Hippolyte Taine

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Hippolyte Taine
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Hippolyte Taine avec son chat.

Naissance
Vouziers
Décès (à 64 ans)
Paris
Activité principale
professeur de philosophie
Auteur
Langue d’écriture français
Mouvement positivisme
Genres
essai historique

Œuvres principales

  • Voyage aux Pyrénées (1855-60)
  • Essais de critique et d’histoire (1858)
  • Histoire de la littérature anglaise (1864)
  • Nouveaux essais de critique et d’histoire: Balzac (1865)
  • Voyage en Italie (1866)
  • De l’intelligence (1870)

Hippolyte Adolphe Taine, né à Vouziers le et mort à Paris le , est un philosophe et historien français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans une famille drapière des Ardennes plutôt prospère, son père, avocat, son oncle et son grand père l'encouragent à une lecture éclectique et lui offrent des enseignements artistiques et musicaux.

Cependant, à 13 ans il perd son père et il est envoyé, en 1841, en pension à Paris, dans l'institut Mathé, situé dans le quartier des Batignolles. Il suivra des études brillantes, qu'il poursuit au lycée Bourbon (dénommé aujourd'hui lycée Condorcet) où, en 1847, il passe deux baccalauréats (sciences et philosophie) et reçoit le prix d'honneur du concours général[1]. Il est reçu premier au concours d'entrée de la section lettre de l'École normale supérieure, qu'il intègre en novembre 1848. Parmi les 24 élèves de la section lettre, il est le condisciple de Francisque Sarcey (qui, dans ses Souvenirs de jeunesse dépeindra le jeune Hippolyte dans le campus de la rue d'Ulm) et d'Edmond About. Mais son attitude — il a une réputation de forte tête[réf. nécessaire] — et sa liberté vis-à-vis des idées philosophiques alors en cours — représentées par Victor Cousin — le font échouer à l'agrégation de philosophie en 1851. Il choisit alors la Province et enseigne en collège (à Nevers et à Poitiers) tout en continuant sa formation personnelle. Ainsi, en 1853, il présente une thèse sur les Fables de La Fontaine (qui sera publiée, remaniée en 1861).

Taine adopte les idées positivistes et scientistes qui émergent à cette époque.

Après avoir présenté son doctorat, il est muté d'office à Besançon et refuse cette affectation. Il s'installe d'abord à Paris, où il s'inscrit à l'école de médecine puis part suivre une cure médicale, dans les Pyrénées, en 1855, au terme de laquelle il rédigera son célèbre Voyage aux Pyrénées. Il écrit ensuite de nombreux articles philosophiques, littéraires et historiques pour deux grands journaux de l'époque, la Revue des deux Mondes et le Journal des débats.

Il se fait alors mettre en congé et part six semaines en Angleterre. Il publie en 1863 son Histoire de la littérature anglaise en cinq volumes. L'immense succès de son œuvre lui permet, non seulement de vivre de sa plume mais aussi d'être nommé ensuite professeur aux Beaux-Arts et à Saint-Cyr. Il enseigne même à Oxford (1871) et il est élu membre de l'Académie française en 1878.

Hippolyte Taine par Léon Bonnat

Taine s'intéresse à de nombreux domaines notamment à l'art, à la littérature mais surtout à l'histoire dans laquelle son esprit lucide, quoique parfois dogmatique, trouve un thème d'élection. Profondément ébranlé par la défaite de 1870 ainsi que par l'insurrection (et sa violente répression) de la Commune de Paris, Taine s'est, à partir de 1870, pleinement consacré à son œuvre majeure, Histoire des origines de la France contemporaine (1875-1893), jusqu'à son décès et qui a reçu un retentissement très important. En effet, de manière originale, car il se place dans une perspective longue, cette étude s'intéresse aux causes de la Révolution française. Il y dénonce notamment l'artificialité des constructions politiques françaises (l'esprit abstrait et rationnel à l'excès d'un Robespierre par exemple) qui contredisent avec violence la naturelle et lente croissance des institutions d'un État.

En 1885, en visite à l'hôpital de la Salpêtrière, Taine assiste, en compagnie de Joseph Delbœuf, à une séance d'hypnotisme dans laquelle Jean Martin Charcot obtient des vésications par suggestion.

Il décède le 5 mars 1893.

