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Ramana Maharshi

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Ramana Maharshi
Naissance

Tiruchuli Inde
Décès
Nationalité
École/tradition
Œuvres principales
Œuvres réunies : Écrits originaux et adaptations
Influencé par
Periya Puranam (en), shivaïsme, Shivarahasya Purana (en), Dakshinamurti Stotra (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Célèbre pour
Advaïta védanta, Sagesse traditionnelle indienne
Citation
« Vous êtes Cela en cet instant même. »

Ramana Maharshi est un jñāna-yogin et guru indien de l'Advaita Vedānta, né le sous le nom de Venkataraman Aiyer et mort le . Son enseignement, dans la tradition de la non-dualité, est essentiellement centré sur la notion du Soi et la question « Qui suis-je ? ».

Venkataraman en 1902.

Venkataraman naît le 30 décembre 1879 à Tiruchuli (en), près de Madurai, dans le sud de l’Inde (Tamil Nadu). Son père, avocat, meurt en 1892[1]. Enfant, il apprend l’anglais à l’école de missionnaires américains. À 16 ans, en parfaite santé, il est saisi d'une profonde peur morbide. S'allongeant sur le sol, il mime sa mort et l'état de cadavre. Le choc de cette expérience provoque une libération et il se rend compte que la mort ne concerne que son corps :

« Donc je suis Esprit transcendant le corps. Le corps meurt mais l'Esprit qui le transcende ne peut être atteint par la mort. Cela signifie que je suis l'Esprit qui ne meurt pas[2]. »

Il se rend alors dans un temple à Tiruvannamalai où il reste presque immobile pendant plus de 2 ans dans un état de total détachement. On doit lui donner à manger pour qu'il ne meure pas de faim[3]. En 1899, il se retire dans une grotte de la colline sacrée d'Arunachala. En 1922, il s'installe au pied de la colline dans l'ashram géré par sa mère et son jeune frère. Sa présence attire de nombreuses personnes en quête spirituelle.

Sa rencontre avec le pandit Ganapati Shastri marque le début de sa vie publique : apprenant que le nom du swami est Venkataraman, il abrège celui-ci en « Ramana » et proclame que désormais Venkataraman doit être connu dans le monde entier sous le nom de « Bhagavan Sri Ramana Maharshi », Bhagavan signifiant « divin » et Maharshi « grand sage »[4].

Sa réputation dépasse progressivement les frontières et il devient, malgré lui, un maître spirituel pour de nombreux disciples. Il est considéré par certains, tels Jean Herbert et Alexandre Astier, comme un des plus grands sages de l'Inde du XXe siècle. Les pères Henri Le Saux et Jules Monchanin reçoivent son darshan en 1950, peu avant sa mort[5].

Enseignement

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Il a très peu écrit et certains de ses enseignements oraux, basés principalement sur ses réponses aux questions qu'on lui posait, ont été transcrits et publiés[N 1]. Il se mettait au niveau de celui qui posait la question et s'appuyait souvent sur divers textes sacrés en les illustrant par des exemples de la vie courante[6].

Son enseignement, basé sur sa propre réalisation — son expérience de l'éveil —, se révèle dans ses réponses aux visiteurs, tant Indiens qu'Occidentaux, en recherche de la vérité ultime[7],[N 2]. Afin de les inciter à méditer sur l'aspect illusoire de l'ego, il leur répond souvent : « Qui pose cette question ? », c'est-à-dire « Qui suis-je », moi qui pose la question, si ce n'est, en dernière analyse, le Soi (Âtman) ?[3],[8]. A la question de savoir s’il est possible « pour tout le monde de s'en tenir à cette voie de l’investigation sur le Soi », le Maharshi répond « que cela n’est possible que pour les esprits mûrs »[9] et il recommande à la majorité des chercheurs de poursuivre leurs pratiques habituelles[10], tout en s’ouvrant, selon leurs moyens, à son message non-dualiste[11]. Par ailleurs, son enseignement était souvent silencieux : « le silence est éternelle éloquence », disait-il. L'aura de paix qui émanait de lui était telle que sa simple présence suffisait à dissiper bien des questionnements au profit d'une intériorisation salutaire[12],[13].

