Papus

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Papus
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Gérard Anaclet Vincent Encausse, dit Papus ( à La Corogne - à Paris) est un médecin et occultiste français, cofondateur de l'Ordre Martiniste avec Augustin Chaboseau. Il a été une des figures pittoresques et hautes en couleurs de la Belle Époque. Il s'est défendu d’être un thaumaturge ou un inspiré et s'est présenté comme un savant, un expérimentateur.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né le , en Espagne, à La Corogne, d’un père français et d’une mère espagnole, Gérard Encausse passe sa jeunesse à Paris, où il est reçu docteur en médecine en juillet 1894. Avant même de terminer ses études, dès 1886 environ, il se donne pour tâche de lutter contre le scientisme de l’époque en diffusant une doctrine synthétisant divers aspects de l’ésotérisme occidental d'alors, représenté par le chimiste Louis Lucas, le mathématicien Wronski, l'alchimiste Cyliani, le pythagoricien Lacuria, le magnétiseur Hector Durville, Antoine Fabre d'Olivet, Alexandre Saint-Yves d'Alveydre. Encausse se fait appeler Papus d’après le nom d’un esprit du Nuctaméron, attribué à Apollonius de Tyane. La pensée de Louis-Claude de Saint-Martin a laissé sur lui une trace profonde à partir de 1889 environ, peu après sa rupture (1890) avec la Société Théosophique de Mme Blavatsky.

Il fonde avec Augustin Chaboseau en 1891 l’Ordre Martiniste, qui doit son nom au souvenir de Louis-Claude de Saint-Martin et à celui de J. Martinès de Pasqually. Il recrutera des membres dans de nombreux pays, notamment en Russie[1]. Dans la revue officielle de l'Ordre, L’Initiation, que Papus fonde en 1888, on relève les noms de Stanislas de Guaita, Peladan, Charles Barlet, Matgioi, Marc Haven, Paul Sédir, Albert de Rochas d'Aiglun, Lucien Chamuel, Fernand Rozier. Mais, pendant longtemps, les noms de Martines de Pasqually, Saint-Martin, ou Willermoz y sont beaucoup moins cités que ceux de Fabre d’Olivet et d’Éliphas Lévi. Paul Adam, Maurice Barrès, Victor-Émile Michelet, Péladan, Camille Flammarion, Emma Calvé, Albert de Rochas ont été parmi les premiers martinistes de renom.

Papus s’affilie, tout au long de sa vie, à de nombreuses organisations initiatiques [2], à la Société théosophique de Helena Blavatsky en 1887, l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix de Peladan et de Guaita en 1888, à l'Église gnostique universelle de Jules Doinel en 1892, à l'Hermetic Order of the Golden Dawn en 1895, au Rite Swedenborgien (1901), au Rite de Memphis-Misraïm en 1908, à l'Ordo Templi Orientis. Il entre à plusieurs reprises en conflit avec les tenants des loges maçonniques dites "régulières".

D'autre part Papus a constitué, en décembre 1889, un groupe organisant des recherches, des cours et des conférences sur les divers aspects de l'ésotérisme occidental, le Groupe Indépendant d'Études Ésotériques (GIEE) qui devient le cercle extérieur de l'Ordre Martiniste, et prend le nom de Faculté Libre des Sciences Hermétiques en mars 1897. Les cours sont nombreux (une douzaine par mois environ), et les sujets étudiés traitent de la Kabbale, de l'Alchimie, du tarot divinatoire, en passant par l'histoire de la philosophie hermétique. Papus, Sédir, Victor-Émile Michelet, Fernand Rozier et A. Chaboseau, entre autres, en sont les enseignants. La section Alchimie, dirigée par François Jollivet-Castelot, est à l'origine de la Société Alchimique de France.

Ce vaste mouvement hermétique, dont Papus est l’une des âmes agissantes, a nourri la littérature et les arts de l'époque, Péladan, Catulle Mendès, Paul Adam, Villiers de l’Isle-Adam, donnent quelques textes aux premiers numéros de l'Initiation. August Strindberg, lors de son séjour à Paris, participe aussi aussi mais davantage pour partager ses expériences d'alchimie. Les ouvrages de Papus ont marqué également les jeunes peintres dit Nabis. Avec Stanislas de Guaita, Papus est mêlé à l'affaire Boullan, qui les oppose à Jules Bois et à J.-K. Huysmans, en 1893.

