Nasir e Khosraw

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Nasir e Khosraw
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Nāṣir-e Khosraw (en persan : ناصرخسرو) ou Nâsser Khosro (né en 1004 à Qobadiyan (près de Balkh, dans le Khorassan) et mort à Yamgan (aujourd'hui en Afghanistan) vers 1074 ou 1088) est un philosophe, théologien, voyageur et poète ismaélien de langue perse. Il fut l'un des dâ'i (missionnaire) les plus éminents de son temps et joua un rôle important dans la diffusion de l'ismaélisme dans l'est du monde iranien.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né dans la région de Balkh en 1004 (à l'époque partie du district de Merv), Nasir-e Khosraw est issu d'une famille de dignitaires gouvernementaux et de propriétaires terriens. Dans sa jeunesse, après des études en philosophie, religion et sciences, il occupe d'importantes fonctions administratives à Merv[1] sous les Ghaznavides, puis les Seldjoukides.

Conversion spirituelle - Le Caire[modifier | modifier le code]

Mais vers 1045, il connaît un grand bouleversement spirituel, qui est sans doute lié à sa conversion à l'ismaélisme[1]: il rêve qu'un personnage lui reproche de vivre dans l'ivresse et lui montre en silence la direction de la qibla, qui, pour Nasir, représente l'imam éternel. À la suite de cela, il démissionne de ses fonctions, et entreprend un long voyage, prétextant vouloir accomplir le pèlerinage à la Mecque. En fait, ce voyage qui durera sept ans le conduit au Caire — il arrive en 1047 dans cette ville qui est alors la capitale de la dynastie ismaélite des Fatimides, et il en ramènera un ouvrage plein de pittoresque, le Safar Namé (« Récit de voyage ») [2],[1]. Il séjourne environ trois ans dans cette ville, durant il reçoit la formation de dâ'i (missionnaire), et rencontre même le calife-imam al-Mustansir bil-lâh, et il noue des liens étroits avec un autre dâ'i très important, Al-Mu'ayyad fi'l-Din al-Shirazi (en) (1000-1087), qui deviendra son mentor et à qui il dédiera plusieurs poèmes[1]. Al-Mu'ayyad était alors responsable de la da'wa (prédication) dans l'empire et en charge de la formation des dâ'i[3]. Khosraw devient donc dâ'i, puis « garant » (hojjat) au sein de la chevalerie spirituelle (da'wat). L'imam du Caire lui ordonne ensuite de retourner dans le Khorassan en tant que guide des ismaéliens de cette région.

Notons à propos du rêve initiatique de 1045 qu'il est typique de l'ismaélisme. Mais ici, la quête du Graal est remplacée par la quête de l'imam[Note 1]. C'est pourquoi elle est dictée par « le Silencieux » au dormeur, dont l'éveil représente une métamorphose spirituelle. En se rendant au Caire, il répond à la convocation ismaélienne.

Il s'adonne à cette tâche avec ardeur, mais se heurte à la police des sultans seldjoukides défenseurs de l'orthodoxie sunnite[2]. Il se réfugie à Yamgan, dans les montagnes du Badakhchan, où il compose ses œuvres les plus importantes[2]. Il bénéficie de l'aide d'Ali Ibn Asad, prince ismaélien qui gouverne la région, et de surcroît poète comme Nasir-e Khosraw. Il y assume la direction spirituelle des ismaéliens et élabore son œuvre théologique et philosophique dans le silence et le recueillement : son rêve initiatique s'est enfin réalisé.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Traités[modifier | modifier le code]

Ses traités représentent le sommet de l'âge d'or de l'ismaélisme à la veille de la réforme d'Alamut.

S'attachant à trouver les équivalents perses des termes techniques arabes, il est l'un des créateurs du vocabulaire scientifique et philosophique perse. Son style, précis, simple et direct est souvent animé. Il exprime un humour corrosif et les humeurs polémiques et combatives d'une âme passionnée qui ne doute pas.

