Affaire Léo Taxil

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Affiche promouvant Les mystères de la Franc-maçonnerie, l'un des ouvrages antimaçonniques de Léo Taxil (1896).

L'affaire Léo Taxil (parfois nommée mystification de Léo Taxil ou canular de Taxil) est une imposture antimaçonnique française célèbre, qui débuta en 1885 et se poursuivit jusqu'en 1897. Son auteur, Marie Joseph Gabriel Antoine Jogand-Pagès alias Léo Taxil, entouré de quelques collaborateurs restés dans l'ombre (Paul Rosen, Louis LeChartier, etc.) conçut une mystification qui visait à discréditer la franc-maçonnerie et à duper l'Église catholique.

Histoire[modifier | modifier le code]

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Contexte[modifier | modifier le code]

L'antimaçonnisme est une tendance marquée dans les milieux catholiques depuis le XVIIIe siècle. La Franc-Maçonnerie était attaquée par le Saint-Siège tout comme par des auteurs catholiques écrivant en leur propre nom, sur la base de griefs variés : suspicion d’hérésie, dénonciation de complots ou même l’adoration du Diable.

En 1738, Clément XII publia la bulle In eminenti apostolatus specula, qui considérait les francs-maçons comme suspects en raison des serments faits sur le secret de leurs activités maçonniques. La bulle interdisait aux catholiques de s’associer à la franc-maçonnerie ou même de lui apporter la moindre assistance, sous peine d’excommunication. Un édit des États pontificaux de l’année suivante prévoyait la condamnation à mort pour les mêmes motifs. La bulle Providas romanorum, émise par Benoît XIV en 1751 renouvelait la condamnation de la franc-maçonnerie au motif que celle-ci faisait s’associer des hommes de différentes religions[1].

Après la Révolution française, l'abbé Augustin Barruel développa l’idée du complot maçonnique dans ses Mémoires pour servir à l'histoire du jacobinisme. Sous une optique essentiellement politique, il estimait que la Révolution était un complot fomenté par les francs-maçons, qu’il pensait être des ennemis acharnés de l'Église et de la monarchie.

Tout au long du XIXe siècle, l’Église tira de nouvelles salves contre la franc-maçonnerie à cause de ses liens avec le carbonarisme, un mouvement initiatique et secret, qui militait pour l’unification de l'Italie, et était donc en conflit ouvert avec les États pontificaux. Léon XII, Pie V, Grégoire XVI et Pie IX ont condamné chacun à leur tour les sociétés secrètes, carbonarisme et franc-maçonnerie, comme foyers de subversion[2].

À la fin du XIXe siècle, l’antimaçonnisme catholique assimile couramment franc-maçonnerie à Satan. Cette accusation de satanisme peut se comprendre de deux manières : étant déclarés ennemis de la religion par les catholiques, les francs-maçons serviraient les intérêts du Diable, ou bien les francs-maçons adoreraient réellement l’esprit du mal.

La première vision est appuyée par l’épître Scite profecto du 14 juillet 1873, puis dans l’encyclique Humanum genus de Léon XIII (1884), laquelle divise le monde en deux camps : le premier « est le royaume de Dieu sur la terre », le second est appelé « royaume de Satan » et regroupe « les fauteurs du mal […] coalisés dans un immense effort, sous l’impulsion et avec l’aide d’une Société répandue en un grand nombre de lieux et fortement organisée, la Société des francs-maçons »[3].

Certains auteurs avant Taxil ont affirmé l’existence d'un culte satanique chez les francs-maçons. L’évêque Louis-Gaston de Ségur, dans Les francs-maçons, ce qu’ils sont, ce qu’ils font, ce qu’ils veulent (1867), mentionnait une « haute-maçonnerie » secrète, où l’on n’était admis qu’après avoir commis un meurtre pour la société secrète, et dont le rituel d’initiation comprenait la profanation d’hosties[4]. Emmanuel Chabauty, chanoine et essayiste antisémite, écrivait en 1880 que les francs-maçons se livraient aux pratiques magiques de la Kabbale et invoquaient les démons.

Les ouvrages de Paul Rosen ont pu servir d'inspiration à Léo Taxil. Cet ancien rabbin et franc-maçon se convertit au catholicisme, il prétendait révéler les secrets de la franc-maçonnerie. Rosen mêlait d'authentiques documents maçonniques à des rituels issus de divers courants ésotériques et à ses propres inventions. Selon lui, la franc-maçonnerie avait une direction mondiale à Berlin et l’initiation n’avait d’autre but que de mener les maçons à reconnaître Satan comme le vrai dieu[5].

Conversion de Taxil[modifier | modifier le code]

Affiche publicitaire pour Les amours secrètes de Pie IX, roman accusant le pape de débauche.
La conversion de Léo Taxil caricaturée par Le Grelot, il viendrait manger au ratelier clérical car le ratelier anti-clérical est vide.

Gabriel Jogand-Pagès est issu de la petite bourgeoisie catholique de Marseille, né en 1854 dans une famille de quincaillers profondément catholiques. À l’âge de quatorze ans, il s’éloigna de la religion et adhéra aux idées radicales d’Henri Rochefort, qui publiait le journal satirique clandestin La Lanterne. Rêvant de rejoindre Rochefort dans son exil à Bruxelles, il fugua avec son frère ainé, mais fut interpellé par la gendarmerie de Barrême. Son père décida le faire interner dans la colonie pénitentiaire de Mettray, où il ne passa que deux mois, mais « jura à la religion une haine éternelle », pensant que la décision de son père était due à ses amis catholiques.

Après son expulsion du lycée pour indiscipline le jeune Jogand-Pagès commença une carrière de journaliste et adopta le pseudonyme de Léo Taxil. Plus tard, il s’établit à Paris, il se fit remarquer pour ses pamphlets et romans anticléricaux ; ses détracteurs estimaient qu’il n’avait pas de talent littéraire particulier[6],[7], mais il s’imposait par son goût du scandale, ses récits sensationnels et volontiers mensongers ou pornographiques. Il attaquait la religion à travers ses ministres et à travers ses dogmes, dans une Bible amusante ou une Vie de Jésus qui insultaient les sentiments religieux des catholiques. Non seulement auteur, il dirigea un journal l’Anti-clérical, se fit éditeur avec sa Librairie Anti-cléricale, installée dans le quartier latin, et contribua à fonder la Ligue anticléricale, qui comptait environ 17 000 membres dans les années 1880. Il envoya un de ses romans, Le fils du jésuite au pape Léon XIII, ainsi dédicacé : « en formant les vœux les plus sincères pour la chute prochaine et définitive de la Papauté. Léo Taxil, baptisé malgré lui. » Cette provocation lui valut d’être excommunié par la Congrégation de l’Index en décembre 1879[8]. Son roman le plus scandaleux, Les amours secrètes de Pie IX, fut publié sous le pseudonyme de Carlo Sebastiona Volpi, « ancien camérier secret du pape Mastaï », il s’en disait simplement éditeur, même s’il est considéré comme son auteur[9]. Ce roman, qui prétendait comme d’autres raconter les débauches de l’Église, en attribuant de nombreuses maîtresses au pape défunt, lui valut son plus important procès : Girolamo Mastaï, neveu du souverain pontife, l’attaqua en diffamation et obtint 60 000 francs de dommages-intérêts en décembre 1881.

Léo Taxil fut initié à la franc-maçonnerie dans la loge parisienne Le Temple des amis de l’honneur français, le 21 février 1881. Il fut accusé de fraude littéraire dans sa loge, à cause de ses activités de rédacteur en chef du journal Le Midi Républicain de Montpellier. Il avait reproduit des lettres de soutien de Victor Hugo et Louis Blanc, que les intéressés démentaient avoir écrites. Taxil affirma avoir produit les lettres devant ses accusateurs, mais ils auraient voté son exclusion pour avoir outragé Victor Hugo et Louis Blanc, qu’il avait traités de « vénérable débris d’un glorieux passé ». L’exclusion fut confirmée par le Grand Orient de France, 13 décembre 1881, alors que Taxil n’avait pas dépassé le grade d’apprenti[10].

La conversion de Léo Taxil serait due à Jeanne d'Arc, à laquelle il a consacré l’ouvrage Jeanne d'Arc, victime des prêtres, Étude historique avec Révélations et Documents, publiés en 51 livrets. Il avait choisi cette figure patriotique à la mode après la guerre franco-allemande de 1870 pour en faire une biographie sensationnaliste et anticléricale : il niait les visions de l’héroïne lorraine et accusait l’Église catholique de l’avoir éliminée par un procès d’inquisition et même de l'avoir violée. Le récit était accompagné d’une traduction des actes du procès, Taxil aurait pris conscience de sa mauvaise foi en comparant ses propres écrits à ceux-ci, mais il aurait coupé les passages contraires à ses vues anticléricales. Ce travail aurait inspiré des doutes à Taxil, qui se serait ensuite convaincu du rôle surnaturel de Jeanne d’Arc, avant de retourner à la foi catholique de son enfance[11]. En avril 1885, le folliculaire annonce à grand renfort de publicité sa « conversion » au catholicisme avant de fonder le journal La France chrétienne - Jeanne d'Arc[12].

Il semble que cette conversion a été motivée par des revers financiers. Léo Taxil publiait des livres anticléricaux via la Librairie Anti-cléricale, dont son épouse Marie Besson était gérante, mais cette entreprise fut déclarée en faillite le 30 juillet 1884[13]. Ses attaques virulentes contre la religion lui avaient valu de nombreux procès intentés par des catholiques, avec des condamnations à des dommages et intérêts, qui ont porté préjudice à la Librairie Anti-cléricale[14].

Écrits antimaçonniques[modifier | modifier le code]

Dans son ouvrage Les mystères de la Franc-maçonnerie (1886), Léo Taxil prétend que les francs-maçons adorent Baphomet.