La légende veut qu'en automne de 1905, Nicolas II, aux prises avec les troubles sociaux, l’ait appelé à Tsarskoïe Selo pour lui demander conseil. Papus aurait évoqué alors, au cours d’une opération magique, l’esprit d’Alexandre III, préconisant la répression pour éviter une révolution de grande envergure. Papus aurait affirmé au tsar que cette révolution n’éclaterait pas tant que lui-même serait vivant. Or Papus n'est pas venu en Russie à cette époque, où Raspoutine a déjà fait son entrée auprès du couple impérial. Par contre Papus est venu en 1901 pour rencontrer les occultistes et les martinistes russes, et pour accompagner le Maître Philippe de Lyon, son "maître spirituel", invité à la cour russe. Philippe qui devait jouir quelques mois durant d’une grande autorité morale auprès du tsar, à qui il avait prédit la naissance du successeur au trône. Papus et Philippe ont été expulsés suite à des manigances policières racontées en détail dans L'Apocalypse de notre temps d'Henri Rollin en 1938. Les visites de Papus en Russie, séjours auréolés de mystère, ne sont qu’épisodes parmi d’autres dans cette vie étrange mais féconde, Papus a rencontré la tzarine mais pas le tzar lui-même. Papus sous le pseudonyme de Niet a fait paraître, à son retour, dans la presse française un constat pessimiste de la politique russe en s'inquiétant d'une possible révolution.

Papus a suivi dans son travail de médecin, une voie tout aussi originale, en utilisant notamment l'homéopathie, la dosimétrie, l'électrothérapie. Il a créé avec son père chimiste, rue Rodier dans le IX° arrondissement de Paris, un institut de santé, spécialisé dans les bains, les fumigations et les massages, et ouvert égalementun cabinet de consultations médicales, rue Balzac, à Tours. Il a résidé à Paris, à différentes adresses de la Villa Montmorency, et, à la fin de sa vie, au 67 du boulevard de Rochechouart, dans le XVIII° arrondissement[3].

Papus meurt le , à Paris des suites de son service de médecin-major des armées sur le front de l'est pendant l'automne et l'hiver 1914. Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, à la (93e division)[4].

Papus vu par ses contemporains[modifier | modifier le code]

« Chez les anciens mystagogues, Papus est le nom du Génie de la Science et de la Guérison. Le bon Gérard Encausse, officier de santé, s'était affublé de ce nom sans le trouver ridicule. Carré d'épaules, trapu, presque bedonnant avant la trentaine, avec des traits à la fois poupins et sévères, les cheveux noirs, la barbe taillée en carré, il faisait craquer aux entournures sa redingote, qu'il portait toujours, et qu'on sentait trop étroite pour ses membres épais. » (Michel de Lézinier, Avec Huysmans - Promenades et souvenirs, Paris, Delpeuch, 1928, p. 167)

« Celui-là était le bœuf parmi ces évangélistes improvisés. Très travailleur, organisateur excellent, il creusa son sillon avec la charrue d'un encyclopédisme malheureusement trop hâtif. Il fabriqua des livres énormes de bric et de broc, avec des citations et des gravures cueillies un peu partout, amalgamant les textes, sans y apporter cette saveur perverse et personnelle qui du moins émane des pages de Guaita.» (Jules Bois, Le Monde Invisible, Paris, Flammarion, s.d., p. 30).

Œuvres[modifier | modifier le code]

Papus a laissé 160 ouvrages, almanachs, revues et articles, cette production littéraire impressionnante, qui lui a valu le surnom de « Balzac » de l’occultisme. D'aucuns lui reprochent cependant d'avoir manqué de rigueur dans ses travaux sur la Kabbale notamment. Par ses talents de vulgarisateur, il a contribué à ouvrir les esprits de son temps aux sources vives de la pensée analogique et de l’imagination créatrice, poursuivant en cela le travail qu'Éliphas Lévi avait entrepris[5].

