Frithjof Schuon

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Frithjof Schuon
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Frithjof Schuon, (allemand : [ˈfʀiːtˌjoːf ˈʃuːˌɔn]), également connu sous le nom d'Isâ Nûr ad-Dîn, né le 18 juin 1907 à Bâle et mort le 5 mai 1998 à Bloomington (Indiana), États-Unis est un métaphysicien suisse inspiré par René Guénon et appartenant à l'école de pensée pérennialiste. Il est aussi poète et peintre.

Pour Schuon toute religion, outre son sens littéral, contient une dimension ésotérique, essentielle, primordiale et universelle. Cette « Unité transcendante des religions » renvoie, entre autres, au sanatana dharma - « religion éternelle » - hindou. Sa pensée est aussi influencée par les écrits de Maître Eckart et de Grégoire Palamas pour ce qui concerne la Chrétienté et de ceux d'Ibn Arabi et d'Ahmad al-Alawi pour l'Islam. Il s'intéresse également aux traditions amérindiennes.

Il est considéré par ses adeptes comme l'un des représentants de la Philosophia perennis. Il a rédigé la majeure partie de son œuvre en français. Dans les dernières années de sa vie, Schuon a composé des poésies dans sa langue maternelle, l'allemand. Ses articles en français ont été rassemblés en une vingtaine de titres et ont ensuite été traduits en anglais ainsi que dans plusieurs autres langues. Il est le fondateur de la Tarîqah Maryamiyyah.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Frithjof Schuon, né en 1907 à Bâle en Suisse[1], est le deuxième des deux fils de Paul Schuon, violoniste d’origine allemande et de tradition luthérienne[2] et de Margarete Bolaire, alsacienne de langue française. Enfant introverti, il est précoce, s’intéressant à l’art ainsi qu'aux religions, notamment celles du Proche-Orient et de l'Inde[3] comme l'Advaïta védanta[4]. Par son caractère et ses intérêts il attire l’attention et le respect de ses professeurs et camarades d’école[5].

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Son père décède en 1920, et avec sa mère et son frère, le jeune Schuon va habiter à Mulhouse, en France. Trois ans plus tard il commence à travailler comme dessinateur textile. C’est toujours cette profession qu’il exerce quand il gagne Paris à l’âge de 17 ans. Il découvre alors les écrits de René Guénon, qui sont pour lui une confirmation de son propre refus de la civilisation occidentale moderne[5].

Vie adulte[modifier | modifier le code]

Le désir qu'a Schuon depuis son adolescence de trouver un maître spirituel et d’être initié dans une voie ésotérique, et ses recherches dans ce sens, aboutissent en 1932 à la décision de partir pour l'Inde. Pourtant, au début de ce voyage, lorsqu’il se trouve encore à Marseille, deux évènements imprévus le convainquent de se rendre à Mostaganem en Algérie, où réside un maître spirituel soufi renommé, Ahmad al-Alawi. Pour Schuon, ce qui importe c’est d’avoir un maître et d’être reçu dans une voie ésotérique traditionnelle – il reconnaît la validité de toutes les voies spirituelles révélées, et n’a pas d’attachement à une confession particulière. À son arrivée à Mostaganem, il devient musulman et reçoit, peu après, l’initiation de la part du Sheikh al-Alawî[6] avec le nom de 'Isâ Nûr ad-Dîn ; il passera quatre mois dans la zaouïa du Sheikh[6] avant de rentrer en Europe[5].

Lors d'un second voyage à Mostaganem, en 1935, Adda ben Tounès, le successeur du Sheikh al-Alawî, mort entretemps, lui remet une ijâzah (certificat) qui mentionne : « ... je l’ai autorisé à répandre l’exhortation islamique chez les hommes de son peuple, parmi les Européens, en transmettant la parole du tawhîd..."[7]. Bien que ce document ne mentionne pas le mot "moqaddem", Schuon prétend dans ses Mémoires que cette fonction lui fut attribuée[6], ce que certains contestent [8]. Fin 1936, à la suite d’un songe – qu'il estime confirmé par des songes similaires de plusieurs amis – Schuon se considère investi de la fonction de sheikh[9].

Au début de la Deuxième Guerre mondiale, il sert pendant dix mois dans l’armée française. Fait prisonnier par les Allemands, il réussit au bout d'un mois à s’évader pour gagner la Suisse, où il réside désormais. Il s’établit à Lausanne, puis, après son mariage avec Catherine Feer en 1949, à Pully[5].

