Kabbale

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Une version médiévale de l'Arbre de Vie.

La Kabbale (de l'hébreu קבלה Qabbala « réception », forme anglicisée écrite plutôt Cabbale ou Qabale en français) est une tradition ésotérique du judaïsme, présentée comme la « Loi orale et secrète » donnée par YHWH (Dieu) à Moïse sur le Mont Sinaï, en même temps que la « Loi écrite et publique » (la Torah).

Le Baal Hasoulam (Yehouda Ashlag), kabbaliste du XXe siècle, en donne la définition suivante : « Cette sagesse n'est ni plus ni moins que l'ordre des racines, descendant à la manière d'une cause et de sa conséquence, selon des règles fixes et déterminées, s'unissant au nom d'un but unique et exalté, décrit par le nom « révélation de Sa Divinité à Ses Créatures en ce monde » ». Georges Lahy définit la kabbale comme « la dimension interne de la Torah, correspondant au sod (la connaissance secrète) des quatre niveaux de l'intérieur de la Torah (connus sous le nom de pardès) ».

Selon ses adhérents, la compréhension intime et la maîtrise de la Kabbale rapprochent spirituellement l'homme de Dieu, ce qui confère à l'homme un plus grand discernement sur l'œuvre de la Création par Dieu. Outre des prophéties messianiques, la Kabbale peut ainsi se définir comme un ensemble de spéculations métaphysiques sur Dieu, l'homme et l'univers, prenant racine dans les traditions ésotériques du judaïsme.

Dans Morals And Dogma, Albert Pike déclare que la franc-maçonnerie est un produit de la kabbale[1]. Le thème du kabbalisme a été en outre repris par nombre de nouveaux mouvements religieux, dont le Centre de la Kabbale qui connaît actuellement[Quand ?] une certaine notoriété auprès des personnalités du show-business, dont la très emblématique Madonna, mais qui est dénoncé comme imposture par les rabbins traditionalistes.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le mot « kabbale » (Qabalah en hébreu) signifie « réception » au sens le plus général, le terme est parfois interprété comme « tradition ». Le Kabbaliste est donc celui qui a reçu (de l'hébreu קיבל Qibel) la tradition. Le mot Kabbale ne désigne pas un dogme, mais un courant à l'intérieur du judaïsme et un état d'esprit.

Charles Mopsik rappelle la différence orthographique entre cabale et kabbale :

« La première graphie a été consacrée en français depuis plusieurs siècles alors que la seconde, importée de l'allemand, a été employée en France dans le but de distinguer la « Cabale » des occultistes et autres mystériosophes douteux de la « Kabbale » de la tradition juive authentique. Cette distinction graphique est devenue inutile depuis que « Kabbale » a été adoptée par les occultistes précités[2]. »

Description générale[modifier | modifier le code]

Toutes les religions ont un volet mystique ou ésotérique — accès direct à Dieu sans prêtre et/ou sans église constituée — mais l'originalité de la Kabbale réside dans son approche de la genèse par la voie mystique et la voie de la connaissance.

La Kabbale se veut un outil d'aide à la compréhension du monde en ce sens qu'elle incite à modifier notre perception du monde (ce que nous appelons « la réalité » malgré la subjectivité de notre perception). Pour ce faire, la Kabbale met à disposition de ses adeptes un diagramme synthétique : l'Arbre de vie ou des Sephiroth, et autres clés de lecture pour de multiples ouvrages, ainsi qu'un foisonnement de concepts (degrés de signification, contraction, etc.).

Elle propose ses réponses aux questions essentielles concernant l'origine de l'univers, le rôle de l'homme et son devenir. Elle se veut à la fois un outil de travail sur soi et un moyen d'appréhender d'autres systèmes de pensée.

La Kabbale, en tant que phénomène, est souvent comprise comme la mystique de la merkabah ; ainsi Scholem commence-t-il son énonciation de la Kabbale dans Les Grands Courants de la Mystique Juive par Hénoch et son cycle, par la mystique qui se développe autour de la vision d'Ézéchiel nommée « littérature des Palais » ou hekhalot, la « mystique de la merkabah ». Cette mystique se présente comme accès, en un voyage ascensionnel et intérieur, au cœur même du divin, au jardin de la science du Livre, au Sod, quatrième terme du Pardès. On lui associe tout ce qui est littérature apocalyptique — de l'apocalyptique juive.