Thèses[modifier | modifier le code]

Dans sa brochure Ce que doit savoir un maître maçon, il dénonce l'influence d'agents étrangers sur la franc-maçonnerie française et lui reproche de s'être laissée aller à un engagement politique, d'être tombée dans le matérialisme et de s'être coupée de la franc-maçonnerie universelle à cause de la querelle du Grand Architecte de l'Univers[6].

Papus a particulièrement insisté sur les analogies et correspondances, entre autres dans son ABC illustré d'occultisme (posthume, 1922). Tout objet terrestre fait partie d'une chaîne analogique qui part de cet objet pour aboutir à un astre, un règne, un Élément, un ange... Tout se correspond dans l'univers, par grandes chaînes, astrologiques, élémentaires, "la Terre, correspondant au règne minéral ; l'Eau, correspondant au règne végétal ; l'Air, correspondant au règne animal ; enfin, le Feu, correspondant au monde des forces et des intelligences" (p. 239). "La science antique est donc surtout constituée par des tableaux, qui établissent les relations entre tous les êtres et tous les objets de l'Univers" (p. 167).

Tableau de correspondances selon Papus (ABC illustré d'occultisme, posthume, 1922, Dangles, p. 247)
Planètes Éléments Signes pierres vertus couleurs
Mars Feu Bélier améthyste hardi rouge
Vénus Terre Taureau hyacinthe ingénieux sombre
Mercure Air Gémeaux chrysoprase ami des jeux jaune
Lune Eau Cancer topaze vagabond noirâtre
Soleil Feu Lion béryl grande âme doré
Mercure Terre Vierge chrysolithe pieux vert
Vénus Air Balance sardoine ami de la justice pourpre
Mars Eau Scorpion sardonyx tyran noir
Jupiter Feu Sagittaire émeraude colère flamme
Saturne Terre Capricorne calcédoine ambitieux blanc
Saturne Air Verseau saphir marchand bleu
Jupiter Eau Poissons jaspe fécond cendré

Bibliographie[modifier | modifier le code]

(par ordre chronologique)

  • L'occultisme contemporain : Louis Lucas, Wronski, Éliphas Lévi, Saint-Yves d'Alveydre, Mme Blavatsky (1887) [1]
  • Traité élémentaire de science occulte (1888), Paris, Carré. Dangles, 1990 [2]
  • Le Tarot des Bohémiens, clef absolue des sciences occultes (1889), Paris, Carré. 3° éd. aug. 1926. Dangles, 1990
  • Essai de physiologie synthétique (1891), 2° éd. 1909, Librairie Hermétique, 150 p.
  • Traité méthodique de science occulte (1891), en 2 tomes, Paris, Éditions Dangles, Paris [3]
  • La Cabbale, Tradition secrète de l'Occident (1892). Dixième éd. augmentée Dangles, 1977. 2° éd. 1903. Dangles, 14° éd., 1999, 365 p. [4]
  • La science des mages et ses applications théoriques et pratiques (1892), Librairie du merveilleux. Bussière, 5° éd., 2003, 282 p. [5]
  • Traité élémentaire de magie pratique (1893), Paris, Chamuel. [6] Éd. revue et augmentée par Chacornac en 1924 sous le titre Traité méthodique de magie pratique. Dangles, 1999, 640 p.
  • Anarchie, indolence et synarchie : les lois physiologiques d'organisation sociale et l'ésotérisme (1894) [7]
  • L'anatomie philosophique et ses divisions (1894), Paris, Chamuel.
  • Les Arts divinatoires. Graphologie, chiromancie, morphologie, physiognomonie, astrosophie, astrologie (1895), Paris, Chamuel. Éd. augmentée Dangles, 1992, 220 p.. [8]
  • Lumière invisible, médiumnité et magie (1896), éd. Suzanne Demoiny, 1992, 59 p.
  • Traité synthétique de chiromancie (1896). Éd. revue : Comment on lit dans la main (1902)
  • Traitement externe et psychique des maladies nerveuses. Aimants et couronnes magnétiques, miroirs, traitement diététique, hypnotisme, suggestion, transferts (1897), Paris, Chamuel
  • L'âme humaine avant la naissance et après la mort (1898), Paris, Chamuel. [9]
  • Martinésisme, willermosisme, martinisme et franc-maçonnerie (1899), Chamuel. BookSurge, 2001, 131 p. [10]
  • Comment est constitué l'être humain (1900), Chamuel [11]
  • Qu'est-ce que l'occultisme ? (1900), Paris, Chamuel. Éd. augmentée Leymarie 1929. [12]
  • L'occultisme et le spiritualisme (1902) [13]
  • L'occultisme et le spiritualisme (1902), Paris, Alcan [14]
  • Comment on lit dans la main (1902) [15]
  • Le livre de la chance bonne ou mauvaise (1908), Bussière, 1996, 120 p. [16]
  • Le tarot divinatoire. Clef du tirage des cartes et des sorts (1909).
  • Ce que doit savoir un Maître Maçon (1910). Dangles, 10° éd., 1999, 188 p.
  • La réincarnation. L'évolution physique, astrale et spirituelle. Ce que deviennent nos morts (1912), 3° éd. aug. 1945. Dangles, 1999, 215 p. [17]
  • Rituel de l'Ordre Martiniste (1913) (avec Teder)
  • Ce que deviennent nos morts (1918), O.C.I.A. 1949
  • ABC illustré d'occultisme (posthume, 1922), Paris, Dorbon.
  • La science des nombres (posthume, ?), Paris 5ème, édition Buissière.

