: La crise du monde moderne
  3. Chapitre VI: Le chaos social, R. Guénon: La crise du monde moderne
  • René Guénon Autorité spirituelle et pouvoir temporel, 1929
  1. a, b et c Chap. V: Dépendance de la royauté à l'égard du sacerdoce, R. Guénon: Autorité spirituelle et pouvoir temporel
  2. a et b Chap. VIII: Paradis terrestre et Paradis céleste, R. Guénon: Autorité spirituelle et pouvoir temporel
  3. a, b, c et d Chap. VII: Les usurpations de la royauté et leurs conséquences, R. Guénon: Autorité spirituelle et pouvoir temporel
  4. Chap. IV: Nature respective des Brahmanes et des Kshatriyas, R. Guénon: Autorité spirituelle et pouvoir temporel
  5. Chap. III: Connaissance et action, R. Guénon: Autorité spirituelle et pouvoir temporel
  6. Chap. IX: La loi immuable, R. Guénon: Autorité spirituelle et pouvoir temporel
  • René Guénon La Métaphysique orientale, 1939
  1. Chap. V, p. 41.
  2. Chap. XIV, p. 101.
  1. Chap. XV: Entre l'équerre et le compas, p. 129.
  2. Chap. XXV: La cité des saules, p. 205.
  3. Chap. XXV: La cité des saules, p. 208.
  • René Guénon Symboles de la Science sacrée, 1962
  1. La lettre G et le swastika, publié dans les Études Traditionnelles en juillet-août 1950, R. Guénon: Symboles de la Science sacrée
  2. Le Sanglier et l'Ourse, publié dans les Études traditionnelles en août-septembre 1936, R. Guénon: Symboles de la Science sacrée
  3. Tradition et « Inconscient », publié dans les Études traditionnelles en juillet-août 1949, R. Guénon: Symboles de la Science sacrée
  4. a et b L'Omphalos, symbole du centre, publié dans Regnabit en mai 1926, R. Guénon: Symboles de la Science sacrée
  5. L'idée du Centre dans les traditions antiques, publié dans Regnabit en mai 1926, R. Guénon: Symboles de la Science sacrée
  6. La Terre du Soleil, publié dans les Études traditionnelles en janvier 1936.
  7. a, b et c Kâla-mukha, publié dans les Études Traditionnelles en mars-avril 1946, R. Guénon: Symboles de la Science sacrée
  1. À propos des constructeurs du Moyen Âge, publié dans le Voile d'Isis en novembre 1929, R. Guénon: Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 2
  2. a et b Un projet de Joseph de Maistre pour l'union entre les peuples, publié dans Vers l'Unité en mars 1927, R. Guénon: Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 2
  • René Guénon Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 2, 1964
  1. À propos des signes corporatifs et de leur sens originel, publié dans Regnabit en février 1926.
  1. a et b Sanâtana Dharma, publié dans les Cahiers du Sud, numéro spécial de 1949 : Approches de l’Inde.
  2. L'Esprit de l'Inde, publié dans les Études Traditionnelles en novembre 1937.
  3. Varna, publié dans le Voile d'Isis en novembre 1935.

Références aux principaux ouvrages sur l'œuvre de Guénon[modifier | modifier le code]

  • Xavier Accart René Guénon ou le renversement des clartés : Influence d'un métaphysicien sur la vie littéraire et intellectuelle française (1920-1970), 2005
  1. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 236
  2. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 61
  3. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 62
  4. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 59
  5. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 53
  6. X. Accart: Le renversement des clartés, lettre à Julius Evola du 25 Octobre 1927, p. 59
  7. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 60
  8. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 72
  9. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 75
  10. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 1069
  11. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 76
  12. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 63.
  13. a, b, c et d X. Accart: Le renversement des clartés, p. 64
  14. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 68
  15. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 73
  16. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 65
  17. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 87
  18. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 88
  19. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 91
  20. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 90
  21. a, b, c, d et e X. Accart: Le renversement des clartés, p. 92
  22. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 113
  23. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 114
  24. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 94
  25. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 273
  26. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 193
  27. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 118
  28. a, b, c et d X. Accart: Le renversement des clartés, p. 83
  29. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 78
  30. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 84
  31. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 85
  32. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 93
  33. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 100
  34. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 103
  35. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 124
  36. a, b, c et d X. Accart: Le renversement des clartés, p. 120
  37. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 274
  38. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 119
  39. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 121
  40. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 122
  41. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 246
  42. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 257
  43. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 247
  44. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 255
  45. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 476
  46. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 128
  47. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 143
  48. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 131
  49. a, b, c, d et e X. Accart: Le renversement des clartés, p. 144
  50. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 129
  51. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 145
  52. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 127
  53. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 133
  54. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 134
  55. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 135
  56. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 137
  57. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 138
  58. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 139
  59. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 141
  60. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 1084
  61. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 744
  62. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 146
  63. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 215
  64. a, b, c, d et e X. Accart: Le renversement des clartés, p. 194
  65. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 54
  66. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 204-205
  67. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 202
  68. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 196
  69. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 132
  70. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 210
  71. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 149
  72. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 150
  73. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 151
  74. Dans quelques numéros de 1925, il est ajouté comme sous-titre « Organe de la nouvelle droite », X. Accart: Le renversement des clartés, p. 150
  75. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 153
  76. a, b, c et d X. Accart: Le renversement des clartés, p. 158
  77. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 1105
  78. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 160
  79. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 161
  80. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 162
  81. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 163
  82. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 161-162
  83. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 164
  84. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 165
  85. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 168
  86. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 95
  87. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 212
  88. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 172
  89. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 173
  90. a, b et c X. Accart: Le renversement des clartés, p. 174
  91. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 183
  92. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 177
  93. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 180
  94. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 187
  95. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 186
  96. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 319
  97. a, b, c et d X. Accart: Le renversement des clartés, p. 320
  98. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 197
  99. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 1087
  100. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 1097
  101. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 220
  102. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 225
  103. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 226
  104. a et b X. Accart: Le renversement des clartés, p. 232
  105. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 233
  106. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 234
  107. X. Accart: Le renversement des clartés, p. 13
  1. p. 197.