Léo Taxil publia ses premiers ouvrages antimaçonniques sous le titre général de Révélations complètes sur la franc-maçonnerie. Cette œuvre s’inscrit dans la continuité de l’encyclique Humanum genus, qui exhortait « arrachez à la Franc-Maçonnerie le masque dont elle se couvre, et montrez-la telle qu’elle est ». Taxil promettait des révélations sensationnelles utilisant son expérience dans la franc-maçonnerie comme argument de vente, même s’il n’avait été qu’apprenti.

Les deux volumes des Frères Trois-Points (1886) prétendaient dévoiler les rituels d’initiation du rite français et du rite écossais ancien et accepté, les constitutions et règlements de ces deux obédiences ainsi que leurs signes de reconnaissance. Le culte du grand architecte se voulait une description de diverses cérémonies maçonniques (inauguration d’une loge, banquets, etc). Taxil mélangeait des éléments réellement tirés de rituels maçonniques avec des déformations de son invention pour faire de la franc-maçonnerie « l’œuvre personnelle de Satan, sa religion, son culte » : Dieu y était condamné et le Grand Architecte de l’Univers identifié à Satan. En particulier, sur plusieurs images désormais célèbres, il réutilisait des symboles du 18e degré du Rite écossais ancien et accepté en y remplaçant l'agneau pascal[15] par un bouc inspiré du « Baphomet » imaginé en 1854 par l'occultiste français Éliphas Lévi[16]. Si la dimension diabolique était présente, Taxil ne décrivait pas de messe noire, de magie noire, ni de phénomène surnaturel[17]. Il dénonçait largement l’action politique des maçons : ils combattraient le catholicisme comme une superstition, ils manipuleraient le calendrier électoral pour être élus, la plupart espionneraient pour la hiérarchie maçonnique ou la police, ils comploteraient en secret pour diffamer leurs ennemis, voire les assassiner[18].

Dans Les sœurs maçonnes, Léo Taxil défendait une thèse controversée : la franc-maçonnerie initierait massivement des femmes dans des loges d’adoption, à la fois pour transmettre leur idéologie dite antichrétienne et satisfaire les appétits sexuels des maçons dans des orgies. À la fin du XIXe siècle, la présence de femmes dans la franc-maçonnerie était anecdotique, comme la maçonnerie d’adoption avait disparu, et que l’initiation de femmes dans les loges masculines était encore très rare[19].

Voulant prolonger ses succès de librairie, il publia un résumé de ses « révélations » dans La franc-maçonnerie dévoilée et expliquée. Suivit un grand livre de 700 pages, dont une centaine de gravures, Les mystères de la franc-maçonnerie. Les assassinats maçonniques (1890) est un recueil de récits historiques où Léo Taxil dénonçait des complots maçonniques, il reprenait notamment la thèse complotiste d’un assassinat de Léon Gambetta. Taxil pratiqua également la dénonciation publique des franc-maçons : sous le titre La France Maçonnique, il publia plusieurs tomes contenant les noms, adresses et professions de milliers de maçons[20].

La vente de livres antimaçonniques était lucrative pour Taxil, en 1889, il put acheter un château à Sévignacq, où il envoya sa femme et ses enfants[21].

Le tournant luciférien : le Palladisme et Diana Vaughan[modifier | modifier le code]

En 1891, Joris-Karl Huysmans fit paraître Là-bas, roman qui explorait le satanisme moderne ; Huysmans y décrivait notamment une messe noire, où un prêtre déviant insultait le Christ, glorifiait le Diable et profanait des hosties. Ce roman attisa l’appétit du public pour le satanisme et inspira à Taxil un renouvellement de sa littérature anti-maçonnique[22]. La franc-maçonnerie ne serait plus son sujet principal, mais une secte luciférienne de la « haute maçonnerie », nommée le Palladisme. En plus de dénoncer de réels maçons, il inventerait des maçons lucifériens en rapport direct avec les démons, tels que Diana Vaughan. Au lieu de décrire des rites maçonniques authentiques ou inventés, il mettrait en scène le surnaturel diabolique, dans des histoires fantastiques dépassant les contes des Mille et Une Nuits[23].

Le Palladium[modifier | modifier le code]

Albert Pike était dénoncé comme un pape luciférien dirigeant le Palladium.
Portrait supposé de Sophia Walder, « grande inspectrice générale en mission permanente, grande maîtresse de la loge-mère le Lotus de France, Suisse et Belgique, première souveraine en Bitru. »

Un « Ordre du Palladium » et un « rite palladique » sont mentionnés dans Les sœurs maçonnes parmi les « révélations » de Taxil sur la maçonnerie d'adoption, on y initerait des hommes et des femmes issus de la franc-maçonnerie ; cependant, aucun lien n’était fait avec le satanisme[24]. L’existence d’une organisation para-maçonnique nommée Palladium est attestée historiquement, elle fut fondée 1737, mais elle ne se développa guère et n’existait certainement plus à la fin du XIXe siècle[25].

Dans Y a-t-il des femmes dans la franc-maçonnerie ?, Léo Taxil affirmait l’existence du « Palladium Nouveau Réformé », ordre maçonnique mixte et ouvertement satanique, fondé en 1870 par Albert Pike, Grand Commandeur du Suprême Conseil de la Juridiction Sud du Rite écossais ancien et accepté, présenté comme le chef suprême de tous les francs-maçons du globe. Cet ordre serait à la tête de la franc-maçonnerie, globalement confondu avec le rite écossais ancien accepté et aurait son siège mondial à Charleston (Caroline du Sud). Il aurait essaimé en France dès 1881, avec trois loges à Paris[26], sous la direction de la « Sœur Sophia-Sapho » (plus tard nommée Sophia Walder), une lesbienne hystérique. Le rituel palladique inclurait la profanation d’hosties consacrées, sur lesquelles on cracherait avant de les poignarder, ainsi que l’épreuve du « Pastos », qui n’est autre que la copulation en public. Les adeptes du Palladium considèreraient Adonaï, le dieu des chrétiens, comme mauvais, et glorifieraient Lucifer sous le titre de « Dieu-Bon ». Jésus aurait trahi son maître Lucifer pour pactiser avec Adonaï, par conséquent les palladistes lui voueraient une haine farouche, et profaneraient l’eucharistie[27].

La même année, Léo Taxil apporta un soutien à sa propre thèse dans la brochure L’existence des loges de femmes : recherches à ce sujet, parue sous le pseudonyme d’Adolphe Ricoux. Ce personnage prétendait avoir obtenu par un pot-de-vin un Recueil d’instructions secrètes des Suprêmes Conseils, des Grandes Loges et des Grands Orients, attribué à Albert Pike. Selon ses révélations, le Palladium aurait son directoire suprême à Berlin et quatre directoires secondaires à Naples, Calcutta, Washington et Montevideo. Il nommait également un chef d’action politique, résidant à Rome pour surveiller le Vatican, ainsi qu’un souverain pontife, en la personne d’Albert Pike, établi à Charleston[28]. La brochure incluait une prétendue circulaire d’Albert Pike aux vingt-trois suprêmes conseils confédérés du globe, qui affirme clairement la doctrine luciférienne du Palladium, et enjoint aux franc-maçons de multiplier les loges d’adoption afin d’y pratiquer des orgies[29].

Le Diable au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

En 1892, Léo Taxil s’associa avec Charles Hacks pour publier sous le pseudonyme collectif de Dr Bataille la revue Le Diable au XIXe siècle ou, Les mystères du spiritisme : la Franc-maçonnerie luciférienne, révélations complètes sur le palladisme, la théurgie, la goétie et tout le satanisme moderne, magnétisme occulte, pseudo-spirites et vocates procédants, les médiums lucifériens, la cabale fin-de-siècle, magie de la Rose-Croix, les possessions à l’état latent, les précurseurs de l’anté-Christ. L'ouvrage rassemble 240 brochures publiées sous forme de périodiques entre 1892 et 1894. Les récits du Diable, souvent comparés à des penny dreadful, sont centrés sur le personnage du Dr Bataille, un médecin catholique, qui aurait infiltré les milieux occultistes pour pouvoir révéler leurs terrifiants secrets. Hacks fournissait avant tout les descriptions de pays exotiques, où Taxil décrivait des pratiques occultes toutes supposément liées à la franc-maçonnerie[30]. En 1893, Charles Hacks apparut à une conférence publique à Paris, où il déclarait être le Dr Bataille, auteur du Diable au XIXe siècle et témoin oculaire de ses scènes fabuleuses[31].

Le récit du docteur Bataille donne une image de la franc-maçonnerie très éloignée de la réalité : les francs-maçons y pratiquent ordinairement le spiritisme et la sorcellerie, ils sont ligués à des églises protestantes, des fakirs indiens ou bien des sociétés secrètes chinoises pour combattre les missionnaires catholiques, et on peut obtenir les plus hauts grades maçonniques en très peu de temps contre de l’argent. Le principal apport du Diable au XIXe siècle à la mystification est l’introduction du surnaturel : le docteur Bataille rapporte de nombreux miracles diaboliques. Par exemple, le diable se matérialisait sous la forme d’un homme nu d’une trentaine d’années dans les réunions maçonniques pour encourager ses adeptes. Lors d’une séance de spiritisme, une table se transforma en un crocodile qui joua du piano pour ravir l’assistance, avant de reprendre sa forme de table, après quoi on réalisa que toutes les boissons alcoolisés de la soirée avait disparu. Le Diable au XIXe siècle reprenait le personnage de la « sœur Sophia-Sapho » introduit par Léo Taxil, donnant son nom complet Sophia Walder (ou Sophie Walder), pour lui prêter des dons surnaturels : elle se fluidifiait à volonté, pratiquait la divination à l’aide d’un serpent écrivant sur son dos grâce à sa queue, elle pouvait donnait le spectacle de la « substitution », son corps se couvrant de flammes pour être remplacés tour à tour par différents fantômes (Luther, Cléopâtre, Robespierre, et d’autres pour finir avec Garibaldi, sous la forme d’une urne en bronze crachant des flammes).