Principaux textes[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Les historiens sont divisés quant aux origines exactes de la Kabbale. Pour l'auteur du livre de l'ange Raziel, la Kabbale commence avec Adam. Mais il ne s'agit pas d'un historien.

Le fauteuil du prophète Élie à la synagogue de Cavaillon (XVIIIe siècle).

Charles Mopsik, pour sa part, suppose que la littérature kabbalistique trouve sa source dans les écrits attribués au prophète Élie, « la figure la plus ancienne et la plus marquante » de la mystique biblique[3], le messager céleste qui initie son lecteur aux secrets de la Torah.

La figure d’Elie occupe une place majeure dans la littérature apocalyptique apparue vers le IIIe siècle avant JC dans les écoles juives de l'Orient antique. Une littérature de résistance formée par des auteurs qui portent un regard critique sur le monde dans lequel ils vivent, tout en lançant un message d'espérance. Elle s'associe à une autre figure biblique, celle du prophète Ezéchiel. Sa vision de la Merkabah (le Char de Dieu) a influencé, d'une manière ou d'une autre, la plupart des textes qui composent cette littérature. Une troisième figure y occupe une place importante : celle du prophète Daniel, associé à sa propre vision de Dieu. Les anges, les messagers, les visionnaires, les êtres intermédiaires entre Dieu et les hommes, jouent le rôle principal dans cette littérature, tandis que la divinité semble prendre ses distances avec l’humanité.

Le plus célèbre des textes de cette école mystique est le Livre d’Hénoch, composé à une date incertaine, entre le IIIe siècle avant JC et le Ier siècle de l’ère chrétienne, présenté sous la forme d’un voyage céleste où se révèlent les « mystères de la création ».

Epoque talmudique[modifier | modifier le code]

A la Littérature apocalyptique succède la Littérature des Palais dans les écoles juives de Galilée et de Babylonie, entre le IVe et le VIIIe siècles. Le « Palais  », c'est-à-dire le Temple idéal, le lieu de Dieu, le char de Dieu au-delà du Temps, visité en songe ou en transport mystique par les auteurs qui composent cette littérature. On en a conservé une vingtaine de textes attribués à des docteurs du Talmud – rabbi Akiba, rabbi Shimon bar Yohaï, rabbi Ismaël, rabbi Nehounia ben Haqana, etc. Réels ou légendaires, les auteurs de ces textes s'inscrivent explicitement dans la tradition des visionnaires des siécles précédents. La tradition, dans l’esprit de la Kabbale, « ne progresse que par retours en arrière, recours aux hommes passé », selon Charles Mopsik. « Elle instaure une connexion immédiate entre tous les maillons d’une longue chaîne et les fait communiquer par-delà le temps et l’espace[4]. »

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Le Livre de la Création (Xe siècle)[modifier | modifier le code]

Le premier ouvrage classé, traditionnellement, dans le corpus kabbalistique est le Sefer Yetsirah (le Livre de la création), un traité de quelques pages qui se présente comme un condensé des découvertes relatives à la création du monde, écrit par Abraham selon la tradition rabbinique, ou par Akiba, selon d’autres sources issues de la même tradition. L’ouvrage est commenté au Xe siècle par Saadia Gaon et par Dunash ben Tamim. Mais ni la date, ni la provenance historique, ni l’auteur de l’ouvrage ne sont connus avec certitude.

Le Sefer Yetsirah se rattache encore à la Littérature des Palais par sa forme poétique et visionnaire, mais il s’en distingue par sa nature essentiellement cosmologique et spéculative. Il délivre, d’une manière concise et suggestive, les concepts majeurs sur lesquels repose la Kabbale médiévale – notamment, les dix sefirot : les « dix nombres abîme » (esser sefirot belimah) assimilables aux dix extensions ou « mesures infinies » d'un principe central, unique et inconnu ; les dix dimensions de l’univers dans lequel Dieu s’est étendu : le haut, le bas, le sud, le nord, l’est, l’ouest, le début, la fin, le bien, le mal[5].