Entre 1950 et 1975, Schuon se rend au Maroc à une dizaine de reprises, ainsi qu’en Angleterre, en Espagne, en Italie, en Turquie et en Grèce[1]. Son profond attachement pour la tradition des Indiens d’Amérique, dans laquelle, selon lui, « il s’est maintenu quelque chose de primordial et de pur »[10], motive deux longs séjours dans l’Ouest américain parmi différentes tribus[7]; il est adopté, lors de son premier voyage, par les Sioux Lakotas[11].

Il noue des liens d’amitié ou épistolaires avec des personnes de différentes traditions, comme René Guénon, Ananda Coomaraswamy, Titus Burckhardt, Martin Lings, Seyyed Hossein Nasr, William Stoddart, Léo Schaya, Jean Borella, Marco Pallis, Joseph E. Brown, Michel Vâlsan, Jean-Louis Michon[11].

C’est aussi dans cette période, et jusque dans les années 1990, qu’il écrit une grande partie de son œuvre philosophique, traitant principalement de métaphysique - avec ses ramifications cosmologiques et anthropologiques -, d’ésotérisme, de spiritualité, de tradition, de religions, d’art sacré[11]... Un des fondements de son message s’appuie sur les notions de sophia perennis (la sagesse pérenne, c'est-à-dire intemporelle, essentielle, primordiale, universelle - la connaissance de la Réalité, de la Vérité), philosophia perennis (la science des principes métaphysiques) et religio perennis (l’ésotérisme doctrinal et méthodique sous-jacent à toute religion, impliquant les vertus intrinsèques)[11].

Frithjof Schuon décède à l’âge de 90 ans à Bloomington, Indiana.

Disciples et influences[modifier | modifier le code]

Frithjof Schuon a influencé Titus Burckhardt, auteur d'une Introduction aux doctrines ésotériques de l'islam, qui le cite en note de sa traduction de La Sagesse des Prophètes du soufi Ibn Arabi[12].

Ainsi que Martin Lings, Hossein Nasr, Marco Pallis, Huston Smith, Charles Le Gai Eaton, et William Chittick : « Schuon's work has had considerable influence on a number of scholars and academics writing in the West, such as his close friend Titus Burckhardt, Martin Lings, Seyyed Hossein Nasr, Marco Pallis, Huston Smith, Charles Le Gai Eaton, and William Chittick »[13].

Critiques[modifier | modifier le code]

L'islamologue Mohammed Arkoun, défenseur d'une conception historiciste et rationaliste de l'islam reproche à Schuon d'avoir une conception romantique de l'islam et de négliger les problèmes sociaux et matériels qui se posent aux musulmans dans la vie quotidienne. Mais Arkoun précise qu'il exprime une « forte conviction personnelle » et non une analyse ou une discussion des thèses de l'ouvrage de Schuon, De l'unité transcendante des religions . Arkoun dénonce le « conservatisme épistémologique » qui n'est pas propre à Schuon selon lui mais à un certain nombre d'« apologètes chaleureux » de l'islam en Occident, qui sont écrivains, universitaires ou ésotéristes et propagent une vision mythologique de l'islam[14].

La pensée et les écrits de Frithjof Schuon sont généralement critiqués par les lecteurs adhérant aux développements de René Guénon, qui est considéré comme étant à l'origine de l'école de pensée pérennialiste[8],[15].

C’est en 1969 que la tarîqa de Schuon prend le nom de Maryamiyyah, en l'honneur de la Vierge Marie dont Schuon dit avoir eu des visions[8],[16]. Le groupe, qui eut son siège installé à partir de 1980 à Bloomington, dans l'Indiana aux États-Unis, s'éloigna, selon certains auteurs, de plus en plus de la tradition musulmane soufie pour pratiquer une forme d'universalisme incluant des danses traditionnelles amérindiennes[16],[15],[17]. En 1991, un ancien disciple en conflit avec Schuon et la tarîqa[8],[16],[17] accusa celle-ci d’avoir introduit dans ses activités des « assemblées primordiales » où se serait pratiquée la nudité en présence de mineures. Ces accusations valurent à Schuon un procès pour affaire de mœurs[8] mais il se solda par un non-lieu[8],[16],[15] et les excuses publiques du procureur[9]. Ces événements affectèrent Schuon et jetèrent un certain discrédit sur le groupe et son fondateur[8],[15]. D’autres sources biographiques[1],[2],[4],[5],[6],[7],[9] ne font mention ni d’assemblées primordiales ni de nudité, mais bien de participations occasionnelles à des danses indiennes, danses qui n’auraient nullement interféré avec la voie soufie car ne comportant aucun rite[9].