Le Diable décrivait un voyage du Dr Bataille à Charleston, où il aurait rencontré Albert Pike, le « pape luciférien », la prêtresse Sophia Walder et son père Phileas Walder. Les palladistes étaient également désignés sous le nom de « re-théurgistes optimates », une expression empruntée au roman Là-bas de Huysmans[32]. Dans la suite du feuilleton, Adriano Lemmi, politicien italien, serait devenu le chef du Palladisme.

Pour capitaliser sur ce succès éditorial, Taxil fonda en 1893 la Revue Mensuelle, religieuse, politique, scientifique, complément du Diable au XIXe siècle, et qui publia jusqu’en 1897. Il en était le secrétaire de la rédaction et principal auteur, sous son propre nom, ou sous les pseudonymes Dr Bataille et Adolphe Ricoux ; parmi ses collaborateurs, Jean Kostka, Domenico Margiotta et Abel Clarin de la Rive, y contribuaient régulièrement.

Diana Vaughan[modifier | modifier le code]

La prétendue « Diana Vaughan » en tenue d'« Inspectrice Générale du Palladium ».
Faux document publié par Léo Taxil dans Le 33e∴ Crispi : il dresse le procès-verbal, signé par Adriano Lemmi, de l’apparition du démon Bitru dans la loge Le Lotus des Victoires de Rome, celui-ci attestant que Sophia Walder deviendrait l’arrière-grand-mère de l’anti-christ

La prétendue conversion de Diana Vaughan, jeune et belle Américaine, supposée Grande Maîtresse du Rite Palladique Rectifié représente un élément important de la mystification de Léo Taxil. Diana Vaughan était un personnage récurrent du Diable au XIXe siècle, elle aurait provoqué un schisme au sein du Palladisme après la mort de Pike, par opposition à son successeur Adriano Lemmi. À partir de 1893, Diana Vaughan se manifesta dans le monde réel en correspondant avec des personnalités catholiques de premier plan, dont Amand-Joseph Fava, et en faisant des dons à des œuvres pieuses. Selon des rapports de police[33], Taxil utilisait les services d’une poste restante située au 29, passage de l’Opéra à Paris afin de rendre crédible l’existence de Diana Vaughan : il pouvait faire croire que celle-ci écrivait de tous les coins du monde et recevait lui-même des dons destinées à son héroïne. Léo Taxil se fit le garant de son personnage, il affirmait la connaître personnellement et chercha à produire des témoins qui l’auraient rencontrée. Pierre Lautier, président de l’ordre des avocats de Saint-Pierre, affirmait l’avoir rencontrée à Paris en compagnie de Taxil et Hacks, il décrivait une « jeune femme de vingt-neuf ans, jolie, très distinguée, l’air franc et honnête »[34]. Le 11 novembre 1896, Jules-Paul Tardivel, rédacteur en chef de La Vérité de Québec et soutien des thèses de Taxil, fit constater par un huissier de justice une réservation au nom de Diana Vaughan dans un hôtel de Paris[35] Le 13 mars 1897, une jeune femme déclarant être Diana Vaughan se présenta aux prêtres de Patay et Loigny-la-Bataille, elle souhaitait entrer en contact l’Ordre des Épouses du Sacré-Cœur de Jésus Pénitent, une communauté monastique de Loigny en rébellion contre l’Église, qui prétendait que le pape Léon XIII avait été enlevé et remplacé par un imposteur. Les deux prêtres dissuadèrent la jeune femme de rencontrer les nonnes, et ils témoignèrent que cette Diana Vaughan était la jeune femme dont la photographie avait été publiée par Taxil[36].

Taxil fit de son personnage un auteur à succès, avec la publication, dès le 21 mars 1895, d’une nouvelle revue, Le Palladium régénéré et libre, signée de Diana Vaughan[37]. La revue était présentée comme une œuvre de propagande de la Fédération Palladiste Indépendante, une branche dissidente de la secte, elle exposait les doctrines palladistes de manière à choquer les catholiques, qui étaient ses principaux lecteurs. Le but de cette manœuvre était néanmoins de préparer le terrain pour une nouvelle conversion, le personnage de Diana Vaughan était conçu susciter la sympathie des catholiques : elle se proclamait vierge (car fiancée au très jaloux démon Asmodée), elle disait son admiration pour Jeanne d'Arc et prenait ses distances avec les pratiques répugnantes du palladisme. Dans le n°3 du Palladium régénéré et libre, Diana Vaughan promettait de ne plus blasphémer la vierge Marie et annonça qu’elle ferait une retraite dans un couvent. Taxil affirmait qu’au retour de la messe, le 2 juin, il avait rencontré Diana Vaughan, qui venait de se disputer avec Asmodée à propos de Jeanne d’Arc, et elle aurait réussi à chasser le démon en invoquant l’héroïne[38]. Dans les colonnes de La Croix, on appelait à la prière pour obtenir la conversion de la luciférienne[39], puis le 12 juin, on annonça « de source absolument sûre » que Diana Vaughan avait été désavouée par la Fédération Palladiste Indépendante pour avoir révélé des secrets dans sa revue ; en conséquence, elle « renonçait définitivement au palladisme » sans être pour autant convertie[40].

Les écrits de Diana Vaughan confirmaient l’essentiel des récits merveilleux du Diable au XIXe siècle, en ajoutant encore d’autres miracles. Les Mémoires d’une ex-palladiste s’ouvraient sur la première rencontre de l’héroïne avec son dieu Lucifer, suivie d’une bataille entre anges et démons aux portes de l’Éden. Un des alchimistes de la Rose-Croix, par exemple, pouvait tomber en morceaux à volonté : après avoir placé les morceaux dans un sac, les pouvoirs de Léviathan le reconstituaient.

Le Palladium régénéré et libre cessa de paraître après trois numéros pour être remplacé le 1er juillet par les Mémoires d’une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, une revue mensuelle par laquelle Diana Vaughan annonçait sa conversion au catholicisme et vouait sa vie à la lutte contre son ancienne religion[41]. Dans cette revue, Diana Vaughan signait « Jeanne-Marie-Raphaëlle », les trois prénoms de son supposé baptême, en référence à l’archange, à la mère de Jésus et à Jeanne d'Arc. Sa conversion est similaire à celle de Taxil car elle aurait été convaincue par une manifestation miraculeuse de Jeanne d'Arc, de plus elle aurait rompu avec le Palladisme pour avoir voulu le débarrasser des rituels contraires à sa conception du luciférisme, tout comme Taxil aurait été expulsé de la Franc-Maçonnerie pour ne pas avoir pris les rituels maçonniques au sérieux. Diana Vaughan se disait condamnée à mort par les palladistes, et forcée de vivre dans la clandestinité, réfugiée tantôt dans un couvent, tantôt dans un foyer catholique. Seul Léo Taxil aurait été au courant de ses déplacements, il prétendait servir d’intermédiaire entre Diana Vaughan et son éditeur.

Les Mémoires d’une ex-palladiste livrent ce qu’Arthur Edward Waite a qualifié comme un des faux les plus curieux de la littérature hermétique, à savoir une biographie de l’alchimiste gallois Thomas Vaughan et une histoire de la fraternité Rose-Croix. Cette fraternité serait à l’origine de la franc-maçonnerie, et aurait elle-même été fondée par Fausto Socin, reprenant la thèse de Jacques-François Lefranc, qui faisait du socinianisme l’origine de la franc-maçonnerie. Léo Taxil affirme que la Rose-Croix était composée d’alchimistes adorant secrètement le diable : leurs échecs à obtenir la pierre philosophale les auraient poussés à chercher une source surnaturelle, le diable s’offrant d’assouvir leurs désirs s’ils lui rendent un culte. La contrefaçon de Taxil concernant Thomas Vaughan repose sur des « papiers de famille » en possession de Diana Vaughan, qui serait sa descendante. Le récit opère une confusion de son pseudonyme — Eugenius Philalethes — avec celui de George Starkey — Eirenaeus Philalethes — alchimiste anglais de la même époque. Thomas Vaughan se voit attribuer l’ensemble des œuvres de Starkey, notamment l’Introitus apertus ad occlusum regis palatium, un traité alchimique dont il aurait donné une interprétation luciférienne par des notes marginales sur le manuscrit original, supposément détenu par Diana Vaughan. Pour les besoins du récit, la naissance de Thomas Vaughan est placée en 1612 au lieu de 1621 et son décès en 1678 au lieu de 1666 ; le pasteur anglican qui n’a jamais quitté la Grande Bretagne devient un véritable sataniste voyageant dans toute l’Europe et l’Amérique ; si Vaughan faisait partie des Cavaliers, partisans de la monarchie pendant la première révolution anglaise, Taxil en fait un ami d’Oliver Cromwell qui aurait exécuté l’archevêque monarchiste William Laud[42].

Les Mémoires d’une ex-palladiste continuèrent de paraître jusqu’à la fin de l’affaire en avril 1897. Taxil utilisa le pseudonyme de Diana Vaughan pour plusieurs autres publications[43], notamment une Neuvaine eucharistique, qui reçut la bénédiction du pape Léon XIII, par une lettre du cardinal Lucido Maria Parocchi, datée du 29 novembre 1895[44].

Collaboration avec Domenico Margiotta[modifier | modifier le code]

Adriano Lemmi, banquier et franc-maçon italien, était la principale cible des écrits de Margiotta.