Charles Mopsik remarque que, pour l'auteur de l'ouvrage, les sefirot correspondent, « aux dix doigts des mains ou des pieds », au centre desquels se situe le corps de l’homme, de sorte que se crée, selon Mopsik, comme « un croisement entre une « physique » du divin et une « métaphysique » de l’humain[6]

Le Livre de la Clarté (XIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Le deuxième livre-phare du corpus kabbalistique apparaît au XIIe siècle dans les écoles juives de Rhénanie, du Languedoc et de Provence. Il s’agit du Sefer HaBahir (le livre de la Clarté ou de l'Eclair). Constitué de deux cents chapitres courts et énigmatiques, il se présente comme l’ouvrage de Nehounia ben Haquanah, un rabbin du IIe siècle de l’ère commune. Mais, selon l’historien Daniel Abrams, l’ouvrage aurait été compilé durant le XIIe siècle par plusieurs auteurs successifs, d’abord dans les cercles hassidiques judéo-allemands, puis dans les premières écoles kabbalistiques de Provence et du Languedoc, où il aurait trouvé sa forme définitive[7].

Le Bahir développe la théorie des sefirot exposé dans le Sefer Yetsirah en l’ordonnant selon un schéma corporel : « Le Saint béni soit-il a sept formes saintes et toutes ont leur correspondant en l'homme, ainsi qu’il est dit : « Car à l’image de Dieu il a fait l’homme, mâle et femelle il les créa » (Gen. 9:6) ; « A l’image de Dieu il le créa, mâle et femelle il les créa » (Gen. 1:27). Et ce sont : la cuisse droite et la gauche, la main droite et la gauche, le tronc et l’alliance. En voilà six, et tu avais dit sept. La septième [forme] est en sa femme, comme il est écrit : « Ils seront une chair une » (Gen. 2:26)[8]. »

Toutes les réalités sont référées à deux principes universels dans le Bahir : un principe masculin et un principe féminin, un « couple mâle/femelle, à la fois comme désignation de la structure duelle du monde divin et comme forme finale de l’unification des puissances divines », selon Mopsik[9].

Gershom Scholem suppose l’ouvrage doit, en partie, son origine à un courant ancien du gnosticisme juif, lié à l’école judéo-platonicienne de Philon d’Alexandrie ; une influence que Scholem répère dans les images mythiques et les exégèses audacieuses du texte, mais surtout dans le schéma anthropomorphique et androgyne sur lequel le texte s'appuie, un schéma platonicien qui semble défier l’orthodoxie du judaïsme classique[10].

Moshé Idel observe des similitudes entre Bahir et plusieurs manuscrits trouvés à Qumran, écrits entre Ier siècle avant JC et le Ier siècle après JC[11].

Des éléments exclu du corpus talmudique, mais présents depuis des siècles dans la culture juive, réapparaissent dans le Bahir. Une tendance qui, selon Charles Mopsik, s’affirmera de plus en plus parmi les kabbalistes : conjuger les impératifs de la foi juive et les croyances transmises dans ses marges[12].

Le mouvement hassidique médiéval a constitué le milieu dans lequel s’est préfigurée la Kabbale en Rhénanie dans la première moitié du XIIe siècle, principalement au sein de la famille Kalonymos. Judah Ha-Hassid et son disciple, Eléazar Kalonymos de Worms, y occupent la place la plus importante. Ce dernier est probablement l'auteur du Sefer Raziel.

Contemporaine de la montée de ce mouvement, les premières formes historique de la Kabbale apparaissent en Provence et au Languedoc, dans les écoles rabbiniques de Lunel, de Narbonne, de Posquières, etc. Le Bahir y fait son apparition entre 1150 et 1200, selon Gershom Scholem[13].

Isaac l'Aveugle (1160 -1235) et l'école de Posquières (XIIe-XIIie siècle)[modifier | modifier le code]

Porte de Saint Gilles à Posquières (aujourd'hui Vauvert, dans le Gard), où vivait une communauté juive importante au XIIIe siècle

L’école de Posquières (aujourd’hui Vauvert dans le Gard) joue un rôle majeur dans la création de la littérature kabbalistique, animée par trois générations de rabbins – Abraham ben David (1120 - 1197); son fils, Isaac l'Aveugle (1160 - 1235); son petit-fils, Acher ben David – qui ont diffusé et commenté les concepts du Bahir de la manière la plus remarquable. Ce sont les pères-fondateurs de la forme moderne de la Kabbale.

