Hossein Nasr

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Hossein Nasr
سید حسین نصر
Hossein nasr.jpg
Hossein Nasr au MIT en 2007.
Naissance
(86 ans)
TéhéranVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
École/tradition
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Seyyed Hossein Nasr (en perso-arabe : سید حسین نصر), né le 7 avril 1933 à Téhéran, est un philosophe iranien, professeur d'études islamiques à l'université George Washington. Son œuvre écrite et ses conférences embrassent la philosophie, la religion, la spiritualité, la science, l'art, l'architecture, la littérature, l'environnement, ainsi que le dialogue inter-culturel.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Hossein Nasr naît en 1933 à Téhéran de parents originaires de Kashan. Son père, Seyyed Valiallah Kahn Nasr, médecin au service de la famille royale, philosophe et homme de lettres, est un des promoteurs de l'éducation moderne en Iran. Sa mère est versée dans la littérature et la poésie persanes. Il descend de Sheikh Fazlollâh Nuri par sa mère et il est cousin du philosophe Ramin Jahanbegloo[1],[2].

Le patronyme « Nasr », qui signifie « victoire », a été conféré à son grand-père par le shah[3]. Le titre « Seyyed » désigne un descendant du prophète Mahomet[1].

Études[modifier | modifier le code]

Hossein Nasr étudie à la Firuz Bahram High School de Téhéran[4] avant d'être envoyé aux États-Unis à l'âge de treize ans, où il est scolarisé à la Peddie School de Hightstown dans le New Jersey. Diplômé en 1950, il est premier de sa classe (valedictorian) et lauréat du Wyclifte Award, attribué chaque année au meilleur élève de l’école[5]. Espérant que l’étude de la physique le mènera à comprendre la nature ultime du monde, il demande une bourse au Massachusetts Institute of Technology de Boston, qui lui est accordée. Lorsqu’il réalise que cette science ne peut apporter les réponses à ses questionnements, il s’inscrit, en parallèle, aux cours de métaphysique et de philosophie de Giorgio de Santillana. Celui-ci l’introduit à l’œuvre de René Guénon, avant qu'il ne découvre les travaux d'autres métaphysiciens pérennialistes comme Ananda Coomaraswamy, Frithjof Schuon, Titus Burckhardt, Martin Lings et Marco Pallis. Il se rallie à leur pensée[5].

En 1954, détenteur d'un Bachelor du MIT, Nasr s’inscrit à l'université Harvard en géologie et géophysique et obtient un Master of Arts en 1956. Toujours à Harvard, il s’oriente alors vers l'histoire des sciences et les sciences de l'éducation en vue d'un doctorat, qu'il obtient à l'âge de 25 ans[6]. Sa thèse, dirigée par I. Bernard Cohen, Hamilton Gibb et Harry Wolfson, s'intitule Conceptions of Nature in Islamic Thought (« Conceptions de la nature dans la pensée islamique ») ; elle sera publiée en 1964 sous le titre An Introduction to Islamic Cosmological Doctrines[3].

C’est pendant ses dernières années universitaires qu'il rend visite à Schuon et à Burckhardt en Suisse et adhère à l’ordre soufi alawi, une branche de la Chadhiliyya[7]. Il considère que l’œuvre de Schuon, par l’importance centrale accordée à la pratique spirituelle parallèlement à la connaissance doctrinale, a forgé de façon déterminante sa vie intellectuelle et spirituelle[3].

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1958, l’année de son doctorat, le Massachusetts Institute of Technology lui offre un poste de professeur adjoint mais Nasr décide de rentrer en Iran. La même année, l’université de Téhéran l’engage comme professeur agrégé de philosophie et d’histoire des sciences[8].

Il se marie et fonde une famille[7]. Son fils Vali Nasr deviendra conseiller auprès du gouvernement américain en tant qu'expert du monde islamique.

A 30 ans, Hossein Nasr est nommé professeur titulaire, le plus jeune de l’histoire de l’université de Téhéran[6],[7]. Il écrit abondamment sur la religion islamique, sa science et sa civilisation, sur le soufisme, la philosophie moderne confrontée à la sagesse pérenne, la crise environnementale, Sadr al-Din Shirazi, Avicenne, Sohrawardi, Ibn Arabi, Al-Biruni, etc[9]. Cinq ans plus tard il est nommé doyen de la Faculté des Lettres, puis vice-président de l’université. En 1972, le shah le choisit comme président de la Sharif University of Technology, la réponse iranienne au MIT américain[6],[7].

En 1974, à la demande de l’impératrice Farah Pahlavi, Nasr fonde l'Académie Impériale Iranienne de Philosophie, qui devient rapidement un des plus importants foyers intellectuels du monde musulman[6]. Professeur de philosophie à l’université de Téhéran, recteur de la Sharif University et président de l’Académie de Philosophie : à ces fonctions s’ajoute, dès 1978, celle de directeur du cabinet de l’impératrice[10].

Un an plus tard, la révolution met fin à la dynastie Pahlavi et Nasr, qui est en voyage à Londres avec sa famille, ne peut rentrer au pays. Il perd tout, y compris ses manuscrits et sa bibliothèque[10]. La famille s’installe à Boston[11]. De 1979 à 1984, Nasr est professeur des Études islamiques à l’université Temple de Philadelphie[12].

Durant l’année académique 1980-1981, il donne une série de conférences dans le cadre des Gifford Lectures à l'université d'Édimbourg, qu’il publie sous le titre de Knowledge and the Sacred (« La connaissance et le sacré »)[6],[10].