Domenico Margiotta fut également un contributeur de la mystification. Ce journaliste et historien spécialiste de la ville de Palmi a été initié à la franc-maçonnerie, et il revendiquait de nombreux titres maçonniques. Il entra en contact avec Amand-Joseph Fava en 1894, il lui expliqua s’être converti au catholicisme après de longues années dans le Palladisme ; allié de Diana Vaughan, il aurait rejoint sa révolte contre Lemmi. Sa collaboration avec Taxil est peu claire mais réelle, car la préface du premier ouvrage de Margiotta, Souvenir d’un Trente-troisième, Adriano Lemmi, chef suprême des francs-maçons est signée par le Dr Bataille ; de plus, il écrivit des articles pour la Revue Mensuelle de Taxil.

Margiotta reprenait l’univers du Diable au XIXe siècle en le mêlant avec la politique italienne, et, contrairement à Léo Taxil, il versait ouvertement dans l’antisémitisme[45]. Il nourrissait une haine tenace contre Adriano Lemmi, qu’il accusait d’être être non seulement un escroc, mais aussi un converti au judaïsme, circoncis et pratiquant la magie de la Kabbale. De plus, il accusait de satanisme bien d’autres maçons et politiciens italiens dont Francesco Crispi et Giosuè Carducci. Ces livres faisaient spécialement recette à cause des relations conflictuelles entre le gouvernement italien et le Vatican après la prise de Rome de 1870, expliquant la disparition des États pontificaux par un complot satanique.

Si le docteur Bataille rapportait des miracles diaboliques, Margiotta n’était pas en reste. Il rapportait avoir rencontré le diable sous la forme d’une chèvre, qui était l’esprit familier d’un ami franc-maçon ; la chèvre lui léchant la main lui aurait causé une vivre brûlure. Après une réunion maçonnique, il aurait vu un démon sortir d’une bouteille de whisky : le nommé Beffabuc avait une forme humaine, coiffé d’une couronne d’or, avec des ailes de chauve-souris et une queue de bovin[46].

Les écrits de Margiotta poussèrent Taxil à investir le même domaine, sous le pseudonyme de Diana Vaughan, dans les Mémoires d’une ex-palladiste et dans Le 33e∴ Crispi, un ouvrage consacré à Francesco Crispi, qui était alors Président du conseil.

L'historien italien Aldo Mola a émis l’hypothèse que Margiotta était manipulé par les services secrets pour nuire au gouvernement Crispi, dans le but d’affaiblir la triple alliance entre l’Italie et les principaux ennemis de la France, l’Empire allemand et l’Autriche-Hongrie[47]. La participation de Margiotta à l’affaire a probablement été motivée par les ventes importantes de ses livres sur le palladisme, alors que ses ouvrages sur l’histoire de Palmi avaient une diffusion limitée.

Autres collaborations et influences[modifier | modifier le code]

L’archevêque de Port-Louis (Maurice), Leo Meurin était un des ecclésiastiques les plus engagés dans le combat antimaçonnique. Il publia en 1893, La Franc-Maçonnerie, Synagogue de Satan, un livre reprenant les thèses de Léo Taxil, avec qui il correspondait. Il avançait que Charleston était le siège mondial du satanisme maçonnique, et que Satan apparaissait en personne devant le chef du Suprême Conseil du Rite Écossais[48],[49]. Tenant d'un antimaçonnisme antisémite, Meurin considérait la Kabbale comme la « base philosophique et la clé de la franc-maçonnerie » et prétendait que la Kabbale était idolâtre et diabolique ; il faisait de la franc-maçonnerie un culte diabolique judaïsé et l’instrument d’un complot juif pour dominer le monde. Selon Arthur Edward Waite, Meurin n’avait pas de réelles connaissances concernant la franc-maçonnerie ou la Kabbale[50].

Abel Clarin de La Rive collabora avec Taxil au sein de la Revue Mensuelle, avant de lui succéder en janvier 1896 à la tête de la France chrétienne antimaçonnique[51]. Son livre La Femme et l’Enfant dans la Franc-Maçonnerie universelle, publié en 1894, relayait les affirmations de Taxil, notamment une fausse circulaire d’Albert Pike, datée du 14 juillet 1889.

Jules Doinel, fondateur de l’Église gnostique de France se convertit au catholicisme en avril 1895 et adopta le pseudonyme Jean Kostka. Il collabora avec Léo Taxil pour créer, en novembre 1895, la Ligue du Labarum anti-maçonnique, une contre-maçonnerie catholique pratiquant une initiation à trois grades. La ligue se fixait comme objectif de « chasser du pouvoir les sectaires qui y sont aujourd’hui », en mobilisant des comités électoraux pour faire battre les candidats franc-maçons[52]. Jean Kostka publia la même année Lucifer démasqué, un livre antimaçonnique et antioccultiste, que Léo Taxil recommandait chaudement, sous la signature de Diana Vaughan[53]. S’il n’offrait pas de récits merveilleux à la manière de Taxil et Margiotta, Kostka voyait une inspiration diabolique dans tous les courants ésotériques, et en particulier la franc-maçonnerie, ses affirmations se basaient sur une « intuition d’ensemble » qui lui faisait relever des sous-entendus sataniques dans les rituels maçonniques[54].

La religieuse Thérèse de Lisieux a compté parmi les mystifiés, elle était persuadée de l'existence de Diana Vaughan, et a même correspondu avec elle. Sa pièce de théâtre Le Triomphe de l’humilité est dédiée à l'ex-palladiste et met en scène les démons des écrits de Taxil.

Réactions[modifier | modifier le code]

Les premiers ouvrages antimaçonniques de Léo Taxil étaient globalement bien reçus dans les milieux catholiques. Le premier opposant catholique à se manifester fut Paul Rosen, qui en 1897, révéla quelles étaient les sources des Révélations complètes sur la franc-maçonnerie et pointa le manque d’expertise de leur auteur. Rosen déclara plus tard, en 1893, que le Diable au XIXe siècle était un tissu de farces[55]. En retour, Léo Taxil qualifia son adversaire de palladiste, prétendant qu'il portait dans la secte le pseudonyme de Moïse-Lid-Nazareth et qu’il était en rapport direct avec l’« anti-pape » Adriano Lemmi.

L'affaire prend une telle ampleur dans les milieux catholiques que Mgr Northrop, évêque de Charleston (Caroline du Sud), part spécialement à Rome afin d'assurer Léon XIII que les francs-maçons de sa ville épiscopale sont des gens normaux, dignes et que leur temple ne s'orne d'aucune statue de Satan[56]. De même, Mgr Gonzalo Canilla, vicaire apostolique de Gibraltar, écrivit au Pape pour dénoncer de prétendues révélations du Diable au XIXe siècle qui situaient un complexe souterrain luciférien dans le rocher de Gibraltar, Taxil y décrivait une vaste fabrique approuvée par le gouvernement britannique où des criminels anglais parlant volapük fabriqueraient des idoles palladiques, poisons et armes bactériologiques[57],[58].

Bien que Léo Taxil persuade nombre de catholiques de son incroyable histoire — il entretient une correspondance avec le pape Léon XIII où il l'informe des sombres menées du Palladisme –, ses affirmations sont de plus en plus dénoncées comme une imposture, y compris par Léon XIII.

Remises en cause et révélation de la mystification[modifier | modifier le code]

Doutes sur la sincérité de Léo Taxil[modifier | modifier le code]

Tout au long des douze ans de l’affaire, des doutes pesaient sur la conversion de Taxil.

S’il affirmait avoir liquidé la Librairie Anti-cléricale au moment de sa conversion, et avoir fait mettre les derniers stocks au pilon, sa femme était accusée de vendre ses anciens ouvrages anticléricaux[59]. De plus, plusieurs livres anticléricaux inédits de Léo Taxil paraissaient, dont, en 1889, un ouvrage pornographique, Les Splendeurs de la Charité chrétienne des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul, qui accusait les nonnes de pratiquer la sodomie avec leurs confesseurs[60].

En 1891, il intenta un procès à Letouzey et Ané, la maison d’édition proche de l’archevêché qui avait publié ses premiers ouvrages antimaçonniques. Taxil entendait faire valoir ses droits d’auteur, qui n’avaient pas été versés pour tous les exemplaires écoulés. Après avoir obtenu réparation, il publia un essai sous le titre Les éditeurs de Saint-Sulpice, compte-rendu d’un procès entre un auteur et deux éditeurs, où il mettait en cause le séminaire Saint-Sulpice dont un prêtre était l’oncle d’un des deux éditeurs[61].

À la même période, plusieurs sources affirmaient que Léo Taxil chantait des chansons anticléricales dans des guinguettes du Quartier Latin[62],[63].

Si l’on examine des écrits de Taxil lui-même, il admettait ouvertement ses tendances à la mystification : il reconnaissait avoir menti systématiquement dans sa période anticléricale. Dans son autobiographie, Confessions d’un ex-libre penseur, il se vantait d’avoir mystifié le journal La Bataille, auprès duquel il se faisait passer pour un secrétaire de l’archevêché de Paris, le journal aurait publié ses inventions extravagantes[64]. Il avouait également des canulars grotesques dans ses romans historiques, où il faisait « de vrais défis à la crédulité publique », et parlant de ses collaborateurs, « on se tordait littéralement, à force de rire, lorsqu’on imaginait quelque bouffonne impossibilité, et l’on se demandait comment on pourrait la faire prendre au sérieux par le vulgaire », et il assurait que ses lecteurs acceptaient ses mensonges sans rechigner[65].

Aveux des collaborateurs[modifier | modifier le code]

Léo Taxil dut faire face à la défection de ses associés. Domenico Margiotta affirma dès avril 1896 que Diana Vaughan ne s’était nullement convertie et continuait de pratiquer le palladisme, l’auteur des Mémoires d’une ex-palladiste serait un imposteur. Le 2 novembre 1896, il télégraphia à La Libre Parole que l’épouse de Taxil endossait le rôle de Diana Vaughan. Il témoigna ensuite dans La France Libre de Lyon, cette fois il nia avoir jamais rencontré l’ex-palladiste et avoua avoir signé un « contrat barbare » avec Taxil, par lequel il collaborait à la mystification en échange d’une partie des bénéfices[66].