Les commentaires d’Abraham ben David reprennent le schéma corporel qui apparaît dans le Bahir. Il n’attribue pas, pour autant, une forme corporelle à l’Être suprême. Entre Dieu et l’homme, se crée une image, une figure, une entité intermédiaire dont l’anthropomorphisme et l’androgynie ne contredisent pas la tradition biblique et talmudique. Eprouvée par l’homme jusque dans son propre corps, comprise littéralement autant qu’allégoriquement, la figure évite de rabaisser l’Être suprême au rang d’une réalité charnelle.

C’est à Abraham ben David que l’on doit la première représentation des deux principaux attributs divins, celui de la Miséricorde (masculin) et celui du Jugement (féminin), sous la forme d’une figure bisexuée dans laquelle les deux principes diffèrent, mais ne se séparent pas, s'imbriquant l’un dans l’autre.

Pour conjurer la crainte du dualisme propre au judaïsme rabbinique, Abraham ben David affirme que, si ces deux principes agissent dans des directions apparemment opposées, ils comprennent chacun leur contraire, sans pour autant s’abolir, ni porter atteinte à leur caractère spécifique, de sorte que l’un ne s’active jamais sans que l’autre qui l’habite n’entre aussi en action, même si ne n’est qu’à un degré d’efficience moindre.

Le fils d'Abraham ben David, Isaac l'Aveugle, développe les conceptions de son père. Le commentaire d’ Isaac l’Aveugle sur le Sefer Yetsirah constitue « la première œuvre qui explique la Bible sous l’éclairage d’une théorie systématique des sefirot dans l’esprit de la Kabbale. À la tête des qualités divines, il place la « pensée » (mahashabah) d’où surgissent les paroles divines, les « mots » au moyen desquels le monde fut créé. Au-dessus de la « pensée » se trouve le Dieu caché, qui reçoit pour la première fois le nom de Ein Sof (« l’Infini ») […] Avec la théorie des sefirot, il développe le concept de la mystique du langage. La parole de l’homme est connectée à la parole divine, et tout le langage, céleste ou humain, provient d’une seule source, le Nom divin[14] ». Une conception du langage dont la portée sera considérable dans la culture juive moderne et bien au-delà d’elle.

Le principe qui détermine la Kabbale n'est pas le Logos (la Raison), mais le langage lui-même, pour Isaac l'Aveugle. Un principe qui requiert une méthode de pensée, attentive au langage et à tout ce qui émane du langage : les rêves, les songes éveillés, les extases, des transports mystiques, etc.

Isaac l’Aveugle a été le premier kabbaliste à présenter les sefirot comme les causes mystérieuses et les essences de toute réalité. La Kabbale structure pleinement son système théosophique et théurgique avec Isaac l'Aveugle. Il inaugure une nouvelle ère dans le judaïsme en le réinterprêtant complètement.

Dieu est influençable ; Dieu fait des choix ; Dieu est perfectible : Une faille a atteint Dieu tel que le conçoit Isaac l'Aveugle. Les malheurs de l’histoire, les désastres, les catastrophes collectives et individuelles ont pour origine cette sorte de brèche, de pgam (de dommage), à l’intérieur de la divinité, remarque Mopsik dans son étude de l'œuvre d'Isaac l'Aveugle. Il va donc s’agir, pour les kabbalistes, d’influencer Dieu afin de réparer, autant que possible, la faille et le dysfonctionnement qu'elle cause, « comme des ingénieurs manient une machine sophistiquée », selon Mopsik[15].

Acher ben David, le neveu d’Isaac l’Aveugle, poursuit son œuvre. Son ouvrage principal, le Livre de l’Unité, est le premier traité kabbalistique qui nous soit parvenu complet, le premier ouvrage de ce genre destiné à un large public. Des motifs d’origine néo-platonicienne, déjà présents dans l’œuvre de son oncle, sont encore plus remarquables chez Acher ben David. C’est lui qui transmet la Kabbale dans les écoles rabbiniques du nord de l’Espagne, à l'école de Gérone en particulier.