Principales revues[modifier | modifier le code]

  • Revue L'Initiation, 1888-1912 (première série) puis depuis 1953 (nouvelle série).
  • Revue Mysteria, 1913-1914
  • Revue Le Voile d'Isis, 1890-1898 et 1905-1909.

Études sur Papus[modifier | modifier le code]

  • Philippe Encausse (fils de Papus) : Papus, sa vie, son œuvre, Paris, Ed. Pythagore, 1932.
  • Marie-Sophie André et Christophe Beaufils, Papus, biographie, la Belle époque de l'occultisme, Berg international, 1995.
  • Jean-Pierre Bayard, Philippe Encausse, Pierre Mariel, Papus : Occultiste, ésotériste ou mage ? Anthologie thématique du Dr Gérard Encausse, Mennecy, Éditions Ediru, 384 p., 2005, ISBN 2-86734-050-0
  • Arnaud de l'Estoile, Papus, Grez-sur-Loing, Éditions Pardès, Collection "Qui suis-je ?", 2006, 128 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L’Ordre Martiniste connaîtra des périodes de sommeil causées par les guerres, mais il est de nouveau en activité depuis 1952, grâce à l'action de Philippe Encausse, le fils de PapusPierre-Augustin Chaboseau, avec l'aide de Victor-Emile Michelet, crée l'Ordre Martiniste Traditionnel en 1931. Ses membres sont répartis en trois degrés et travaillent dans des heptades (en maçonnerie, on dirait des grades et des loges). Le degré le plus élevé est celui de S.I. (Supérieur ou Serviteur Inconnu). Les femmes y sont admises aussi bien que les hommes
  2. Peut-être au martinisme de Henri Delaage (1882), et peut-être à l'Hermetic Brotherhood of Luxor de Max Théon
  3. la cour intérieure de cet immeuble et certaines parties communes ainsi que le palier du troisième étage du bâtiment en fond de cour comportent encore de très nombreux et surprenants symboles ésotériques
  4. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents,‎ (ISBN 978-2914611480), p. 314
  5. (Les Disciples de la science occulte : Fabre d'Olivet et Saint-Yves d'Alveydre, Paris, 1888 ; Traité élémentaire d'occultisme, Paris, 1888 ; Traité méthodique de sciences occultes, Paris, 1891, etc.)
  6. Paul Copin-Albancelli, La Guerre occulte. Les Sociétés secrètes contre les nations, Paris, Perrin et Cie, 1925, p.128-129

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

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