  • Le Livre réunissant Les deux Sagesses (Kitâb-e Jâmi'al-Hikmatayn), édité en persan par Henry Corbin, Bibliothèque iranienne, vol. 3, 1953.
  • Le livre de la Lumière, Téhéran, 1929.
  • Le livre du voyage, trad. française, École des langues Orientales, 1881.
  • La face de la Religion (Wajh-i dîn), Kaviani, 1924.
  • Le Viatique des voyageurs, id. 1922.
  • La Table des Frères, traité de théosophie, Le Caire, 1940.
  • Le Livre de la Lumière, six chapitres en persan, traduits en anglais, The Ismaili Society, séries B n°6, 1949.
  • Développement et solution, id. séries A n° 5, 1950.

Poésie[modifier | modifier le code]

Le Divan fait de Nasir-e Khosraw l'un des créateurs de la poésie religieuse d'expression perse. Sa poésie reflète son enseignement spirituel : riche en sentences et en exhortations, elle est exempte de fioritures maniéristes.

Un poème de Nasir-e Khoshraw[modifier | modifier le code]

Dans ce poème, Nasser Khosro déclare ne pas vouloir gâcher le persan dari en flattant les gouverneurs autocrates de son époque:

Si fructifie l'arbre de ta connaissance
Tu peux surmonter le ciel d'azur
Je ne verse pas aux pieds des porcs
La perle roulante du persan dari

Traduit par Mahshid Moshiri[4]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Au sens chiite du terme.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Daftary 2003, p. 160.
  2. a b et c Henri Massé, Anthologie de la poésie iranienne. XIe – XIXe siècle , Paris, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », (ISBN 978-2-228-89128-8), p. 86-87.
  3. Verena Klemm, “MOʾAYYAD FI’L-DIN ŠIRĀZI'”, Encyclopædia Iranica, online edition, 2004. (Lire en ligne - Consulté le 23 septembre 2020).
  4. Mashid Moshiri, Dictionnaire des poètes renommés persans: À partir de l'apparition du persan dari jusqu'à nos jours. Téhéran, Aryan-Tarjoman, 2007

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Nāsir-e Khosraw (trad. du persan, introd. et notes par Isabelle de Gastines), Le livre réunissant les deux sagesses (Ketāb-é ǧāmiʾ al-ḥikmatayn, Paris, Fayard, , 345 p. (ISBN 978-2-213-02613-8)
  • Nāsir-e Khosraw (Publié, traduit et annoté par Charles Schefer), Sefer Nameh : relation du voyage de Nassiri Khosrau en Syrie, en Palestine, en Egypte, en Arabie et en Perse, pendant les années de l'Hégire 437-444 (1035-1043), Paris, Ernest Leroux, , 348 p. (lire en ligne)
  • Edmond Fagnan (traducteur), « Le livre de la félicité, par Nâçir ed-Dîn ben Khosroû », Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft, vol. 34, no 4,‎ , p. 643-674 (lire en ligne)
  • (en) Make A Shield From Wisdom: Selected Verses from Nasir-i Khusraw's Divan. I. (ISBN 1-86064-725-1). (trad. et introd. par Annemarie Schimmel), London - New York, I. B. Tauris, , 112 p. (ISBN 978-1-860-64725-3)

Études[modifier | modifier le code]

  • (en) Henry Corbin, « Nâsir-i Kusrau and Iranian Ismâ'îlism », dans Richard Nelson Frye (Ed.), The Cambridge History of Iran, vol. 4, Cambridge, Cambridge University Press, , XIII, 733 p. (ISBN 978-0-521-20093-6), p. 520-542; 689-690
  • Farhad Daftary (trad. de l'anglais par Zarien Rajan-Badouraly, préf. de Mohammad Ali Amir-Moezzi), Les ismaéliens. Histoire et traditions d'une communauté musulmane, Paris, Fayard, (1re éd. 1998), 370 p. (ISBN 978-2-213-61498-4), p. 107-109; 160-162 et passim
  • Yahya el-Khachab, Nasir-è Khosraw, son voyage, sa pensée religieuse, sa philosophie et sa poésie, Le Caire, Impr. P. Barbey, , 347 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]