  2. Jean Baylot, René Guénon et la Franc-maçonnerie, p. 121-122.
  3. a, b et c Jean Baylot, René Guénon et la Franc-maçonnerie, p. 122.
  4. a et b Jean Baylot, René Guénon et la Franc-maçonnerie, p. 124.
  5. a et b Jean-Pierre Laurant, p. 215.
  • David Bisson: René Guénon : une politique de l'esprit, 2013
  1. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 30
  2. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 57
  3. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 77-79
  4. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 35
  5. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 40
  6. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 45
  7. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 44
  8. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 54
  9. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 53
  10. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 50
  11. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 55
  12. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 252
  13. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 59
  14. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 70
  15. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 63
  16. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 219
  17. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 380-384
  18. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 256
  19. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 272
  20. Eliade cita très rarement Guénon: même si il disait adhérer à ses idées en privé, il déclara ne pas pouvoir l'exprimer ouvertement pour ne pas s'aliéner les milieux universitaires, hostiles à Guénon après guerre, D. Bison: Une politique de l'esprit, p. 276
  21. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 62
  22. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 168
  23. a, b, c, d et e D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 174
  24. a, b et c D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 64
  25. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 60
  26. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 75
  27. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 67
  28. a, b et c D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 131-132
  29. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 132
  30. a, b et c D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 116
  31. a, b et c D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 117
  32. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 118
  33. a, b et c D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 119
  34. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 120
  35. Cité par David Bisson, D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 120
  36. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 163
  37. a, b et c D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 164
  38. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 165
  39. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 166
  40. a, b et c D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 127
  41. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 379
  42. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 71
  43. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 140
  44. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 141
  45. a, b et c D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 124
  46. a et b D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 126
  47. D. Bisson: Une politique de l'esprit, p. 11
  • Paul Chacornac La Vie simple de René Guénon, 2000
  1. P. Chacornac: La vie simple, p. 26
  2. a et b P. Chacornac: La vie simple, p. 32
  3. a, b, c et d P. Chacornac: La vie simple, p. 40
  4. a et b P. Chacornac: La vie simple, p. 38
  5. a, b et c P. Chacornac: La vie simple, p. 39
  6. P. Chacornac: La vie simple, p. 95
  7. P. Chacornac: La vie simple, p. 41
  8. a et b P. Chacornac: La vie simple, p. 42
  9. a et b P. Chacornac: La vie simple, p. 43
  10. P. Chacornac: La vie simple, p. 37
  11. P. Chacornac note que lorsqu'il vint à Paris en 1890, il entra dans l'atelier du peintre Emile Bernard, et c'est alors qu'il prit son nom d'artiste Ivan Aguéli (son nom d'origine était John Gustaf Agelii). Chacornac et Laurant évoquent sa fréquentation des milieux anarchistes, ainsi que son intérêt d'alors pour la Société théosophique. Il fut arrêté pour avoir donné asile à un anarchiste recherché par la police, ce qui lui valut un emprisonnement à Mazas pendant plusieurs mois. Il mit à profit sa détention pour étudier l'arabe et l'hébreu, P. Chacornac: La vie simple, p. 43-44.
  12. P. Chacornac: La vie simple, p. 33
  13. P. Chacornac: La vie simple, p. 34
  14. a et b p. 35.