Il mettait en garde contre la recherche de siddhi (pouvoirs surnaturels) pour son propre compte : « le Soi est ce qui vous est le plus intime, tandis que les siddhis vous sont étrangers. [...] Ils n'existent que dans le mental, ils ne sont pas naturels au Soi et ce qui n’est pas naturel mais acquis ne peut pas être permanent et ne vaut pas la peine que l’on s’efforce de l’obtenir. [...] Si l’on considère que les gens sont malheureux avec des facultés de perception limitées, alors on peut en conclure que leurs malheurs s’accroîtront proportionnellement à l’augmentation de celles-ci. Les siddhis n’apporteront jamais de bonheur à qui que ce soit[14]. » Néanmoins des témoignages rapportent qu'il manifestait lui-même de tels pouvoirs : guérisons, matérialisations, omniscienceetc.[15].

Jean Herbert décrit ainsi son enseignement :

« Ce qui le rend particulièrement intéressant, ce n’est pas sa qualité indiscutable de jîvan-mukta, qu’il partage avec bien d’autres sages contemporains. [...] En plus de l’immense profit spirituel que rapporte un séjour, même bref, auprès de lui, il donne à ses hôtes une occasion inattendue et fort exceptionnelle de se plonger dans l’Inde d’il y a une vingtaine de siècles. On voit, par un exemple vivant, authentique et réel, comment « enseignaient » les rishis de l’époque upanishadique et aussi comment naissaient leurs œuvres. Se contentant de « rayonner » dans le silence, ne paraissant la plupart du temps conscient de rien de ce qui se passe autour de lui, ne parlant le plus souvent que de sujets indifférents, [...] il passe ses journées dans une immobilité presque complète, étendu sur un divan au pied duquel, en défilé continu, disciples et admirateurs viennent se prosterner à plat ventre et brûler de l’encens[16]. »

Selon Swami Swarupananda Saraswati, Shankaracharya de Dwarka et Jyothishpitha de 1973 à 2022 : « Bien qu’il n’y ait pas de différence entre l’expérience de Ramana Maharshi et celle décrite dans les Upanishads, la voie de Ramana a ses caractéristiques propres. [...] La voie de Ramana Maharshi est une voie rapide et directe qui ignore le verbiage. Toutes les autres méthodes de réalisation spirituelle trouvent un point de convergence et une place dans la voie de Ramana[17]. »

Bibliographie

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Transcriptions des enseignements de Ramana Maharshi

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Ramana Maharshi a peu écrit. Parmi les quelques traités doctrinaux qu'il rédigea en tamoul, au moins deux ont été traduits en sanscrit : Saddarśanam et Upadesha-sâram[18]. Une traduction française de son Koham ? (Qui suis-je ?) a été publiée en 1966 dans le n° 396-397 de la revue Études Traditionnelles. Les titres qui suivent se réfèrent soit à des transcriptions de ses enseignements oraux, soit à des compilations de celles-ci.

  • Arthur Osborne, Ramana Maharshi et le Sentier de la Connaissance de soi, Paris, Les Deux Océans, 2021, 222p. (ISBN 978-2-86681-308-6).
  • David Godman, Padamalai : enseignements de Ramana Maharshi recueillis par Muruganar, Paris, InnerQuest, , 440 p. (ISBN 978-295171694-0). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Munagala Venkataramaiah, L'enseignement de Ramana Maharshi, Paris, Albin Michel, , 1008 p. (ISBN 978-222615904-5, lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Paul Brunton, Immortelle Conscience, Paris, Les deux Océans, 2000, 184 p. (ISBN 978-286681027-6).
  • David Godman, Comme une montagne de camphre : enseignements de Ramana Maharshi et Annamalai Swâmî sur la voie de la non-dualité (Advaita-Vedânta), Falicon, Nataraj, 1996, 208 p. (ISBN 978-291146603-8).
  • David Godman, Sois ce que tu es : enseignements de Ramana Maharshi, Paris, Adrien Maisonneuve, 1988, 288 p. (ISBN 978-272001059-0).
  • Arthur Osborne, Ramana Maharshi. Œuvres réunies : écrits originaux et adaptations, Paris, Éditions Traditionnelles, , 350 p. (ISBN 978-271380082-5). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Shanti O. Aubertin, Sri Ramana Gita. Le chant de Sri Ramana, Paris, Dervy Livres, 1985, 132 p. (ISBN 978-285076194-2)
  • L'évangile de Ramana Maharshi, Paris, Le courrier du livre, 1970, 140 p.