Azriel et l'école de Gérone (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

Rue du quartier juif de Gérone "El Call"

Enseignant à l’école de Gérone, en Catalogne, Ezra ben Salomon, un disciple d’Isaac l'Aveugle et d'Acher ben David, diffuse l’enseignement de la Kabbale dans un cercle de lettrés juifs dans le premier tiers du XIIIe siècle. Ezra ben Salomon souligne l’autonomie de la pensée kabbalistique par rapport aux autres écoles de la pensée juive, par rapport à l’école maïmonidienne en particulier. Il expose la filiation biblique de la Kabbale tout en élaborant la première critique explicite de la philosophie de Maïmonide.

Dans la lignée d'Isaac l'Aveugle, Ezra de Gérone développe une conception de Dieu très éloignée de la conception aristotélicienne de la divinité à laquelle se réfère Maïmonide. Le Dieu d'Aristote ne se laisse pas influencer, alors que les kabbalistes conçoivent une divinité sensible aux hommes ; une divinité proche des conceptions mystiques, oniriques et extatiques, que Platon expose dans quelques-uns de ses dialogues, dans le Phèdre en particulier, des conceptions marginales dans l'œuvre de Platon, et même contradictoires avec sa doctrine principale, puisqu'elles ne reposent plus exclusivement sur la Raison, mais qui imprègnent celles de la Kabbale.

L'arbre de vie avec le nom des 10 Sephiroth et les 22 chemins en hébreu, d'après Le Portique du questionneur d'Azriel de Gérone.

Azriel de Gérone, un autre disciple d’Isaac l'Aveugle, est beaucoup moins critique envers Maïmonide, même s'il se situe lui-même dans le courant néo-platonicien de la pensée juive. Azriel joue un rôle majeur à l’école de Gérone. Il publie un ouvrage intitulé Le Portique du questionneur qui inaugure un genre littéraire d’une portée considérable dans l’histoire de la Kabbale.

C’est dans cet ouvrage que Azriel livre « la première explication systématique des dix sefirot sous la forme d’un tableau décrivant leur fonction, leur place dans la hiérarchie des émanations et les symboles qui leur sont attachés », selon Mopsik[16]. A la figure anthropomorphe et androgyne du Messager céleste évoquée dans le Sefer HaBahir, Azriel superpose une arborescence structurelle que les kabbalistes nommeront l'Arbre de Vie en référence au récit de la Genèse.

Azriel invente une méthodologie nouvelle, basée sur les conceptions d'Isaac l'Aveugle et sur la place essentielle que tient le langage dans ces conceptions.

Nahmanide, un disciple d'Azriel né également à Gérone, introduit dans ses écrits les vues de son maître. Issu d'une famille de chefs communautaires illustres, disposant d'un grand prestige dans les communautés juives de Catalogne et de Castille, alors que l'enseignement de la Kabbale reste encore confidentiel, réservé à un petit cercle de lettrés, Nahmanide contribue durablement à la diffusion des conceptions kabbalistiques. « Qu'une autorité religieuse comme Nahmanide ait couvert de son auréole la Kabbale naissante a conféré à cette dernière une renommée sans égale » parmi les Juifs d'Espagne au XIIIe siècle, selon Charles Mopsik[17].

La Kabbale apparaît alors aux yeux des Juifs d'Espagne, dans leur ensemble, comme à l'opposé de la doctrine rationaliste développée par Maïmonide et son école néo-aristotélicienne depuis le XIIe siècle. Les kabbalistes de l'école de Gérone ne sont pas anti-rationalistes pour autant. Mais ils s'appuient sur une mystique qui se refuse à confondre le Dieu d'Israël et la Raison. C'est grâce à cette école que la Kabbale gagne son audience auprès d'un public beaucoup plus large qu'au Languedoc ou qu'en Provence au siècle précédent.