Le journal allemand Kölnische Volkszeitung révéla, le 13 octobre 1896, que Charles Hacks était un libre-penseur combattant les catholiques : l’homme qui donna une conférence en 1893, se présentant comme le Dr Bataille, avait publié en 1892 un ouvrage résolument athée intitulé Le Geste[67]. Cela força Hacks à avouer son rôle dans l’affaire par une série de lettres envoyées à Kölnische Volkszeitung, à l’Univers et à La Libre Parole. Il admit que contrairement à son personnage, le catholique Dr Bataille, il était un libre-penseur et « bouffon littéraire », qui souhaitait à la fois se moquer de la crédulité catholique et compléter ses revenus de médecin. Il admit avoir collaboré sur le premier volume du Diable au XIXe siècle, mais nia toute implication concernant Diana Vaughan[68].

Léo Taxil réagit à ces défections sous la plume de Diana Vaguhan, en dénonçant une « grande manœuvre contre la manifestation de la vérité », Vaughan serait restée froide aux avances de Margiotta, puis celui-ci aurait tenté de lui soutirer une centaine de milliers de francs pour faire réparer sa maison à Palmi, les aveux de Margiotta étaient présentés comme une simple vengeance personnelle[69]. Il publia sous deux autres pseudonymes, Adolphe Ricoux et E. Viator, prétendant que Margiotta et Hacks s’étaient vendus à la franc-maçonnerie[70].

Le congrès antimaçonnique de Trente[modifier | modifier le code]

Photographie du congrès antimaçonnique de Trente.

À la même période, le congrès antimaçonnique de Trente a donné lieu à de sérieuses remises en question de la littérature palladique. Un délégué allemand, Mgr Gratzfeld, exprima ses doutes sur l’existence de Diana Vaughan et dénonça une imposture. Une séance spéciale fut consacré le 29 septembre 1896 à l'existence de Diana Vaughan, où Mgr Baumgarten exigea qu’on rende public son acte de naissance. Léo Taxil répliqua qu’elle n’en avait pas, car les registres d'état-civil étaient mal tenus au Kentucky où elle était née. On demanda alors à Taxil de révéler le certificat du prêtre qui l’avait baptisée, les noms de son parrain et sa marraine et de l’évêque qui avait autorisé sa première communion. L'ex-libre-penseur déclara avoir toutes les preuves en main, mais il refusa de les exhiber pour ne pas compromettre la sécurité de Diana Vaughan, qu’il disait « condamnée à mort par les Loges ». On annonça qu’une commission serait formée à Rome pour examiner le cas de Diana Vaughan[71],[72].

Les résolutions du congrès témoignent d’une défiance envers Léo Taxil. La première stipule que l’action antimaçonnique ne doit se baser que sur une connaissance exacte de la franc-maçonnerie et recommande aux auteurs catholiques « d’éviter de produire des livres dont le succès est peut-être plus facile et la vente plus copieuse, mais dans lesquels il est impossible de discerner ce qui est vrai de ce qui est faux. » La quatrième et dernière résolution met en garde contre plusieurs catégories des militants antimaçonniques peu fiables et à la sincérité incertaine :

  • des convertis sincères auxquels il manque « une retenue et une humilité » que leurs fautes passées devraient leur inspirer
  • des opportunistes qui exploitent leur conversion comme un moyen de tirer un profit personnel
  • « des hypocrites et des espions qui se disent convertis quand ils ne le sont point, qui ne cherchent qu’à tromper notre crédulité en nous racontant de soi-disant secrets, et à s’infiltrer parmi nous pour renseigner sur nos agissements ceux qui sont toujours leurs chefs »[73].

Le 22 janvier 1897, la commission romaine rendit des conclusions prudentes, affirmant qu’elle n’avait pas trouvé de preuves confirmant ou infirmant son existence. Elle gardait la même réserve sur son baptême et ses ouvrages[74].

Le père jésuite Eugène Portalié déclara, dans la revue Études religieuses, historiques et littéraires du 14 novembre 1896, que le congrès de Trente marquait la « fin d’une mystification », il jugeait que les écrits du Dr Bataille et de Diana Vaughan faisaient partie d’une même imposture, menée par des libres-penseurs, pour discréditer les efforts antimaçonniques de l’Église et tirer un profit financier de la crédulité des catholiques. Estimant que les récits surnaturels sur le palladisme jetaient le ridicule sur l’Église, il incitait les catholiques à la plus grande prudence, attendu que les récits miraculeux ne devaient être publiés que sur autorisation épiscopale[75].

La conférence du 19 avril 1897[modifier | modifier le code]

Abel Clarin de La Rive mène une enquête qui finit par confondre Léo Taxil. Celui-ci annonça alors la « manifestation publique » de Diana Vaughan, dans une tournée européenne devant commencer le lundi de Pâques, à Paris, pour s’achever le à Rome[76]. L’ex-palladiste promettait même la projection de documents sensationnels pendant sa conférence du [77] : des « documents de famille » prouvant l’histoire fabuleuse de Thomas Vaughan, ses diplômes palladiques, des preuves du satanisme d’Albert Pike et même la photographie d’un « autel de Satan », la conférence promise était intitulée Le Palladisme terrassée, et devait être précédée d’un discours de Léo Taxil, Douze ans sous la bannière de l’Église, celui-ci devant annoncer son retrait de la lutte antimaçonnique[78]. Le , lors d'une conférence organisée à la Société de géographie devant des journalistes français et étrangers médusés, des délégués de la nonciature et de l'archevêché, des francs-maçons et des libres-penseurs, Jogand-Pagès apparut seul sur l’estrade et dévoila lui-même son imposture, qualifiant la supercherie d'« aimable plaisanterie ». Ses propos suscitent un tel scandale que la police doit intervenir pour calmer l'assistance et protéger l'auteur.

Pour justifier une mystification de douze ans, Léo Taxil se définissait comme un fumiste de longue date, citant deux anecdotes de sa jeunesse. En 1873, alors qu’il était adolescent sous l’état de siège à Marseille, il aurait inventé l’infestation du port par des requins, écrivant à la municipalité des lettres signées par des pêcheurs fictifs. La municipalité aurait alors fait appel au général Henri Espivent de La Villesboisnet pour qu’un remorqueur parte à la chasse aux requins avec cent hommes, qui bien sûr ne trouva aucun squale. Plus tard, exilé à Genève, il aurait fait courir la rumeur d’un cité romaine noyée dans le Lac Léman, il ajoutait qu’on venait de toute l’Europe tenter de constater cette découverte et qu’un archéologue polonais aurait cru distinguer un forum et une statue équestre.

Taxil prétendait n’avoir conçu sa mystification qu’avec deux collaborateurs. Le premier était Charles Hacks, un Marseillais ami d’enfance et ancien mèdecin de marine qui avait parcouru l’Asie. Avant de l’associer à son entreprise, Léo Taxil l’aurait d’abord mystifié en lui faisant croire à l’existence de Sophia Walder et du palladisme. Dans le Diable au xixe siècle, Hacks plantait un décor basé ses voyages, tandis que Taxil inventait la « partie technique du palladisme ». Léo Taxil avait choisi le pseudonyme de Dr Bataille en référence à un ses amis, le fumiste Eugène Bataille, dit Sapeck. Quant à Diana Vaughan, elle aurait été une personne réelle, de lointaine ascendance américaine, mais ni maçonne, ni sataniste : elle serait une dactylographe représentant une entreprise américaine de machines à écrire et très amusée de sa participation à la mystification. Il affirmait la payer 150 francs par mois pour recopier des manuscrits. Taxil niait toute collaboration réelle avec Margiotta, dont il dit qu’il « s’enrôla en mystifié et le fut plus que tous les autres ». Margiotta aurait publié ses propres révélations sur le palladisme de sa propre initiative. En 1896, la défection de Charles Hacks aurait été une mise en scène concertée avec Taxil pour éviter que l’affaire ne tombe dans l’oubli. Margiotta aurait alors inventé un contrat passé avec Taxil, préférant passer pour un mystificateur que pour un naïf.

Le canular a parfois été considéré comme un complot échelonné sur plusieurs années par Léo Taxil dans le but avoué d'appliquer in fine aux dépens de l'Église catholique romaine la maxime qui avait fait le succès du journaliste libre-penseur : Tuons-les par le rire. Cette interprétation conjecture que le mystificateur était de bonne foi durant sa conférence de presse. Cependant, il semble que Taxil en voulait aux francs-maçons en raison de son exclusion passée et que sa supercherie lucrative relevait essentiellement de l'opportunisme[79].

Les réactions des mystifiés[modifier | modifier le code]

Caricature du Grelot évoquant le désarroi des catholiques après que l’imposture soit dévoilée.

La colère et l’indignation prédominaient chez les catholiques mystifiés présents à la conférence. Parmi les cris de l’assistance, l’écrivain Julien de Narfon apostropha Taxil : « Vous n’avez pas l’air de vous douter que vous êtes une immonde fripouille »[80]. Léo Taxil avait anticipé ces réactions en faisant confisquer les cannes et parapluies à l’entrée de la salle, néanmoins l’atmosphère était si tendue que la police dut l’escorter dans un café voisin. Le chanoine Mustel, soutien de longue date de Taxil, écrivit peu après, dans sa Revue catholique de Coutances, que « lorsque l’Enfer engloutira cette immonde proie [Léo Taxil], les damnés éprouveront un sentiment de dégoût et que toute cette tourbe de maudits courbera plus bas la tête, sous la confusion d'un avilissement nouveau »[81]. Il reconnaissait l’habileté de la mystification, les inventions de Taxil n’ont jamais été condamnées officiellement, car leur auteur avait joué de la politique de l’Église en matière de phénomènes surnaturels[82] : si le récit de nouveaux miracles est soumis à l’autorisation de la hiérarchie, Taxil a pu librement inventer les miracles des démons et de Jeanne d’Arc, non encore canonisée.