Études sur la vie et l'enseignement de Ramana Maharshi

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  • B.V. Narasimha (préf. Patrick Mandala), Biographie de Ramana Maharshi, Obernai (France), Accarias-L'Originel, , 237 p. (ISBN 978-286316279-8).
  • Patrick Laude, S'abandonner au Soi : le message de Ramana Maharshi pour le présent, Lagorce, Hozhoni, , 382 p. (ISBN 978-2-37241-081-6). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Ysé Tardan-Masquelier, Ramana Maharshi, le libéré-vivant, Paris, Points, 2010, 96 p. (ISBN 978-275781621-9).
  • Patrick Mandala, Le son du silence : présence de Râmana Mahârshi. Inédits, Obernai, Accarias L'Originel, 2006, 255 p. (ISBN 978-2863161258).
  • Bruno Hapel, Ramana Maharshi : l'esprit du silence, Paris, Guy Trédaniel, , 63 p. (ISBN 978-285707999-6). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Bruno Hapel, Râmana Maharshi & Shankara : la tradition primordiale, Paris, Guy Trédaniel, , 172 p. (ISBN 978-285707481-6).
  • Arnaud Desjardins, Ashrams : les Yogis et les Sages, Paris, La Palatine, 1962, 242 p. Chapitre : "Ramanashramam", pp. 159-198.
  • Collectif sous la direction de Jean Herbert, Études sur Ramana Maharshi, vol I et II, Paris, Adyar, 1949, 207 p.

Notes et références

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  1. L'essentiel de son enseignement est consigné dans Munagala Venkataramaiah, L'enseignement de Ramana Maharshi, Albin Michel.
  2. « L'enseignement de Ramana Maharshi est basé sur sa propre expérience et vise à conduire le questionneur à sa propre nature. » L'Enseignement de Ramana Maharshi, Présentation, Albin Michel, 2005.

Références

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  1. Venkataramaiah 2005, p. 4.
  2. Osborne 1988, p. 8-9.
  3. a et b Alexandre Astier, Les Maîtres spirituels de l'hindouisme, Eyrolles, , p. 138-145.
  4. Venkataramaiah 2005, p. n°? (a).
  5. Jules Monchanin, Mystique de l'Inde, mystère chrétien, Paris, Fayard, 1974, p. 292
  6. Venkataramaiah 2005, p. n°? (b).
  7. Venkataramaiah 2005, p. n°? (c).
  8. Laude 2021, p. 85-86.
  9. Godman 2017, p. 258.
  10. (en) Kunju Swami in David Godman, The Power of Presence, Part Two, 2001, Boulder, Colorado, U.S.A., 269 p., p. 91.
  11. (de) Heinrich Zimmer, Der Weg zum Selbst: Lehre und Leben des indischen Heiligen Shri Ramana Maharshi aus Tiruvannamalai, POD, 2013, 260 p. (ISBN 978-373224281-8).
  12. Venkataramaiah 2005, p. n°? (d).
  13. Laude 2021, p. 119.
  14. Venkataramaiah 2005, p. n°? (e).
  15. Venkataramaiah 2005, p. n°? (f).
  16. Jean Herbert, Spiritualité hindoue, Albin Michel, , p. 463-464.
  17. (en) Commentaire de Swarupananda Saraswati in, Self-Abidance (Sat-Darshanam), Bangalore, Ramana Maharshi Centre for Learning, , 56 p. (ISBN 978-81-85378-88-6), p.3-6.
  18. Hapel 1999, p. 31-50.

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Liens externes

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