Esprit réaliste (« Quel cimetière que l'histoire ! »), Taine se laisse parfois entraîner à des conclusions très pessimistes. Auteur de grandes synthèses, il lui fallait sans doute aller vite. Néanmoins, le nombre considérable de faits rapportés pour illustrer telle période de l'histoire de la Révolution laisse penser à un travail de recherche considérable. À la suite de vérifications de son texte par un historien de la Révolution : Alphonse Aulard, les exemples avancés par Taine pour soutenir ses propos se sont révélés très sûrs ; peu d'erreurs ont été notées par Aulard - et moins que dans ses propres textes, ainsi que le rapporte Augustin Cochin. Les interprétations de Taine, dont on ne peut nier les fulgurances, ni la portée politique, ont connu et connaissent encore aujourd'hui un grand succès, en France comme à l'étranger. Elles ont servi à alimenter des doctrines politiques conservatrices où la « légende noire » de la Révolution de 1789 a trouvé sa place. Leur plus grand mérite est de proposer une vision de la révolution dégagée des interprétations marxistes léninistes qui ont été celles de l'école historique contemporaine avant que François Furet dans son livre Penser la Révolution française propose une interprétation différente de celles d’Albert Mathiez, Georges Lefebvre et Albert Soboul qui ont été les plus illustres représentants de cette tendance historique et politique aujourd'hui remise en cause.

Réflexion historiographique[modifier | modifier le code]

Hippolyte Taine
Portrait par Félix Vallotton
paru dans La Revue blanche en 1897.

Sa réflexion la plus aboutie dans ce domaine est exposée dans L'Introduction de son Histoire de la littérature anglaise, qui paraît en 1863. Cet ouvrage est un manifeste en faveur de l'histoire scientiste. Pour lui, l'histoire appartient au champ de l'expérimentation au même titre que la physiologie. On doit pouvoir lui appliquer les mêmes méthodes qu'aux sciences naturelles.

Les événements en histoire seraient donc déterminés par des lois équivalentes à celles du monde naturel et chaque fait historique dépendrait de trois conditions : le milieu (géographie, climat) ; la race (état physique de l'homme : son corps et sa place dans l'évolution biologique) ; le moment (état d'avancée intellectuelle de l'homme). Il est possible de mettre en place une méthode expérimentale pour les étudier, comme pour la médecine (voir Claude Bernard) où il n'y a pas que l'étude des symptômes, mais aussi un travail de laboratoire avec des expériences physiques et chimiques sur des animaux vivants pour mieux comprendre l'homme et ses maladies et pour tester les réactions des organismes aux différentes substances chimiques.

Taine sait qu'il n'est pas possible de faire des expériences en laboratoire pour l'histoire, mais il est possible de soumettre les sources à des opérations scientifiques. Il définit quatre étapes :

  • Analyse : repérer les faits historiques dans les documents ;
  • Classement : classer les faits historiques par catégories : œuvres de l'intelligence humaine (art, religion, science) ; œuvres de l'association humaine (structures politiques et sociales) ; œuvres du labeur humain (faits économiques) ;
  • Définition : résumer ces catégories, ces séries de faits similaires par une formule simple, par exemple : système capitaliste pour une série de faits économiques ;
  • Mise en relation : établir des relations logiques entre ces catégories, ces séries de faits pour faire une synthèse : le récit produit est de l'Histoire.

Taine accorde donc à l'histoire le statut de science exacte. Il applique lui-même son programme en 1875 dans Les Origines de la France contemporaine : « On permettra à un historien d'agir en naturaliste ; j'étais devant mon sujet comme devant la métamorphose d'un insecte… »

Il est promoteur du caractère scientifique de l'Histoire, et met son talent d’écrivain au service de son œuvre d’historien. Il utilise l'Histoire pour faire un récit naturaliste. Il consulte des archives, mais pour pouvoir raconter l'histoire, la vie quotidienne de ceux qu'il étudie. De plus, la dernière étape (synthèse, récit) est celle qui l'intéresse quasi uniquement.

Pour lui, la force de l'histoire est telle qu'il est illusoire de vouloir changer une société. Ainsi, à la suite de la défaite de Sedan et de la Commune, il accuse la Révolution française d'être la matrice de tous les maux en ce qu'elle aurait fait entrer la France dans un cycle de décadence. C’est notamment l’abstraction de la philosophie des Lumières qui est rejetée : les députés ont cru pouvoir changer l’ordre social or celui-ci ne peut être que façonné sur le temps long de l’histoire.