  15. P. Chacornac: La vie simple, p. 36
  16. P. Chacornac: La vie simple, p. 47
  17. a, b, c et d P. Chacornac: La vie simple, p. 52
  18. P. Chacornac: La vie simple, p. 53
  19. P. Chacornac: La vie simple, p. 51
  20. P. Chacornac: La vie simple, p. 59
  21. P. Chacornac: La vie simple, p. 66
  22. a, b, c et d P. Chacornac: La vie simple, p. 70
  23. P. Chacornac: La vie simple, p. 100
  24. a, b et c P. Chacornac: La vie simple, p. 71
  25. a et b P. Chacornac: La vie simple, p. 72
  26. P. Chacornac: La vie simple, Chap. VI et VII
  27. P. Chacornac: La vie simple, p. 85
  28. P. Chacornac: La vie simple, p. 84
  29. P. Chacornac: La vie simple, p. 76-77
  30. P. Chacornac: La vie simple, p. 81
  31. P. Chacornac: La vie simple, p. 87
  32. P. Chacornac: La vie simple, p. 88
  33. a et b P. Chacornac: La vie simple, p. 112
  34. a, b et c P. Chacornac: La vie simple, p. 94
  1. Cette correspondance a été étudiée en détail par Jean-Pierre Laurant, La correspondance René Guénon - Ananda K. Coomaraswamy, ou l'échange de bons procédés, p. 67-85.
  2. a et b Paolo Urizzi, Présence du Soufisme dans l'œuvre de René Guénon, p. 330-331.
  3. Paolo Urizzi, Présence du Soufisme dans l'œuvre de René Guénon, p. 333-340.
  4. Paolo Urizzi, Présence du Soufisme dans l'œuvre de René Guénon, p. 334.
  5. a et b Jean-Pierre Brach, Christianisme et Tradition primordiale dans les articles rédigés par René Guénon pour la revue catholique Regnabit, p. 307.
  6. a et b Jean-Pierre Brach, Christianisme et Tradition primordiale dans les articles rédigés par René Guénon pour la revue catholique Regnabit, p. 295.
  7. Jean-Pierre Brach, Christianisme et Tradition primordiale dans les articles rédigés par René Guénon pour la revue catholique Regnabit, p. 303.
  8. Jean-Pierre Brach, Christianisme et Tradition primordiale dans les articles rédigés par René Guénon pour la revue catholique Regnabit, p. 306-308.
  9. Jean-Pierre Brach, Christianisme et Tradition primordiale dans les articles rédigés par René Guénon pour la revue catholique Regnabit, p. 306.
  10. Jean-Pierre Brach, Christianisme et Tradition primordiale dans les articles rédigés par René Guénon pour la revue catholique Regnabit, p. 302.
  11. Patrick Laude, René Guénon: sources traditionnelles et contextes contemporains, p. 52.
  12. Jean-Pierre Brach, Christianisme et Tradition primordiale dans les articles rédigés par René Guénon pour la revue catholique Regnabit, p. 301.
  • David Gattegno: Guénon : qui suis-je?, 2001
  1. D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 38
  2. D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 37
  3. D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 35-36
  4. D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 36
  5. D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 51
  6. D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 56
  7. Jacques Maritain décrivit cette période et cette revue comme une « entente cordiale » entre les néo-thomistes (avec lui à leur tête) et l'Action française. Il considéra, rétrospectivement, cette stratégie comme ayant été une erreur, D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 59
  8. D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 53
  9. D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 80
  10. D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 82
  11. Lettre à Charbonneau-Lassay du 8 Juin 1928, D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 82
  12. L'expression est de Jacques Maritain, D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 59
  13. a et b D. Gattegno: René Guénon: qui suis-je?, p. 76
  1. p. 42.
  2. p. 63
  • Bruno Hapel, René Guénon et le Roi du Monde, 2001
  • Marie-France James, Ésotérisme et christianisme: Autour de René Guénon, 1981
  1. a, b, c, d et e M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 129
  2. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 127
  3. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 105
  4. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 123
  5. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 124
  6. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme
  7. a et b M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 138
  8. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 139
  9. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 145
  10. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 146
  11. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 147
  12. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 153
  13. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 159
  14. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 157
  15. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 140
  16. a et b M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 163
  17. a et b M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 164
  18. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 166
  19. a et b M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 165
  20. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 168
  21. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 170-175
  22. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 176
  23. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme
  24. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 192
  25. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 193
  26. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 194
  27. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 76
  28. a et b M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 199
  29. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 212
  30. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 218
  31. a et b M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 222
  32. a et b M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 223
  33. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 224
  34. M.-F. James: Ésotérisme et Christianisme, p. 285
  35. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 228
  36. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 235-243
  37. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 269
  38. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 227
  39. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 226
  40. M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 254-276
  41. M.-F. James: Ésotérisme et Christianisme, p. 283
  42. a, b et c M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 232
  43. a, b, c et d M.-F. James: Ésotérisme et christianisme, p. 233
  • Jean-Pierre Laurant, Le sens caché dans l'œuvre de René Guénon, 1975
  • « Cahiers de l'Herne » : René Guénon, 1985
  1. François Chenique, À propos des États multiples de l'être et des degrés du savoir, Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 243
  2. Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 19
  3. Jean Reyor, De quelques énigmes dans l'œuvre de René Guénon, Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 141-142
  4. Mircea Eliade, Occultisme, sorcellerie et modes culturelles, Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 240