Certains peinèrent à admettre qu’on les avait trompés, des interprétations complotistes de l’affaire ne tardèrent pas à apparaître. Le lendemain, Abel Clarin de la Rive, tout en exprimant son mépris pour le mystificateur, se disait insatisfait de l’explication de Léo Taxil à propos de Diana Vaughan, il envisageait que le premier aurait pu assassiner la seconde[83]. Le prêtre toulousain Gabriel-Marie-Eugène de La Tour de Noé reprit la même idée, mais avec certitude, dans la brochure La Vérité sur miss Diana Vaughan la sainte et Taxil le tartufe : il accusait Léo Taxil d’avoir trahi Diana Vaughan pour le compte des francs-maçons, l’ex-palladiste aurait été supprimée avant la conférence[84]. Giovanni Fassicomo, éditeur génois des ouvrages de Taxil, livra une thèse quelque peu différente : il affirmait que les francs-maçons avaient assassiné Diana Vaughan et Léo Taxil et remplacé ce dernier par un imposteur très ressemblant, c’est un Taxil « artificiel » qui aurait donné la conférence du 19 avril 1897[85].

Univers de fiction[modifier | modifier le code]

Pendant plus d’une décennie, Léo Taxil a d’abord développé un univers de fiction centré sur la Franc-Maçonnerie et inspiré de sa propre expérience maçonnique, de rituels qu’il a consultés et d’ouvrages anti-maçonniques antérieurs. À partir du Diable au XIXe siècle, il s’orienta vers le satanisme et le surnaturel, tout en puisant dans le roman d’aventures.

Description de la franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

À l’instar de l'archevêque Leo Meurin et de l’évêque Amand-Joseph Fava, Taxil soutenait que la franc-maçonnerie était la religion de Satan. L’initiation aurait pour but d’éloigner les chrétiens de l’orthodoxie par des doctrines hérétiques, puis de les amener à adorer le diable :

  • Au grade d'apprenti (1er), le déisme serait qualifié de « religion universelle de l’avenir », et serait « destiné à remplacer les cultes si nombreux qui défigurent la Divinité sur tous les points du globe »[86].
  • Au grade de maître (3e), Taxil ré-interprète la légende d'Hiram : il fait de l’artisan un homme supérieur, qui descendrait de Caïn. Caïn est présenté positivement, il ne serait pas le fils d’Adam, mais celui de l’ange de lumière Éblis[87]. Éblis est plus tard identifié à Satan, alors que Dieu est blâmé pour sa jalousie et sa tyrannie. Le Roi Salomon aurait organisé l’assassinat d'Hiram, poussé par la malveillance de son dieu.
  • Le grade de « grand maître architecte » (12e) prônerait le gnosticisme, en affirmant que le G de l’étoile flamboyante maçonnique signifie Gnose[88].
  • Au grade de rose-croix (18e), on affirme que le vrai sens de l’acronyme INRI est « Igne Natura Renovatur Integra », c’est-à-dire : « La nature est régénérée entièrement par le Feu », signifiant que le feu est la source de la vie et de la liberté et que Jésus est un symbole du soleil. Dans une des mises en scène du rite, la « chambre infernale », on voit le diable et les ennemis de Dieu vivant heureux au milieu des flammes.
  • Au grade de grand écossais de Saint-André d’Écosse (29e), les maçons rendraient hommage au Baphomet, « proclamé symbole sacré de la nature »[89].
  • Au grade de grand élu chevalier Kadosch, parfait initié (30e), on prétend que la maçonnerie descend de l’Ordre du Temple et qu’elle demande justice au nom de Jacques de Molay, tout en réclamant vengeance contre l’Église catholique et Dieu lui-même, au cri de « Nekam, Adonaï ! »

Le Palladisme[modifier | modifier le code]

Selon Taxil, le Palladisme est un culte luciférien fondé par Albert Pike, le 20 septembre 1870, le jour où le pape Pie IX perdit son pouvoir temporel. Accessible aux maçons de plus hauts grades, il serait formé par des loges secrètes, appelées Triangles.

Charleston est décrite comme le siège mondial de la religion diabolique, par opposition à Rome. Le principal sanctuaire du palladisme serait une salle triangulaire nommée Sanctum Regnum, on y trouverait le Palladium, une statue de Baphomet héritée des Templiers. Lucifer apparaîtrait dans le sanctuaire chaque vendredi, à trois heures de l'après-midi afin de donner ses ordres aux chefs palladistes[90]. Les récits de Taxil abondent en anecdotes surnaturelles sur les pratiquants du Palladisme : Albert Pike aurait un pouvoir de téléportation, tandis que la prêtresse Sophia Walder pourrait traverser les murs.

La théologie palladique est construite en miroir de celle du catholicisme : le dieu des chrétiens, nommé Adonaï, est qualifié de Dieu-Mauvais, il persécuterait injustement l’humanité ; ses anges, les maléakhs sont des créatures insexuées et hideuses. Lucifer, dit le Dieu-Bon est paré de toutes les vertus et présenté comme le seul ami du genre humain. Aux yeux des palladistes, Lucifer et ses daimons sont d’une grande beauté et couronnés de joyaux resplendissants. Lucifer est le maître du Royaume de feu, tandis qu’Adonaï et ses séides vivent dans le Royaume humide.

Le livre sacré du Palladisme est l’Apadno, écrit à l’encre verte par Lucifer en personne. Ce livre contiendrait des prophéties eschatologiques, annonçant notamment la naissance de l’Antéchrist en 1962. Il est prédit qu’en 1995, l’Antéchrist apparaîtrait et que le dernier pape, un juif converti, adopterait le satanisme et causerait la ruine de l’Église. En 1999, Lucifer obtiendrait la victoire totale contre Adonaï, lequel serait alors enfermé pour toujours sur la planète Saturne[91].

Dans le palladisme, le delta retourné (▽) est employé pour marquer les abréviations en remplacement des trois points (∴) de la Franc-Maçonnerie.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Diana Vaughan est le personnage principal de la mystification. Étant la fille d'un propriétaire terrien du Kentucky et d’une française protestante des Cévennes, elle partagerait sa vie entre les États-Unis et l’Europe. Elle aurait été élevée dans le satanisme dès son plus jeune âge, nommée grande prêtresse par Lucifer, et fiancée au démon Asmodée. Dans les Mémoires d’une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, elle expliquait être entrée en conflit avec d’autres palladistes, au sujet un rituel de profanation d'hostie, qu'elle refusait d'accomplir. Ceci l'aurait amenée à provoquer un schisme dans le Palladisme, puis à rompre avec le satanisme. Elle devrait sa conversion au catholicisme à Jeanne d'Arc, tout comme Léo Taxil. À la fin de la mystification, Léo Taxil prétendit que Diana Vaughan était une complice ayant prêté son nom à un personnage fictif, mais aucune Diana Vaughan n’a été présentée au public.
  • Sophia Sapho Walder est une palladiste inventée par Taxil[92] et ennemie jurée de Diana Vaughan. Elle serait la fille d’un pasteur mormon de l’Utah nommé Phileas Walder et de la Danoise Ida Jacobsen. Taxil affirme que le Diable est son véritable père, que le démon Bitru l’a allaitée, avant de devenir son fiancé, et qu’elle deviendrait l’arrière-grand-mère de l’Antéchrist. Le 29 septembre 1896, à Jérusalem, elle devait donner naissance à l'âge de trente-trois ans à une fille. Celle-ci, à l’âge de trente-trois ans, mettrait au monde une fille, des œuvres du démon Decarabia. Un autre démon devait féconder cette dernière, qui accoucherait, toujours à trente-trois ans, de l’Antéchrist, en 1962.
  • Le général Albert Pike, réformateur du Rite écossais ancien et accepté et dirigeant de la Franc-Maçonnerie, serait le chef spirituel du Palladisme, dont la direction politique était assurée par Adriano Lemmi. Il aurait d’abord été un alchimiste et adorateur des dieux gréco-romains. Les Hébreux Coré, Dathan et Abiron lui seraient apparus, surgissant d’un rocher, pour le convertir au culte du "Dieu-Bon" Lucifer et lui donner un fragment de la pierre philosophale[93].
  • Thomas Vaughan, alchimiste anglais, aurait offert à Lucifer le sang de l’archevêque William Laud afin d’obtenir trente-trois ans de vie pour la propagation du satanisme. Il aurait eu pour épouse la démone Vénus-Astarté, qui lui aurait donné onze jours plus tard une fille prénommée Diana, elle-même l’ancêtre de Diana Vaughan. Il ne serait pas mort de mort naturelle, mais Lucifer l’aurait emporté dans son "Royaume de feu" en 1678, alors qu’il résidait à Amsterdam. Son esprit se manifesterait grâce à une flèche de fer conservée à La Valette : celle-ci écrirait en lettres vertes et sans encre, pour raconter sa disparition miraculeuse[94].
  • Adriano Lemmi, homme politique italien, aurait fondé le Palladisme avec Albert Pike. D’abord chef politique de la secte, il en serait devenu le chef suprême à la mort de Pike en 1891. Son rôle supposé est décrit dans Souvenirs d'un trente-troisième : Adriano Lemmi, chef suprême des francs-maçons de Domenico Margiotta.

Postérité antimaçonnique[modifier | modifier le code]

Affiche publicitaire d'Albert Guillaume pour Le Diable au XIXe siècle, ouvrage de Léo Taxil écrit en collaboration avec Charles Hacks et publié sous le pseudonyme collectif de « Dr Bataille » en 1895. Ce livre constitue un apport littéraire au canular.