Le Livre de la Splendeur (XIIIe siècle)[modifier | modifier le code]

La Kabbale a connu un grand essor après la publication du Sefer Zohar (ou « Livre de la splendeur ») par Moïse de León en 1286, maître livre qui rapporte, sous la forme d'une compilation de textes en araméen, l'enseignement de Shimon bar Yohaï jusqu'alors transmis par tradition orale. Comme il nous est impossible de connaître le bien-fondé des transmissions orales, l'origine attestée de la Kabbale en tant que texte est en général attribuée au Zohar et à son auteur Moïse de León, rabbin espagnol du XIIIe siècle (Guadalajara, 1240 - Arévalo, 1305).

Périodes moderne et contemporaine[modifier | modifier le code]

La kabbale a connu un essor à partir du XVIe siècle, avec Isaac Louria, connu sous le nom du Ari (« Le Lion »). Il offre dans son livre Etz Haim (L'Arbre de Vie) une explication en profondeur des dix sefirot, ainsi que des explications sur le livre du Zohar (notamment Idra Rabba).

À partir de cette période, de nombreux kabbalistes encouragèrent l'étude de la Kabbale, comme nous le rapporte Rabbi Azulai, dans son ouvrage Orh HaShemesh (Lumière du Soleil) : « L'interdit jeté sur l'apprentissage de la Kabbale fut d'une durée limitée, jusqu'en 1490. Depuis 1540, il est nécessaire d'encourager tout le monde à s'intéresser au livre du Zohar, car ce n'est que par l'étude du Zohar que l'humanité parviendra à la rédemption spirituelle et la venue du Messie, et par conséquent, il est formellement interdit de ne pas étudier la Kabbale. »

Ainsi s'exprime également le rabbin Yehouda Ashlag, kabbaliste du début du XXe siècle : « Il n'y a pas d'autre moyen, pour la population en général, d'atteindre quelque élévation spirituelle et rédemption, que l'apprentissage de la Kabbale. C'est la méthode la plus simple et la plus accessible, ce qui n'est pas toujours le cas, en suivant d'autres parties de la Torah, où seuls quelques rares individus peuvent parvenir au but. »