  5. Jacques Maritain, Les Degrés du Savoir, 1932, cité par François Chenique, Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 246
  6. « L'Église « intégriste » ne veut pas entendre parler d'ésotérisme, et l'Église « moderniste » se moque éperdument de Guénon, de l'intégrisme, etc. », commente Jean Tourniac, Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 437
  7. C'est du moins ce que suppose François Chenique, qui l'a connu personnellement, La vie simple d'un prêtre guénonien : l'abbé Henri Stéphane », Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 417
  8. Frithjof Schuon, « Note sur René Guénon », Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 366
  9. Dans son article « Sciences et tradition », Michel Michel remarque à ce propos que, « retournant, avec verve, les reproches d'obscurantisme que l'esprit rationaliste faisait aux sciences traditionnelles, René Guénon dévoile au contraire le caractère « empirique » de la science profane », Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 48
  10. Mircea Eliade, Occultisme, Sorcellerie et Modes culturelles, Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 241
  11. Mircea Eliade, Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 240
  12. Pierre Alibert, « Albert Gleizes-René Guénon », Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 398
  13. Publié dans la NRF de juillet 1953, et cité par Eddy Batache, loc. cit., Cahiers de l'Herne: R. Guénon, p. 380
  • Jean-Pierre Laurant, René Guénon, les enjeux d'une lecture, 2006
  1. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 80-81
  2. a, b et c J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 86
  3. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 60
  4. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 98
  5. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 29
  6. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 100
  7. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 31
  8. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 89
  9. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 108
  10. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 90
  11. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 90-93
  12. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 91
  13. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 144
  14. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 67
  15. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 83
  16. a, b, c et d J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 84
  17. a, b et c J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 85
  18. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 78
  19. a, b, c et d J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 106
  20. a et b J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 110
  21. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 111
  22. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 105
  23. a, b, c, d et e J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 113
  24. a et b J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 112
  25. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 99
  26. a, b et c J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 107
  27. a et b J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 117
  28. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 118
  29. Lettre du 16 septembre 1916, cité par Jean-Pierre Laurant, J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 119
  30. a et b J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 109
  31. a et b J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 121
  32. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 134
  33. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 120
  34. « Très anticonformiste, elle avait été liée aux libre-penseurs et aux milieux socialistes révolutionnaires [...] C'est après 1889 seulement qu'elle se tourna vers le spiritualisme »,J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 123
  35. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 132
  36. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 133
  37. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 127
  38. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 154
  39. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 122
  40. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 179
  41. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 181
  42. a, b et c J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 180
  43. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 147
  44. a, b et c J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 213
  45. a et b J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 215
  46. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 219
  47. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 182
  48. a, b et c J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 183
  49. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 161
  50. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 184
  51. a, b et c J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 185
  52. a, b et c J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 158
  53. a et b J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 159
  54. a et b J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 160
  55. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 245
  56. a et b J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 246
  57. a, b et c J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 186
  58. Qui contient une bibliothèque de 4 000 volumes, J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 29
  59. Guénon voit derrière cette affaire une émanation de la « contre-initiation », J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 176-177
  60. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 287
  61. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 276
  62. « La tradition retrouvée dans le métier » est le titre d'un article que signe Guénon en janvier 1937 dans les Études traditionnelles pour soutenir l'entreprise de Gleizes de fonder une communauté d'artistes et d'artisans à Moly-Sabata, J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 259
  63. J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 259
  64. Chaque fois que l'aube paraît, p. 32. Il est à noter que si Daumal aimait « Guénon et ses vitupérations », il n'en allait pas de même avec ceux qu'il nommait les « guénonistes », expliquant que ceux qu'il avait pu connaitre « étaient des fanatiques intolérants et, en général, assez étroits d'esprit » (lettre à Geneviève Lief du 16/09/1942), J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 325
  1. Chap. I, La Tradition primordiale.
  1. p. 64.
  2. p. 67.
  3. Jean Robin parle d'un passage de l'initiation virtuelle à l'initiation effective immédiate p. 305. Il cite l'article de Guénon Sagesse innée et Sagesse acquise de Janvier-Février 1949 où il décrit ce type exceptionnel de situation.
  4. p. 19.
  5. p. 270.
  6. p. 269.
  1. p. 9.
  2. a et b p. 10.
  1. p. 28.
  1. a, b, c et d p. 166
  2. a, b et c p. 168.
  3. p. 164.
