Omphalos

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Copie romaine de l'omphalos de Delphes.

Dans l'antiquité classique, l'omphalos est un symbole du centre du monde. L’omphalos était généralement matérialisé sous l'apparence d'une pierre sacrée, un bétyle. Le plus célèbre est celui de Delphes, situé dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon.

Étymologie[modifier | modifier le code]

« Omphalos », du grec ancien ὀμφαλός, signifie « ombilic » ou « nombril »[1]. Écrit sans ou avec majuscule[1], il désigne aussi, d’une façon générale, tout ce qui est central, et plus spécialement le moyeu d’une roue[2].

Il y a pareillement, dans d’autres langues, des mots qui réunissent ces différentes significations : telles sont, dans les langues celtiques et germaniques, les dérivés de la racine nab ou nav : en allemand, nabe, moyeu, et nabel, ombilic ; de même, en anglais, nave et navel, ce dernier mot ayant aussi le sens général de centre ou de milieu ; et, en sanscrit, le mot nâbhi, dont la racine est la même, a les deux acceptions à la fois[3].

Mythologie et religion[modifier | modifier le code]

Selon la légende, l’omphalos est une pierre entourée d'un linge, substituée à Zeus nouveau-né par sa mère Rhéa, et avalée par Cronos. Elle symbolise ainsi la naissance de Zeus et sa puissance.

Dans la théogonie grecque, Cronos, ayant appris qu’un jour l’un de ses fils le détrônerait, exige de sa femme Rhéa qu’elle lui livre chaque nouveau né, qu’il engloutit aussitôt. Elle réussit à éviter ce sort à Zeus, son sixième enfant, en lui substituant une pierre enveloppée d’un linge. Plus tard, devenu adulte, Zeus, grâce aux conseils de l'océanide Métis (déesse de la prudence et de la ruse), força son père à recracher la pierre et les enfants précédemment avalés, qui devinrent les premiers dieux de l’Olympe[4].

L'omphalos est généralement matérialisé par une éminence conique - une pierre sacrée ou un bétyle - à valeur religieuse et en rapport certain avec la Terre : il était qualifié « de Gê », et les Anciens le considéraient tantôt comme un tombeau, tantôt comme le centre de la Terre, conceptions qui ne sont pas exclusives l'une de l'autre. Car dans la croyance antique, la terre reçoit les morts comme elle reçoit les germes[5]. Plusieurs traditions situaient sous l’omphalos la tombe du Python vaincu par Apollon[6].

L'omphalos de Delphes[modifier | modifier le code]

Onction d'un omphalos par Artemis et Apollon, vase grec du Ve siècle av. J.-C.

« Ce que les habitants de Delphes appellent omphalos est en fait une pierre blanche et considérée comme se trouvant au centre de la terre, et Pindare, dans une de ses Odes, confirme cette opinion. »

— (Pausanias, Description de la Grèce [détail des éditions] [lire en ligne], X, 16, 2)

Plusieurs omphalos furent érigés durant l'antiquité à travers le bassin méditerranéen et le plus célèbre est celui de l’oracle de Delphes, directement placé dans l’adyton du temple oraculaire d’Apollon[7]. La pierre conique en forme de ruche était ointe quotidiennement et habillée, lors des célébrations, d'un treillis de laine fraichement tondue - pour évoquer le linge utilisé par Rhéa pour envelopper le leurre amené à Chronos[8] - que rappelle une réplique romaine visible de nos jours au musée de Delphes. L’original, aujourd'hui disparu, était surmonté de deux aigles en or[9] emportés en 356 av. J.-C. par les phocidiens de Philomelos[7].

Selon la cosmogonie de la religion grecque antique, Zeus aurait lâché deux aigles - deux cygnes selon certains récits[10] - des points extrêmes oriental et occidental du monde[7]. Au point où ils se rencontrèrent, Zeus aurait laissé tomber l’omphalos, marquant ainsi le centre, le « nombril du monde »[10]. Cette légende a été interprétée par les astronomes comme faisant peut-être référence à la chute d’une météorite de forme conique devenue « pierre sacrée », mais la question reste débattue[8].

Symbolisme[modifier | modifier le code]

Obole delphique figurant un omphalos, Ve siècle av. J.-C.

L'omphalos est, fondamentalement, un symbole du centre du monde, selon le sens complexe que l’idée de « centre » pouvait avoir chez les peuples anciens, et qui impliquait des notions allant bien au-delà du monde matériel. Il s’agissait donc d’une notion universelle de « centre ». Dans un ouvrage paru en 1913 et intitulé Omphalos, l’auteur, W. H. Roscher, recense une quantité considérable de documents attestant l’identité symbolique entre l’Omphalos et le centre du monde, et cela chez les peuples les plus divers et les plus anciens. En 1915, une étude de J. M. Loth sur L’Omphalos chez les Celtes, parue dans La Revue des Études Anciennes, atteste également ce même symbolisme.