Il fait aussi partie du courant d'auteurs qui ont vu dans la foule un retour à l'état sauvage, primitif, menées par l'ivresse et les femmes.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Monument à la mémoire de Taine réalisé par Oscar Roty
  • De personis platonicis (1853)
  • La Fontaine et ses fables (1853 et 1861)
  • Voyage aux Pyrénées (1855, 1858 et 1860) troisième édition, illustrée par Gustave Doré. Paris, Librairie Hachette, 1860, 554 p.
  • Essai sur Tite-Live (1856) cinquième édition. Paris, Librairie Hachette, 1888, 375 p. sur Gallica.
  • Les Philosophes classiques du XIXe siècle en France (1857 et 1868)
  • Essais de critique et d’histoire (1858 et 1882)
  • Vie et opinions politiques d'un chat Hachette (1858)
  • Histoire de la littérature anglaise (1864)
  • Philosophie de l’art (1865 et 1882)
  • Nouveaux essais de critique et d’histoire: Balzac. Hachette, 1865 et 1901)
  • Voyage en Italie (1866)
  • Notes sur Paris. Vie et opinions de M. Frédéric-Thomas Graindorge (1867)
  • De l’intelligence (1870)
  • Un séjour en France de 1792 à 1795. Lettres d’un témoin de la Révolution française, traduites de l’anglais (1872)
  • Notes sur l’Angleterre (1872)
  • Les Origines de la France contemporaine : ISBN 978 2221122181
    • L’ancien régime (1875)
    • La Révolution : I – l’anarchie (1878)
    • La Révolution : II – La conquête jacobine (1881)
    • La Révolution : III – Le gouvernement révolutionnaire (1883)
    • Le Régime moderne (1890-1893)
  • Derniers essais de critique et d’histoire (1894)
  • Carnets de voyage, notes sur la province (1863-1865 et 1897)
  • Étienne Mayran (1910), fragments
  • H. Taine, sa vie et sa correspondance (1903-1907)
  • Une Anglaise témoin de la Révolution française (1792 - 1795), 1872 ; réédition 2006, Éditions Jacqueline Chambon.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Nathalie Richard, Hippolyte Taine : Histoire, psychologie, littérature, Classiques Garnier, 2013.
  • Jean-Paul Cointet, Hippolyte Taine. Un regard sur la France, Perrin, 2012
  • Marie Guthmüller, Hippolyte Taine als Initiator der ‚critique scientifique’ und der ‚psychologie expérimentale’. In: Marie Guthmüller, Wolfgang Klein (Hgg.), Ästhetik von unten. Empirie und ästhetisches Wissen. Tübingen, Francke, 2006, p. 169-192.
  • Pascale Seys, Hippolyte Taine et l'avènement du naturalisme: Un intellectuel sous le Second Empire, L'Harmattan, 2000.
  • François Léger, Monsieur Taine, Critérion, 1993 (ISBN 978-2741300373)
  • Les Écrivains célèbres, t. III, le XIXe et le XXe siècles, Éditions d’art Lucien Mazenod
  • Robert Leroux, Histoire et sociologie en France, Paris, PUF, 1998.
  • (de) Dirk Hoeges, Literatur und Evolution. Studien zur französischen Literaturkritik im 19. Jahrhundert. Taine - Brunetière - Hennequin - Guyau, Carl Winter Universitätsverlag, Heidelberg 1980 (ISBN 3-533-02857-7)
  • Jean-Thomas Nordmann, Taine et la critique scientifique, Presses universitaires de France, 1992.
  • (en) Marshall Brown, « Why Style Matters : The Lessons of Taine’s History of English Literature », Turning Points: Essays in the History of Cultural Expressions, Stanford, Stanford University Press, 1997, p. 33-87.
  • André Cresson, Hippolyte Taine : sa vie, son œuvre, avec un exposé de sa philosophie, PUF, 1951.
  • Paul Bourget, Le Centenaire d'Hippolyte Taine, extr. de la Revue des deux Mondes, 15 mars 1928, p. 241 à 257.
  • Auguste Laborde-Milaà, Hippolyte Taine, essai d'une biographie intellectuelle, Perrin, 1909.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. H. Taine, sa vie et sa correspondance, correspondance de jeunesse 1847-1853, librairie Hachette, Paris, 1902 (p.15)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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