En dépit de la conférence de presse du 19 avril 1897, l'œuvre antimaçonnique de Taxil a continué d'exercer son influence dans certains milieux (catholiques traditionalistes, nationalistes, antidreyfusards). Ceux-ci n'ont jamais véritablement admis qu'il y ait eu imposture, refusant par conséquent de se reconnaître dupes. Avocat et écrivain franc-maçon[95],[96], Alec Mellor explique cette persistance par « ce phénomène fréquent dans la psychologie religieuse qu'est une certaine angoisse du sacrilège ; d'autant plus propre à prendre corps en pseudo-révélations fantastiques qu'elle est imprécise[97] ».

Durant l'affaire Dreyfus, les antidreyfusards reprennent à leur compte certaines affabulations antimaçonniques de Léo Taxil. Ce dernier se démarque toutefois des mouvements antisémites en se présentant notamment aux élections contre le polémiste Édouard Drumont. Taxil finit par se retirer de la course électorale puis publie Monsieur Drumont en 1890, un pamphlet visant le président-fondateur de la Ligue antisémitique de France[98],[99]. Cependant, certains proches collaborateurs de Taxil, dont Charles Nicoullaud, ont joué un rôle de première importance dans la continuation de la mystification taxillienne dans les milieux anti judéo-maçonniques liées à la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS).

Certains ouvrages marginaux exploitent par la suite les prétendues révélations de Taxil en défendant diverses théories du complot.

Le Mystère de Léo Taxil et la vraie Diana Vaughan, publié en 1930 aux éditions RISS sous le pseudonyme de « Spectator », prétend que Taxil a été manipulé par les Francs-maçons[100] pour discréditer l'antimaçonnisme.

En 1934, Paquita de Shishmareff (sous le pseudonyme de Leslie Fry) publie Léo Taxil et la franc-maçonnerie. Lettres inédites publiées par les amis de Monseigneur Jouin (Chatou, British American Press). Antimaçonnique et antisémite, proche de l'extrême-droite, l'auteur prétend qu'un « fonds de vérité d'une importance incalculable [était] contenu dans les œuvres attribuées à Léo Taxil [...]. Que pour en déguiser la source et la portée, il eût, avec son cerveau de Méridional et son amour des tréteaux, inventé la mise en scène, cela n'enlèverait rien à l'authenticité de certaines révélations[101] ».

Dans L'affaire Diana Vaughan - Léo Taxil au scanner (2002), un ou plusieurs auteur(s) anonyme(s) renoue(nt) avec ces thèses antimaçonniques (défendues par « une poignée d'irréductibles dont nous sommes les héritiers », dixit) en affirmant que c'est l'« aveu » de Léo Taxil du 19 avril 1897 qui est faux et que le Palladisme tout comme Diana Vaughan auraient bien existé. L'ouvrage aurait été rédigé « en collaboration » avec une association portant le nom de William Morgan, prétendu « martyr antimaçonnique[102] ». Massimo Introvigne émet un compte rendu critique de ce travail, suggérant qu'il provient probablement des milieux intégristes[92].

Antimaçonnique et antisémite, André de La Franquerie a défendu une autre théorie du complot, à savoir que Diana Vaughan a bel et bien existé mais qu'elle aurait été enlevée au moment de révéler son existence[103].

La fausse circulaire d’Albert Pike, datée du 14 juillet 1889, est un texte fréquemment ré-utilisé par les antimaçons comme preuve d’un culte luciférien dans la franc-maçonnerie. Le texte a été publié par Abel Clarin de La Rive dans La Femme et l’Enfant dans la Franc-Maçonnerie universelle[104], puis revendiqué par Léo Taxil dans sa conférence à la Société de Géographie.

La conférence du 19 avril 1897 vue par Le Figaro[modifier | modifier le code]

Léo Taxil caricaturé par André Gill, revue Les Hommes d'aujourd'hui, no 71, 1879.

Julien de Narfon écrit dans Le Figaro :

LEO TAXIL dévoilé par lui-même

  • Vous n'avez pas l'air de vous douter que vous êtes une immonde fripouille !
  • Cette interruption, absolument dénuée d'amabilité sinon de vérité, est la première qui ait coupé, hier soir, à la salle de la Société de géographie, les fort instructives déclarations de M. Léo Taxil.
  • Il m'a bien semblé, d'ailleurs, qu'elle répondait assez exactement aux sentiments de l'auditoire, en dehors des rares amis – peu dégoûtés – dont l'orateur avait composé sa claque.
  • Mais M. Léo Taxil ne paraissait pas le moins du monde se rendre compte de l'impression d'écœurement qu'il produisait sur une assemblée où les libres penseurs étaient cependant aussi nombreux que les catholiques. Et pendant près de deux heures il s'est vanté, le sourire aux lèvres, d'avoir joué, pendant les douze années qu'il vient de passer « sous la bannière de l'Église », la comédie de la conversion, et d'avoir mystifié sans mesure les catholiques, les prêtres, les évêques, les cardinaux et le Pape lui-même. Peut-être a-t-il fait toutefois moins de dupes qu'il ne se l'imagine.
  • M. Léo Taxil a résumé en trois mots ce qu'il appelle « la plus colossale mystification des temps modernes » ; « Ma conversion au catholicisme a d'abord été un simple bateau. La collaboration de mon compère le docteur Bataille en a fait une escadre. Enfin, elle est devenue une véritable flotte grâce à Diana Vaughan. »
  • Diana Vaughan a joué effectivement le rôle principal dans la grande mystification dont il se flatte aujourd'hui. Ce rôle était celui d'une ex-luciférienne convertie au catholicisme, et dont les abracadabrantes révélations sur les mystères du Palladisme et de la franc-maçonnerie étonnent depuis plusieurs années le monde religieux. Naturellement, toutes ces prétendues révélations émanaient de Léo Taxil en personne, dont le but, avoué aujourd'hui, était de gagner le plus d'argent possible en exploitant la crédulité des catholiques.
  • Mais tout finit, et l'on s'est aperçu un beau jour que Diana Vaughan était un mythe et Léo Taxil un simple farceur. On le lui a dit sur tous les tons. C'est alors qu'il s'est décidé à brûler ses vaisseaux, j'allais dire ses bateaux.
  • Il est douteux que les francs-maçons tuent le veau gras en l'honneur de ce singulier transfuge. Hier soir, il a été hué dans les grands prix. Mais le clergé, qui trop facilement lui ouvrit ses bras, fera bien de se montrer à l'avenir moins crédule et moins confiant. C'est la seule moralité à tirer de l'aventure[105].

Littérature[modifier | modifier le code]