L'omphalos dans le Catholicon de l'Église du Saint-Sépulcre.

L’omphalos représentait essentiellement le « centre du monde », car, dans le symbolisme ancien, la roue, ou la circonférence, représente le « Monde » en un sens universel, c'est-à-dire tout ce qui existe ou, en d’autres termes, ce qu’on appelle la « manifestation ». L’omphalos prenait cette signification lorsqu’il était placé « dans un lieu qui était simplement le centre d’une région déterminée, centre spirituel, d’ailleurs, bien plutôt que centre géographique »[11]. Ainsi, l’Omphalos du temple de Delphes représentait le centre spirituel de la Grèce antique[12].

Dans le catholicon de l'Église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, un vase de marbre rose contient une pierre ronde marquée d'une croix également appelée « omphalos » qui, selon une tradition orthodoxe, marque le centre du monde.

Interprétation et fictions[modifier | modifier le code]

Alphonse Pinart, influencé par le mythe grec de l’omphalos, a, dans son Voyage à l'Île de Pâques paru en 1877, interprété le lieu-dit Te pito o te henua ("le nombril de la terre") comme « nom de l’île », et en a conclu que les habitants croyaient vivre au centre du monde alors qu’en fait ce toponyme désignait, selon la tradition orale des Rapa-Nui, le lieu central, « neutre », où se tenaient les palabres entre clans ; l’île elle-même était alors appelée Haumaka ou plus exactement Te kainga a Hau Maka (le bout de terre de Hau Maka, également connu comme Hau Mata, Hao Matuha ou Hotu Matu'a)[13].

La quête de l’Omphalos de Delphes sert d’intrigue à une aventure d’Indiana Jones, dans le roman de Rob MacGregor, Péril à Delphes (1992). Le final de l’œuvre se déroule à Delphes, d’où le titre.

Dans le jeu vidéo God of War III, Kratos récupère la pierre d’Omphalos dans le corps du Titan Cronos afin qu'Hephaistos lui forge une nouvelle arme: le fouet de Némésis. Cette pierre n'est autre que celle que la Titanide Rhéa, mère de la plupart des olympiens, donna à avaler à Cronos il y a longtemps à la place de son dernier enfant Zeus. Elle est aussi visible dans une des vidéos de God of War II[14].

Référence[modifier | modifier le code]

  1. a et b Gérard Legrand et Bruno Villien, Logos : Grand dictionnaire de la langue française, vol. 3, Bordas, (ISBN 9782040070663), p. 2203
  2. Revue internationale d'onomastique, vol. 14, (lire en ligne), p. 37
  3. Jacques Brosse, Cinq méditations sur le corps, Stock, (lire en ligne), p. 113
  4. Georges Roux, Delphes, son oracle et ses dieux, Belles Lettres, , p. 32-33
  5. Louis Gernet et André Boulanger, Le Génie grec dans la religion, Albin Michel, 1970, p. 57-58.
  6. (en) Joseph Eddy Fontenrose, Python: A Study of Delphic Myth and Its Origins, University of California Press, (ISBN 9780520040915, lire en ligne), p. 375
  7. a, b et c (en) Robin Hard, The Routledge Handbook of Greek Mythology, Routledge, (ISBN 9781134664061, lire en ligne), p. 145
  8. a et b (en) John G. Burke, Cosmic Debris : Meteorites in History, University of California Press, (ISBN 9780520073968, lire en ligne), p. 219
  9. Collectif, Art et histoire de la Grece et du mont Athos, Casa Editrice Bonechi, (ISBN 9788880294368, lire en ligne), p. 63
  10. a et b (en) Roger Lipsey, Have You Been to Delphi ? : Tales of the Ancient Oracle for Modern Minds, SUNY Press, (ISBN 9780791447819, lire en ligne), p. 13
  11. René Guénon, L'Omphalos, symbole du Centre, Regnabit, juin 1926.
  12. Dimitri Kitsikis, Omphalos, Paris, Éditions Pierre Jean Oswald, 1977.
  13. Henri Lavachery : Île de Pâques : une expédition belge en 1934, Grasset (1935) ; Alfred Métraux : Ethnologie de l'île de Pâques (éd. du MNHN, 1935) et L'Île de Pâques (Gallimard, coll. « Idées », 1941), et Thomas S. Barthel : The Eighth Land : The Polynesian Settlement of Easter Island (Honolulu University of Hawaii, 1978).
  14. Voir l'article (en anglais) sur le site : http://godofwar.wikia.com/wiki/Omphalos_Stone