  1. p. 111-134
  • Jean-Marc Vivenza, Le Dictionnaire de René Guénon, 2002
  • Jean-Marc Vivenza, La Métaphysique de René Guénon, 2004

Autres références et notes[modifier | modifier le code]

  1. Guénon lui-même refusait « une étiquette occidentale quelconque, car il n'en est aucune qui [lui] convienne » (La crise du monde moderne, ch. X) -, il est pourtant souvent classé par les ouvrages spécialisés comme « philosophe » ou « philosophe traditionnel », « penseur », « essayiste », « orientaliste »... S'il est parfois décrit comme « métaphysicien », c'est dans une acception particulière qui ne s'accorde pas avec la définition classique ; il est ainsi régulièrement qualifié d'« inclassable » à l'instar de ce que fait l'historien des religions Philippe Faure dans la présentation de l'ouvrage de synthèse qu'il dirige en 2015 : Philippe Faure (dir.), René Guénon : L'appel de la sagesse primordiale, Cerf, coll. « Alpha »,
  2. René Guénon, Le Symbolisme de la croix, « Avant-propos ».
  3. René Guénon, L'Homme et son devenir selon le Vêdânta, avant-propos, p. 8.
  4. Ibid.(c'est-à-dire sans les "vulgariser"), p. 7 et René Guénon, Le Symbolisme de la croix, op. cit., « Avant-propos ».
  5. Selon Ch.-A. Gilis : « Toute l’œuvre de Guénon a pour but de faire prendre conscience à ses lecteurs de la réalité et des exigences de la Tradition. Il n’a revendiqué pour lui-même que la fonction d’interprète et de porte-parole. Jamais il n’a entendu substituer son enseignement à celui des formes providentiellement instituées par la Sagesse divine » (Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, Paris Éditions de l'Œuvre, 1986).
  6. « [...] les individualités [...] ne comptent pas dans l'ordre des choses dont nous nous occupons [...] » (René Guénon, Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage, tome I, p. 182.)
  7. « En effet, l'intuition intellectuelle n'est-elle pas ce qui constitue proprement et essentiellement la métaphysique ? Sans cela, celle-ci ne pourrait pas être « supra-rationnelle » comme elle doit l'être ; ne pas lui reconnaître ce caractère équivaut pour moi à nier la métaphysique [...] », Lettre à Noëlle Maurice-Denis Boulet, et « [...] c'est seulement dans cette expression rationnelle ou discursive que l'erreur risque de s'introduire, l'intuition n'en étant pas susceptible en raison de son caractère direct et immédiat. », ibid
  8. René Guénon écrivait, en 1924, dans La crise du monde moderne (p. 31, édition de 1973) : « Dans l'état présent du monde, nous avons donc, d'un côté, toutes les civilisations qui sont demeurées fidèles à l'esprit traditionnel, et qui sont les civilisations orientales, et, de l'autre, une civilisation proprement antitraditionnelle, qui est la civilisation occidentale moderne. »
  9. Ibid. chapitre 2, page 47.
  10. Dans son L'ésotérisme. Qu'est-ce que l'ésotérisme ? (Éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1990), Pierre A. Riffard, dont le regard qu'il porte sur l'œuvre de Guénon est pourtant critique, écrit néanmoins : « Au XXe siècle, l'ésotérisme, d'une façon ou d'une autre, renvoie à Guénon. Il y a l'avant et l'après Guénon. Il y a les pro- et les anti-Guénon » (p. 842).
  11. Famille qui recevra de Louis XIV un titre, et dont le nom complet est Guénon de La Saulaye en vertu d'un édit de 1696 dont une attestation fut transmise à la famille Guénon en 1913. Voir Muhammad Vâlsan, « R. G. de La Saulaye », Science sacrée, numéro spécial, juin 2003,p. 11-13
  12. René Guénon écrira plus tard, dans son article sur Martines de Pasqually (reproduit dans le volume 2 des Études sur la Franc-maçonnerie et le Compagnonnage) que la prétendue filiation revendiquée par les martinistes papusiens avec l'ordre des Chevaliers des Élus-Coëns, créé au XVIIIe siècle, est imaginaire et sans fondement. De même Paul Chacornac écrit, à propos de la régularité de la transmission revendiquée par l'Ordre Martiniste : « Nous savons maintenant qu'il n'y avait rien de tel dans cet ordre » (op. cit., p. 31).
  13. Richard Raczynski, Un dictionnaire du Martinisme, Paris, Dualpha éd., 2009, p. 300.
  14. D. Gattegno, op. cit. p. 24.
  15. Chapitre : La pseudo-initiation.
  16. op. cit. p. 7.
  17. Op. cit. p. 10.
  18. Paul Chacornac (l'un des biographes de René Guénon) signale la forte personnalité de Leclère et Jean-Pierre Laurant, qui fut chargé de conférences à l'École pratique des hautes études est l'auteur de plusieurs études sur Guénon dont Le sens caché selon René Guénon, René Guénon, les enjeux d'une lecture, ainsi que des repères biographiques et bibliographiques publiés dans le Cahier de l'Herne consacré à Guénon, voit en Leclère une figure qui marqua Guénon intellectuellement : voir op. cit., p. 38-46, où Laurant affirme que l'on « trouve dans les écrits du philosophe certains thèmes fondamentaux de la pensée que son élève développa par la suite, joints à un réel « air de famille » dans la manière d'argumenter » (p. 39). Cette affirmation est contestée par d'autres auteurs. Ainsi David Gattegno (D. Gattegno, René Guénon, Pardès, p. 14, (ISBN 2-86714-238-5) et ISSN 1624-1568) écrit qu'il « […] n'y a rien sur quoi tabler pour établir le degré d'influence de » Leclère (ibid. p. 14.), et il reproduit également une citation de René Alleau qui précise que, par la connaissance de « ce point de départ » (la pensée de Leclère) on est davantage capable « d'admirer la disproportion entre les sources et le point d'arrivée ». D. Gattegno ajoute : « […] cette excellente formule vaut pour tout l'ensemble des sources objectives de René Guénon », op. cit., p. 14.