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Leitgedanken zur Urbesinnung, Zürich, Orell Füssli Verlag, 1935, deuxième édition Urbesinnung - Das Denken des Eigentlichen (édition revue et corrigée), Aurum Verlag, 1989.
  • De quelques aspects de l'Islam, Paris, Chacornac, 1935.
  • De l'unité transcendante des religions, Gallimard, 1948[18], 1958 ; troisième édition (revue, corrigée et augmentée d'un nouveau chapitre), Le Seuil, 1979 ; quatrième édition, Sulliver, 2000 ; cinquième édition, L'Harmattan, 2014.
  • L'œil du cœur, Gallimard, 1950 ; deuxième édition (revue et corrigée), Dervy-Livres, 1974 ; troisième édition, L'Âge d'Homme, 1995.
  • Perspectives spirituelles et faits humains, Cahiers du Sud, 1953 ; deuxième édition, Maisonneuve & Larose, 1989 ; troisième édition, L'Âge d'Homme, 2003.
  • Sentiers de gnose, La Colombe, 1957 ; deuxième édition, La Place Royale, 1987 ; troisième édition (revue et corrigée), La Place Royale, 1996.
  • Castes et races suivi de Principes et critères de l'art universel, Derain, 1957 ; deuxième édition (revue et corrigée), Archè, 1979.
  • Les stations de la sagesse, Buchet/Chastel-Corréa, 1958 ; deuxième édition, Maisonneuve & Larose, 1992 ; troisième édition, L'Harmattan, 2011.
  • Images de l'Esprit : Shinto, Bouddhisme, Yoga, Flammarion, 1961 ; deuxième édition, Le Courrier du Livre, 1982.
  • Comprendre l'Islam, Gallimard, 1961; deuxième édition, Le Seuil (Points Sagesses), 1976 et rééditions.
  • Regards sur les mondes anciens, Éditions Traditionnelles, 1968 ; deuxième édition, Nataraj, 1997 ; troisième édition, L'Harmattan, 2016.
  • Logique et transcendance, Éditions Traditionnelles, 1970, 1972.
  • Forme et substance dans les religions, Dervy-Livres, 1975 ; deuxième édition, L'Harmattan, 2012.
  • L'ésotérisme comme principe et comme voie, Dervy-Livres, 1978, 1997.
  • Von der inneren Einheit der Religionen (traduction par l'auteur de De l'Unité transcendante des Religions), Ansala-Verlag, 1979.
  • Le soufisme, voile et quintessence, Dervy-Livres, 1980, 2007.
  • Christianisme/Islam : visions d'œcuménisme ésotérique, Arché, 1981 ; deuxième édition, L'Harmattan, 2015.
  • Du Divin à l'humain : tour d’horizon de métaphysique et d’épistémologie, Le Courrier du Livre, 1981.
  • Sur les traces de la religion pérenne, Le Courrier du Livre, 1982.
  • Approches du phénomène religieux, Le Courrier du Livre, 1984.
  • Résumé de métaphysique intégrale, Le Courrier du Livre, 1985.
  • Avoir un centre, Maisonneuve & Larose, 1988 ; deuxième édition, L'Harmattan, 2010.
  • Racines de la condition humaine, La Table Ronde, 1990.
  • Le jeu des masques, L'Âge d'Homme, 1992.
  • La transfiguration de l'homme, L'Âge d'Homme, 1995.

Poésies[modifier | modifier le code]

  • Sulamith (original allemand), Urs Graf Verlag, 1947.
  • Tage- und Nächtebuch (original allemand), Urs Graf Verlag, 1947.
  • Road to the Heart (original anglais), World Wisdom Books, 1995.
  • Liebe / Leben / Gluck / Sinn (original allemand), 4 vol., Verlag Herder, 1997.
  • Poésies didactiques, vol. 1-10 (bilingue original allemand/traduction française), Les Sept Flèches, 2001-2005.