En 1984, il intègre l’université George-Washington à Washington D.C. comme professeur des Études islamiques, poste qu’il occupe encore à ce jour[13]. Auteur d’une cinquantaine d’ouvrages et de plus de cinq-cents articles étayés par les principes de la philosophia perennis [14], Hossein Nasr est régulièrement invité à donner des conférences dans des institutions et des universités des cinq continents sur les grands thèmes qui ont fait sa renommée[15] : islam, philosophie, métaphysique, cosmologie, anthropologie, spiritualité, religions, science, écologie, littérature, art, etc[14].

Prix et distinctions[modifier | modifier le code]

  • 1950 : Wyclifte Award (décerné chaque année au meilleur élève diplômé de la Peddie School, New Jersey)[5].
  • 1977 : docteur honoris causa de la faculté de théologie de l'université d'Uppsala en Suède[16].
  • 1980 : premier musulman invité comme conférencier aux Gifford Lectures d’Édimbourg[6].
  • 1997 : Templeton Religion and Science Award (décerné au meilleur cours universitaire des Etats-Unis sur les rapports entre la religion et la science)[17].

Publications[modifier | modifier le code]

en anglais[modifier | modifier le code]

  • In Search of the Sacred, avec Ramin Jahanbegloo
  • Islam in the Modern World
  • Islam and the Plight of Modern Man
  • Ideals and Realities of Islam
  • An Introduction to Islamic Cosmological Doctrines
  • Knowledge and the Sacred
  • Islamic Life and Thought
  • Islamic Art and Spirituality
  • Sufi Essays
  • Sadr al-Din Shirazi and His Transcendent Theosophy, 2e édition
  • A Young Muslim's Guide to the Modern World
  • The Need for a Sacred Science
  • Traditional Islam in the Modern World
  • Man and Nature: The Spiritual Crisis in Modern Man
  • The Islamic Intellectual Tradition in Persia, édité par Mehdi Aminrazavi
  • The Garden of Truth: The Vision and Promise of Sufism, Islam's Mystical Tradition
  • Three Muslim Sages
  • Science and Civilization in Islam
  • Islamic Science: An Illustrated Study
  • Religion and the Order of Nature
  • Muhammad: Man of God
  • Islamic Studies: Essays on Law and Society, the Sciences, and Philosophy and Sufism
  • The Heart of Islam: Enduring Values for Humanity
  • Islamic Philosophy from its Origin to the Present: Philosophy in the Land of Prophecy
  • Poems of the Way
  • The Pilgrimage of Life and the Wisdom of Rumi
  • Islam: Religion, History, and Civilization
  • Islam, Science, Muslims, and Technology: Seyyed Hossein Nasr in Conversation with Muzaffar Iqbal
  • The Essential Seyyed Hossein Nasr, édité par William Chittick
  • 21 articles, « divers », dans Studies in Comparative Religion, Londres, 1968-1984 (lire en ligne).

en français[modifier | modifier le code]

  • L'homme face à la nature : la crise spirituelle de l'homme moderne [« The Encounter of Man and Nature: The Spiritual Crisis of Modern Man »], Buchet-Chastel, (ISBN 9782702015179).
  • Essais sur le soufisme [« Sufi Essays »], Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », , 256 p. (ISBN 9782226008947)
  • Islam, perspectives et réalités [« Ideals and Realities of Islam »], Buchet/Chastel, , 222 p. (ISBN 978-2702013816)
  • L'islam traditionnel face au monde moderne [« Traditional Islam in the Modern World »], L'Âge d'Homme, coll. « Delphica », , 255 p. (ISBN 978-2825103760)
  • Sciences et savoir en islam, Sindbad, , 352 p. (ISBN 9782727400394)
  • La connaissance et le sacré [« Knowledge and the Sacred »], L'Âge d'Homme, coll. « Delphica », , 350 p. (ISBN 9782825110591).
  • La religion et l'ordre de la nature [« Religion and the Order of Nature »], Entrelacs, , 432 p. (ISBN 978-2908606157)
  • Le jardin de la vérité : la perspective du soufisme, tradition spirituelle de l'islam [« The Garden of Truth: The Vision and Promise of Sufism, Islam's Mystical Tradition »], Tasnîm, , 300 p. (ISBN 9791091300193)

Sources et bibliographie[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Chittick 2007, p. ix.
  2. Jahanbegloo 2010, p. 1.
  3. a b et c The Seyyed Hossein Nasr Foundation 1999.
  4. Interview avec Ramin Jahanbegloo: Dar Jostejooye Amr e Qodsi (ISBN 964-312-848-2) p. 229.
  5. a b et c Chittick, The Essential Seyyed Hossein Nasr 2007, p. x.
  6. a b c d e et f The Gifford Lectures 1981.
  7. a b c et d Chittick 2007, p. xi.
  8. Harry Oldmeadow, Vers l'Orient !, Hozhoni, , 662 p. (ISBN 9782372410076), p. 281.
  9. Giovanni Monastra, « Un grande studioso islamico: Seyyed Hossein Nasr », sur EstOvest Prospettive, (consulté le 16 mars 2019).
  10. a b et c Chittick 2007, p. xii.
  11. Jahanbegloo 2010, p. 137.
  12. Jahanbegloo 2010, p. 71.
  13. Colin 2006.
  14. a et b Chittick 2007, p. xiv.
  15. Harry Oldmeadow, Frithjof Schuon and the Perennial Philosophy, World Wisdom, , 348 p. (ISBN 9781935493099), p. 40.
  16. « Honorary doctorates - Uppsala University, Sweden », sur www.uu.se
  17. « University Professor Seyyed Hossein Nasr wins Award for best course in America in Science and Religion », sur The George Washington University, (consulté le 14 mars 2019).

Liens externes[modifier | modifier le code]