  19. René Guénon écrit, dans l’introduction à son ouvrage Le règne de la quantité et les signes des temps la manière dont il considère les circonstances de la vie relativement à ses projets d’ouvrages.
  20. D. Gattegno, op. cit. p. 15.
  21. Autrement dit, « dans des conditions assez banales pour les occultistes » (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 68).
  22. Charles-André Gilis, Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon, Éditions traditionnelles, ch. VI, p. 59.
  23. Sur cette curieuse affaire, c.f. D. Roman, Maçonnerie templière, Maçonnerie jacobite et Maçonnerie écossaise, in René Guénon et les destins de la Franc-maçonnerie, p. 96-97, Éditions Traditionnelles, (ISBN 2-7138-0146-X).
  24. Les Anglo-Saxons emploient les mots de « irregular » masonry ou « fringe » masonry. Le Rite Cerneau est qualifié par D. Roman de « falsification [...] à l'origine de ce qu'il y a de plus « sinistre » dans la Maçonnerie irrégulière ».
  25. Sur Teder, voir Marie-France James, Ésotérisme, occultisme, franc-maçonnerie et christianisme aux XIXe siècle et XXe siècle.
  26. D. Gattegno, op. cit. p. 31.
  27. Denis Andro, « "Fouriérisme et spiritualisme. Les "gnostiques" dans La Rénovation en 1910" », Cahiers Charles Fourier n°25, 2014.,‎ .
  28. La seule évolution notable dans l'œuvre de Guénon concernera la question de l'orthodoxie du Bouddhisme.
  29. René Guénon, « À propos d'une mission dans l'Asie centrale », La Gnose, janvier 1910, repris dans Mélanges, p. 212.
  30. Jean Reyor, Quelques souvenirs sur René Guénon et les Études traditionnelles, « Dossier confidentiel inédit », p. 16.
  31. Guénon ne pratiquera les rites religieux musulmans qu'à partir de 1930.
  32. Jean Reyor, Quelques souvenirs sur René Guénon et les Études traditionnelles, « Dossier confidentiel inédit », p. 12.
  33. Jean Reyor, Quelques souvenirs sur René Guénon et les Études traditionnelles, « Dossier confidentiel inédit », p. 12-13.
  34. De plus, Noëlle Maurice-Denis rajoute que, de plus, il ne pratiquait plus « l'usage d'opium et du haschich comme aide à la contemplation », usage appris par ses amis de la période La Gnose.
  35. En 1926, le pape Pie XI classa certains écrits de Maurras dans la catégorie des « Livres Interdits ».
  36. Ce qui explique que ce soit le seul livre où Guénon utilise les méthodes « historico-critiques » et ne fait aucun développement doctrinal.
  37. Jean Reyor, Quelques souvenirs sur René Guénon et les Études traditionnelles, « Dossier confidentiel inédit », p. 13.
  38. Jean Reyor, Quelques souvenirs sur René Guénon et les Études traditionnelles, « Dossier confidentiel inédit », p. 5.
  39. Avec laquelle il a quatre enfants : Khadija (née en 1944), Leila (1947), Ahmed (1949), enfin Abdel Wahid, fils posthume né en mai 1951.
  40. Guénon a eu, au cours de sa vie, plus de trois cents correspondants réguliers (Jean-Pierre Laurant, op. cit., J.-P. Laurant: Les enjeux d'une lecture, p. 27
  41. Que Pierre A. Riffard surnomme le « souffre-douleur de René Guénon » (L'ésotérisme. Q'est-ce que l'ésotérisme ?, p. 215.).
  42. Collection d'ailleurs dirigée par un « fidèle » de Guénon : Luc Benoist (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 192). Le premier livre de Guénon à être publié aux éditions Gallimard est Le Règne de la Quantité et les signes des temps, en 1945.
  43. Dans son livre Mark J. Sedgwick, Contre le monde moderne, Paris, Dervy, , 396 p. (ISBN 978-2-84454-563-3), p. 111, 112 rapporte des contestations sur ce point, qui sont cependant mises en doute par W. E. Poindexter (Studies in Comparative Religion, web edition, 2009). En outre, R. Guénon, qui était en correspondance épistolaire avec Schuon à cette époque, n'a pas remis en cause la validité de l'initiation reçue par Schuon.
  44. voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 205.