L'Arbre de la Cabbale (1985), œuvre du peintre italien Davide Tonato.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • André Benzimra, Hermétisme et alchimie dans la Kabbale, Arché Milano, 2009.
  • Adolphe Franck, La Kabbale ou La Philosophie Religieuse des Hébreux (1843, texte fr en ligne ; 1889  : 1892, texte en ligne). Réédition  : Slatkine, Genève, 1981 Traduction anglaise en ligne
  • Joseph Gikatilla, Les portes de la lumière, traduction Georges Lahy, éditions Lahy, 2001.
  • Roland Goetschel, La Kabbale, PUF, coll. « Que Sais-Je ? », Paris, 1985 (6e édition : 2006), (ISBN 2 13 052683 7) 127 p.
  • Maurice-Ruben Hayoun, La Kabbale, Paris, Ellipses,‎  ;
  • Moshe Idel, La Cabale, nouvelles perspectives, Le Cerf, 1998. (ISBN 978-2-204-05946-6)
  • Moshe Idel, Les kabbalistes de la nuit, éditions Allia, 2003.
  • Moshe Idel, Les chemins de la Kabbale, Albin Michel, 2000.
  • Freys et Kœnigsberg, Philosophia Càbbalistica, 1838.
  • Réceptions de la cabale, sous la direction de Pierre Gisel et Lucie Kaennel, Éditions de l'Éclat, coll. « Bibliothèque des fondations », 2007. (ISBN 978-2-84162-136-1), 352 p.
  • Georges Lahy, Dictionnaire encyclopédique de la Kabbale, éditions Lahy, 2005.
  • Patrick Levy, Le Kabbaliste. Rencontre avec un mystique juif, Pocket Spiritualité, 2004.Author's website.
  • Patrick Levy, La Ruse de Dieu, le Kabbaliste et l'arbre de la Connaissance., Relié 2013.Author's website.
  • Charles Mopsik, Chemins de la Cabale, Vingt-cinq essais sur la mystique juive, Éditions de l'éclat, Paris-Tel Aviv, 2004.
  • Charles Mopsik, Les Grands Textes de la cabale : Les rites qui font Dieu, éditions Verdier, coll. « Les Dix paroles », 666 pages, 1993. (ISBN 2-86432-161-0)
  • Charles Mopsik, La Cabale,  éd. Jacques Grancher, Paris, 1988 [traduction espagnole : El Ateneo-Lidiun, Buenos Aires, 1994 ; traduction polonaise : Varsovie, 2001].
  • Charles Mopsik, Cabale et cabalistes, Paris, éditions Bayard, 1997 ; IIe  éd. Albin Michel, Paris, 2003 [traduction italienne : Borla, Rome 2000].
  • Marc-Alain Ouaknin, Mystères de la kabbale, éditions Assouline, 2002.
  • Marc-Alain Ouaknin, Tsimtsoum, introduction à la méditation hébraïque, éditions Albin Michel poche.
  • Alexandre Safran, La Kabbale, (en collaboration avec sa fille, Esther Starobinski-Safran, 1960)
  • Alexandre Safran, Sagesse de la kabbale, 1986.
  • Gershom Scholem, Les grands courants de la mystique juive, Payot, 2002.
  • Gershom Scholem, La Kabbale et sa symbolique, traduit par Jean Boesse, éditions Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2003.
  • Gershom Scholem, La Kabbale : une introduction, origines, thèmes et biographies, préf. Joseph Dan, Paris, Cerf, « Patrimoines. Judaïsme », 1998.
  • Gershom Scholem, Les Origines de la Kabbale, Paris, Aubier-Montaigne, « Pardès », 1966.
  • François Secret, Les Kabbalistes chrétiens de la Renaissance, Dunod, 1964 ; rééd. Arma Artis, 1985.
  • Leo Strauss et Gershom Scholem, Philosophie et cabale : correspondance 1933-1973, Paris-Tel Aviv, Éditions de l'Éclat, 2006.
  • Paul Vulliaud, La Kabbale Juive
  • Chaïm Wirszubski, Pic de la Mirandole et la cabale, suivi de Considérations sur l'histoire des débuts de la cabale chrétienne par Gershom Scholem, traduit de l'anglais et du latin par Jean-Marc Mandosio, Paris-Tel Aviv, Éditions de l'Éclat, 2007. (ISBN 978-2-84162-132-3)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Concepts
Autres
Quelques personnalités ayant un lien
Œuvres inspirées par la Kabbale

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Morals and Dogma: Consistory: XXXII. Sublime Prince of the Royal Secret.
  2. Charles Mopsik, Le Zohar. Traduction, annotation et avant-propos, t. I, 1981, p. 15.
  3. Charles Mopsik, Cabale et Cabalistes, Albin Michel, p. 29-30
  4. Charles Mopsik, Cabale et Cabalistes, Albin Michel, p. 32
  5. Charles Mopsik, Cabale et Cabalistes, Albin Michel, p. 37
  6. Charles Mopsik, Cabale et Cabalistes, Albin Michel, p. 38
  7. Daniel Abrams, The Book Bahir, introduction by Moshe Idel, Cherub Press, Los Angeles, 1994.
  8. Sefer Ha Bahir, chapitre 172
  9. Charles Mopsik, Cabale et Cabalistes, Albin Michel, p. 40
  10. Gershom Scholem, La Kabbale : une introduction, origines, thèmes et biographies, Cerf, 1998.
  11. Moshe Idel, Le Problème de la recherche des sources du livre Bahir, (en hébreu), Jerusalem Studies Thought, vol VI (III-IV), 1987, p. 55-72.
  12. Charles Mopsik, Cabale et Cabalistes, Albin Michel, p. 41.
  13. Gershom Scholem, La Kabbale : une introduction, origines, thèmes et biographies, Cerf, 1998.
  14. Gershom Scholem, Les Origines de la Kabbale (traduction Jean Lœwenson), Aubier Montaigne, 1966
  15. Charles Mopsik, La Cabale, synopsis pour Isy Morgensztern, Amphi Charles Mopsik en ligne [1]
  16. Charles Mopsik, Cabale et Cabalistes, Albin Michel, p. 45
  17. Charles Mopsik, Cabale et Cabalistes, Albin Michel, p. 46