Compilations d'ouvrages, de lettres et de textes inédits de F. Schuon[modifier | modifier le code]

  • Les Perles du pèlerin, Le Seuil, 1991.
  • Trésors du Bouddhisme, Nataraj, 1997.
  • Vers l'Essentiel : lettres d'un Maître spirituel, Les Sept Flèches, 2013.
  • De tout cœur et en l'esprit : choix de lettres d'un Maître spirituel, traduit de l'allemand, L'Harmattan, 2015.
  • La conscience de l'Absolu, Hozhoni, 2016.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Seyyed Hossein Nasr, The Essential Writings of Frithjof Schuon, Amity House, New-York, 1986
  • Jean-Baptiste Aymard, Frithjof Schuon, connaissance et voie d'intériorité, Revue Connaissance des religions, juillet 1999
  • Patrick Laude et Jean-Baptiste Aymard (dir.), Les Dossiers H: Frithjof Schuon, Lausanne, Ed. de l’Âge d’Homme, 2002, 484 p.
  • Mark J. Sedgwick, Contre le monde moderne, Paris, Ed. Dervy, 2008, 396 p.
  • Michael O. Fitzgerald, Frithjof Schuon Messenger of the Perennial Philosophy, Bloomington/Indiana, World Wisdom, 2010, 256 p.
  • Patrick Ringgenberg, Diversité et unité des religions chez René Guénon et Frithjof Schuon, Paris, Ed. L'Harmattan, 2010, 384 p.
  • Jennifer Casey, Frithjof Schuon Messenger of the Perennial Philosophy, 2012 (biographie en vidéo) (ISBN 978-1-936-59704-8).
  • Bernard Chevilliat, Frithjof Schuon ou le regard de l'aigle, in Revue Ultreïa no 7, Aubenas, Ed. Hozhoni, 2016.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Patrick Laude et Jean-Baptiste Aymard (éd.), Les Dossiers H : Frithjof Schuon, Lausanne, L'Âge d'Homme, 2002, p. 412, 476.
  2. a et b (en)Muse.jdun,Jean-Baptiste Aymard, Patrick Laude, Seyyed Hossein Nasr in Frithjof Schuon Life and Teachings
  3. Gallica in La Vie spirituelle - 1956
  4. a et b (en)Renaud Fabbri in ‘’FRITHJOF SCHUON: THE SHINING REALM OF THE PURE INTELLECT’’
  5. a, b, c, d et e Jennifer Casey, Frithjof Schuon: Messenger of the Perennial Philosophy, DVD, 2012.
  6. a, b, c et d Bernard Chevilliat, « Frithjof Schuon ou le regard de l'aigle », Ultreïa n° 7,‎ , p. 32
  7. a, b et c Jean-Baptiste Aymard, « Frithjof Schuon , connaissance et voie d'intériorité », Connaissance des Religions,‎ , p. 21, 50
  8. a, b, c, d, e, f et g Mark J. Sedgwick, Contre le monde moderne, Paris, Dervy, , 396 p., p. 228
  9. a, b, c et d (en) Michael O. Fitzgerald, Frithjof Schuon Messenger of the Perennial Philosophy, Bloomington-Indiana, World Wisdom, , 256 p., p. 194
  10. Frithjof Schuon, Regards sur les mondes anciens, Paris, L'Harmattan, , 152 p., p. 74
  11. a, b, c et d Frithjof Schuon, Vers l'Essentiel: lettres d'un maître spirituel, Lausanne, Editions Les Sept Flèches, , 235 p. (ISBN 9782970032588)
  12. Ibn Arabi (trad. Titus Burckhardt, préf. Jean Herbert), La Sagesse des prophètes, Paris, Albin Michel, coll. « Spiritualités vivantes », (1re éd. 1974), 245 p. (ISBN 9782226172952), p. 86, 90, 96.
  13. (en)oxfordislamicstudies, article de Fuad S. Naeem, republié à partir de The Oxford Encyclopedia of the Islamic World [réf. incomplète]
  14. Mohammed Arkoun, « Schuon (Frithjof), De l'unité transcendante des religions [compte rendu] », Archives de sciences sociales des religions, vol. 48, no 2,‎ , p. 349 (lire en ligne).
  15. a, b, c et d Patrick Ringgenberg, Diversité et unité des religions chez René Guénon et Frithjof Schuon, Paris, L'Harmattan, , 384 p.
  16. a, b, c et d (en) « A Dance of Masks: The Esoteric Ethics of Frithjof Schuon », sur academia.edu (consulté le 29 avril 2017)
  17. a et b (en) Avis Little Eagle, « Naming honor returns to haunt area family », Lakota Times,‎
  18. Archive.org, Texte intégral