  45. Article intitulé « Mystères christiques » (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 217).
  46. Cette rupture doctrinale n'empêcha pas la poursuite d'une correspondance cordiale entre les deux hommes (voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 278).
  47. Ce culte de l'action qui conduit Evola à se rapprocher du fascisme italien, puis du National-Socialisme.
  48. En 1929 déjà, Guénon avait évoqué la supériorité de la contemplation sur l'action dans son ouvrage Autorité spirituelle et pouvoir temporel, qui avait marqué la fin d'un rapprochement esquissé avec l'Action Française de Charles Maurras.
  49. Voir Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 288. Les articles publiés dans le Figaro et dans Combat sont reproduits sur le site soufisme.org.
  50. Les Études traditionnelles ont cessé de paraitre en 1992.
  51. En 2005, on comptait déjà huit cent cinquante titres de livres, articles ou comptes rendus consacrés à Guénon (Xavier Accart, Guénon ou le renversement des clartés..., cité par Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 331). En France, l'ensemble de ses ouvrages a fait l'objet d'au moins trois ou quatre rééditions (Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 327).
  52. C'est la réponse qu'il fit à Jean-Pierre Laurant qui lui présentait un projet de travail sur René Guénon (cité par Jean-Pierre Laurant, op. cit., p. 311.
  53. Ch.-A. Gilis loc. cit. p. 21.
  54. Ainsi Luc Benoist écrira, à propos d’un article de J.-P. Laurant consacré à Guénon dans la Revue d'histoire des religions, qui fut repris dans « Le Sens caché » : « On peut regretter [que Jean-Pierre Laurant] ait […] emprunté ses moyens d’approche à la plus dérisoire des écoles de critique historique, celle de Taine, aussi officielle que fausse, et heureusement en défaveur, qui cherche dans la vie d’un écrivain l’inspiration de son œuvre, alors que l’œuvre est souvent le complément, la réaction inversée, la revanche contre la vie. […] D’ailleurs rien ne saurait être plus contraire à la position de Guénon lui- même, vis-à-vis de son œuvre, que le rapprochement de cette dernière avec sa vie, alors qu’il avait volontairement protégé cette œuvre de toute compromission terrestre. […] La dialectique de M. Laurant basée sur les preuves écrites a l’air d’ignorer que le papier supporte l’erreur comme la vérité, et surtout est aussi lacunaire que la chance et le hasard. »
  55. Sous-titré Jalons pour un accord doctrinal entre l'Église et le Védânta, Paris, Dervy-Livres, 1982, préfacé par Jean Tourniac.
  56. Notice complète : abbé Henri Stéphane, Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, Paris, Dervy-Livres, 1979 et 1983.
  57. François Chenique, « La vie simple d'un prêtre guénonien : l'abbé Henri Stéphane », loc. cit., p. 418.
  58. Études traditionnelles, numéro spécial René Guénon, 1951, p. 256.
  59. Schuon affirme même qu'il s'agit d'une « supposition exclue que Guénon lui-même a déjà rejetée par avance », dans Études traditionnelles, numéro spécial René Guénon, 1951, p. 256.
  60. Ces critiques sont développées dans l'article intitulé justement « Quelques critiques » paru dans le « Dossier H » consacré à René Guénon (1984).
  61. C'est à ce dernier point que répond l'article de René Guenon intitulé « Christianisme et initiation », (Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, chap. II).
  62. Frithjof Schuon, « Note sur René Guénon », loc. cit., p. 367.
  63. voir par exemple « Ésotérisme et université » par Antoine Faivre, ou Mark Sedgwick, Against the Modern World: Traditionalism and the Secret Intellectual History of the Twentieth Century - Michael Fitzgerald qui a fortement critiqué ce livre [1] place aussi Guénon parmi les auteurs importants de l'école pérennialiste [2]
  64. c.f. Le Règne de la quantité, chapitre « Tradition et traditionalisme ».
  65. c.f. K. H. Oldmeadow, « The Comparative Study of Eastern and Western Metaphysics: A Perennialist Perspective », R. Fabbri, « The perennialist school »
  66. Voir La crise du monde moderne, p. 89 (édition « Folio Essais »).
  67. « La science moderne, procédant d'une limitation arbitraire de la connaissance à un certain ordre particulier, et qui plus est le plus inférieur de tous, celui de la réalité matérielle ou sensible, a perdu, du fait de cette limitation et des conséquences qu'elle entraîne immédiatement, toute valeur intellectuelle, du moins si l'on donne à l'intellectualité la plénitude de son vrai sens [...] » (La Crise du monde moderne, p. 99 (édition « Folio Essais »).
  68. Umberto Eco, Les Limites de l'interprétation, Grasset, Paris, 1992, p. 118.
  69. Umberto Eco, op. cit., p. 122.
  70. Umberto Eco, « Préface » à l'édition de 1990 de Histoire des Rose-Croix et les origines de la franc-maçonnerie de Paul Arnold
  71. Patrick Geay, Hermès trahi. Impostures philosophiques et néospiritualistes selon l'œuvre de René Guénon, Dervy, Paris, 1996.