L’affaire est un des thèmes du Cimetière de Prague d'Umberto Eco. Dans ce roman, Léo Taxil est manipulé par les services secrets français pour décrédibiliser les milieux antimaçonniques ; en 1885, il accepte un pot de vin versé par les franc-maçons pour écrire une série d’ouvrages fantaisistes contre la Franc-Maçonnerie, avec la promesse que la vente de livres antimaçonniques lui rapportera plus encore. En 1897, il aurait à nouveau perçu de l’argent pour mettre fin à sa supercherie. Eco fait de Diana Vaughan un personnage réel (alors que son existence n’est pas prouvée dans la réalité) ; elle serait une aliénée souffrant d’un dédoublement de personnalité, alternant entre une sataniste qui décrit des rituels effrayants et une fervente catholique repentante. Diana Vaughan aurait servi de source aux écrits de Taxil, avant d’être assassinée à la fin de l’affaire.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lea 1901, p. 8.
  2. Lea 1901, p. 9,10.
  3. Texte de l'encyclique Humanum genus
  4. Introvigne 1997, p. 174-175.
  5. Introvigne 1997, p. 179-182.
  6. Ratichaux 1934, n° du 21/9/1934, page 8.
  7. Charbonnel 1897, p. 1.
  8. Rossi 2015, « L’excommunié ».
  9. Catalogue de la BNF
  10. Rossi 2015, « L’exclusion ».
  11. Rossi 2015, « Le coup de grâce ».
  12. Bouzy 2012, p. 1005-1006.
  13. Le Figaro, 2 août 1884
  14. Taxil 1887, p. 201-203.
  15. Irène Manguy, De la symbolique des chapitres en franc-maçonnerie, Dervy, (ISBN 2-84454-363-4), p. 471
  16. Voir l'illustration à l'article Baphomet
  17. Introvigne 1997, p. 189.
  18. Taxil 1886, chapitre XII.
  19. Waite 1896, p. 231.
  20. Rossi 2015, « La France Maçonnique ».
  21. Introvigne 1997, p. 193.
  22. Introvigne 1997, p. 174.
  23. Études religieuses, historiques et littéraire, septembre 1896, page 391.
  24. Waite 1896, p. 57-58.
  25. Introvigne 1997, p. 219-220.
  26. Waite 1896, p. 64-66.
  27. Waite 1896, p. 66-67.
  28. Waite 1896, p. 77-79.
  29. Waite 1896, p. 80.
  30. Yves Déloye, « Le geste parlementaire : Charles Hacks ou la sémiologie du geste politique au XIXe siècle », Politix, Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, no 20 « L'ordre parlementaire »,‎ , p. 129 (lire en ligne).
  31. Études religieuses, historiques et littéraire, septembre 1896, page 387.
  32. Introvigne 2016, p. 159
  33. Rossi 2015, « Les agissements secrets du farceur mystique ».
  34. Rossi 2015, « Questions sur Diana Vaughan ».
  35. Rossi 2015, p. 15-16.
  36. Introvigne 2016, p. 216-217
  37. Lea 1901, p. 18,19.
  38. Ratichaux 1934, n° du 16/11/1934, page 13.
  39. La Croix, 10 mai 1895
  40. La Croix, juin 1895
  41. Lea 1901, p. 19,20.
  42. Waite 1896, p. 263-268.
  43. Fiche Diana Vaughan sur le catalogue de la BNF.
  44. Introvigne 2016, p. 199-200
  45. Rossi 2015, « Domenico Margiotta ».
  46. Waite 1896, p. 220-222.
  47. Introvigne 1997, p. 197,189.
  48. Introvigne 1997, p. 179,190.
  49. Lea 1901, p. 12.
  50. Waite 1896, p. 86-87.
  51. Rossi 2015, « L’appât du gain ».
  52. Rossi 2015, « L’affaire Diana Vaughan ».
  53. Introvigne 1997, p. 199.
  54. Waite 1896, p. 189-191.
  55. Sept, numéro du 7 décembre 1934, page 13
  56. Encyclopédie de la Franc-maçonnerie, La Pochothèque, France, 2000, Albert Pike, p. 666.
  57. Introvigne 2016, p. 166,206
  58. Waite 1896, p. 140-144
  59. Rossi 2015, « L’appât du gain ».
  60. Introvigne 1997, p. 193.
  61. Ratichaux 1934, n° du 2/11/1934, page 13.
  62. Rossi 2015, « Le Congrès Antimaçonnique International ».
  63. Ratichaux 1934, n° du 2/11/1934, page 13.
  64. Taxil 1887, p. 251-253.
  65. Taxil 1887, p. 267-269.
  66. Introvigne 1997, p. 203,204.
  67. Études religieuses, historiques et littéraires, 14 novembre 1896, pages 387-389.
  68. Rossi 2015, « La défection de Hacks ».
  69. Taxil 1887, p. 318-319.
  70. Introvigne 1997, p. 204.
  71. Lea 1901, p. 22-23.
  72. Études religieuses, historiques et littéraires, 14 novembre 1896, pages 386-387.
  73. Études religieuses, historiques et littéraires, 14 novembre 1896, page 383.
  74. Rossi 2015, « La vérité sur Diana Vaughan ».
  75. Études religieuses, historiques et littéraires, 14 novembre 1896, pages 381-398.
  76. Taxil 1895, p. 604-606,634-640.
  77. Taxil 1895, p. 670-671.
  78. La Croix, 16 avril 1897.
  79. Bouzy 2012, p. 1006.
  80. Ratichaux 1934, n° du 21/12/1934, page 13.
  81. La Croix, 25 avril 1897
  82. Lea 1901, p. 27.
  83. Le Matin, 21 avril 1897
  84. Introvigne 1997, p. 214.
  85. Rossi 2015, « Épilogue ou postérité de l’affaire ».
  86. Léo Taxil, Les Frères Trois-Points, p. 80
  87. Léo Taxil, Les Frères Trois-Points, p. 104
  88. Léo TaxilLes Frères Trois-Points, p. 161
  89. Léo Taxil, Les Frères Trois-Points, p. 253
  90. Léo Taxil, Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, p 23.
  91. Henry Charles Lea, Léo Taxil, Diana Vaughan et l’Église romaine.
  92. a et b Massimo Introvigne, « Diana Redux : L'Affaire Diana Vaughan – Léo Taxil au scanner par Athirsata (Sources Retrouvées, Paris 2002) », CESNUR (Centro Studi sulle Nuove Religioni), [lire en ligne].
  93. Léo Taxil, Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, p 231-232.
  94. Léo Taxil, Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, p 240-242.
  95. « Mellor, Alec (1907-1988) », base IdRef (Identifiants et référentiels pour l'Enseignement supérieur et la recherche), lire en ligne.
  96. https://www.persee.fr/doc/rhef_0300-9505_1965_num_51_148_1746_t1_0199_0000_2
  97. Alec Mellor, Dictionnaire de la franc-maçonnerie et des francs-maçons, Paris, Belfond, 1979, p. 311.
  98. G. Rossi, Léo Taxi [1854-1907], du journalisme anticlérical à la mystification transcendante. Thèse de Doctorat, Aix-Marseille Université, 2014, [1].
  99. Hervieu 1991, p. 37.
  100. Jack Chaboud, La Franc-maçonnerie, Librio, p. 36.
  101. Leslie Fry, op. cit., p. 10 et 14.
  102. L'affaire Diana Vaughan - Léo Taxil au scanner
  103. André de La Franquerie, Lucifer & le pouvoir occulte : la judéo-maçonnerie, les sectes, le marxisme, la démocratie : synagogue de Lucifer & Contre-Église, p. 151-152-153.
  104. Abel Clarin de La Rive, La Femme et l’Enfant dans la Franc-Maçonnerie universellep 588.
  105. Julien de Narfon, « Léo Taxil dévoilé par lui-même », in Le Figaro, 20 avril 1897, p. 3, 4e colonne.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Œuvres de Léo Taxil liées au canular[modifier | modifier le code]

  • Léo Taxil, Confessions d’un ex-libre-penseur, Paris, Letouzey et Ané, , 406 p. (lire sur Wikisource).
  • Léo Taxil, Révélations complètes sur la franc-maçonnerie : Les frères Trois-Points, Paris, Letouzey et Ané, , 880 p. (lire sur Wikisource).
  • avec Paul Verdun, Les assassinats maçonniques, Paris, Letouzey et Ané éditeurs, 1890, [lire en ligne].
  • Le diable au XIXe siècle ou, Les mystères du spiritisme : la Franc-maçonnerie luciférienne, révélations complètes sur le palladisme, la theurgie, la goetie et tout le satanisme moderne, magnétisme occulte, pseudo-spirites et vocates procédants, les médiums lucifériens, la cabale fin-de-siècle, magie de la Rose-Croix, les possessions à l'état latent, les précurseurs de l'anté-Christ, Paris, Delhomme et Briguet, 1892-1894.
  • Léo Taxil, Mémoires d'une ex-palladiste parfaite, initiée, indépendante, Paris, Librairie antimaçonnique A. Pierret, , 723 p. (lire en ligne)

Sources primaires[modifier | modifier le code]

  • « Miss Diana Vaughan. le monde religieux mystifié », L'Observateur européen. Revue politique, littéraire, financière, commerciale et industrielle, no 28 (2e année), 19 décembre 1896, p. 354-355, [lire en ligne].
  • Arthur Edward Waite, Devil-Worship in France With Diana Vaughan and the Question of Modern Palladism, Londres, Redway, , 325 p. (lire sur Wikisource).
  • Henry Charles Lea (trad. Salomon Reinach), Léo Taxil, Diana Vaughan et l'Église romaine : histoire d'une mystification, Paris, Société nouvelle de librairie et d'édition, , 27 p. (lire sur Wikisource).
  • Eugène Portalié, « Le Congrès antimaçonnique de Trente et la fin d’une mystification », Études, Paris,‎ , p. 381-398 (lire sur Wikisource).
  • Lionel Ratichaux, « Les impostures de Léo Taxil », Sept, Paris,‎ (lire sur Wikisource).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Eugen Weberéd.), Satan franc-maçon : la mystification de Léo Taxil, Paris, Julliard, coll. « Archives » (no 6), , 240 p. (présentation en ligne).
  • Thérèse de Lisieux, « Le Triomphe de l'humilité » suivi de « Thérèse mystifiée » (1896-1897) : l'affaire Léo Taxil et le manuscrit B, Paris, Éditions du Cerf, 1975, 144 p.
  • Jean-Pierre Laurant, « Le dossier Léo Taxil du fonds Jean Baylot de la Bibliothèque nationale », Politica hermetica, Paris, L'Âge d'Homme, no 4 « Maçonnerie et antimaçonnisme : de l'énigme à la dénonciation »,‎ , p. 55-63 (ISBN 2-8251-0146-X).
  • Fabrice Hervieu, « Catholiques contre francs-maçons : l'affaire Léo Taxil », L'Histoire, no 145,‎ , p. 32-39.
  • Jacques Van Herp, « Une source de Lovecraft, Le Diable au XIXe siècle », dans Lovecraft. Cahiers de l'Herne, no 12, Éditions de l'Herne, Paris, 1969, p. 141-146.
  • (en) Massimo Introvigne, Satanism : A Social History, Boston, Brill Academic Pub, , 668 p. (ISBN 978-9004288287), p. 158-226.
  • Bernard Muracciole, Léo Taxil, vrai fumiste et faux frère, Paris, Éditions maçonniques de France, coll. « Histoire », , 149 p. (ISBN 2-903846-32-4).
  • Michel Winock, « Autopsie d'un mythe : le complot « judéo-maçonnique » », L'Histoire, no 256,‎ , p. 62-69.
  • Françoise Lavocat (dir.), Pierre Kapitaniak (dir.) et Marianne Closson, Fictions du diable : démonologie et littérature de saint Augustin à Léo Taxil, Genève, Droz, coll. « Cahiers d'humanisme et Renaissance » (no 81), , 342 p. (ISBN 978-2-600-01135-8, présentation en ligne).
  • Thierry Rouault, Léo Taxil et la franc-maçonnerie satanique : analyse d'une mystification littéraire, Rosières-en-Haye, Camion blanc, coll. « Camion noir », , 207 p. (ISBN 978-2-35779-134-3).
  • Olivier Bouzy, « TAXIL Léo (1854-1907) », dans Philippe Contamine, Olivier Bouzy et Xavier Hélary, Jeanne d'Arc. Histoire et dictionnaire, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1214 p. (ISBN 978-2-221-10929-8), p. 1005-1006.
  • Robert Rossi, Léo Taxil (1854-1907). Du journalisme anticlérical à la mystification transcendante, Marseille, Quartiers Nord Éditions, , 826 p. (ISBN 978-2-9519739-5-4).
  • Victor Charbonnel, « Superstitieux et mystifiés », Revue chrétienne. Recueil mensuel,‎ , p. 1-18 (lire en ligne).

Articles connexes[modifier | modifier le code]