  72. Lettre à Pierre Pulby du 17/07/1948, citée par Jean-Pierre Laurant, René Guénon, les enjeux d'une lecture, p. 260-261.
  73. L'influence de Guénon sur les milieux littéraires a été étudiée en détail par Xavier Accart, dans sa thèse publiée sous le titre : Guénon ou le renversement des lumières, influence d'un métaphysicien sur la vie littéraire et intellectuelle française (1920-1970), Paris, Edidit, 2005.
  74. Voir Albert Gleizes, La Signification humaine du cubisme (1939) et le compte rendu qu'en fit Guénon dans les Études traditionnelles (repris dans le recueil Comptes rendus, p. 30-31).
  75. Mentionné par Eddy Batache, « René Guénon et le surréalisme », p. 379.
  76. Symboles fondamentaux de la science sacrée, p. 366, cité par Eddy Batache, loc. cit., p. 385.
  77. Études sur la Franc-maçonnerie et le compagnonnage, T.I, p. 188, cité par Eddy Batache, loc. cit., p. 390.
  78. Texte d'une conférence donnée en Sorbonne le 10 décembre 1931 et publié dans la NRF deux mois plus tard, recueilli à partir de 1964 dans le recueil Le Théâtre et son double.
  79. Le point de vue qui fait voir en la métaphysique une idée « inhumaine », « inefficace et morte » « tient, comme dit René Guénon, à notre façon purement occidentale, à notre façon antipoétique et tronquée de considérer les principes (en dehors de l'éat spirituel énergique et massif qui leur correspond) » (Antonin Artaud, « La Mise en scène et la métaphysique », dans Le théâtre et son double, Gallimard, « Folio Essais », p. 66). La phrase citée, sans référence, est apocryphe, et Guénon se montrera surpris de se la voir attribuer, même s'il n'en désapprouve pas l'idée. « Pour autant que nous la comprenons », ajoute-t-il toutefois prudemment (appendice au Théosophisme..., p. 450).
  80. « Comptes rendus d'articles de revue », mai 1932, recueillis en appendice au Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion, p. 449-450.
  81. Ainsi qu'il est écrit dans le Théâtre et son double (Gallimard, « Folio Essais », p. 236, note 5 ; ou s'agit-il d'une note de Paule Thévenin ?).
  82. « Je suis venu au Mexique pour fuir la civilisation européenne... », écrit-il dans un texte de 1936, recueilli dans Messages révolutionnaires, Gallimard, « Folio Essais », Paris, 1971, p. 139.
  83. Antonin Artaud, « Le théâtre et les dieux », conférence prononcée le 29 février 1936 à Mexico, recueilli dans Messages révolutionnaires, p. 48.
  84. Selon Daumal, une civilisation traditionnelle est une civilisation dans laquelle « l'ordre du monde, l'ordre des institutions et l'ordre de la vie humaine sont soumis à une idée centrale qui a forme et force, tous les savoirs et toutes les techniques concourent cet ordre, selon une hiérarchie de sciences sacrées et d'arts sacrés (le « sacré » étant défini par là même) », citation tirée de « Dictionnaires et encyclopédies » (1936), recueilli dans Chaque fois que l'aube paraît. Essais et notes, t. I, Paris, Gallimrard, 1953, p. 165.
  85. Repris dans le recueil Chaque fois que l'aube paraît, p. 31-33.
  86. Ces deux citations sont extraites de Chaque fois que l'aube paraît, p. 31.
  87. a, b et c Chaque fois que l'aube paraît, p. 32.
  88. Ainsi qu'il le note dans son Journal le 5 décembre 1921 (cité par Michel Lécureur, Raymond Queneau, biographie, Les belles Lettres/Archimbaud, Paris, 2002, p. 59.
  89. Qu'il lit et relit : cinq fois entre 1922 et 1927 pour l'Introduction générale..., L'Erreur spirite, Le Théosophisme..., trois fois pour Orient et Occident, etc. (voir Michel Lécureur, op. cit., p. 58).
  90. « Il y a deux hommes dont je devrais chercher à faire la connaissance : René Guénon et Picasso » (Journal du 2 janvier 1927, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 93).
  91. Michel Lécureur, op. cit., p. 176.
  92. Le Petit traité des vertus démocratiques, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 175.
  93. Raymond Queneau, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 183.
  94. Qui est, sinon à « compléter, du moins [à] comprendre », et que de toute façon, on ne peut, en tant que « profane », qu'« assimiler rationnellement » (Queneau, cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 228.
  95. Voir, selon Michel Lécureur (op. cit., p. 430) les articles de mathématiques réunis dans Bords (1963).
  96. Michel Lécureur, op. cit., p. 513.
  97. Cité par Michel Lécureur, op. cit., p. 60.
  98. Ackerman, monographie sous la direction d'André Parinaud et Simone Ackerman, Éditions Mayer, 1987.

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